Casiers alimentaires intelligents : l’IA au service du retrait

Intelligence artificielle dans l’agriculture et l’agroalimentaire••By 3L3C

Les casiers alimentaires intelligents combinent automatisation, données et IA pour fluidifier le retrait, sécuriser la chaîne du froid et réduire le gaspillage.

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Casiers alimentaires intelligents : l’IA au service du retrait

Un chiffre circule de plus en plus dans les discussions côté restauration et distribution : la “dernière minute” coûte souvent plus cher que la production elle-même. Pas parce que cuisiner est devenu simple. Mais parce que remettre le bon produit, à la bonne personne, au bon moment, sans casser la chaîne du chaud/froid, c’est un exercice de précision… et de logistique.

C’est exactement là que s’insèrent les casiers alimentaires intelligents. En 2023, un acteur qu’on associe plutôt aux matières premières agricoles a surpris en présentant un système de casiers connectés pour le retrait de repas et la livraison. Le signal est fort : l’agroalimentaire traite désormais le stockage, la traçabilité et la remise au client comme des problèmes d’ingénierie, où l’automatisation et l’IA ont un rôle très concret.

Dans cette série Intelligence artificielle dans l’agriculture et l’agroalimentaire, j’aime regarder au-delà des champs : la sécurité alimentaire et la réduction du gaspillage se jouent aussi au stade, au restaurant, au campus ou dans un hall d’immeuble. Les casiers intelligents, c’est l’exemple parfait d’une innovation “de bout de chaîne” qui renforce toute la chaîne.

Les casiers alimentaires intelligents, ce n’est pas un gadget

Un casier intelligent pour la restauration répond à un besoin simple : automatiser la remise d’une commande prête (repas, boisson, dessert) au client ou au livreur, en réduisant l’attente, les erreurs et les frictions.

Le principe opérationnel est clair :

  • Le client commande (sur mobile, borne, ou depuis sa place dans un stade).
  • Quand la commande est prĂŞte, il reçoit une notification.
  • Il se prĂ©sente au casier et confirme son arrivĂ©e.
  • Le bon compartiment s’ouvre, et la remise est faite.

Ce qui change tout, ce n’est pas “la porte qui s’ouvre”. C’est la capacité à gérer le chaud et le froid dans une même unité, à orchestrer les flux (clients + livreurs), et à créer des preuves de remise. Dans les environnements à forte densité (stades, gares, universités), ces détails font la différence entre une file d’attente ingérable et un service fluide.

Pourquoi on en voit de plus en plus depuis 2020

La pandémie a accéléré deux tendances qui ne sont pas retombées :

  1. Le retrait sans contact et la livraison comme standards, pas comme options.
  2. L’exigence client de rapidité et de visibilité (notifications, statut, ETA, etc.).

Les casiers intelligents sont une réponse industrielle à une réalité terrain : le comptoir est un goulot d’étranglement. Quand 50 personnes veulent récupérer en même temps, même une équipe bien formée sature.

L’exemple Chekt : quand un géant de l’agro bouge “comme une start-up”

Un des points intéressants de l’histoire, c’est l’origine du produit. On parle d’un groupe connu pour ses volumes et sa place dans les marchés agricoles, pas pour des dispositifs “retail”. Pourtant, via une entité digitale, il a développé un système de casiers de retrait destiné à la restauration, aux stades et aux lieux de forte affluence.

Le retour d’usage est parlant : dans certains établissements, jusqu’à 70 commandes par jour passent par les casiers pour du retrait client ou des livreurs. Et le dispositif a été déployé dans un stade de hockey sur glace, typiquement un environnement où :

  • les pics sont brutaux (mi-temps, pauses),
  • les clients veulent retourner Ă  leur siège vite,
  • chaque minute d’attente a un coĂ»t (insatisfaction, ventes perdues).

Mon avis : si un système marche dans un stade, il a de bonnes chances de marcher dans beaucoup d’autres contextes. Les contraintes y sont plus dures que dans un restaurant “classique”.

Ce que ces casiers automatisent réellement

On sous-estime souvent la liste des micro-tâches supprimées :

  • vĂ©rifier le nom / numĂ©ro de commande,
  • chercher le sac au bon endroit,
  • gĂ©rer les “je suis lĂ  dans 2 minutes”,
  • arbitrer entre clients sur place et livreurs,
  • expliquer oĂą attendre,
  • rĂ©imprimer, ressaisir, corriger.

Automatiser la remise, c’est récupérer du temps humain pour ce qui a de la valeur : production, qualité, relation client, résolution de problèmes.

Où l’IA entre vraiment en jeu (et pourquoi c’est stratégique)

Un casier “connecté” n’est pas forcément “piloté par IA”. Mais c’est un point de collecte de données exceptionnel. Et dans l’agroalimentaire, les données finissent presque toujours par nourrir des modèles : prévision, optimisation, contrôle qualité, réduction du gaspillage.

Voici les cas d’usage où l’IA apporte une valeur nette.

Prévision des pics et allocation dynamique des compartiments

Le point clé : un casier est une capacité finie (nombre de compartiments, zones chaud/froid). Si on remplit mal, on bloque.

Avec des historiques (jours de match, météo, événements, menus, promotions), des modèles peuvent :

  • prĂ©dire les crĂ©neaux de surcharge,
  • recommander un “mix” de compartiments chaud/froid,
  • ajuster les temps de prĂ©paration et l’ordonnancement,
  • rĂ©duire les temps d’attente perçus.

Un bon système ne se contente pas d’afficher “prêt”. Il orchestre les flux pour éviter l’embouteillage.

Surveillance température, fraîcheur et sécurité alimentaire

Dans la logique agriculture de précision → agroalimentaire de précision, la température est un capteur aussi important qu’une sonde d’humidité au champ.

L’IA peut aider à :

  • dĂ©tecter des dĂ©rives de tempĂ©rature (anomalies),
  • estimer le risque qualitĂ© selon durĂ©e d’attente,
  • dĂ©clencher des règles de retrait automatique (ne pas remettre un produit au-delĂ  d’un seuil),
  • prioriser certaines commandes Ă  sortir plus vite.

Phrase simple, mais vraie : ce qui n’est pas mesuré finit en perte.

Réduction du gaspillage via règles intelligentes de fin de vie

Dans beaucoup de sites, une commande non récupérée devient un casse-tête : remboursement, recuisson, jet.

En combinant temps, température, type de produit, historique d’absences, on peut mettre en place :

  • des alertes proactives (“votre commande attend depuis 8 minutes”),
  • des relances multi-canales,
  • une bascule vers un comptoir “assistance”,
  • des scĂ©narios anti-gaspi (rĂ©affectation contrĂ´lĂ©e, dons selon politique interne, etc.).

On ne “sauve” pas tout. Mais on réduit les pertes systématiques.

Ce que ça change pour la chaîne agroalimentaire (au-delà du restaurant)

Le lien avec la sécurité alimentaire et l’optimisation des chaînes logistiques est direct : le casier est un maillon de la supply chain. Petit, mais décisif.

La “dernière centaine de mètres” devient traçable

Dans l’agroalimentaire, on parle beaucoup traçabilité amont (parcelle, lot, transport). Mais la remise au client est souvent un trou noir.

Un casier intelligent peut fournir :

  • un horodatage de dĂ©pĂ´t,
  • un horodatage de retrait,
  • une preuve d’ouverture,
  • un suivi de tempĂ©rature (selon Ă©quipement),
  • des logs d’incident.

Cette granularité est précieuse pour : qualité, audits internes, amélioration continue, et gestion des litiges.

Les stades, campus et résidences : les prochains “hotspots”

Les lieux où ça s’impose le plus vite sont ceux qui cumulent volume + contraintes d’attente :

  • stades et salles de spectacle,
  • universitĂ©s et Ă©coles,
  • grandes entreprises (restauration collective),
  • rĂ©sidences Ă©tudiantes et immeubles multi-logements.

Fin 2025, avec l’habitude du click-and-collect et des notifications, le public accepte très bien un parcours “je commande → je récupère”. Ce qu’il n’accepte pas, c’est l’incertitude.

Déployer des casiers intelligents : check-list pragmatique

Installer un casier n’est pas difficile. Le faire marcher au quotidien, si.

Les 7 questions à trancher avant d’acheter

  1. Quel mix chaud/froid et quel volume au pic (pas en moyenne) ?
  2. Où placer le casier pour éviter les attroupements et fluidifier l’accès ?
  3. Qui dépose la commande et à quel moment du process (passe, expédition, contrôle) ?
  4. Quelle stratégie pour les commandes non récupérées (seuils, remboursement, re-traitement) ?
  5. Comment gérer les livreurs (accès, priorités, fraude) ?
  6. Quelles intégrations SI : caisse, agrégateurs, appli, ERP, inventaire ?
  7. Quel niveau d’exigence sur la donnée (température, logs, KPI) ?

Les KPI qui prouvent le ROI (sans se raconter d’histoires)

Si vous devez suivre seulement quelques métriques :

  • Temps moyen entre “prĂŞt” et “retiré”
  • Taux d’erreurs de remise (mauvaise commande)
  • Taux de commandes non rĂ©cupĂ©rĂ©es
  • CapacitĂ© au pic (commandes/15 minutes)
  • Heures de main-d’œuvre Ă©conomisĂ©es au comptoir
  • Taux de satisfaction (NPS, avis, retours)

Un bon déploiement se voit vite : moins de frictions, moins de conflits, et une production qui respire.

Une règle utile : si le casier ne réduit pas la charge au pic, il devient une “belle vitrine” qui n’aide pas.

Pourquoi ce sujet compte dans une stratégie IA agroalimentaire

On parle beaucoup d’IA pour optimiser les rendements agricoles, prédire les maladies ou ajuster l’irrigation. C’est essentiel. Mais l’IA dans l’agroalimentaire, c’est aussi l’optimisation de la distribution, du stockage et de la remise, là où une part importante du gaspillage se matérialise.

Les casiers alimentaires intelligents sont une pièce du puzzle : ils créent un point de contrôle (température, temps, preuve de remise) et un point d’orchestration (flux, capacité, priorités). Avec de bons capteurs et une gouvernance de données sérieuse, ils deviennent une brique solide pour :

  • rĂ©duire les pertes,
  • fiabiliser la qualitĂ©,
  • sĂ©curiser la chaĂ®ne du chaud/froid,
  • amĂ©liorer l’expĂ©rience client,
  • absorber des volumes sans recruter uniquement “au comptoir”.

Si vous gérez un réseau de restauration, un site de restauration collective, une entreprise agroalimentaire avec des points de vente, ou une plateforme logistique du dernier kilomètre, ma recommandation est simple : traitez le retrait comme un process industriel. Les casiers intelligents sont souvent le point d’entrée le plus concret.

La question à se poser pour 2026 n’est pas “est-ce qu’on en aura besoin ?”. C’est plutôt : où placer l’automatisation pour gagner en sécurité alimentaire et en efficacité sans dégrader l’expérience ?