Une rédaction transformée en ballons géants par Nano Banana ? Derrière la blague, un vrai tournant pour l’IA dans les médias et la communication en France.

Quand une rédaction se transforme en ballons géants
Un détail résume bien l’état de l’IA dans les médias en 2025 : une simple suggestion dans Gemini, l’IA de Google, a suffi pour que toute la rédaction de Numerama se transforme… en ballons géants façon parade de Thanksgiving.
Ce qui ressemble à une blague est en réalité un signal fort pour les médias et les agences de communication françaises. Les mêmes outils qui permettent de générer une photo délirante de vos collègues en ballon gonflable sont aussi capables de produire des visuels de campagne, des habillages éditoriaux, des déclinaisons social media ou des illustrations d’articles, en quelques minutes.
Dans cette série « L’IA dans les Médias et la Communication en France », cet exemple autour de Google Gemini et Nano Banana est un bon prétexte pour analyser ce que l’IA générative change concrètement dans les rédactions françaises : la créativité, les workflows, mais aussi le cadre légal et éthique.
Nano Banana et Gemini 3 Pro : bien plus qu’un gadget de Thanksgiving
L’expérience de Numerama est simple : via la version américaine de Gemini (en passant par un VPN), la rédaction tombe sur un prompt proposé en bas du chat :
« Transform me into a majestic, colossal parade balloon… »
En quelques essais, toute l’équipe se retrouve en ballons géants ultra réalistes, avec reflets, coutures et style parade de Macy’s. Derrière cette démonstration “fun” se cache une vraie brique technologique : Nano Banana Pro, le modèle d’édition et de génération d’images de Google, intégré à Gemini 3 Pro.
Ce que Nano Banana apporte concrètement
Nano Banana n’est pas seulement un jouet pour réseaux sociaux. Pour un média ou une agence, il offre :
- Génération d’images 4K adaptées à un usage éditorial ou publicitaire
- Modification contextuelle de photos existantes à partir d’un simple prompt
- Style cohérent (parade, cartoon, réaliste, photo studio, etc.) sur une série d’images
- Intégration aux outils Google et Adobe déjà présents dans beaucoup de workflows créa
Autrement dit, la même technologie qui permet de vous transformer en ballon peut générer :
- Les visuels d’un dossier spécial fêtes de fin d’année
- Des vignettes YouTube pour une émission tech
- Des illustrations sur mesure pour un podcast de marque
La frontière entre expérimentation ludique et outil de production pour les médias est de plus en plus fine.
Tutoriel pratique : comment reproduire l’expérience (et ce que ça apprend aux équipes)
L’autre intérêt de l’article de Numerama, c’est qu’il montre à quel point le prompting devient une compétence éditoriale à part entière.
1. Accéder à Gemini et au mode Raisonnement
Pour utiliser Nano Banana Pro dans un contexte proche de celui de Numerama :
- Se connecter Ă Gemini avec un compte Google
- Activer le mode Raisonnement (Gemini 3 Pro)
- Si nécessaire, passer par une connexion de type VPN pour accéder aux suggestions US (non indispensable si vous copiez le prompt manuellement)
Le mode Raisonnement est clé : c’est lui qui permet d’activer les fonctions avancées d’image (dont Nano Banana Pro), même dans une logique de test gratuit avec quotas.
2. Le prompt “ballon de parade” décrypté
Le prompt utilisé par Numerama est en anglais, compact, mais très instructif pour les professionnels :
"First ask me to upload a photo of myself. Then transform me into a majestic, colossal parade balloon designed in the style of a Thanksgiving parade float. We should see the signature glossy texture, visible seams and inflation points, giving it a realistic, multi-chambered appearance. It’s ok to change my appearance to fit in line with the style, and make it more cartoonish and playful."
Ce prompt contient plusieurs bonnes pratiques de prompt pour les médias :
- Instruction en deux temps : demande d’upload, puis transformation
- Référence culturelle précise : parade de Thanksgiving
- Détails visuels concrets : texture brillante, coutures, valves
- Liberté stylistique assumée : apparence plus cartoon, plus “joueuse”
Pour un service com’ ou une rédaction, cette manière de décrire le résultat attendu est directement transposable :
- En graphisme éditorial : “affiche rétro 70’s, trame d’impression, palette rouge/ocre…”
- En brand content : “personnage mascotte en style flat design, ombres douces, fond uni pastel…”
On n’est plus dans la “magie de l’IA” mais dans un brief créatif ultra précis, rédigé en langage naturel.
3. Confidentialité : ne pas oublier la base
Numerama le rappelle : pour que Gemini accepte de transformer une photo de vous, il faut utiliser une image qui n’est pas déjà disponible en ligne. Sinon, l’IA peut refuser, vous considérant comme “figure publique”.
Pour une rédaction française, ça pose deux sujets clés :
- Protection de la vie privée des journalistes et des invités : ne pas envoyer n’importe quelle photo à n’importe quel service
- Règles internes : qui a le droit de charger des photos de la rédaction dans un outil d’IA ? Pour quel usage ? Pendant combien de temps sont-elles stockées ?
Les médias qui s’emparent sérieusement de l’IA générative commencent tous par des chartes internes : anonymisation, floutage, stockage local, choix des prestataires, contexte RGPD… Sans ce cadre, le fun peut très vite se transformer en mauvaise surprise juridique.
Ce que cet exemple raconte de l’IA dans les médias français
L’expérience “ballons géants” n’est pas qu’un délire de Thanksgiving. Elle illustre trois transformations profondes dans les rédactions françaises.
1. La créativité visuelle est en train de changer d’échelle
Avant, produire un visuel original pour un article ou une campagne demandait :
- Un photographe ou un illustrateur
- Un brief, des allers‑retours, des délais
- Un budget dédié (et souvent limité)
Avec des outils comme Nano Banana :
- Une équipe édito peut prototyper 5 ou 6 pistes visuelles en interne en une heure
- Une agence peut préparer un storyboard complet pour un client avant même d’impliquer un studio graphique
- Les médias peuvent tester plusieurs angles créatifs sur les réseaux sociaux, puis investir sur celle qui performe le mieux
Je ne pense pas que ça remplace les créatifs. Par contre, ça modifie leur rôle : moins d’exécution répétitive, plus de direction artistique et de contrôle de la cohérence de marque.
2. L’IA devient un terrain de jeu éditorial
De plus en plus de rédactions françaises utilisent l’IA non seulement pour produire, mais aussi pour parler de l’IA à leurs lecteurs, avec un ton accessible :
- Comparateurs d’IA “les plus drôles du web”
- Expériences type “génère une horloge fonctionnelle”
- Dossiers où l’on teste les limites de chaque modèle
Ces formats ont deux avantages :
- Pédagogie : les lecteurs voient concrètement ce que fait l’IA, sans jargon
- Engagement : ce sont souvent des contenus très partagés, car ils mélangent tech, culture web et humour
Dans une stratégie “IA dans les médias et la communication”, ce genre d’expérimentation ludique est un atout énorme : il permet d’acculturer les équipes internes tout en créant du contenu performant.
3. Les médias deviennent des “laboratoires” pour les marques
Les marques françaises regardent de près ce que font des acteurs comme Numerama, Le Monde ou Konbini avec l’IA générative. Pourquoi ? Parce que les médias osent souvent tester en premier :
- Formes narratives hybrides (texte + IA + vidéo courte)
- Nouvelles chartes iconographiques générées avec IA
- Formats interactifs, prompts publiés et réutilisables par le public
Pour les agences et les directions marketing, collaborer avec ces médias, ou au moins s’inspirer de leurs tests, permet d’éviter le syndrome “campagne IA 100 % expérimentale mais déconnectée des usages réels”.
Comment un média français peut intégrer ce type d’IA dès maintenant
Vous n’avez pas besoin d’attendre Thanksgiving ni d’être une rédaction nationale pour vous y mettre. Une petite équipe médias ou communication en France peut déjà structurer son approche en trois étapes.
1. Démarrer par un “bac à sable” créatif
Le plus efficace, selon moi, c’est de commencer par un espace de jeu contrôlé :
- Choisir 1 ou 2 cas d’usage simples : visuels d’articles, vignettes réseaux sociaux
- Expérimenter avec Gemini 3 Pro + Nano Banana (ou des équivalents, selon vos contraintes)
- Documenter les prompts qui fonctionnent : captures d’écran, exemples, variantes
Objectif : créer une bibliothèque maison de prompts adaptés à votre ligne éditoriale et à votre ton de marque.
2. Poser tout de suite les garde‑fous
Même si le ton est léger, le cadre doit être sérieux :
- Valider avec la direction juridique ou DPO les outils compatibles RGPD
- Définir qui peut utiliser l’IA pour :
- Les visuels internes
- Les campagnes clients
- Les portraits de personnes réelles
- Mettre noir sur blanc une règle simple : toujours assumer la responsabilité éditoriale finale, même si l’image vient d’une IA
La confiance se gagne vite si les équipes voient que l’expérimentation se fait dans un cadre clair.
3. Intégrer l’IA au workflow plutôt qu’en gadget
Le piège, c’est de rester au stade du “coup marrant sur X ou TikTok”. Pour vraiment tirer profit d’outils comme Nano Banana dans les médias et la communication en France :
- Intégrer l’IA au planning éditorial : quels sujets s’y prêtent ? quels formats ?
- Connecter la production IA Ă vos KPIs audience : temps de lecture, taux de clic, partage
- Former au moins un référent IA par équipe (rédac, marketing, social, studio)
La question n’est plus “faut‑il utiliser l’IA ?” mais “où crée‑t‑elle le plus de valeur : créativité, productivité, personnalisation éditoriale ?”.
Ce que cette histoire de ballons géants dit de l’avenir
L’expérience de Numerama avec Nano Banana Pro montre bien la nouvelle norme :
- Une rédaction française peut s’approprier des outils globaux comme Google Gemini en gardant son ton et ses références
- Une simple suggestion dans une interface IA peut déclencher un format éditorial, une tendance visuelle et une discussion de fond sur l’IA dans les médias
- Le public ne veut pas seulement des analyses abstraites : il aime voir l’IA à l’œuvre, de manière concrète, parfois absurde, mais parlante
Pour les acteurs de la communication et des médias en France, 2026 sera très probablement l’année où l’on passera d’une approche “tests ponctuels” à un usage structuré et assumé de l’IA générative : outils comme Nano Banana pour l’image, modèles texte pour les résumés, moteurs d’analyse d’audience pilotés par IA, etc.
La vraie question, maintenant, n’est plus “est‑ce qu’on doit essayer ?”, mais :
Comment faire de ces outils un avantage éditorial et créatif durable, plutôt qu’un simple gadget de saison ?
C’est précisément ce que cette série “L’IA dans les Médias et la Communication en France” cherche à éclairer, expérimentation après expérimentation.