Sécurité alimentaire, foncier, jeunesse : le Forum Foncier Mondial inspire le Sénégal. Découvrez comment l’IA améliore eau, rendements et gouvernance.

IA, foncier et jeunesse : cap sur l’agriculture au Sénégal
En 2025, la sécurité alimentaire n’est plus une affaire de « bonne saison ». C’est une équation : terre + eau + énergie + données. Et quand un de ces facteurs se dérègle (pluies irrégulières, pression foncière, hausse des intrants), tout le système tremble.
C’est exactement ce que rappelait le Forum Foncier Mondial 2022 (21–26/05/2022) en Jordanie : sans gouvernance foncière solide et sans solutions climatiques crédibles, l’agriculture durable reste un slogan. Ce qui m’intéresse surtout, c’est le fil conducteur très actuel pour le Sénégal : l’engagement des jeunes et la capacité à transformer des contraintes (accès à la terre, pénurie d’eau, litiges) en opportunités économiques. L’outil qui rend ça plus concret aujourd’hui ? L’intelligence artificielle appliquée à l’agriculture et à l’agro-industrie sénégalaises.
Une idée simple : on ne modernise pas l’agriculture sans sécuriser l’accès à la terre et sans mieux gérer l’eau. L’IA n’est pas une baguette magique, mais elle peut rendre les décisions plus rapides, plus transparentes et plus rentables.
Le message du Forum Foncier Mondial : la terre est une infrastructure
Réponse directe : le Global Land Forum a remis la terre au centre des politiques publiques, au même titre que les routes ou l’électricité, parce que sans droits fonciers clairs et équitables, il n’y a ni investissement durable ni résilience climatique.
Le Forum 2022 s’est tenu dans un pays confronté à des défis extrêmes : pénurie d’eau, pression démographique, migrations et tensions régionales. La Jordanie a aussi mis en avant un point stratégique : l’implication des jeunes pour bâtir un avenir durable.
Pour le Sénégal, la traduction est immédiate. Quand un producteur n’a pas de visibilité sur la durée d’accès à sa parcelle, il hésite à :
- planter des cultures pérennes,
- investir dans l’irrigation (goutte-à -goutte, forages, bassins),
- adopter des pratiques régénératives (couvert végétal, rotation),
- formaliser des contrats d’approvisionnement avec l’agro-industrie.
L’IA n’efface pas ces blocages, mais elle peut réduire les frictions : meilleure information, meilleure traçabilité, meilleure capacité à arbitrer.
Transparence foncière : là où l’IA devient utile (sans être “high-tech”)
Réponse directe : l’IA apporte de la valeur quand elle transforme une administration foncière lente et opaque en un système plus lisible, vérifiable et orienté service, surtout au niveau local.
Le Forum posait une question centrale : comment décentraliser l’administration foncière en favorisant la transparence ? Au Sénégal, c’est souvent une histoire de documents dispersés, de plans approximatifs, de procédures qui prennent du temps, et de confiance fragile.
IA + cartographie : passer du “on dit” au “on voit”
Concrètement, l’IA peut aider à exploiter des données déjà accessibles (images satellite, drones, historiques météo, relevés topographiques). Pas pour « remplacer » l’administration, mais pour :
- Détecter les empiètements et changements d’usage (extension urbaine, défrichements, fragmentation des parcelles).
- Mettre à jour des cartes foncières à moindre coût (classification d’occupation des sols).
- Aider à la priorisation des contrôles : aller sur le terrain là où les signaux de conflit ou de pression foncière sont les plus élevés.
Un bénéfice très concret pour l’agro-industrie : des chaînes d’approvisionnement plus stables. Quand les parcelles sont mieux identifiées et les usages plus clairs, les projets de contractualisation (arachide, riz, horticulture, anacarde) ont moins de risques opérationnels.
IA et gestion des litiges : accélérer sans “robotiser” la justice
Le Forum insistait aussi sur la résolution efficace des litiges. Dans la pratique, l’IA peut soutenir des mécanismes de médiation et d’instruction, par exemple :
- tri et analyse de dossiers (repérer incohérences, pièces manquantes),
- recherche intelligente dans des archives numérisées (actes, délibérations, plans),
- modèles de risques (zones à forte probabilité de litige selon historique et pression foncière).
Je prends une position claire : sans règles d’usage et sans voies de recours rapides, les innovations agricoles finissent par profiter aux plus puissants. L’IA doit donc servir la transparence, pas la contourner.
Terre, eau, nourriture, énergie : l’équation qui ressemble au Sénégal
Réponse directe : la Jordanie a mis en avant le lien terre-eau-alimentation-énergie ; le Sénégal vit la même interdépendance, et l’IA aide surtout à optimiser l’eau et à réduire les pertes.
Au Sénégal, l’eau décide souvent du rendement, mais aussi du calendrier de semis, de la qualité, et du coût de production. Les périodes de stress hydrique et l’irrégularité des pluies rendent les décisions plus difficiles.
3 usages IA très pragmatiques pour l’eau
- Prévision de besoins en irrigation : modèles basés sur météo locale, type de sol, stade de culture.
- Détection de fuites et d’anomalies (capteurs simples + alertes) dans des périmètres irrigués.
- Planification de tours d’eau : optimiser la distribution quand la ressource est limitée.
Le résultat attendu est mesurable : moins d’eau gaspillée, moins de stress sur les pompes (donc moins d’énergie), meilleure stabilité des rendements.
Réduire les pertes post-récolte avec des “petites IA”
On parle beaucoup de production, moins des pertes. Pourtant, une partie de la sécurité alimentaire se gagne après la récolte : tri, stockage, transport, débouchés.
L’IA peut aider via :
- vision par ordinateur pour le tri qualité (fruits/légumes),
- prévision de la demande pour mieux écouler (marchés locaux, hôtels, transformation),
- optimisation logistique (itineraires, regroupement de lots).
Dans l’agro-industrie sénégalaise, c’est souvent là que le ROI arrive le plus vite : on vend mieux ce qu’on produit déjà .
Jeunes et “fonds fonciers” : ce que le Sénégal peut reprendre, version IA
Réponse directe : l’idée de soutenir un mouvement de jeunesse via des mécanismes d’accès à la terre (y compris la remise en valeur de terres abandonnées) est transférable au Sénégal, et l’IA peut sécuriser la sélection, le suivi et la performance.
Le Forum évoquait des « fonds fonciers » pour aider les jeunes à transformer des terres abandonnées. L’idée n’est pas de distribuer des hectares au hasard. L’idée, c’est de bâtir un pipeline : accès → accompagnement → performance → financement.
À quoi ressemble un programme crédible “Jeunes + IA + Terre” ?
Voici une architecture simple, réaliste, et actionnable :
- Identification des parcelles : cartographie des friches/terres sous-exploitées (imagerie + terrain).
- Appariement jeunes–parcelles : matching selon compétences, proximité, accès à l’eau, type de culture.
- Coaching technique : recommandations agronomiques (calendrier, intrants, lutte intégrée) via mobile.
- Suivi de performance : indicateurs de rendement, consommation d’eau, qualité, respect de pratiques.
- Accès au financement : microcrédit ou financement adossé à des données de performance (pas seulement des garanties).
Ce que j’ai observé dans beaucoup de projets, c’est que la vraie barrière n’est pas l’outil IA : c’est la capacité à transformer l’outil en routine de travail (collecte, discipline, usage). D’où l’importance d’un accompagnement de terrain.
Former sans exclure : l’adoption, pas la démonstration
Un risque fréquent : créer des projets vitrines, très technologiques, mais peu adoptés.
Pour éviter ça au Sénégal :
- commencer par des cas d’usage courts (une campagne, une culture),
- utiliser des interfaces simples (WhatsApp, SMS, audio en langues locales),
- mesurer 3 KPI maximum au début (eau, rendement, pertes),
- former des animateurs agricoles “data” issus des zones de production.
Gouvernance foncière et droits des femmes : l’IA doit servir l’équité
Réponse directe : quand l’IA est utilisée en agriculture, elle doit être conçue pour renforcer l’accès équitable à la terre et à l’héritage, sinon elle amplifie les inégalités existantes.
Le Forum posait explicitement la question des droits égaux à la terre et à l’héritage pour les femmes. Au Sénégal, la réalité est souvent faite d’arrangements locaux, de droits coutumiers, et d’accès indirect.
Deux leviers où l’IA peut aider, si le cadre est bien posé :
- Traçabilité des décisions et des attributions : moins d’arbitraire quand les dossiers sont suivis, horodatés, consultables.
- Accès à l’information : guides vocaux, assistance administrative, explication des procédures et des recours.
Un principe que je défends : la transparence est une politique publique, pas une fonctionnalité. Les outils numériques ne valent rien si les règles ne sont pas appliquées.
Mini FAQ (format “réponse directe”) pour décideurs et agro-industriels
L’IA peut-elle augmenter les rendements au Sénégal ?
Oui, si elle est branchée sur des décisions concrètes : calendrier de semis, irrigation, fertilisation, lutte contre ravageurs. Sinon, elle produit juste des rapports.
Faut-il beaucoup de données pour commencer ?
Non. Un bon pilote démarre avec peu de variables, mais collectées de façon régulière. La qualité bat la quantité.
Quel est le premier chantier : IA ou foncier ?
Le foncier. L’IA accélère, mais elle n’apporte pas la sécurité juridique. Sans sécurité d’usage, l’investissement agricole reste fragile.
Ce que le Forum 2022 nous dit encore en 2025
Le Forum Foncier Mondial 2022 a insisté sur des thèmes très “terrain” : transparence, litiges, étalement urbain, lien terre-eau-alimentation-énergie, droits des femmes, opportunités pour la jeunesse, prévention des conflits. Ce sont aussi les zones de tension (et d’opportunité) au Sénégal.
Dans notre série « Comment l’IA transforme l’agriculture et l’agro-industrie au Sénégal », je retiens une ligne claire : l’IA n’est vraiment utile que lorsqu’elle renforce la gouvernance et la capacité d’action locale. Le reste, c’est de la communication.
Si vous travaillez dans une coopérative, une entreprise agro-industrielle, un programme public, ou une startup agri-tech : choisissez un cas d’usage lié à l’eau ou aux pertes post-récolte, puis connectez-le à une question foncière (sécurisation, cartographie, médiation). C’est là que les projets passent de l’expérimentation au changement durable.
Et maintenant, la vraie question pour 2026 : comment créer au Sénégal une génération de “jeunes gestionnaires de terre et de données” capables de produire, prouver et vendre mieux — sans laisser personne au bord du champ ?