Thiès : former aux compétences IA pour l’agriculture

Comment l’IA transforme l’agriculture et l’agro-industrie au SénégalBy 3L3C

À Thiès, l’ONFP se rapproche du terrain. Une opportunité concrète pour former aux compétences IA et moderniser agriculture et agro-industrie.

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Thiès : former aux compétences IA pour l’agriculture

Le 24/12/2025, à Thiès, l’Office national de formation professionnelle (ONFP) a inauguré une antenne régionale. Sur le papier, c’est “juste” une ouverture de service public. Sur le terrain, c’est un signal plus fort : la modernisation de l’agriculture et de l’agro-industrie au Sénégal passera par les compétences, pas uniquement par l’achat de machines, d’applications ou de drones.

Voici ce qui change concrètement : quand la formation se rapproche des producteurs, des coopératives, des transformateurs et des jeunes en insertion, l’adoption d’outils d’intelligence artificielle (IA) devient plus réaliste. Parce que l’IA en agriculture n’est pas un sujet de laboratoire ; c’est un ensemble de gestes quotidiens (collecter des données, interpréter une recommandation, paramétrer une alerte, vérifier un diagnostic) qui demandent de la méthode.

Dans cette série « Comment l’IA transforme l’agriculture et l’agro-industrie au Sénégal », j’insiste sur un point : l’IA n’est utile que si les équipes savent s’en servir sans dépendre d’un prestataire pour chaque décision. L’ouverture de l’antenne ONFP à Thiès est donc une opportunité directe pour structurer cette montée en compétences, au plus près des bassins agricoles et des PME agro-industrielles.

L’antenne ONFP de Thiès : pourquoi c’est stratégique pour l’agro

Réponse directe : la décentralisation de l’ONFP réduit la distance entre l’offre de formation et les besoins réels des filières agricoles et agro-industrielles.

Thiès n’est pas un “détail géographique”. C’est un carrefour : proximité de Dakar, dynamique économique, accès à des zones de production et à un tissu d’entreprises. Installer une antenne ONFP, c’est rendre plus simple :

  • l’identification des métiers qui manquent (techniciens, opérateurs, maintenance, qualité, logistique)
  • la mise en place de parcours courts et utiles
  • l’ajustement des contenus au rythme des saisons et des campagnes agricoles

Dans l’article source, l’ONFP présente cette ouverture comme une étape majeure de sa stratégie de décentralisation et de rapprochement avec les populations locales, lors d’une cérémonie en présence du directeur général Mouhamadou Lamine Bara Lo et du chef d’antenne de Thiès, Talla Diouf.

Ce rapprochement est exactement ce qui manque souvent à l’innovation “top-down”. L’IA appliquée à l’agriculture ne se déploie pas seulement avec une présentation PowerPoint ; elle se déploie quand un technicien sait configurer une collecte, quand un chef de station sait lire des tableaux, quand une coopérative sait standardiser ses données.

Le vrai frein à l’IA agricole au Sénégal : la compétence, pas l’envie

Réponse directe : le principal blocage de l’IA en agriculture est l’écart entre des outils disponibles et la capacité opérationnelle à les utiliser, les maintenir et les évaluer.

On rencontre souvent un mythe : « Les agriculteurs ne veulent pas de technologie ». La réalité est plus simple : la plupart veulent ce qui marche, et ce qui marche doit être : compréhensible, fiable, rentable et utilisable hors connexion (ou avec une connectivité imparfaite).

Ce que l’IA exige, au quotidien

L’IA en agriculture et agro-industrie repose sur quelques briques très concrètes :

  1. Données : relevés (pluie, irrigation, traitements), photos de symptômes, poids, humidité, températures.
  2. Qualité des données : mêmes unités, mêmes formats, mêmes noms de parcelles, mêmes dates.
  3. Interprétation : comprendre une recommandation et savoir quand la contester.
  4. Process : décider qui fait quoi (collecte, validation, action), et à quelle fréquence.

Sans formation, on obtient des “preuves de concept” qui s’arrêtent dès que le projet pilote se termine.

Les compétences à viser (et qui se forment)

Pour que l’IA serve les filières, il faut des profils intermédiaires, pas uniquement des ingénieurs :

  • Agents de terrain capables de faire de la collecte numérique propre
  • Superviseurs capables d’analyser des indicateurs simples (rendement, pertes, qualité)
  • Opérateurs en usine capables de suivre des paramètres (tri, séchage, stockage)
  • Responsables qualité capables de tracer un lot et d’identifier des causes de non-conformité

C’est précisément le rôle d’un dispositif comme l’ONFP : professionnaliser ces métiers, avec des contenus pragmatiques et certifiants.

Comment une antenne ONFP peut accélérer l’IA dans les filières agricoles

Réponse directe : en intégrant des modules IA “métier” dans des formations courtes, on transforme l’IA en compétence collective, pas en gadget.

L’IA utile en agriculture au Sénégal se situe souvent dans des usages simples mais à fort impact économique. Voici des axes de formation réalistes qu’une antenne régionale peut porter, seule ou avec des partenaires.

1) IA pour le conseil agricole : alertes, diagnostics, calendrier

Objectif : réduire les erreurs coûteuses et améliorer le timing.

  • Lecture d’images (smartphone) pour pré-diagnostic de ravageurs/maladies (avec prudence et vérification)
  • Mise en place d’alertes basées sur météo locale et historique (traitement, irrigation)
  • Tenue d’un carnet numérique de parcelle et règles de saisie

Une règle simple : une recommandation IA n’est jamais une consigne, c’est une hypothèse. Former à cette nuance évite les décisions aveugles.

2) IA en agro-industrie : qualité, tri et réduction des pertes

Objectif : gagner sur la marge en réduisant les pertes et les retours.

  • Contrôle visuel assisté (classer, détecter défauts, homogénéiser)
  • Aide à la planification (quand produire, combien stocker)
  • Détection d’anomalies sur des paramètres machine (température, humidité, vibrations)

Même sans capteurs sophistiqués, des feuilles de suivi standardisées et une saisie régulière permettent déjà d’identifier des dérives.

3) IA pour la commercialisation : prévision, prix, contenu

Objectif : vendre mieux, pas seulement produire plus.

  • Prévision simple de demande (saisonnalité, historique des ventes)
  • Segmentation clients (revendeurs, restaurants, grandes surfaces, export)
  • Création de contenus (fiches produit, posts, catalogues) avec IA générative, en gardant une validation humaine

J’ai constaté que beaucoup de PME agro gagnent du temps dès qu’elles standardisent : une fiche produit, une charte de messages, et des modèles de réponses client. L’IA vient ensuite amplifier.

Un plan concret à 90 jours pour démarrer (producteurs et PME)

Réponse directe : si vous voulez “faire de l’IA”, commencez par une base de données propre, une cible métier unique et une formation courte.

Voici une approche pragmatique, adaptée au contexte sénégalais (contraintes de temps, de budget, de connectivité).

Étape 1 — Choisir un seul cas d’usage rentable

Exemples :

  • réduire les pertes post-récolte de 5–10%
  • réduire les ruptures de stock en haute saison
  • mieux planifier la main-d’œuvre sur 4 semaines

Étape 2 — Standardiser la collecte (avant tout outil)

  • 10 champs maximum au départ (date, parcelle/lot, volume, incident, action)
  • même format de date (DD/MM/YYYY)
  • responsable de validation (une personne, pas “tout le monde”)

Étape 3 — Former une petite équipe “noyau”

  • 1 superviseur (pilotage)
  • 2 agents (collecte/terrain)
  • 1 référent qualité ou magasin (traçabilité)

Une antenne ONFP régionale peut jouer un rôle clé ici : former localement, faire du suivi, adapter au secteur (maraîchage, céréales, horticulture, transformation, etc.).

Étape 4 — Mesurer avec 3 indicateurs

  • taux de pertes (ou rebuts)
  • respect du planning (retards, ruptures)
  • marge par lot (même approximative)

Si l’IA n’améliore pas un indicateur, on ajuste ou on abandonne. C’est sain.

Questions fréquentes (et réponses franches)

“L’IA va remplacer les techniciens agricoles ?”

Non. Elle standardise des tâches répétitives (saisie, tri, première analyse), mais elle augmente la valeur des techniciens : diagnostic final, arbitrage, formation des producteurs, contrôle qualité.

“Faut-il internet stable pour utiliser l’IA ?”

Pas toujours. Beaucoup de solutions fonctionnent en mode hybride : collecte hors ligne, synchronisation plus tard. La clé est la discipline de saisie.

“Par quoi commencer si on n’a pas de budget ?”

Commencez par la formation et l’organisation des données. Un bon tableur + une méthode vaut mieux qu’une application coûteuse mal utilisée.

Ce que l’ouverture de Thiès change dès 2026

La cérémonie du 24/12/2025 n’est pas qu’un ruban coupé. C’est une infrastructure de compétences qui peut soutenir, dès 2026, des formations orientées résultats pour l’agriculture et l’agro-industrie : agents de collecte, assistants qualité, superviseurs de production, techniciens maintenance, et demain des profils “IA métier”.

La meilleure approche pour moderniser l’agriculture sénégalaise, c’est d’arrêter d’opposer tradition et innovation. On peut garder les savoir-faire, tout en outillant la décision. Et quand la formation est locale, les chances d’adoption montent.

Si vous êtes une coopérative, une PME de transformation, une ONG terrain ou un acteur public à Thiès (ou dans les régions voisines), la bonne question à se poser maintenant est simple : quel problème opérationnel voulez-vous résoudre en 90 jours avec des compétences nouvelles — et quelle formation faut-il pour y arriver ?

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