Agroforesterie et IA se complètent pour restaurer les sols, sécuriser les rendements et créer de nouvelles chaînes de valeur en Côte d’Ivoire.

Agroforesterie + IA : le duo gagnant en Côte d’Ivoire
En 2025, une idée simple refait surface avec une force étonnante : planter des arbres au bon endroit, avec les bonnes cultures, au bon moment. Au Népal, des chercheurs montrent que l’agroforesterie (l’intégration d’arbres dans les parcelles agricoles) n’est pas un “retour en arrière”. C’est une réponse concrète à trois urgences qui se chevauchent : dégradation des terres, insécurité alimentaire et climat.
Et si on arrêtait de voir ce sujet comme “très asiatique” ou “très montagneux” ? La Côte d’Ivoire a ses propres défis — variabilité des pluies, pression sur les forêts, baisse de fertilité des sols, besoins de revenus réguliers — mais aussi un avantage : l’IA devient enfin accessible (smartphones, services météo, images satellites, outils d’aide à la décision). Mon avis : l’agroforesterie en Côte d’Ivoire est déjà une évidence dans de nombreuses filières (cacao, anacarde, hévéa, palmier, maraîchage). Le vrai saut, maintenant, c’est de la rendre plus précise et plus rentable grâce à l’IA.
Ce que le Népal nous apprend : l’agroforesterie marche quand elle est organisée
L’enseignement principal du cas népalais est limpide : l’agroforesterie fonctionne mieux quand elle n’est pas laissée “entre deux ministères”. Les scientifiques qui travaillent sur le Népal défendent une approche “nexus” (agriculture–forêt–climat), parce que les paysages sont un seul système : l’eau, le sol, la biodiversité, les revenus ruraux… tout est lié.
Dans leur analyse, l’agroforesterie apporte plusieurs bénéfices en même temps :
- Restauration des terres : amélioration de la matière organique, réduction de l’érosion, meilleure infiltration.
- Résilience climatique : ombrage, microclimat, protection contre les vents, meilleure tenue en période sèche.
- Diversification des revenus : fruits, bois, fourrage, huiles essentielles, bambou…
- Services écosystémiques : protection des bassins versants, biodiversité, stockage de carbone.
Un chiffre retient l’attention : des programmes de recherche en Asie indiquent que des systèmes agroforestiers bien conçus peuvent stocker jusqu’à cinq fois plus de carbone que des cultures annuelles. Ça ne veut pas dire que chaque parcelle fera x5. Ça veut dire que le potentiel est énorme quand la conception est sérieuse (espèces, densité, gestion).
Pourquoi ça bloque souvent (et pourquoi c’est évitable)
Même au Népal, malgré les bénéfices, l’agroforesterie reste parfois fragmentée : projets isolés, absence de standards, faible intégration dans les programmes agricoles.
La leçon pour la Côte d’Ivoire : sans chaîne de valeur, sans conseil agricole structuré et sans données, l’agroforesterie risque d’être perçue comme une contrainte (arbres qui “prennent de la place”) plutôt qu’un actif (arbres qui “sécurisent la production”).
En Côte d’Ivoire, l’agroforesterie n’est pas une mode : c’est une stratégie de survie économique
La réalité ? Beaucoup d’exploitations ivoiriennes vivent déjà une forme d’agroforesterie, parfois sans le nom : cacaoyers sous ombrage, haies vives, arbres fruitiers en bordure, parcelles mosaïques.
Ce qui change aujourd’hui, c’est la pression : sols fatigués, épisodes de chaleur plus marqués, pluies plus irrégulières, maladies et ravageurs. Dans ce contexte, planter des arbres n’est pas seulement “écologique”. C’est une assurance productive.
Les systèmes les plus pertinents (et comment les penser “business”)
Pour passer d’une bonne intention à un modèle rentable, il faut choisir des combinaisons qui répondent à deux questions :
- Qu’est-ce qui sécurise la production principale (ex. cacao) ?
- Qu’est-ce qui crée un revenu additionnel vendable ?
Exemples typiques en Côte d’Ivoire (à adapter par zone) :
- Cacao sous agroforesterie : arbres d’ombrage + arbres fertilitaires + fruitiers commercialisables.
- Anacarde + cultures intercalaires (les premières années) : vivriers/maraîchage, puis gestion progressive.
- Maraîchage + haies brise-vent + arbres utiles : baisse des pertes, microclimat, meilleure humidité.
Le point clé : l’agroforesterie n’est pas “un type de champ”, c’est une manière de piloter une parcelle pour qu’elle produise plusieurs choses, à plusieurs échéances.
Là où l’IA fait la différence : rendre l’agroforesterie mesurable, pilotable, finançable
Planter un arbre, c’est facile. Savoir quel arbre planter, où, à quelle densité, et comment le gérer sur 5 à 10 ans, c’est là que beaucoup de projets s’essoufflent. L’IA, dans le contexte ivoirien, peut apporter quelque chose de très concret : réduire l’incertitude.
1) Des “recettes” locales grâce aux données (et pas des modèles importés)
L’IA est utile quand elle part de la réalité du terrain : sols, pluviométrie, historique de rendement, pratiques paysannes, contraintes foncières.
Concrètement, un dispositif IA peut aider à :
- proposer des combinaisons arbre–culture adaptées à une zone (sol, pluie, altitude, accès à l’eau) ;
- recommander des densités et des espacements réalistes ;
- prévoir les effets de l’ombrage sur la productivité et l’évaporation ;
- planifier une rotation des interventions (élagage, fertilisation, paillage, régénération).
C’est exactement l’esprit du “climate-smart agroforestry” vu au Népal : une agroforesterie qui s’appuie sur l’information et la planification, pas sur l’improvisation.
2) Suivi par satellite et drone : prouver la restauration, attirer le financement
L’un des freins majeurs au financement agricole (subventions, crédits, programmes climat) est la preuve. Prouver que la parcelle s’améliore.
Avec des images satellites (et parfois des drones), couplées à de l’analyse IA, on peut :
- mesurer l’évolution du couvert végétal ;
- détecter des zones de stress hydrique ;
- cartographier la mortalité des jeunes plants et cibler les replantations ;
- suivre la fragmentation des paysages et l’impact sur l’érosion.
Résultat : l’agroforesterie devient audit-able. Et ce qui est audit-able devient finançable.
3) Conseil agricole augmenté : passer de la théorie au geste, semaine après semaine
La plupart des producteurs n’ont pas besoin d’un rapport de 40 pages. Ils ont besoin de deux choses :
- un diagnostic clair ;
- une action prioritaire.
Des services IA (via WhatsApp, SMS ou applis) peuvent pousser des recommandations simples :
- fenêtre idéale de plantation selon les pluies ;
- alertes maladies/ravageurs basées sur météo + signalements ;
- rappels d’élagage pour optimiser l’ombre ;
- conseils post-récolte pour améliorer la qualité.
C’est aussi un sujet de la série “Comment l’IA transforme l’agriculture et l’agro-industrie en Côte d’Ivoire” : l’IA ne sert pas qu’à produire, elle sert à standardiser la qualité et à sécuriser la commercialisation.
Construire des chaînes de valeur agroforestières : le nerf de la guerre côté agro-industrie
Le cas népalais insiste sur un point que beaucoup d’initiatives sous-estiment : sans marché organisé, les produits agroforestiers restent sous-valorisés.
En Côte d’Ivoire, l’agro-industrie a un rôle direct : transformer l’agroforesterie en revenus réguliers.
Produits “évidents” à structurer (selon les zones)
Sans promettre la même chose partout, on voit des catégories à fort potentiel :
- fruits (frais ou transformés) : jus, purées, séchage ;
- bois énergie/bois d’œuvre (avec gestion durable) ;
- plantes à valeur ajoutée : huiles essentielles, plantes aromatiques ;
- bambou : matériaux, petits équipements, construction légère.
Ce que l’IA peut améliorer côté entreprise
Côté coopératives et unités de transformation, l’IA a trois usages très “terrain” :
- Prévision d’approvisionnement : estimer volumes et périodes de collecte.
- Optimisation logistique : tournées, coûts carburant, consolidation des points de collecte.
- Contrôle qualité : tri visuel assisté, classification, réduction des lots non conformes.
Mon point de vue : l’agroforesterie devient vraiment attractive quand l’acheteur existe déjà (ou quand une coopérative sécurise le débouché). Sinon, on crée des stocks… et de la frustration.
Mini-feuille de route : lancer un programme “agroforesterie + IA” en 90 jours
Pour éviter les projets qui s’enlisent, je recommande un démarrage court, très opérationnel.
Étape 1 (semaines 1–3) : diagnostic et choix des parcelles pilotes
- 20 à 50 parcelles pilotes, bien réparties (sols, accès, profils producteurs).
- Inventaire des arbres existants, contraintes, objectifs (rendement, ombre, diversification).
- Collecte de données simples : surface, âge des vergers, historique de production, pratiques.
Étape 2 (semaines 4–8) : design agroforestier “prêt à exécuter”
- 2 ou 3 modèles maximum, pour éviter la dispersion.
- Sélection d’espèces et densités par zone.
- Plan de pépinière (quantités, calendrier, taux de perte anticipé).
Étape 3 (semaines 9–12) : outil IA léger + routine de suivi
- Tableau de bord basique (même sur Google Sheets au départ) + photos géolocalisées.
- Messages de conseil (calendrier cultural, alertes pluie, actions prioritaires).
- Indicateurs : taux de survie des plants, couverture, incidents, rendements (base).
Une agroforesterie réussie, c’est 20% de design et 80% de suivi. L’IA est surtout utile dans ces 80%.
Questions que les décideurs se posent (et réponses directes)
L’agroforesterie fait-elle baisser les rendements ?
Mal conçue, oui. Bien conçue, elle stabilise et protège la production. L’objectif n’est pas de mettre “beaucoup d’arbres”, mais les bons arbres, avec une gestion de l’ombrage.
Est-ce réservé aux grandes plantations ?
Non. Les petits producteurs y gagnent souvent plus, parce que la diversification réduit le risque (une mauvaise saison, un prix en baisse, une maladie).
Par où commencer si on veut intégrer l’IA ?
Par le plus simple : météo, cartographie des parcelles, suivi photo, conseils d’intervention. L’IA la plus utile est celle que les équipes peuvent utiliser sans formation longue.
Ce que je retiens du Népal pour la Côte d’Ivoire
Le Népal montre que l’agroforesterie devient puissante quand elle est pensée comme une politique de paysage : agriculture, forêt et climat dans le même plan. La Côte d’Ivoire peut faire encore mieux en ajoutant une brique qui accélère tout : l’intelligence artificielle pour décider, suivre et financer.
Si votre coopérative, votre entreprise agro-industrielle ou votre projet de territoire veut passer à l’action, la prochaine étape n’est pas d’écrire une stratégie de plus. C’est de choisir quelques parcelles pilotes, de mettre un suivi rigoureux, et de construire un débouché clair pour les produits issus de l’agroforesterie.
La question qui compte pour 2026 : qui, en Côte d’Ivoire, saura transformer l’agroforesterie en actif économique mesurable — et donc finançable — grâce à l’IA ?