Apéri+ d’Apéricube montre comment l’IA permet à une marque de se comporter comme un média, avec une vraie plateforme de streaming de marque et 12 bandes-annonces générées par IA.
Apéri+ : quand l’IA transforme une marque en média
En France, 82 % des familles considèrent les soirées de visionnage comme un moment clé de leur quotidien. Ce n’est pas une statistique Netflix, c’est un signal fort pour tous les marketeurs médias et communication : l’écran du salon est devenu un terrain de marque autant qu’un terrain de divertissement.
C’est exactement là qu’Apéricube a décidé de s’installer, avec Apéri+, une « plateforme de streaming » entièrement générée par intelligence artificielle. Douze bandes-annonces de films, des genres bien connus (comédie romantique, horreur, SF, policier, téléréalité), mais un univers unique : les saveurs Apéricube.
Ce cas est intéressant pour une raison simple : il montre comment une marque alimentaire peut se comporter comme un éditeur de contenus et utiliser l’IA non pas comme gadget, mais comme accélérateur créatif au service d’une stratégie de marque. Dans le cadre de notre série « L’IA dans les Médias et la Communication en France », Apéri+ est un exemple concret de ce que peut être une campagne IA bien pensée.
Dans cet article, je vous propose de décortiquer ce dispositif et d’en tirer des enseignements actionnables pour les médias, les agences et les marques françaises qui veulent utiliser l’IA pour créer des expériences de contenu qui comptent vraiment.
1. Apéri+ : une fausse plateforme de streaming, une vraie plateforme de marque
Apéri+ n’est pas une nouvelle Netflix. C’est une plateforme de marque qui emprunte tous les codes du streaming pour créer de l’affinité et de la mémorisation.
Concrètement, le dispositif imaginé par Apéricube et l’agence Steve repose sur :
- Un site type plateforme de streaming, Apéri+
- 12 bandes-annonces générées par IA, inspirées de grands genres ciné/séries
- Un univers créatif construit autour des saveurs Apéricube (Échalote, Jalapeño, Tex Mex, etc.)
- Un plan de diffusion digital : teaser vidéo, social media (Meta, TikTok) et influence
Les titres parlent d’eux-mêmes :
- « Échalote et rebelote » – comédie romantique
- « Jalapeño : les flammes de l’enfer » – horreur
- « Invasion Extra Tex Mex » – science-fiction
- « Code Bleu » – policier
- « Gouda l’aventure » – fantastique
- « Ail des ours » – téléréalité
La mécanique est simple mais redoutablement efficace : un goût = un univers narratif. On ne vend pas un fromage, on vend un moment de divertissement qui lui ressemble. Et l’IA devient l’outil pour produire ces univers à grande vitesse et à moindre coût.
Pour les professionnels des médias, ce cas montre une chose : la frontière entre “plateforme média” et “plateforme de communication de marque” est en train de se brouiller, et l’IA accélère ce mouvement.
2. Comment l’IA change le rôle des agences et des studios de contenu
Le studio intégré de Steve est présenté comme « dopé par l’IA ». Ce n’est pas qu’un effet de langage. Derrière, on voit se dessiner un nouveau modèle de production créative.
De la campagne à l’écosystème de contenus
Avant, une campagne de marque classique, c’était :
- 1 film TV ou digital principal
- Quelques déclinaisons courtes
- Un volet social media plutĂ´t tactique
Avec Apéri+, on passe à un mini catalogue de contenus : 12 bandes-annonces, chacune avec son univers, son ton, son potentiel social. L’IA rend possible ce volume sans exploser le budget, à condition que :
- La plateforme de marque soit claire (ici : la convivialité apéritive + les saveurs décalées)
- Les guidelines créatives soient bien cadrées (charte, ton, limites éthiques)
- Les prompts, références visuelles et scripts soient pensés comme un système, pas comme 12 one-shots
Là où beaucoup d’annonceurs se contentent encore de « tester » l’IA sur un visuel ou une activation social, Apéricube fait un pas de plus : il confie à l’IA la fabrication d’un univers narratif complet.
Pour les agences : passer de producteur à architecte d’IA créative
Pour une agence, ce type de dispositif change le métier :
- Moins de temps passé à produire manuellement chaque visuel ou chaque vidéo
- Plus de temps consacré à orchestrer l’écosystème et à affiner les lignes directrices données aux modèles d’IA
Ce qui fait la différence aujourd’hui, ce n’est pas d’« utiliser l’IA » en soi. Beaucoup le font. Ce qui compte, c’est la capacité à :
- Formaliser une bible créative IA (prompts types, références, styles visuels)
- Mettre en place des boucles de validation rapides (itérations IA → tri humain → retouches)
- Garantir la cohérence de marque malgré la variété des outputs générés
Apéri+ illustre bien cette mutation : l’agence Steve ne se contente pas d’« avoir un outil IA ». Elle s’en sert pour structurer une nouvelle façon de raconter la marque.
3. Ce que ce cas dit de l’IA dans les médias et la communication en France
Apéri+ s’inscrit dans un mouvement plus large que l’on voit monter sur le marché français depuis 2023–2024 : les marques deviennent des éditeurs, et les éditeurs deviennent des marques. L’IA vient simplement accélérer ce mouvement et en baisser les barrières d’entrée.
L’IA comme moteur de création de contenu de marque
Dans notre série « L’IA dans les Médias et la Communication en France », on retrouve trois usages récurrents :
- Création de contenu (textes, images, vidéos, bandes-annonces, voice-over)
- Personnalisation éditoriale (recommandations, homepages dynamiques, emails sur-mesure)
- Analyse d’audience et optimisation média (modélisation, attribution, programmatiques avancées)
Apéri+ est clairement sur le premier pilier : la création. L’intérêt, c’est que :
- La campagne s’appuie sur un insight solide (les soirées de visionnage en famille)
- Le concept est facile Ă comprendre pour le public (une plateforme de streaming parodique)
- L’IA est visible mais pas envahissante : on la sent dans les visuels et la prod, mais le message reste humain, centré sur le plaisir de l’apéro
C’est exactement le genre de combinaison qui fonctionne :
Une idée simple, un code culturel fort, et l’IA en coulisse comme amplificateur créatif.
Une réponse au « trop-plein » de pub classique
Les Français sont saturés par la publicité linéaire, en TV comme en digital. En parallèle, ils passent des heures sur des plateformes de streaming et des réseaux sociaux vidéo.
Dans ce contexte, ce que fait Apéricube est très malin :
- Plutôt que d’ajouter une couche de spot classique, la marque imite le format que les gens ont envie de voir.
- Elle transforme la publicité en contenu de divertissement.
- Elle profite de l’IA pour produire beaucoup, tester, adapter, sans multiplier par dix les budgets.
Pour les médias et les régies, cela pose une vraie question : comment intégrer ce type de dispositifs IA dans des offres packagées, qui vont au-delà du spot ou du post sponsorisé ? On voit déjà se dessiner des formats brand entertainment IA, où le média pourrait :
- Co-concevoir la plateforme de contenu pour une marque
- Offrir des données d’audience pour affiner les scénarios générés
- Monétiser ces univers de marque comme des contenus à part entière
4. 5 enseignements actionnables pour vos propres projets IA
Ce cas Apéri+ donne des repères concrets à toute équipe marketing, média ou communication qui veut passer un cap sur l’IA.
1) Partir d’un usage réel, pas de la techno
Le point de départ n’est pas « on veut faire une campagne IA », mais :
- Les familles adorent les soirées films/séries.
- Apéricube est déjà associé à ce moment (apéritif, convivialité).
L’IA arrive après, comme réponse à une question : comment créer un univers de contenu qui prolonge ce moment, sans dépenser comme une plateforme SVOD ?
À reproduire chez vous : commencez par une situation de consommation, un moment de vie, puis demandez-vous comment l’IA peut enrichir ce moment en contenus, services ou interactions.
2) Travailler la cohérence de marque avant la multiplication des formats
Douze bandes-annonces IA, c’est séduisant. Mais sans une plateforme de marque solide, ce serait juste du bruit.
Ici, tout tient sur quelques constantes :
- Un ton décalé, ludique
- Un territoire très clair : l’apéritif en famille/amis
- Une personnification des saveurs en personnages / univers narratifs
À retenir : avant de lancer un projet IA multi-formats, sécurisez :
- Une charte de ton
- Un territoire visuel
- Un ensemble de prompts-types alignés avec ces deux éléments
3) Organiser le duo IA + humain dans la production
L’IA générative ne remplace pas les équipes créatives, elle les fait travailler autrement. Sur une plateforme comme Apéri+, le schéma efficace ressemble plutôt à ceci :
- Stratégie et plateforme de marque définies par l’équipe marketing / planning.
- Scénarios, titres, intentions écrits par des créatifs humains.
- Génération d’images, voix ou animations par IA.
- Sélection, retouches, montage et ajustements story par des humains.
Le piège serait de vouloir tout confier à l’IA, y compris le sens de la marque. Là , on obtient très vite un contenu générique, oubliable, et parfois bancal.
4) Penser distribution dès le départ
Apéri+ n’existe pas dans le vide. La plateforme est soutenue par :
- Un film teaser digital
- Une activation sur Meta et TikTok
- Un plan d’influence
- Un dispositif RP
C’est une leçon clé pour les projets IA : un contenu généré automatiquement ne se diffuse pas automatiquement. Il faut un vrai plan média et influence, surtout dans un univers saturé comme la vidéo.
Pour les médias et plateformes françaises, c’est une opportunité : packager des offres qui combinent production IA + distribution ciblée + mesure de performance.
5) S’aligner sur les attentes sociétales autour de l’IA
La citation d’Émilie Charbonné, Directrice Marketing Bel France, est claire : Apéri+ s’inscrit dans « une ère où IA et divertissement s’installent de plus en plus dans le quotidien des Français ».
La clé, pour rester crédible, c’est de :
- Assumer que l’IA est utilisée
- Mais rester dans le registre du ludique et du divertissement, loin des usages anxiogènes ou opaques
- Garder l’humain au centre : ce qui compte vraiment, ce sont les moments de partage créés par la marque
Les Français sont méfiants face à l’IA quand ils la perçoivent comme une menace pour l’emploi ou la vie privée. En revanche, ils l’acceptent beaucoup mieux quand elle sert à améliorer une expérience de divertissement, surtout si la marque garde un ton transparent et léger.
5. Et maintenant ? Comment passer de l’exemple à votre stratégie IA
Apéri+ montre qu’en 2025, une marque française peut :
- Se comporter comme un mini-Netflix de marque
- Utiliser l’IA pour produire rapidement un volume important de contenu
- S’ancrer dans un usage culturel réel (le streaming) plutôt que dans une logique purement publicitaire
Pour les acteurs des médias et de la communication en France, la voie est assez nette :
- Les agences doivent structurer leurs studios IA (process, outils, gouvernance créative).
- Les régies et éditeurs ont intérêt à proposer des formats « brand entertainment IA », qui combinent contenu et données d’audience.
- Les marques ont tout à gagner à tester des plateformes de contenu de marque, même modestes, pour sortir du schéma spot + bannière.
La vraie question n’est plus : « Faut-il utiliser l’IA dans nos contenus ? » mais plutôt :
Comment faire en sorte que chaque projet IA renforce un actif stratégique de la marque : son territoire, sa relation aux audiences, ses données, sa capacité à produire du contenu de qualité ?
Si vous préparez vos plans 2026, ce type de dispositif donne un bon repère : commencez petit, mais pensez comme un média. L’IA n’est pas là pour vous faire gagner un prix créatif une fois dans l’année. Elle est là pour installer votre marque dans le quotidien des Français, via des expériences éditoriales qui donnent envie d’être vues… et partagées.