IA et fermes du futur : leçons du CES pour 2026

Intelligence artificielle dans l’agriculture et l’agroalimentaireBy 3L3C

Du CES aux champs : comment l’IA, l’IoT et l’automatisation rendent l’agriculture plus précise, sobre et résiliente en 2026.

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IA et fermes du futur : leçons du CES pour 2026

En 2025, l’agriculture n’a plus le luxe de “faire comme avant”. Entre la volatilité des prix de l’énergie, la pression sur l’eau, des épisodes climatiques plus extrêmes et des attentes fortes sur la traçabilité, les exploitations sont poussées vers une même direction : produire plus fiable, avec moins d’intrants, et prouver ce qu’elles font.

C’est précisément ce que mettait en scène une session du CES dédiée au Future of Farming, avec un panel axé sur trois terrains très concrets : les cultures éditées génétiquement, le molecular farming (production de protéines/ingrédients par les plantes) et l’agriculture verticale. Le CES n’est pas un salon agricole au sens classique, mais c’est là que se croisent capteurs, automatisation, robotique et IA. Et, franchement, c’est souvent là que se fabrique le “prochain standard” technologique.

Dans cette nouvelle publication de notre série « Intelligence artificielle dans l’agriculture et l’agroalimentaire », je propose une lecture orientée terrain : ce que ces approches changent vraiment, où l’IA est déjà utile (sans folklore), et comment décider si ça vaut le coup d’investir en 2026.

Ce que le CES dit vraiment sur l’IA en agriculture

L’idée centrale est simple : l’IA n’est pas une brique isolée, c’est un moteur qui ne tourne que si l’exploitation est instrumentée et si les décisions sont actionnables.

Au CES, le discours “futuriste” cache généralement une réalité opérationnelle : la ferme de demain ressemble à une chaîne de production où l’on mesure, prédit, ajuste, puis vérifie. L’IA intervient à trois niveaux :

  1. Perception : caméras, capteurs IoT, stations météo, analyses d’images (feuilles, fruits, substrats).
  2. Prédiction : modèles de rendement, stress hydrique, risque maladie, planification de récolte.
  3. Action : irrigation pilotée, dosage d’intrants, consignes climatiques en serre, tri et logistique.

Une phrase que je garde : l’IA devient rentable quand elle réduit une incertitude coûteuse. Pas quand elle “fait moderne”.

En période hivernale (décembre), beaucoup de décideurs préparent budgets et plans de culture. C’est le bon moment pour faire une revue : où sont vos incertitudes qui coûtent cher ? (pertes de qualité, surconsommation d’énergie, déclassement, imprévus de main-d’œuvre, ruptures de chaîne du froid…).

Agriculture verticale : l’IA comme pilote d’usine vivante

L’agriculture verticale (et plus largement la culture en environnement contrôlé) met l’IA à son endroit le plus logique : optimiser un système fermé.

Pourquoi l’IA “marche” mieux en ferme verticale

Dans un champ, on subit une variabilité énorme (sols, météo, pression parasitaire). En vertical, on contrôle davantage : lumière, CO₂, température, humidité, irrigation, nutriments. Résultat : les données sont plus propres, les boucles de décision plus rapides, et les gains plus mesurables.

Concrètement, l’IA sert à :

  • Piloter des “recettes climatiques” (photopériode, intensité LED, spectre), selon variété et stade.
  • Prédire la récolte à la semaine près pour sécuriser l’approvisionnement retail/restauration.
  • Détecter des anomalies (stress, maladies, défaut d’irrigation) avant que la qualité ne chute.
  • Optimiser l’énergie, poste critique en 2024–2025 et qui reste un sujet majeur pour 2026.

Le point dur : l’économie, pas la technologie

Le frein principal n’est pas “l’IA”. C’est l’alignement entre :

  • coût énergétique,
  • prix de vente,
  • taux de déclassement,
  • coût main-d’œuvre,
  • et niveau d’automatisation.

Position claire : sans stratégie énergie (contrats, pilotage fin, récupération de chaleur, intégration locale), l’IA ne sauvera pas un modèle fragile. En revanche, quand la structure est saine, l’IA est un multiplicateur.

Actionnable : 5 questions à poser avant d’acheter une solution IA

  1. Le modèle propose-t-il une recommandation actionnable (consigne) ou juste un tableau de bord ?
  2. Les données viennent-elles de capteurs que vous avez déjà, ou faut-il rééquiper ?
  3. Peut-on faire une mesure avant/après sur 8–12 semaines (énergie/kg, taux de rebut, qualité) ?
  4. Qui “signe” la décision : l’algorithme, le chef de culture, ou les deux ?
  5. Comment gère-t-on les dérives : recalibrage, saisonnalité, changement de variété ?

Cultures éditées génétiquement : l’IA accélère la sélection… et la conformité

Les cultures issues de l’édition génétique (type CRISPR) sont souvent présentées comme une réponse à des contraintes fortes : résistance à certaines maladies, amélioration de la tenue post-récolte, réduction de composés indésirables, meilleure tolérance au stress.

Où l’IA intervient réellement

  • Accélération de la sélection : l’IA aide à trier des milliers de phénotypes/mesures et à rapprocher génotype ↔ traits observés.
  • Phénotypage à grande échelle : vision par ordinateur sur plants, fruits, croissance, défauts.
  • Pilotage d’essais : mieux planifier essais multi-sites, réduire le nombre de cycles nécessaires.

Mais il y a un deuxième sujet, souvent sous-estimé : la traçabilité et la conformité. En Europe, le cadre réglementaire évolue, et l’acceptabilité dépend beaucoup de la transparence. L’IA (avec une bonne gouvernance des données) peut aider à :

  • conserver un historique clair des lots,
  • relier caractéristiques variétales et performances,
  • prouver des pratiques (intrants, traitements, conditions de stockage).

Position : la technologie “variétale” ne se vend plus seule. Elle se vend avec un dossier de preuves : performance agronomique, qualité, impacts, chaîne de valeur.

Exemple d’usage proche du terrain

Sur des productions à forte exigence qualité (fruits et légumes frais), une amélioration de la tenue et une baisse du déclassement ont un impact direct. L’IA peut mesurer les défauts (vision), prédire la durée de vie, et ajuster récolte/logistique. C’est là que l’approche devient immédiatement “agroalimentaire”, pas seulement agronomique.

Molecular farming : quand les plantes deviennent des mini-usines

Le molecular farming consiste à utiliser des plantes pour produire des molécules d’intérêt : protéines, enzymes, ingrédients fonctionnels. C’est un pont naturel entre agriculture et industrie.

Pourquoi c’est stratégique pour la sécurité alimentaire

On parle souvent de sécurité alimentaire comme d’un sujet de volumes. Je pense que c’est aussi un sujet de résilience industrielle : sécuriser des approvisionnements en ingrédients critiques, limiter la dépendance à quelques zones de production, réduire la variabilité.

Le rôle de l’IA : process, qualité, montée en échelle

  • Optimisation des rendements moléculaires (conditions de culture, timing de récolte, stress contrôlé).
  • Contrôle qualité : détection d’écarts, standardisation entre lots.
  • Planification industrielle : capacité, stockage, besoins en matières premières.

La question clé : peut-on garantir un produit constant ? En agroalimentaire, la constance est souvent plus difficile que l’innovation. Et c’est typiquement un terrain où l’IA, couplée à des capteurs et une rigueur de process, apporte une valeur nette.

De la démo CES à l’adoption : une méthode de décision (simple, mais exigeante)

La majorité des projets IA en agriculture échoue pour une raison bête : on achète un outil avant d’avoir défini une décision à améliorer.

Étape 1 : choisir une “décision coûteuse”

Exemples fréquents :

  • quand irriguer et combien,
  • quand récolter pour maximiser qualité et durée de vie,
  • comment réduire le déclassement au tri,
  • comment stabiliser un coût énergie/kg en environnement contrôlé.

Étape 2 : définir un KPI unique, implacable

Un seul KPI au départ, sinon on se raconte des histoires. Par exemple :

  • kWh/kg produit,
  • % de lots déclassés,
  • €/kg de matière vendable,
  • précision de prévision de récolte (erreur en %).

Étape 3 : un pilote court, instrumenté, avec un “garde-fou”

  • Durée recommandée : 8 à 12 semaines (assez long pour voir des tendances, assez court pour décider).
  • Garde-fou : la décision finale reste humaine au début.
  • Audit des données : capteurs, fréquence, cohérence, valeurs manquantes.

L’IA n’est pas un oracle : c’est un outil de réduction du gaspillage et de la variabilité.

Étape 4 : décider vite

Trois issues saines :

  1. On généralise (ROI clair).
  2. On corrige (données insuffisantes, capteurs à revoir).
  3. On abandonne (problème mal choisi ou non rentable).

Abandonner n’est pas un échec. C’est un coût évité.

Questions que les décideurs posent (et les réponses utiles)

“Faut-il une énorme quantité de données pour démarrer ?”

Non. Il faut surtout des données fiables et un périmètre clair. Un bon pilote démarre souvent avec peu de variables, mais bien mesurées.

“L’IA remplace-t-elle l’agronome ou le chef de culture ?”

Non, et c’est une mauvaise façon de voir le sujet. L’IA automatise des calculs et des détections, pas le jugement métier. Les meilleurs résultats viennent d’un binôme : expertise terrain + modèle.

“Comment éviter de devenir dépendant d’un fournisseur ?”

Exigez :

  • export des données,
  • documentation des capteurs et formats,
  • clauses sur propriété des données,
  • possibilité d’intégrer via API (même si vous n’en êtes pas là tout de suite).

Ce que j’en retiens pour 2026 : précision, preuves, résilience

La session du CES sur le futur des fermes met le doigt sur un point que je trouve sain : on ne parle plus seulement de produire, on parle de produire avec des preuves, et avec une chaîne capable d’absorber des chocs.

Si vous travaillez dans une exploitation, une coopérative, une structure agroalimentaire ou un projet d’agtech, la prochaine étape est rarement “acheter de l’IA”. C’est plutôt : identifier l’incertitude la plus chère, instrumenter juste ce qu’il faut, puis déployer un pilote qui se juge sur un KPI dur.

Dans la suite de notre série « Intelligence artificielle dans l’agriculture et l’agroalimentaire », on ira encore plus loin sur un point décisif : comment structurer vos données (capteurs, images, traçabilité) pour que l’IA produise des recommandations fiables.

Et vous, si vous deviez choisir une seule décision à améliorer en 2026—irrigation, énergie, qualité, récolte, logistique—laquelle ferait baisser vos coûts dès le prochain cycle ?

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