À Ourossogui, l’accès à l’eau et à l’électricité montre pourquoi l’IA agricole dépend d’infrastructures fiables. Méthode, cas d’usage et plan en 90 jours.

Ourossogui : eau, électricité et IA au service des champs
À Ourossogui, une association locale veut s’attaquer à deux sujets très concrets : l’accès à l’eau et l’accès à l’électricité dans des quartiers périphériques comme Dopéré et Ado. Leur stratégie est simple et efficace : formaliser les besoins via un mémorandum à la mairie, mobiliser les habitants, et lancer des actions utiles (assainissement, reboisement, investissement humain). Ce genre d’initiative paraît « basique ». En réalité, c’est la base de tout le reste.
Parce qu’en agriculture, l’IA ne compense pas un manque d’eau ou des coupures de courant. Elle améliore ce qui existe déjà . Et c’est précisément pour ça que l’actualité d’Ourossogui s’inscrit naturellement dans notre série « Comment l’IA transforme l’agriculture et l’agro-industrie au Sénégal » : infrastructures + organisation locale + données = productivité. Pas de magie, juste une méthode.
Ce billet montre comment une démarche communautaire (comme à Darou Salam) peut inspirer une approche plus « intelligente » de l’agriculture : capteurs pour l’irrigation, prévision des pannes, planification des campagnes, suivi des intrants, et même automatisation de la communication commerciale des coopératives.
L’accès à l’eau et à l’électricité : la vraie « technologie » de départ
La réponse directe : sans eau et sans énergie, on plafonne — en agriculture comme en agro-industrie.
Dans l’article, le président de l’association pour le développement de Darou Salam explique que Dopéré et Ado font face à des difficultés d’éclairage et d’accès à l’eau, et que la structure veut porter ces doléances à la mairie. Ce point est central : l’infrastructure n’est pas un décor, c’est un facteur de production.
Pourquoi ça pèse autant sur l’agriculture locale
- Eau : pas d’irrigation stable, donc dépendance totale à la pluviométrie, baisse de rendement, cycles de culture raccourcis.
- Électricité : difficultés de pompage, de conservation (froid), de transformation (décorticage, broyage, conditionnement), et d’éclairage pour la sécurité.
- Assainissement : risques sanitaires, dégradation des sols, stagnation d’eau, prolifération de moustiques.
Voici une phrase que je répète souvent aux porteurs de projets : l’innovation la plus rentable, c’est souvent de rendre fiable ce qui devrait déjà l’être. L’association d’Ourossogui est exactement sur ce terrain : créer les conditions de base, puis faire monter le niveau.
Saison sèche : le moment où tout se joue
Nous sommes fin décembre (26/12/2025). Au Sénégal, c’est une période charnière : la saison sèche s’installe et la pression sur l’eau augmente. Pour les producteurs maraîchers, les éleveurs, et même les unités de transformation, la question n’est pas théorique : combien d’heures d’eau ? combien d’heures d’électricité ? C’est là que la planification (humaine et numérique) devient un avantage.
Ce que l’initiative de Darou Salam enseigne aux projets IA en agriculture
La réponse directe : avant l’IA, il faut une gouvernance locale claire et des besoins exprimés noir sur blanc.
L’association parle de mémorandum, de mobilisation des jeunes, d’union « autour de l’essentiel », et d’actions comme le reboisement. Ce n’est pas seulement du social : c’est une méthode de pilotage.
1) Formaliser le problème (le mémorandum, version “données”)
En IA appliquée à l’agriculture, on échoue souvent pour une raison bête : personne ne s’accorde sur le problème. Le mémorandum est une excellente analogie.
Transposé au monde agricole, cela donne un document court qui précise :
- les points d’eau disponibles, leur état, leur débit, leur saisonnalité ;
- les zones non couvertes par le réseau électrique ;
- les impacts directs (pertes post-récolte, coûts de carburant, baisse de production) ;
- les priorités par quartier/secteur (maraîchage, élevage, transformation).
Une fois que ces éléments existent, on peut passer au niveau supérieur : collecter des données (même simples) et prendre des décisions.
2) Mobiliser les jeunes (ce sont eux qui feront tourner les outils)
Quand l’association invite les jeunes à s’unir, elle touche un point clé : dans les projets “smart farming”, les jeunes sont souvent :
- les opérateurs terrain (capteurs, relevés, maintenance) ;
- les animateurs de coopératives (WhatsApp, collecte de commandes) ;
- les relais de formation (usage des applis, bonnes pratiques).
Dans les faits, une solution IA sans équipe locale motivée, ça devient vite une appli installée… puis oubliée.
3) Reboisement et assainissement : de l’écologie très opérationnelle
Le reboisement et l’assainissement ne sont pas « à côté » de l’agriculture. Ils jouent sur :
- la protection des sols ;
- la rétention d’eau ;
- la réduction de l’érosion ;
- le microclimat.
Et surtout, ce sont des actions qui se mesurent. Ce qui nous amène naturellement à la partie IA.
IA et agriculture au Sénégal : quand l’infrastructure devient “pilotable”
La réponse directe : l’IA devient utile dès qu’on peut mesurer, comparer et décider.
On associe souvent l’IA à des drones ou à des images satellites. C’est parfois pertinent, mais la majorité des gains, sur le terrain, viennent d’usages plus accessibles : prévisions, optimisation, détection d’anomalies, automatisation.
Irrigation intelligente : économiser l’eau sans baisser les rendements
Quand l’eau est rare ou irrégulière, l’objectif n’est pas d’arroser plus. C’est d’arroser mieux.
Usages concrets :
- Capteurs d’humidité + règles simples (et ensuite modèles prédictifs) pour décider des créneaux d’arrosage.
- Prévisions météo locales pour éviter d’irriguer juste avant un épisode venteux ou une baisse de température.
- Détection d’anomalies : consommation d’eau anormale = fuite probable, vanne restée ouverte, ou pompe fatiguée.
Même sans système sophistiqué, une coopérative peut commencer avec un suivi hebdomadaire (papier ou mobile), puis évoluer vers une recommandation automatisée.
Énergie et agro-industrie : la donnée pour réduire les pannes et les coûts
Dans une unité de transformation (arachide, céréales, fruits), l’électricité irrégulière coûte cher : arrêts de ligne, produits abîmés, maintenance imprévue.
L’IA peut aider à :
- prévoir les pannes (maintenance prédictive basique) via des historiques : heures de fonctionnement, températures, vibrations, intensité ;
- optimiser les horaires de production : produire quand l’énergie est la plus stable, ou quand le groupe électrogène est le plus rentable ;
- réduire les pertes post-récolte en priorisant les lots les plus fragiles.
Et si l’électricité manque, l’étape d’avant consiste souvent à améliorer la planification et la transparence : qui consomme quoi, quand, pour quel résultat.
Communication automatisée : l’IA utile même sans capteurs
Notre série parle aussi de création de contenu et d’automatisation de la communication. C’est l’un des usages les plus rapides à déployer.
Une organisation locale (association, GIE, coopérative) peut utiliser des outils d’IA pour :
- rédiger des annonces claires de disponibilité (oignon, pomme de terre, tomate, lait) ;
- créer des messages de sensibilisation (hygiène, assainissement, sécurité) en français et en versions locales selon les besoins ;
- structurer un mini-crm : relancer les acheteurs, confirmer les commandes, envoyer les prix.
Résultat : plus de débouchés, moins d’intermédiaires subis, meilleure visibilité — à condition d’avoir une base d’organisation comme celle que cherche à construire Darou Salam.
Un plan d’action en 90 jours : passer de la doléance à l’impact
La réponse directe : il faut une feuille de route courte, mesurable, et partagée.
Si je devais proposer un plan réaliste inspiré d’Ourossogui, voilà ce qui marche bien en contexte sénégalais.
Phase 1 (0–30 jours) : cartographier et prioriser
- Cartographier les points d’eau, l’éclairage public, les zones non desservies.
- Lister 10 problèmes maximum, puis voter les 3 priorités.
- Définir 5 indicateurs simples : heures d’accès à l’eau, nombre de coupures, temps de pompage, pannes/mois, pertes post-récolte estimées.
Phase 2 (31–60 jours) : collecter des données “à la main”
- Tenir un registre hebdo (papier ou mobile) des coupures et des incidents.
- Mesurer au moins un point d’eau (débit ou temps de remplissage).
- Structurer les demandes dans un mémorandum chiffré : impacts, coûts, urgences.
Phase 3 (61–90 jours) : démarrer l’optimisation (IA légère)
- Mettre en place des alertes simples (WhatsApp/SMS) : panne, fuite, coupure.
- Tester une recommandation d’arrosage basée sur météo + calendrier cultural.
- Créer un kit de communication automatisée pour les producteurs (messages types, réponses rapides, mini-catalogue).
Une règle pratique : tant qu’on ne mesure rien, on discute. Dès qu’on mesure, on progresse.
Questions fréquentes (et réponses directes)
L’IA peut-elle résoudre le manque d’eau ?
Non. L’IA ne crée pas d’eau. En revanche, elle réduit le gaspillage, améliore la planification et aide à détecter rapidement les pertes (fuites, sur-arrosage).
Est-ce que ça vaut le coup sans électricité stable ?
Oui, si on cible des usages compatibles : planification, suivi, communication, modèles légers sur smartphone. Mais pour l’irrigation automatisée et la transformation, la fiabilité énergétique reste un prérequis.
Par où commencer si on est une association ou une coopérative ?
Commencer par :
- un diagnostic court (où sont les problèmes, combien ça coûte) ;
- une routine de collecte (chaque semaine) ;
- une action visible (réparer, éclairer, nettoyer) ;
- un outil simple (tableau de suivi, messages automatisés).
Ce que Ourossogui dit, en creux, sur l’avenir de l’agriculture au Sénégal
L’initiative portée à Ourossogui rappelle une réalité qu’on oublie trop vite : le développement n’est pas une affaire d’outils, mais d’exécution. Un mémorandum bien construit, une mobilisation de quartier, un programme d’assainissement… ça prépare le terrain pour des solutions plus avancées, y compris l’IA.
Dans l’agriculture et l’agro-industrie au Sénégal, les prochains gains viendront des projets qui savent combiner : infrastructures fiables, organisation locale, et données actionnables. L’IA est un accélérateur. Elle ne remplace ni l’eau, ni l’électricité, ni la discipline collective.
Si vous pilotez une ferme, un GIE, une unité de transformation ou un projet communal : quelle serait, dès janvier, la première donnée simple que vous pourriez mesurer chaque semaine pour mieux décider — eau, énergie, rendement, pertes ou ventes ?