Heaven lance Sublime, studio 100 % IA. Ce cas d’école montre comment structurer un studio créatif IA-first pour les médias et agences en France.
Quand une agence parisienne industrialise la créativité IA
En deux ans, heaven est passée de quelques tests Midjourney en réunion créa à un studio 100 % IA, Sublime, doté de plus de 15 experts dédiés. Motorola, Saint-Gobain, une quinzaine de prix : on n’est plus dans le proof of concept, on est dans une nouvelle façon de produire des idées et des contenus pour les marques.
Pour les médias et agences de communication en France, ce lancement est un signal clair : la création générative n’est plus un gadget, c’est un maillon structurant de la chaîne de valeur. Et ceux qui s’organisent tôt prennent une longueur d’avance, autant sur la performance que sur la culture interne.
Dans cette série « L’IA dans les Médias et la Communication en France », Sublime est un bon cas d’école pour comprendre comment structurer un studio IA, ce qu’on peut réellement en attendre et surtout comment l’intégrer dans vos process sans casser la créativité, ni la confiance des audiences.
Ce que change vraiment un studio 100 % IA pour les marques
Un studio IA comme Sublime ne sert pas seulement à produire « plus vite et moins cher ». Il change la grammaire créative, la façon de concevoir les campagnes et d’orchestrer le travail entre créatifs, data, tech et clients.
De l’IA comme outil à l’IA comme langage créatif
Heaven positionne clairement Sublime comme un studio AI-first :
- les concepts sont pensés dès le départ avec l’IA dans la boucle ;
- les contenus génératifs (images, vidéos, textes, voix) ne sont pas un livrable annexe mais le cœur du dispositif ;
- les expériences conversationnelles font partie du scope, pas juste du service client.
L’IA n’est plus un simple « outil de production », mais un nouvel outil d’expression, capable de générer des esthétiques et récits impossibles à tenir en prod classique.
Concrètement, pour une marque, cela ouvre trois terrains de jeu :
- Exploration créative démultipliée : passer de 3 pistes créa à 30 variations visuelles, narratives ou tonalités testables.
- Personnalisation éditoriale : adapter un même concept à des micro-cibles (jeunes parents, gamers, urbains, etc.) sans exploser les budgets.
- Formats narratifs hybrides : vidéos mêlant tournage réel et IA, expériences web interactives, chatbots éditoriaux, etc.
Une nouvelle organisation des talents
Le casting de Sublime est révélateur de ce que doivent viser les médias et agences :
- directeurs artistiques capables de penser des styles IA et pas seulement des moodboards ;
- prompt ninjas qui manient finement la génération d’images, de vidéos ou de voix ;
- développeurs et ingénieurs IA pour intégrer les modèles aux plateformes, apps, sites, CMS ;
- consultants spécialisés pour cadrer les usages, la gouvernance des données, la conformité juridique.
Pour une régie média, une rédaction ou une agence créa, la question n’est plus « faut-il recruter ces profils ? » mais comment les faire travailler avec les équipes en place, sans créer une chapelle à côté.
Motorola, Saint-Gobain : ce que ces campagnes IA disent du futur
Les premières campagnes de Sublime donnent un aperçu concret de ce qu’un studio 100 % IA peut produire à l’échelle internationale.
« Styled With Moto » : la mode augmentée par les modèles génératifs
Pour Motorola, Sublime a imaginé « Styled With Moto », une campagne mondiale qui applique la génération d’images à l’univers mode/design. L’enjeu :
- montrer que le smartphone est un outil de style et de créativité, pas seulement de performance technique ;
- prouver que l’IA peut sublimer l’identité produit, sans la dénaturer.
Ce type de dispositif intéresse directement les médias lifestyle, tech, culture, qui cherchent des visuels forts et renouvelables rapidement. Avec un studio IA :
- les séries visuelles peuvent être prolongées tout au long de l’année ;
- les déclinaisons pour réseaux sociaux, native ads, habillages de site sont générées en beaucoup moins de temps ;
- les A/B tests créatifs deviennent réalistes à grande échelle.
« 7 visions du futur » : la ville de demain racontée par l’IA
Pour Saint-Gobain, Sublime a orchestré « 7 visions du futur », une campagne sur la ville de demain, co-créée avec des artistes IA. On est là sur un registre plus éditorial, proche du brand content média :
- une thématique de fond (l’urbanisme, l’environnement, l’habitat) ;
- une série de récits visuels génératifs ;
- une logique de collection, facilement déclinable en formats vidéo courts, podcasts enrichis visuellement, dossiers spéciaux.
Pour un groupe média français, ce genre de série pourrait devenir :
- un dossier spécial avec visuels IA, infographies, cartes interactives ;
- un podcast augmenté par des illustrations générées pour chaque épisode ;
- une expérience web où le lecteur navigue dans différentes visions de la ville.
Les deux campagnes ont été primées une quinzaine de fois, ce qui envoie un signal fort : la création IA n’est plus tolérée par les jurys, elle est valorisée quand elle sert un propos et une identité de marque, au lieu de n’être qu’un gadget esthétique.
Comment structurer un studio IA dans une agence ou un média
Pour les acteurs français des médias et de la communication, l’enjeu n’est pas de copier Sublime à l’identique, mais de reprendre les briques structurantes de leur modèle.
1. Commencer par un socle R&D solide
Heaven a investi deux ans de R&D avant de « sortir » Sublime officiellement. C’est un point que beaucoup d’entreprises sous-estiment :
- cartographier les cas d’usage pertinents (création, rédaction, data, pub programmatique, UX) ;
- tester plusieurs modèles et outils (internes, externes, open source) ;
- construire les portails d’accès, les guidelines internes, les règles de gouvernance.
Pour un groupe média, cela peut passer par :
- un lab IA éditorial qui expérimente sur des verticales (sport, économie, culture) ;
- un pilote marketing sur la personnalisation des newsletters ou la génération de bannières ;
- un groupe de travail juridique/éthique pour encadrer droits d’auteur, transparence, RGPD.
2. Créer une équipe hybride plutôt qu’un « département à part »
L’erreur classique consiste à isoler l’IA dans une cellule tech. Sublime montre l’intérêt d’une équipe :
- multi-disciplinaire (créa, tech, data, stratégie) ;
- connectée au business (briefs clients, ventes, relation annonceurs) ;
- ouverte aux métiers (journalistes, producteurs, planneurs, commerciaux).
Une approche efficace consiste à :
- Nommer un référent IA métier dans chaque équipe (créa, rédaction, régie, CRM).
- Mettre en place des routines de co-création : sprints courts IA + créa, revues hebdo des meilleurs prompts, retours d’expérience.
- Prévoir des formations continues : quand un modèle change, l’équipe se met à jour, comme pour un nouveau logiciel de montage ou un nouvel adserver.
3. Industrialiser sans perdre l’originalité
L’un des points clés chez Sublime est la capacité à industrialiser les idées IA : produire à grande échelle sans finir avec les mêmes images vues partout sur internet.
Quelques bonnes pratiques que j’ai pu voir fonctionner :
- documenter des styles propriétaires par marque ou par média (palettes, cadrages, tonalité des prompts) ;
- créer une bibliothèque interne de prompts efficaces et validés, avec exemples avant/après ;
- systématiser la surcouche humaine : retouches, montage, réécriture, supervision éditoriale ;
- prévoir des contrôles qualité IA (hallucinations, biais, cohérence factuelle pour les contenus éditoriaux).
IA, création de contenu et publicité : applications concrètes pour les médias français
Un studio IA comme Sublime s’inscrit parfaitement dans le triptyque IA – contenu – publicité programmatique dont tout le secteur parle depuis 2024. Pour les éditeurs et agences, les usages les plus mûrs se situent déjà à quatre niveaux.
Création de contenu éditorial augmentée
Pour une rédaction ou un studio de brand content, l’IA peut :
- générer des premières versions de visuels pour des articles, dossiers, newsletters ;
- aider à structurer des angles, plans, titres alternatifs pour optimiser le SEO ;
- produire des résumés multi-formats (brèves, posts sociaux, push notifications) à partir d’un même article long.
La clé, c’est de garder un contrôle éditorial strict :
- les journalistes valident chaque fait ;
- la transparence avec le public est assurée quand une image ou un texte est généré ;
- les sujets sensibles (politique, santé, justice) restent très encadrés.
Publicité et création de campagnes IA pour les annonceurs
Côté régies et agences de communication, les bénéfices sont immédiats :
- décliner des packs créatifs complets (bannières, vidéos courtes, assets social) à partir d’un concept central ;
- adapter les campagnes à des contextes média différents (site premium, vertical sport, environnement brand safe) ;
- nourrir les plateformes programmatiques avec plus de variations créatives pour améliorer le taux de clic et la mémorisation.
Un studio IA interne permet aussi de répondre plus vite aux appels d’offres : maquettes, storyboards, proof of concept d’expériences conversationnelles, etc.
Personnalisation éditoriale et analyse d’audience
Même si Sublime se concentre surtout sur la création, son approche IA peut alimenter tout le cycle :
- analyse d’audience : quels formats génératifs performent le mieux, sur quels segments ?
- personnalisation des contenus : adapter la une d’un site, l’ordre des articles, les visuels selon le profil lecteur ;
- boucle d’amélioration continue : les performances des campagnes IA nourrissent les prochains prompts et scénarios créatifs.
Pour les médias français, le vrai avantage compétitif vient de là : ceux qui savent relier création IA, data d’audience et monétisation créent des offres que les plateformes globales ont du mal à reproduire localement.
Se préparer dès maintenant : par où commencer ?
La création de Sublime montre qu’un acteur français peut construire un studio IA crédible et primé en quelques années, à condition de structurer l’effort. Pour un média, une agence ou un annonceur qui veut s’y mettre sérieusement en 2026, la feuille de route minimale pourrait être :
- Cartographier vos cas d’usage IA : éditorial, régie pub, marketing, studio, CRM.
- Monter un mini-studio pilote : 3 à 5 personnes (créa, data/IA, product, juridique) avec des objectifs clairs sur 6 mois.
- Choisir 2 à 3 projets vitrines : une campagne brand content, un dossier éditorial, une série social vidéo IA.
- Documenter tout : prompts, workflows, résultats, retours clients/lecteurs.
- Communiquer en interne : montrer les gains, les limites, rassurer sur les métiers.
Ce mouvement n’est pas une mode. Les studios 100 % IA comme Sublime seront, dans quelques années, aussi banals qu’un studio de motion design aujourd’hui. La question n’est plus « est-ce que c’est légitime ? », mais « quelle place vous voulez prendre dans cette nouvelle chaîne de valeur ».
Cette série « L’IA dans les Médias et la Communication en France » continuera à décortiquer d’autres initiatives : dans les rédactions, chez les régies, dans les studios de production. En attendant, la vraie question pour vous est simple : quels premiers projets allez-vous confier à l’IA en 2026, et avec qui voulez-vous les construire ?