Facture électronique et IA : comment les DAF d’ETI et leurs experts-comptables peuvent transformer une obligation en véritable levier de performance.

Facture électronique ETI : une obligation qui peut enfin servir la stratégie
72 % des ETI françaises ont encore des étapes à franchir sur la facture électronique alors que l’échéance réglementaire approche. Pendant ce temps, les équipes financières jonglent déjà avec inflation, pression sur la trésorerie et pénurie de talents comptables.
Voici le point clé : la facture électronique, si elle est pilotée par le DAF et structurée avec l’IA, peut devenir un accélérateur de performance, pas juste un projet conformité de plus. Et c’est exactement là que les experts-comptables français peuvent prendre une longueur d’avance auprès de leurs clients ETI.
Dans la série « L’IA pour les Experts-Comptables Français », ce billet se concentre sur un sujet brûlant : comment transformer la facture électronique en véritable gestion interentreprises, appuyée par l’intelligence artificielle, au service du DAF et du cabinet.
1. Le DAF ETI au centre du jeu… avec l’expert-comptable comme copilote IA
La réalité est simple : dans la majorité des ETI, le Directeur Financier est à la manœuvre sur la facture électronique. C’est logique : trésorerie, contrôle interne, fiscalité, pilotage… tout converge vers la finance.
Pour les cabinets d’expertise comptable, c’est une opportunité nette :
- devenir le référent facture électronique + IA auprès des DAF d’ETI,
- structurer le projet non seulement autour de la conformité, mais aussi de la productivité et du pilotage en temps réel.
« L’automatisation de la comptabilité, de l’audit et du contrôle financier peut redorer l’image du métier et aplanir les difficultés de recrutement. »
Baromètres récents Mazars / Grant Thornton
Comment l’expert-comptable peut cadrer le projet
Pour un DAF déjà sur-sollicité, ce qui fait la différence, c’est un accompagnement structuré et concret. Un cabinet outillé en IA peut proposer un schéma simple en trois temps :
-
Diagnostic
- Cartographie des flux factures clients/fournisseurs.
- Inventaire des outils (ERP, GED, logiciels métiers, portails fournisseurs…).
- Analyse de la qualité des données (référentiels tiers, TVA, codes TVA, IBAN…).
-
Cible process + data
- Définition des circuits validation digitaux.
- Choix de la plateforme agréée et de l’intégration au SI.
- Définition du modèle de données (champs obligatoires, enrichissements, tableaux de bord).
-
Roadmap IA & automatisation
- Priorisation des cas d’usage IA : lecture facture (OCR+IA), pré-codification, détection d’anomalies, prévision de trésorerie.
- Plan de conduite du changement : qui fait quoi demain, côté finance et côté cabinet.
Le message à passer au DAF est clair : la facture électronique n’est pas un projet IT, c’est un projet finance – et l’IA est votre alliée pour en tirer vraiment quelque chose.
2. Cinq bénéfices concrets de la facture électronique pour une ETI
La facture électronique apporte une valeur immédiate dès qu’on l’intègre au SI de l’ETI et au poste de travail du collaborateur comptable, en l’associant à des briques d’IA.
2.1 Une administration plus productive
La facture électronique permet une dématérialisation totale et structurée du flux factures. Concrètement :
- intégration automatique des factures entrantes dans l’ERP ou le logiciel comptable,
- contrôle de conformité des factures sortantes en amont (TVA, mentions obligatoires, formats),
- pré-remplissage de la déclaration de TVA à partir des données consolidées,
- rapprochement automatisé avec les flux bancaires et les commandes/BL.
Avec l’IA, on va plus loin :
- reconnaissance automatique des champs clés même sur des formats complexes,
- affectation intelligente des comptes comptables en fonction de l’historique,
- suggestion d’analytique, de centre de coût, voire de projet.
Résultat pour une ETI moyenne :
- baisse drastique des ressaisies,
- réduction nette des litiges de facturation,
- temps libéré pour l’analyse, autant côté DAF que côté expert-comptable.
2.2 Un suivi des échéances de règlement beaucoup plus fin
Une fois toutes les factures structurées et digitalisées, le suivi des délais de paiement devient enfin pilotable :
- comptabilisation « au fil de l’eau » dès réception ou émission,
- alertes automatiques sur les échéances à risque,
- scénarios de relance paramétrables,
- prévisions de trésorerie mises à jour en continu.
C’est ici que les outils IA spécialisés pour la trésorerie et le poste clients prennent le relais. Ils peuvent par exemple :
- scorer les clients en fonction des retards historiques,
- proposer des scénarios de relance prioritaires,
- simuler l’impact d’un changement de conditions de paiement.
Pour un cabinet d’expertise comptable, c’est du concret à proposer en mission de conseil trésorerie : tableaux de bord cash, stress tests, plan de financement court terme.
2.3 Moins d’erreurs, règlements accélérés
La facture électronique sécurise naturellement la qualité des données. Associée à l’IA, elle permet :
- un contrôle automatique de cohérence (HT/TVA/TTC, doublons, IBAN incohérent),
- la détection de factures potentiellement frauduleuses ou anormales,
- un suivi en temps réel de la réception facture côté client (statut dépôt, lecture, rejet…).
Effet direct :
- moins de litiges,
- moins de factures rejetées,
- cycle de règlement raccourci.
Un cabinet peut traduire ça en indicateurs partagés avec le DAF :
- délai moyen de règlement client,
- taux de factures rejetées,
- coût moyen de traitement d’une facture avant/après projet.
2.4 Une aide réelle à la décision pour le DAF et le cabinet
Lorsque les données de facturation remontent en temps réel dans le système d’information, elles deviennent une matière première idéale pour l’IA et la data visualisation :
- marge par client, gamme, canal, zone,
- évolution des prix, impact inflation, dérive des remises,
- détection des clients à forte rentabilité cachée ou, au contraire, destructeurs de valeur.
Un cabinet qui maîtrise ces outils peut proposer :
- des revues de performance trimestrielles ultra factuelles,
- des simulations (hausse de prix, changement de conditions de règlement, réduction des stocks),
- des indicateurs sur mesure pour le comité de direction.
On passe alors de la « tenue » et de la « révision » à une mission d’analytique financière augmentée par l’IA.
2.5 Une mission enrichie pour les collaborateurs
C’est un sujet sensible en 2025 : difficulté à recruter, turn-over, tension sur les salaires. Or, dans la majorité des cabinets comme des directions financières,
- les collaborateurs passent encore trop de temps sur la saisie manuelle, le contrĂ´le basique, le classement,
- alors que ce sont exactement les tâches que l’IA sait gérer mieux et plus vite.
En déployant facture électronique + IA, on peut :
- réduire drastiquement ces tâches chronophages,
- repositionner les profils comptables vers l’analyse, le contrôle interne, le conseil,
- rendre le métier plus attractif pour les nouvelles générations.
Pour un expert-comptable, c’est un argument très fort : « on sécurise votre conformité et on redonne du sens au travail de vos équipes finance ».
3. Plateforme agréée et intégration au SI : le cœur du dispositif
Pour que la facture électronique fonctionne vraiment, la plateforme agréée joue un rôle pivot entre l’ETI, l’administration fiscale et les partenaires commerciaux.
Ce qu’une plateforme agréée doit absolument apporter
Une plateforme de facture électronique digne de ce nom doit :
- être certifiée par l’administration,
- gérer l’émission, la réception et la traduction des formats factures,
- vérifier la conformité réglementaire (mentions, TVA, identifiants, typologie d’opération),
- s’intégrer finement avec l’ERP, le logiciel comptable, la GED ou le CRM,
- proposer des briques d’IA : lecture facture, catégorisation, contrôles avancés.
Pour un cabinet d’expertise comptable, l’enjeu est double :
- recommander à ses clients ETI une plateforme robuste et pérenne,
- s’assurer que cette plateforme dialogue nativement avec ses propres outils pour éviter les ressaisies entre le client et le cabinet.
Intégration : le vrai sujet pour le DAF comme pour le cabinet
L’écueil classique ? Ajouter une couche de plus sans revoir les processus. Le bon angle consiste à :
- intégrer la plateforme agréée au cœur des workflows existants (achats, ventes, trésorerie),
- définir qui valide quoi, à quel moment, avec quels seuils et quelles règles,
- brancher les moteurs IA lĂ oĂą ils apportent le plus de valeur :
- lecture et codification facture,
- détection anomalies,
- prévision de cash.
C’est un chantier sur lequel les cabinets ont une carte maîtresse à jouer : ils connaissent déjà le SI et les contraintes du client. Ils peuvent donc co-construire avec le DAF un schéma d’intégration réaliste, loin des présentations PowerPoint idéales.
4. Comment un cabinet structuré sur l’IA peut accompagner une ETI
Pour les experts-comptables français, la facture électronique est un formidable terrain de jeu pour développer des offres IA packagées.
Exemple de parcours d’accompagnement
Un cabinet orienté « IA + facture électronique » peut proposer un dispositif en 4 volets :
-
Atelier stratégique DAF / Direction générale
- Cartographier les enjeux : conformité, trésorerie, productivité, contrôle interne, data.
- Poser des objectifs chiffrés : réduction du coût facture, amélioration DSO, baisse litiges.
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Audit data & process factures
- Analyse des formats factures, des référentiels tiers, des règles de TVA.
- Identification des points de douleur : ressaisies, délais, erreurs, litiges.
-
Implémentation facture électronique + IA
- Choix ou validation de la plateforme agréée.
- Paramétrage des règles d’IA (codification, contrôles, alertes).
- Connexion aux outils du cabinet pour un partage fluide des données.
-
Pilotage & missions récurrentes
- Tableaux de bord cash, marge, délais de règlement.
- Revues trimestrielles DAF/cabinet appuyées sur les données temps réel.
- Ajustement continu des modèles IA (apprentissage, nouvelles règles, nouveaux flux).
Pourquoi c’est une vraie opportunité de développement pour le cabinet
Sur ce terrain, le cabinet ne se contente plus de « suivre le rythme » des obligations légales. Il peut :
- vendre des missions de conseil récurrentes (cash management, performance commerciale, contrôle interne),
- valoriser son expertise technologique et IA auprès de clients ETI exigeants,
- renforcer sa fidélisation client grâce à des outils partagés et à une vision commune des chiffres.
En clair : la facture électronique devient le socle technique d’une relation conseil augmentée par l’IA.
5. Par où commencer dès maintenant ?
Pour un expert-comptable ou un DAF d’ETI qui lit ceci début 12/2025, le bon réflexe n’est plus de se demander si la facture électronique va impacter l’organisation, mais comment en tirer un avantage concret dès 2026.
Quelques actions très pragmatiques à enclencher :
- Lister les flux factures (clients, fournisseurs, cas particuliers, intragroupe, international) et les outils associés.
- Évaluer la maturité IA du cabinet et de l’ETI : quels outils sont déjà en place (OCR, pré-codification, scoring clients…) ?
- Choisir ou valider une plateforme agréée compatible avec l’écosystème existant et ouverte à l’IA.
- Co-construire avec le cabinet un plan d’automatisation par étape : commencer par un périmètre pilote (une filiale, une BU, une famille de fournisseurs).
- Mettre en place 2 ou 3 indicateurs clés : coût de traitement facture, délai moyen de règlement, taux de litiges.
La facture électronique est parfois vécue comme une contrainte. Bien pensée et appuyée par l’IA, elle devient un langage commun entre l’ETI, son DAF et son expert-comptable, un langage structuré, exploitable et orienté décision.
La question n’est donc plus : « comment se mettre en conformité ? », mais plutôt :
« comment utiliser ce nouveau cadre pour réinventer la fonction finance et le rôle du cabinet, grâce à l’intelligence artificielle ? »