CNIL, RGPD et IA : ce que les avocats doivent exiger

L'IA pour les Cabinets d'Avocats Français••By 3L3C

Doctrine a passé 6 mois sous le regard de la CNIL. Voici ce que cela change, très concrètement, pour les cabinets d’avocats qui veulent utiliser l’IA sans risquer leur responsabilité.

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CNIL, RGPD et IA : ce que les avocats doivent exiger

En six mois d’accompagnement renforcé avec la CNIL, Doctrine a passé au crible ses traitements de données liés à l’IA juridique. Ce n’est pas qu’une belle histoire de conformité : c’est un mode d’emploi concret pour tout cabinet d’avocats qui veut utiliser l’intelligence artificielle sans fragiliser sa responsabilité ni la confiance de ses clients.

Les cabinets français se retrouvent pile au milieu de la tempête : pression économique, explosion du volume de données, clients plus exigeants que jamais sur la confidentialité, et textes qui se durcissent (RGPD, loi numérique, futur AI Act européen). L’IA peut faire gagner des heures sur la recherche juridique, l’analyse de contrats ou la gestion de cabinet… mais si la conformité RGPD n’est pas solide, c’est un risque direct pour le cabinet.

Voici ce que l’expérience de Doctrine avec la CNIL change concrètement pour un cabinet d’avocats français qui veut travailler avec l’IA, et les questions précises que vous devriez poser à tout prestataire LegalTech en 2025.


1. Pourquoi l’accompagnement CNIL de Doctrine est un signal fort pour les cabinets

Le programme d’accompagnement renforcé de la CNIL n’est pas une formalité administrative : c’est un stress test grandeur nature pour les traitements de données les plus sensibles.

Entre septembre 2024 et août 2025, quatre entreprises seulement ont été retenues, dont Doctrine. Pour les cabinets d’avocats, cela envoie un message clair : les outils que vous utilisez peuvent être audités par l’autorité, et certains le sont déjà de manière approfondie.

Ce que la CNIL est venue regarder de près

La CNIL a concentré son analyse sur trois blocs qui intéressent directement les avocats :

  • IA gĂ©nĂ©rative juridique : gĂ©nĂ©ration de projets d’actes, reformulation d’arguments, assistance Ă  la rĂ©daction. La question centrale : comment concilier puissance des modèles et protection des donnĂ©es personnelles ?
  • Upload et analyse de documents privĂ©s : contrats, pièces de procĂ©dure, consultations. En pratique : qui est responsable de quoi entre le cabinet (responsable de traitement) et la LegalTech (sous‑traitant) ?
  • Pages avocats et entreprises : agrĂ©gation de donnĂ©es publiques (dĂ©cisions, rĂ©pertoires, informations lĂ©gales) pour mieux cartographier le droit, tout en Ă©vitant de basculer dans le profilage sensible.

La sélection de Doctrine par la CNIL s’est faite sur des critères très stricts : innovation, impact des traitements, niveau d’engagement RGPD, enjeux sociétaux et éthiques. Pour un cabinet, cela signifie qu’un acteur clé de l’IA juridique a fait passer ses pratiques dans un tunnel de conformité exigeant.

Pourquoi ça vous concerne directement :

  • Vous pouvez valoriser auprès de vos clients le fait d’utiliser des outils auditĂ©s par la CNIL.
  • Vous disposez d’un point de comparaison pour challenger les autres prestataires.
  • Vous rĂ©duisez le risque rĂ©putationnel liĂ© Ă  un outil d’IA « boĂ®te noire ».

2. Ce que ce type d’accompagnement change concrètement dans un outil d’IA juridique

Un audit CNIL réussi se voit rarement en page d’accueil marketing. Il se voit dans les détails : les CGV, la façon dont l’outil est paramétré, le type de logs conservés, la granularité des droits d’accès. C’est là que la différence se fait pour un cabinet.

Rôle de sous‑traitant : un point clé pour les avocats

Dans le cadre de l’accompagnement, Doctrine a dû préciser son rôle sur les fonctionnalités d’upload et d’analyse de documents :

  • Position assumĂ©e de sous‑traitant pour les documents privĂ©s que vous chargez.
  • Mise Ă  jour des CGV pour reflĂ©ter ce rĂ´le et encadrer strictement l’usage des donnĂ©es.

Pour un cabinet, c’est essentiel :

  • Le client reste le responsable de traitement.
  • Le cabinet agit le plus souvent comme sous‑traitant ou responsable conjoint, selon l’organisation.
  • La LegalTech est clairement sous‑traitant, avec des obligations RGPD fortes.

Un prestataire d’IA juridique qui refuse de se positionner comme sous‑traitant quand il traite vos pièces confidentielles crée, de fait, un risque juridique pour le cabinet.

IA générative : encadrer les usages sensibles

Les fonctionnalités d’IA générative ont fait l’objet d’échanges approfondis avec la CNIL. Pour les cabinets, trois points sont non négociables :

  1. Aucune réutilisation des données clients pour entraîner les modèles. Doctrine s’y est engagée noir sur blanc : ce que vous chargez reste strictement privé.
  2. Analyse d’impact (AIPD) sur les traitements les plus sensibles. Les équipes juridiques, produits et techniques ont été formées ensemble à ces analyses.
  3. Documentation claire des finalités. Générer un brouillon d’argumentaire n’implique pas les mêmes risques que faire du scoring de justiciables ou du profilage de clients.

Gouvernance interne et formation des équipes

La conformité ne tient pas seulement à une certification ou un label. Dans le cas de Doctrine :

  • RĂ©unions rĂ©gulières (mensuelles) avec la CNIL pendant six mois.
  • Formations croisĂ©es juristes / ingĂ©nieurs / product owners.
  • Sessions dĂ©diĂ©es Ă  l’AIPD, y compris dans les locaux mĂŞmes de la CNIL.

Pour un cabinet d’avocats, cette démarche est directement transposable :

  • former les associĂ©s et collaborateurs aux bases du RGPD applicables Ă  l’IA ;
  • associer le DPO (interne ou externe) aux choix d’outils ;
  • documenter ses dĂ©cisions : pourquoi tel outil, pour quel usage, avec quelles garanties.

3. Les garanties de sécurité que tout cabinet doit exiger en 2025

Doctrine affiche aujourd’hui un socle de sécurité très clair. Au‑delà du cas particulier, cela donne une checklist simple à utiliser par tout cabinet d’avocats lors du choix d’une solution d’IA.

1) Certification ISO 27001

Doctrine est certifiée ISO 27001 depuis début 2025, tout comme ses hébergeurs. Pour un cabinet, cette norme n’est pas un gadget :

  • elle atteste d’un système de management de la sĂ©curitĂ© de l’information structurĂ© ;
  • elle couvre la gestion des accès, des incidents, des sauvegardes, des fournisseurs ;
  • elle est de plus en plus exigĂ©e par les directions juridiques et les RSSI cĂ´tĂ© clients grands comptes.

Question Ă  poser Ă  tout prestataire :

  • ĂŠtes‑vous certifiĂ© ISO 27001 ? Si non, quel est votre plan pour y parvenir et quelles mesures compensatoires sont en place ?

2) Non‑réutilisation des données pour l’entraînement

Doctrine s’engage : aucune donnée client n’est utilisée pour entraîner les modèles. Concrètement :

  • vos conclusions, contrats, pièces jointes ne servent pas Ă  amĂ©liorer l’outil ;
  • vous Ă©vitez le risque de voir un contenu similaire rĂ©apparaĂ®tre dans une rĂ©ponse gĂ©nĂ©rĂ©e pour un tiers ;
  • vous restez maĂ®tre de la confidentialitĂ© de vos stratĂ©gies et de vos argumentaires.

Dans un cabinet d’avocats, c’est probablement le point le plus sensible. Un outil qui s’entraîne sur vos données remet en cause le secret professionnel et la loyauté envers le client.

3) Chiffrement et isolation stricte des données

Doctrine met en avant :

  • chiffrement complet des fichiers et des transferts ;
  • isolation stricte entre les clients.

Ce que cela doit impliquer côté LegalTech :

  • chiffrement des donnĂ©es au repos et en transit ;
  • cloisonnement des environnements de production, test, dĂ©veloppement ;
  • gestion fine des habilitations internes (accès limitĂ©, journalisĂ©, rĂ©visĂ©).

4) Cadre contractuel clair : CGV, code de conduite IA, politique de données

L’accompagnement CNIL de Doctrine a débouché sur :

  • des CGV mises Ă  jour pour reflĂ©ter le rĂ´le de sous‑traitant ;
  • un code de conduite IA explicite ;
  • une politique de donnĂ©es personnelles publique et actualisĂ©e ;
  • un DPO joignable facilement.

Pour un cabinet, ces documents ne sont pas du papier décoratif. Ils doivent être lus, comparés, archivés et, si besoin, négociés.


4. Comment un cabinet d’avocats peut évaluer un outil d’IA, pas à pas

La réalité ? L’évaluation d’un outil d’IA juridique ne doit plus se limiter à la qualité des réponses. La conformité RGPD et la sécurité doivent peser tout autant que les fonctionnalités.

Étape 1 : cadrer les usages dans le cabinet

Avant même de parler de prestataire, le cabinet doit répondre à trois questions :

  1. Pour quoi utiliser l’IA ? Recherche jurisprudentielle, résumés de décisions, analyse de clauses, préparation de stratégies contentieuses, gestion interne du cabinet…
  2. Quelles données seront traitées ? Données ultra sensibles (pénal, santé, droit du travail complexe) ou plutôt données publiques / peu sensibles ?
  3. Qui aura accès à l’outil ? Tous les collaborateurs ? Une équipe pilote ? Le back‑office ?

Plus les usages sont proches du cœur de la relation avocat‑client, plus le niveau d’exigence doit être élevé.

Étape 2 : interroger le prestataire sur 5 blocs clés

Pour chaque LegalTech IA que vous évaluez, posez des questions précises :

  1. RĂ´le RGPD

    • ĂŠtes‑vous sous‑traitant pour les donnĂ©es que je vous confie ?
    • Le contrat le prĂ©cise‑t‑il clairement ?
  2. Usage des données

    • Mes donnĂ©es servent‑elles Ă  entraĂ®ner ou amĂ©liorer vos modèles ?
    • OĂą sont‑elles stockĂ©es ? Pendant combien de temps ?
  3. Sécurité technique

    • ĂŠtes‑vous certifiĂ© ISO 27001 ou Ă©quivalent ?
    • Comment gĂ©rez‑vous les accès internes aux donnĂ©es ?
  4. IA générative

    • Avez‑vous rĂ©alisĂ© des analyses d’impact (AIPD) ?
    • Quelles mesures avez‑vous prises pour limiter les risques de biais et d’erreurs graves ?
  5. Gouvernance et support

    • Avez‑vous un DPO identifiĂ©, joignable ?
    • Mettez‑vous Ă  disposition une politique de donnĂ©es et un code de conduite IA ?

Si les réponses sont floues, évasives ou purement commerciales, c’est un signal faible qui devient vite un signal fort.

Étape 3 : documenter et assumer vos choix

Les directions juridiques des grands clients commencent déjà à poser des questions fines sur les outils utilisés par leurs avocats. Anticiper cette transparence est un avantage compétitif.

Quelques réflexes utiles :

  • garder une fiche de choix d’outil (besoins, prestataires considĂ©rĂ©s, critères de sĂ©lection) ;
  • associer le DPO du cabinet ou un conseil externe ;
  • prĂ©voir une clause spĂ©cifique IA / donnĂ©es dans certaines lettres de mission avec des clients sensibles.

5. L’IA pour les cabinets d’avocats français : un enjeu de confiance, pas seulement de productivité

L’accompagnement renforcé de Doctrine par la CNIL rappelle une chose simple : le RGPD n’est pas un frein à l’innovation juridique, c’est son socle. Les cabinets qui intègrent l’IA sans ce socle prennent un risque. Ceux qui l’intègrent avec ce niveau d’exigence prennent une longueur d’avance.

Pour la série « L’IA pour les Cabinets d’Avocats Français », il y a un fil rouge évident :

  • un cabinet qui maĂ®trise les bases techniques, rĂ©glementaires et Ă©thiques de l’IA est plus crĂ©dible face Ă  ses clients ;
  • un cabinet qui peut expliquer pourquoi il a choisi tel outil plutĂ´t qu’un autre renforce sa position de conseil stratĂ©gique ;
  • un cabinet qui assume publiquement des standards Ă©levĂ©s (confidentialitĂ©, sĂ©curitĂ©, transparence) se distingue sur un marchĂ© oĂą beaucoup se contentent d’arguments marketing.

L’IA va continuer à transformer la recherche juridique, l’analyse de contrats, la prédiction judiciaire et la gestion de cabinet. La vraie question, ce n’est plus « faut‑il y aller ? », mais avec qui, dans quel cadre, et à quelles conditions de sécurité.

Aux cabinets d’avocats français de poser la barre haut. Certains acteurs, comme Doctrine avec la CNIL, montrent qu’on peut concilier performance technologique, exigences RGPD et respect intransigeant des données des clients. Les prochains mois feront la différence entre ceux qui auront structuré cette confiance, et ceux qui la subiront.