Des formations ISRA/CERAAS renforcent l’employabilité des jeunes et préparent une agro-industrie sénégalaise prête à l’IA, du champ au marché.

Former les jeunes pour une agro-industrie prête à l’IA
En 2025, le Sénégal ne manque pas d’idées en agriculture. Ce qui manque encore trop souvent, ce sont des compétences immédiatement opérationnelles pour transformer ces idées en revenus, en emplois durables et en produits qui se vendent bien—au village comme à Dakar, et parfois au-delà .
C’est exactement ce que rappelle l’appel à candidatures lancé par l’ISRA, via le CERAAS, autour de quatre thématiques de formations pratiques destinées à renforcer l’employabilité des jeunes dans l’agriculture et l’agroalimentaire. L’annonce paraît simple. En réalité, elle dit quelque chose de plus profond : le pays investit dans un socle de talents capable d’absorber la prochaine vague—celle de la digitalisation et de l’IA appliquée à l’agriculture.
Cette publication s’inscrit dans notre série « Comment l’IA transforme l’agriculture et l’agro-industrie au Sénégal ». Mon point de vue est clair : on ne “déploie” pas l’IA comme on installe une pompe. On la rend utile quand les équipes savent mesurer, tracer, vendre, décider et exécuter. Et c’est précisément là que la formation devient stratégique.
Pourquoi ces formations comptent pour une agriculture “IA-ready”
Réponse directe : parce que l’IA ne crée de valeur que si elle s’appuie sur des données fiables, des process simples et des personnes capables d’agir vite.
On peut acheter des capteurs, des drones, ou des logiciels. Mais si personne ne sait définir un besoin, collecter les bonnes informations (rendements, humidité, qualité, prix, pertes), ou traduire un diagnostic en action, l’innovation s’arrête au stade de la démonstration.
Au Sénégal, l’enjeu est encore plus concret : l’agriculture et l’agroalimentaire doivent gérer à la fois la variabilité climatique, la pression sur les coûts (intrants, énergie, transport) et des marchés qui demandent davantage de qualité et de régularité. L’IA, bien utilisée, peut :
- améliorer le pilotage des cultures (alertes, prévisions, optimisation)
- réduire les pertes post-récolte (tri, stockage, logistique)
- renforcer la commercialisation (prévision de demande, contenu marketing, pricing)
- faciliter la traçabilité (qualité, lots, conformité)
Mais tout cela suppose des profils formés, notamment des jeunes, qui sont souvent les plus à l’aise avec les outils numériques—à condition qu’on leur donne un cadre pratique, orienté résultats.
Une phrase à garder en tête : l’IA n’améliore pas une activité floue ; elle amplifie une activité déjà organisée.
Ce que dit l’appel de l’ISRA/CERAAS : 4 thématiques, 4 leviers de valeur
Réponse directe : l’appel à candidatures de l’ISRA vise des formations pratiques pour rendre les jeunes employables—et ces compétences constituent aussi une base idéale pour intégrer l’IA dans les chaînes de valeur.
L’annonce de l’ISRA (publiée le 13/10/2025) met en avant quatre thématiques. Même si l’article public ne détaille pas les modules dans le texte, le message est net : on parle de formations pratiques, pas de théorie.
Dans la logique “agriculture + IA”, j’ai trouvé utile de lire cet appel comme un plan de montée en compétences autour de quatre besoins que tout acteur agro-industriel rencontre :
1) Production mieux pilotée (du champ à la décision)
Réponse directe : un jeune formé à la production moderne devient rapidement capable d’utiliser des outils d’aide à la décision (dont l’IA) pour gagner en rendement et en régularité.
Dans le terrain, la production souffre souvent de deux choses : la décision tardive et l’absence de suivi. Une formation bien faite devrait renforcer :
- l’observation agronomique (stades, stress hydrique, ravageurs)
- la planification (itinéraires techniques, calendriers)
- la mesure (petites fiches, protocoles, photos, géolocalisation)
Pont IA (concret) : dès qu’on sait collecter correctement ces informations, on peut utiliser des modèles simples (même sur smartphone) pour :
- détecter des symptômes sur feuilles via photo
- recevoir des alertes météo contextualisées
- estimer les besoins d’irrigation
Ce n’est pas de la magie. C’est de la rigueur + des outils.
2) Transformation agroalimentaire et qualité (ce qui se vend se standardise)
Réponse directe : la transformation augmente la valeur ajoutée, et l’IA peut aider à standardiser la qualité et réduire les pertes.
En décembre 2025, beaucoup de jeunes cherchent des opportunités hors des champs, notamment dans : l’unitisation, le conditionnement, la transformation (céréales, fruits, produits locaux), ou l’assurance qualité. Le vrai problème ? La qualité est parfois variable, ce qui casse la confiance des acheteurs.
Une formation orientée employabilité doit couvrir :
- hygiène et bonnes pratiques
- contrôle qualité simple (humidité, tri, défauts)
- organisation d’atelier (flux, nettoyage, traçabilité)
Pont IA (concret) : en atelier, l’IA est utile pour :
- assister le tri visuel (défauts, calibres) avec des systèmes caméra
- analyser des séries de mesures (humidité, température de séchage)
- prévoir la maintenance (pannes répétitives, consommation énergétique)
Même sans machine sophistiquée, on peut déjà progresser avec des tableaux de bord simples et des règles décisionnelles automatisées.
3) Commercialisation et communication (le produit ne se vend pas “tout seul”)
Réponse directe : la vente est une compétence, et l’IA permet d’industrialiser la communication et d’améliorer la prospection.
La plupart des projets agricoles échouent moins par manque de production que par manque de marché. Or, commercialiser demande de savoir :
- présenter une offre (formats, prix, volumes, délais)
- maintenir une relation client (relances, suivi)
- construire une marque de confiance (preuves, constance)
Pont IA (très pratique) : pour un jeune en coopérative ou en petite entreprise, l’IA peut aider à :
- rédiger des fiches produits (ingrédients, usage, conservation)
- produire des scripts audio/vidéo pour WhatsApp et réseaux
- segmenter des prospects (grossistes, boutiques, restaurants)
- préparer un plan de contenu mensuel (calé sur saisons et récoltes)
Décembre est un bon moment pour ça : les fêtes stimulent la demande sur certains produits transformés. Les structures qui savent communiquer proprement captent la valeur.
4) Entrepreneuriat, gestion et “data” (la rentabilité se calcule)
Réponse directe : sans gestion, pas d’entreprise durable ; et sans données, pas d’IA utile.
L’employabilité ne se limite pas à “savoir faire”. Elle dépend aussi de la capacité à :
- chiffrer un coût de revient
- suivre des stocks et des ventes
- piloter une trésorerie
- documenter une activité (indispensable pour financement)
Pont IA (structurant) : la gestion outillée ouvre la porte à des usages comme :
- prévision de trésorerie à partir des ventes passées
- optimisation de réapprovisionnement
- recommandations de prix selon saison et disponibilité
C’est aussi la base pour travailler avec des partenaires agro-industriels qui exigent des chiffres et des engagements.
Comment une formation “pratique” prépare vraiment à l’IA (et pas juste au numérique)
Réponse directe : une formation IA-ready enseigne trois choses : des routines de collecte, des indicateurs simples, et des décisions actionnables.
J’ai vu des programmes “digital” échouer parce qu’ils commençaient par l’outil. Les meilleurs commencent par le travail réel : comment on mesure, qui mesure, quand, et pour décider quoi.
Voici une grille très opérationnelle que les jeunes (et les formateurs) peuvent utiliser dès la première semaine :
- Choisir 5 indicateurs max (ex. rendement/planche, taux de défaut, délai de livraison, marge, pertes)
- Définir une cadence (quotidienne, hebdo, par lot)
- Standardiser la saisie (mêmes unités, mêmes noms, même format)
- Mettre une règle de décision (si humidité > X, alors séchage + Y heures ; si stock < Z, alors réappro)
- Documenter les résultats (avant/après, photos, factures, retours clients)
Cette discipline donne ensuite une matière parfaite pour l’IA : données propres, contexte clair, objectif mesurable.
Ce que les recruteurs et partenaires attendent des jeunes en 2026
Réponse directe : ils veulent des profils capables de tenir un poste, produire des preuves et améliorer un process—pas des “utilisateurs d’applis”.
Le marché de l’emploi agricole et agroalimentaire au Sénégal évolue vite. Les structures (GIE, PME, projets, industriels) cherchent des jeunes qui savent :
- appliquer un protocole (qualité, hygiène, suivi)
- remonter une anomalie avec des éléments concrets
- utiliser un tableur et des outils mobiles pour tracer l’activité
- communiquer proprement (écrit, audio, visuels) avec clients/partenaires
L’IA, dans ce contexte, devient un accélérateur : elle aide à produire des livrables (rapports, contenus, tableaux), à analyser des écarts, à gagner du temps. Mais la valeur, elle, reste dans l’exécution.
Passer à l’action : comment candidater intelligemment (et se démarquer)
Réponse directe : pour sortir du lot, il faut prouver qu’on a un objectif métier clair et qu’on sait apprendre par la pratique.
Sans entrer dans les détails administratifs (qui sont dans les documents de l’appel), voici ce qui fait la différence dans une candidature à une formation orientée employabilité :
- Un projet simple et concret : “réduire les pertes de mil stocké”, “standardiser une farine”, “vendre 200 unités/mois”
- Un contexte réel : exploitation familiale, groupement, stage, petit atelier, activité de commerce
- Une preuve d’engagement : photos de parcelles/atelier, mini-tableau de coûts, échantillons, page de vente, retours clients
- Une ambition réaliste : emploi visé, rôle visé, compétences à acquérir en 3 mois
Ce type de dossier montre une maturité professionnelle. Et c’est précisément ce qu’un écosystème “IA + agriculture” a besoin de recruter.
Ce que cette initiative annonce pour l’écosystème IA agricole au Sénégal
Réponse directe : former maintenant, c’est créer un vivier de techniciens, d’opérateurs et de managers capables d’adopter l’IA dès qu’elle devient accessible à grande échelle.
L’appel à candidatures de l’ISRA/CERAAS n’est pas “juste” une opportunité de plus. Il s’inscrit dans un mouvement plus large : recherche, infrastructures, partenariats et montée en compétences. On l’a encore vu en 2025 avec des initiatives autour d’équipements et de modernisation de la recherche (serres, évaluation variétale, etc.).
La suite logique, en 2026, c’est l’intégration plus systématique de :
- la collecte terrain (smartphone, capteurs, fiches standard)
- la gestion numérique (stocks, ventes, qualité)
- l’aide à la décision (modèles simples, alertes, prévisions)
- la communication automatisée (contenus, CRM léger)
Former des jeunes sur des compétences pratiques aujourd’hui, c’est éviter un scénario classique : des technologies disponibles, mais pas de main-d’œuvre qualifiée pour les rendre rentables.
Et maintenant ?
Si vous êtes jeune diplômé, technicien, ou porteur de projet, cet appel est un rappel utile : le marché récompense ceux qui savent produire ET vendre, avec des preuves. Si vous êtes une entreprise, une coopérative ou un projet, c’est aussi un signal : investir dans des compétences pratiques, c’est préparer une adoption de l’IA plus rapide et moins coûteuse.
Dans la prochaine publication de cette série « Comment l’IA transforme l’agriculture et l’agro-industrie au Sénégal », je vais être encore plus concret : quels outils IA simples (rédaction, analyse, images, suivi) une petite structure agroalimentaire peut déployer en 30 jours—sans équipe technique.
La question qui reste, et qui compte vraiment : qui, dans votre chaîne de valeur, est responsable de transformer les données du terrain en décisions rentables ?