Clarins illustre comment l’IA transforme la beauté et le retail français : personnalisation, diagnostic visuel, expérience omnicanale et feuille de route concrète.
Clarins mise sur l’IA : bien plus qu’une simple appli beauté
Clarins vient de lancer une nouvelle application, conçue avec son partenaire digital Merkle. Sur le papier, c’est « juste » une appli de plus. En réalité, c’est un bon exemple de la manière dont l’intelligence artificielle transforme le commerce de détail, en particulier dans la beauté.
Dans le retail français, les enseignes de cosmétique se battent pour la même chose : capter des clients volatils, réduire les retours, et proposer une expérience omnicanale qui donne envie de rester fidèle. Une application enrichie par l’IA n’est plus un gadget marketing, c’est une arme stratégique.
Dans cet article, on regarde ce que ce type d’app peut réellement apporter, comment des acteurs comme Clarins s’y prennent, et surtout ce que tout retailer – beauté ou non – peut en tirer pour ses propres projets IA en 2025.
Ce que cache vraiment une « simple » appli de marque
L’annonce « Clarins lance une appli avec Merkle » résume mal l’ampleur du sujet. Une application retail moderne, surtout dans la beauté, repose généralement sur trois briques IA clés : la personnalisation, la vision par ordinateur et l’optimisation marketing.
1. Personnalisation des recommandations produits
Le cœur du sujet, c’est la recommandation personnalisée :
- Analyse des historiques d’achats et de navigation
- Croisement avec des données de peau, d’âge, de préférences
- Suggestions dynamiques : routine du matin, routine du soir, soins saisonniers
Dans la beauté, la différence entre une recommandation générique et une recommandation fine se voit immédiatement : moins d’erreurs de teinte, de texture, de type de peau. Certains acteurs constatent jusqu’à +20 à +40 % de taux de conversion sur les parcours personnalisés par rapport aux listes produits classiques.
2. IA visuelle : diagnostic de peau et essais virtuels
Le deuxième pilier, c’est la vision par ordinateur intégrée à l’app :
- Scan du visage via la caméra du smartphone
- Détection de critères de peau (rides, rougeurs, taches, brillance…)
- Recommandations de soins ciblés en fonction du diagnostic
- Essayage virtuel de maquillage ou simulation avant/après
Pour un client français habitué à tester en magasin, cette brique crée un pont crédible entre expérience en ligne et expérience en boutique. On retrouve une partie de l’expertise de la conseillère beauté, directement dans le téléphone.
3. Orchestration marketing omnicanale
Enfin, l’application devient le point de contact idéal pour :
- Pousser des offres personnalisées (push, in-app, email)
- Activer un programme de fidélité enrichi (points bonus sur certaines routines)
- Synchroniser panier web, panier app et historique magasin
C’est là que des partenaires comme Merkle entrent en jeu : exploitation avancée de la donnée client, segmentation, scoring, automatisation des campagnes. L’appli n’est que la partie visible ; la vraie valeur se situe dans le moteur IA et data qui tourne derrière.
Comment l’IA change l’expérience beauté pour le client
L’IA dans le commerce de détail n’a d’impact que si le client ressent une vraie différence. Sur la beauté, cette différence se voit clairement à trois niveaux : confiance, simplicité et fidélité.
Rendre le conseil beauté plus crédible
Voici le point clé : l’IA ne remplace pas l’experte beauté, elle la prolonge.
- Un diagnostic de peau algorithmique apporte un regard plus factuel (analyse d’images, comparaison à des milliers de profils)
- La conseillère en magasin peut s’en servir comme base pour affiner le conseil
- Le client a le sentiment que la recommandation repose sur des données et pas seulement sur un discours commercial
Dans un contexte où les consommateurs français sont méfiants face au greenwashing ou aux promesses marketing, cet appui « data + humain » renforce la confiance.
Fluidifier le parcours entre mobile, web et magasin
Le client ne réfléchit pas en « canaux ». Il veut juste que tout fonctionne de manière cohérente :
- Je fais mon diagnostic de peau dans l’app
- Je reçois ma routine personnalisée
- En magasin, la conseillère retrouve ces informations et me propose un test en cabine
- Si je n’achète pas tout de suite, je retrouve ma sélection dans mon panier ou mes favoris sur le site
La cohérence omnicanale fait toute la différence. C’est exactement ce que recherchent les enseignes françaises : un parcours fluide, sans rupture, où l’IA sert de fil conducteur.
Transformer l’app en compagnon quotidien, pas en gadget
Une app beauté qui survit sur l’écran d’accueil, c’est une app qui apporte de la valeur quasi quotidienne :
- Rappels intelligents (routine du soir, expiration prochaine d’un produit, météo affectant la peau)
- Suivi des résultats : avant/après, évolution de l’hydratation, de l’éclat
- Conseils éditoriaux ciblés (contenus adaptés au type de peau, à l’âge, à la saison)
Plus l’IA apprend du client, plus les interactions deviennent pertinentes. C’est là que l’on observe :
- Une hausse du panier moyen (routine complète plutôt que produit isolé)
- Une baisse des retours (produits mieux adaptés)
- Une rétention plus forte (l’app devient un réflexe beauté)
Ce que les autres retailers peuvent apprendre de Clarins
Clarins n’est pas la seule marque à investir dans les applications, mais son mouvement illustre une tendance : dans le retail, l’IA passe du laboratoire au quotidien. Plusieurs enseignements s’appliquent à tout retailer, même en dehors de la beauté.
1. Construire un cas d’usage centré client, pas centré techno
Le mauvais réflexe, c’est de partir de l’IA en mode : « Qu’est-ce qu’on peut faire d’innovant ? ». Le bon réflexe, c’est : « Où le client souffre-t-il aujourd’hui ? ».
Dans la beauté, les douleurs typiques sont :
- Peur de mal choisir son produit
- Difficulté à se projeter sur le rendu
- Trop large assortiment, pas assez de conseils
L’IA devient alors un moyen pour :
- Réduire le risque de mauvais choix
- Aider à se projeter (essais virtuels, recommandations scénarisées)
- Simplifier l’offre sans la réduire (sélection intelligente)
Pour un retailer de mode, d’ameublement ou d’alimentaire, la logique est identique : partir des irritants clients et les traiter avec les bons briques IA.
2. Travailler sérieusement la qualité des données
Une application de recommandation ou de diagnostic ne vaut que par la qualité des données qui l’alimentent :
- Données produit : fiches complètes, ingrédients, bénéfices, compatibilités
- Données client : consentement, historique, préférences, retours
- Données de performance : quels conseils mènent à de la satisfaction, pas juste à la vente
Sans cette base, l’IA produit des recommandations approximatives, voire contre-productives. C’est le sujet que beaucoup de retailers sous-estiment, là où des acteurs comme Merkle passent une bonne partie du temps de projet.
3. Tester, mesurer, itérer
Un projet d’IA dans le retail n’est jamais « fini ». Une app beauté doit :
- Tester plusieurs algorithmes de recommandation
- Mesurer les écarts de conversion, de taux de retour, de satisfaction
- Ajuster régulièrement les règles métiers (ex. ne pas proposer tel produit à tel profil)
Les enseignes françaises qui réussissent leurs projets IA adoptent une approche test & learn plutôt qu’un projet figé qui met 18 mois à sortir.
Points de vigilance : confiance, RGPD et transparence
L’IA dans le commerce de détail, surtout quand elle touche au visage, aux habitudes de soin ou de santé, soulève des questions légitimes. Ignorer ces sujets, c’est prendre le risque d’un rejet massif des applications.
Gérer des données très sensibles
Une app beauté qui scanne le visage ou suit l’évolution de la peau manipule :
- Des images du visage
- Des données pouvant toucher à la santé (acné, rosacée, eczéma…)
- Des informations comportementales (fréquence d’utilisation, horaires, préférences)
En France et en Europe, RGPD oblige :
- Consentement explicite, clair et granulaire
- Explication de l’usage précis des données (diagnostic, personnalisation, statistiques…)
- Droit d’accès, de rectification, de suppression
Les retailers qui prennent ces sujets au sérieux vont gagner un avantage concurrentiel, parce que la confiance devient un critère d’achat à part entière.
Rendre l’IA explicable et compréhensible
Un autre point crucial : expliquer simplement comment l’IA fonctionne, sans jargon.
Par exemple :
« Nous analysons votre photo pour détecter des zones de sécheresse, des rougeurs et des ridules. Nous comparons ensuite ce profil à ceux de milliers d’utilisateurs anonymisés pour identifier les routines qui ont donné les meilleurs résultats. »
Cette transparence :
- Rassure sur l’absence de magie noire
- Montre que les données sont agrégées et anonymisées
- Prépare le terrain à une meilleure adoption de l’outil
Comment lancer (ou améliorer) votre propre app retail IA
Pour un retailer français qui regarde le cas Clarins en se disant « on est en retard », la bonne nouvelle, c’est que le chemin est balisé. Voici une feuille de route réaliste.
1. Choisir 1 ou 2 cas d’usage prioritaires
Plutôt que de viser l’appli « couteau suisse », commencez par :
- 1 cas d’usage orienté conseil client (diagnostic, assistant, configurateur)
- 1 cas d’usage orienté business (recommandation produit, cross-sell, upsell)
Exemples :
- Beauté : diagnostic de peau + routine personnalisée
- Mode : recommandation de taille + looks complets
- Maison : simulateur 3D + listes d’achats intelligentes
2. S’appuyer sur des briques IA existantes
La plupart des fonctionnalités déployées par des acteurs comme Clarins ne partent pas de zéro :
- Solutions de recommandation déjà intégrées aux plateformes e-commerce
- SDK de réalité augmentée pour l’essayage virtuel
- Moteurs de segmentation client des plateformes CRM / CDP
Le vrai sujet n’est pas uniquement technique, il est organisationnel : aligner marketing, digital, IT, data, retail sur un parcours client cohérent.
3. Connecter l’app à l’écosystème omnicanal
Une app IA déconnectée du reste de l’écosystème n’apportera qu’une valeur limitée. Il faut :
- Relier l’app au compte client universel
- Synchroniser les paniers et favoris avec le site
- Rendre les diagnostics visibles en magasin (tablette vendeur, CRM)
- Intégrer le programme de fidélité
C’est là que la promesse de l’expérience omnicanale pilotée par l’IA devient concrète.
L’IA dans le retail beauté, précurseur de ce qui arrive partout
Le lancement de l’app Clarins avec Merkle illustre bien ce qui se joue en 2025 : l’intelligence artificielle dans le commerce de détail passe du discours à l’usage concret, centré sur le client. La beauté est un terrain de jeu idéal, parce que la personnalisation y est attendue, presque exigée.
Ce mouvement va s’étendre à tous les segments du retail français : mode, sport, maison, bricolage, alimentaire. Les mêmes briques reviennent : recommandation IA, vision par ordinateur, pricing dynamique, gestion de stock prédictive, expérience omnicanale fluide.
Pour les retailers qui lisent ceci, la vraie question n’est plus « Faut-il y aller ? », mais par où commencer, avec quel cas d’usage, et avec quel niveau d’ambition ? Ceux qui traiteront l’IA comme une brique structurante de leur stratégie client – et non comme un gadget marketing – prendront une longueur d’avance durable.
Cette série « L’Intelligence Artificielle dans le Commerce de Détail » continuera à décortiquer des cas concrets et des approches pragmatiques. La prochaine étape logique : regarder comment l’IA peut aussi optimiser vos stocks et vos prix, pour que l’expérience personnalisée côté client soit alignée avec la réalité opérationnelle côté entrepôt.