Viande imprimée 3D et livraison par drone ont un point commun : l’IA. Découvrez où elle crée de la valeur dans l’agroalimentaire.

IA, viande imprimée 3D et drones : du champ à l’assiette
En 2025, le futur de l’alimentation a une drôle d’allure : un steak « imprimé », un colis livré par drone, et une chaîne logistique pilotée par algorithmes. On pourrait croire à une démo de salon, mais c’est déjà en train de s’industrialiser. Et si je devais résumer le vrai moteur derrière ces innovations, ce ne serait ni l’imprimante, ni le drone. Ce serait l’intelligence artificielle.
Le podcast de The Spoon (épisode publié le 04/02/2023) mélangeait viande imprimée 3D, livraison par drone, automatisation du commerce, robotisation d’entrepôts… et même des ballons espions. Derrière l’éclectisme, il y a une ligne directrice utile pour notre série « Intelligence artificielle dans l’agriculture et l’agroalimentaire » : l’IA est en train d’optimiser toute la chaîne “du vivant au consommateur”, de la production à l’acheminement, en passant par la qualité, les coûts et la traçabilité.
Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas de rêver à la science-fiction. C’est de répondre à une question très opérationnelle : où l’IA crée-t-elle de la valeur mesurable dans ces nouvelles technologies alimentaires, et comment s’y préparer côté agriculture/agroalimentaire en France et en Europe ?
Viande imprimée 3D : l’IA rend la “recette” industrialisable
Réponse directe : l’impression 3D alimentaire ne tient pas sans IA, parce que la régularité (texture, fibres, jutosité) est un problème de contrôle qualité en temps réel.
Dans le podcast, l’invité évoque l’univers des alternatives protéiques et des startups travaillant sur des produits “structurés” (steaks, filets, textures fibreuses). L’impression 3D, qu’elle s’applique à des matrices végétales, des mélanges hybrides ou des procédés liés à la viande cultivée, promet une chose : reproduire une structure plutôt que de vendre une pâte ou un haché.
Pourquoi l’IA est au centre
L’impression 3D n’est pas juste un “gadget” de forme. C’est un procédé industriel avec des variables qui bougent en permanence :
- viscosité et température de la “bio-encre” alimentaire
- vitesse d’extrusion et pression
- humidité ambiante
- comportement à la cuisson (perte d’eau, réaction de Maillard, tenue)
L’IA intervient à trois niveaux concrets :
- Vision industrielle + détection d’anomalies : caméras et modèles qui repèrent immédiatement un défaut de dépôt, une fissure, une densité incohérente.
- Contrôle en boucle fermée (closed-loop) : l’algorithme ajuste les paramètres d’impression à la volée pour maintenir la texture cible.
- Formulation assistée par IA : modèles qui testent virtuellement des combinaisons (protéines, fibres, lipides, liants) pour converger plus vite vers une texture et un goût.
Phrase “à citer” : Sans IA, l’impression 3D alimentaire reste une prouesse. Avec IA, elle devient un procédé reproductible.
Pont direct avec l’agriculture
Côté agricole, le sujet n’est pas “faut-il remplacer l’élevage demain matin ?”. Le sujet, beaucoup plus immédiat, c’est : comment sécuriser des intrants agricoles adaptés (protéines végétales, lipides, fibres) avec des cahiers des charges précis.
L’IA aide déjà sur ces points :
- sélection variétale orientée transformation (teneur en protéines, fonctionnalité)
- pilotage de la qualité à la récolte (tri optique, humidité, contaminants)
- prédiction des lots et segmentation (un lot pour extrusion, un lot pour texturation fine)
Pour une coopérative ou un industriel, c’est une opportunité : monter en gamme sur la contractualisation en vendant “la fonctionnalité” et pas seulement le tonnage.
Livraison par drone : l’IA s’attaque au dernier kilomètre (et au gaspillage)
Réponse directe : la livraison par drone devient pertinente quand l’IA optimise simultanément les routes, la sécurité, les coûts et la promesse client.
Dans l’épisode, la question est posée franchement : a-t-on vraiment envie de la livraison par drone ? En France, l’acceptabilité sociale et le cadre réglementaire sont plus stricts que dans d’autres zones. Mais le fond est solide : la logistique alimentaire souffre d’un problème chronique de coûts de dernier kilomètre, de délais et de ruptures de froid.
Ce que l’IA apporte (au-delà du “drone qui vole”)
Un drone n’est qu’un véhicule. L’IA, elle, orchestre :
- prévision de la demande (heure, quartier, événement, saisonnalité)
- optimisation de tournées multimodales (véhicule + micro-hubs + drone)
- gestion du risque (météo, zones sensibles, trajectoires, évitement)
- qualité produit (temps hors froid, priorisation des commandes sensibles)
En décembre, avec les pics de commandes (repas de fin d’année, chocolats, produits frais premium), on voit bien le sujet : la promesse “livré vite” a un coût énergétique et organisationnel. L’IA sert justement à éviter les décisions absurdes (un drone pour livrer un article non urgent à faible valeur) et à réserver l’automatisation aux cas où elle améliore vraiment l’équation.
Impact concret pour l’agroalimentaire
Si vous gérez une chaîne frais, surgelé ou ultra-frais, l’IA appliquée à la logistique peut réduire :
- les retours pour non-conformité (température, délai)
- les pertes liées à la DLC/DLUO
- les coûts liés aux livraisons échouées
Et surtout, elle ouvre la voie à une logique de stock “près du client” (micro-entrepôts) pilotée par prévision. Le drone n’est qu’une option parmi d’autres, mais l’IA est déjà rentable sans drone.
Commerce autonome et robotisation : l’IA déplace la frontière du travail
Réponse directe : l’automatisation (caisse autonome, entrepôts robotisés) fonctionne quand l’IA réduit les erreurs plus vite qu’elle n’ajoute de complexité.
Le podcast évoquait l’essor de la robotisation (ex. entrepôts), et le débat sur l’autonomous retail. Dans l’agroalimentaire, on retrouve les mêmes arbitrages :
- moins d’erreurs de préparation
- moins d’attente et de friction en magasin
- mais plus d’exigences sur la qualité des données, la maintenance, la cybersécurité
Le point souvent mal compris
Beaucoup d’entreprises pensent que le ROI vient “du robot”. En pratique, il vient de la standardisation des processus et de la qualité des données.
Voici ce que j’ai vu fonctionner sur le terrain :
- Cartographier les irritants (erreurs de picking, écarts de stocks, ruptures)
- Instrumenter (scanners, IoT froid, vision, suivi lots)
- Optimiser avec IA (prévision, détection d’anomalies, planification)
- Automatiser seulement ensuite (robot, caisse autonome, tri)
Phrase “à citer” : L’IA n’automatise pas un chaos ; elle amplifie ce qui est déjà maîtrisé.
Un enjeu clé : la souveraineté des données
Agriculture et agroalimentaire manipulent des données sensibles : rendements, recettes, fournisseurs, prix d’achat, localisation d’actifs. Si on veut des systèmes fiables, il faut cadrer :
- qui possède les données (contrats)
- où elles sont hébergées
- comment on gère l’accès (tiers, maintenance, partenaires)
Cette discipline devient un avantage compétitif, pas une contrainte.
Viande imprimée, drones, “ballons espions” : la même leçon sur la sécurité
Réponse directe : plus on automatise la chaîne alimentaire, plus la sécurité (physique et numérique) devient un sujet de production, pas seulement d’IT.
Le clin d’œil aux ballons espions dans l’épisode rappelle un point utile : l’infrastructure (capteurs, drones, caméras, systèmes de pilotage) peut être détournée. Dans un contexte agroalimentaire, les risques typiques sont :
- sabotage de paramètres (températures, recettes, consignes)
- falsification de traçabilité
- arrêt d’entrepôt ou de ligne
L’IA aide aussi ici, notamment via :
- détection d’anomalies sur réseaux industriels
- détection de comportements anormaux (accès, commandes machine)
- corrélation multi-signaux (qualité + logistique + IT)
Si vous déployez des solutions IA/IoT, incluez la sécurité dès le départ. Après, c’est plus cher et plus fragile.
5 applications IA à copier-coller dans vos projets (dès 2026)
Réponse directe : la meilleure stratégie consiste à viser des cas d’usage à données disponibles, ROI rapide et intégration simple.
Voici cinq cas d’usage qui s’alignent avec l’esprit “viande 3D + drones + automatisation”, tout en restant réalistes pour des acteurs agricoles/agroalimentaires :
- Prévision de la demande à la semaine (par SKU, canal, zone)
- Objectif : réduire ruptures et surstocks.
- Optimisation des tournées sous contrainte froid
- Objectif : minimiser temps hors froid et kilomètres.
- Contrôle qualité par vision (tri, défauts, calibrage)
- Objectif : homogénéité, moins de réclamations.
- Maintenance prédictive (froid, convoyeurs, conditionnement)
- Objectif : réduire pannes et pertes produit.
- Traçabilité augmentée + détection d’incohérences
- Objectif : sécuriser les lots et accélérer les audits.
Un bon pilote se juge sur trois chiffres : taux d’erreur, temps de traitement, euros économisés (ou marge protégée).
Ce que je ferais si j’étais dirigeant agroalimentaire en 2025
Réponse directe : je construirais une “colonne vertébrale data” pour rendre l’IA déployable, puis je choisirais 2 cas d’usage à ROI clair.
Plan simple, qui évite les projets trop ambitieux :
- Audit des données (qualité, disponibilité, fréquence)
- Priorisation (2 cas d’usage max sur 90 jours)
- Pilote opérationnel avec KPI (pas un PoC “démo”)
- Industrialisation (formation, MLOps, monitoring)
- Extension à la supply chain complète
La viande imprimée 3D et la livraison par drone fascinent parce qu’elles sont visibles. Mais la vraie transformation, moins spectaculaire, c’est une chaîne agroalimentaire qui prévoit, ajuste et contrôle en continu.
La question que je vous laisse : dans votre organisation, quel maillon “du champ à l’assiette” perd le plus d’argent à cause d’une décision prise trop tard ? C’est souvent là que l’IA commence à payer.