Comment une agence média indépendante comme CoSpirit utilise l’IA pour concilier performance, responsabilité et indépendance sur le marché français.

Agences média indépendantes, IA et responsabilité : la voie CoSpirit
Les agences média indépendantes pèsent aujourd’hui plus de 20 % du marché français selon l’AAMI. Ce n’est plus une niche, c’est un contre‑pouvoir. Et au moment où l’intelligence artificielle bouscule les médias et la communication, leur rôle devient stratégique : qui d’autre qu’un acteur indépendant peut arbitrer entre performance, éthique et intérêt long terme de la marque ?
Lors du We Love Media Festival du 13/11/2025 à la Gaîté Lyrique, la prise de parole d’Eric Boyer, directeur général de CoSpirit Groupe, illustrait bien ce tournant : une agence qui fête ses 30 ans, assume un positionnement responsable et militant, tout en accélérant sur la data et l’IA média.
Ce billet prolonge cet échange, dans le cadre de notre série « L’IA dans les Médias et la Communication en France ». Objectif : montrer comment une agence média indépendante comme CoSpirit peut utiliser l’IA sans renoncer à l’indépendance, à la transparence ni à l’impact positif.
1. Ce que change vraiment l’IA pour une agence média indépendante
L’IA n’est pas qu’un nouveau buzzword pour les plans médias. Pour une agence média indépendante, c’est à la fois un formidable accélérateur… et un risque de perte d’âme si on la laisse dicter seule les décisions.
Trois ruptures majeures apportées par l’IA média
Pour le quotidien d’une agence comme CoSpirit, l’IA transforme au moins trois dimensions :
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La planification média
- Modélisation plus fine des audiences locales et nationales
- Prévisions d’impact multi‑écrans (TV, audio, OOH, social, retail media…)
- Scénarios budgétaires en quelques minutes au lieu de plusieurs jours
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La création et l’adaptation des contenus
- Génération de centaines de variantes de messages pour tester ce qui performe le mieux par segment
- Adaptation automatique des formats pour l’affichage local, les réseaux sociaux, la vidéo online
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Le pilotage en temps réel
- Optimisation automatique des campagnes selon les ventes, la météo, l’actualité
- Alertes sur‑ ou sous‑diffusion, fréquence excessive, incohérences de ciblage
La réalité ? La plupart des agences font déjà tout ça, mais en mode « boîte noire » via des plateformes globales. La différence pour une agence indépendante, c’est la possibilité de garder la main sur les règles du jeu.
Une agence média indépendante n’a pas vocation à être esclave d’algorithmes propriétaires, mais à concevoir ses propres modèles au service de la marque, pas du média.
2. 30 ans de CoSpirit : pourquoi l’indépendance compte encore plus à l’ère de l’IA
CoSpirit fête 30 ans d’existence. Ce qui aurait pu rester une « belle success story d’agence locale » devient tout autre chose dans le contexte 2025 : l’indépendance devient un avantage concurrentiel face aux écosystèmes fermés des grandes plateformes.
L’indépendance comme bouclier face aux biais algorithmiques
Les algorithmes d’achat média et de recommandation ne sont jamais neutres. Ils privilégient :
- Les inventaires les plus rentables pour la plateforme
- Les environnements faciles à mesurer, pas forcément les plus vertueux
- Les formats sur‑optimisés sur le court terme (clics) au détriment du long terme (image de marque)
Une agence média indépendante peut :
- Choisir ses partenaires tech et ne pas se limiter aux suites intégrées des GAFAM
- Confronter les scores IA à des indicateurs de marque, de mémorisation, de satisfaction client
- Intégrer des critères RSE directement dans ses algorithmes de scoring média
C’est là que le positionnement responsable et militant revendiqué par CoSpirit prend du poids : il ne s’agit plus seulement de faire des tribunes, mais d’inscrire ces convictions dans le code.
Un ADN « local & citoyen » renforcé par l’IA
CoSpirit s’est construite sur une forte expertise média local, notamment pour la distribution et les acteurs de territoire. L’IA peut amplifier ce positionnement :
- Cartographie IA des zones de chalandise et des bassins de vie
- Analyse fine des contextes locaux (données socio‑démo, mobilité, points de vente)
- Planification phygitale : OOH, presse locale, audio, social géolocalisé, retail media
En clair : plus l’IA progresse, plus la finesse locale redevient un atout. À condition de ne pas laisser des algos globaux écraser la diversité des territoires.
3. IA responsable : comment intégrer l’éthique dans les stratégies média
Parler d’IA responsable sans cadrage opérationnel ne sert pas à grand‑chose. Les agences qui s’en sortent le mieux sont celles qui traduisent leurs valeurs en processus concrets. Un groupe comme CoSpirit peut agir à trois niveaux.
3.1. Des règles claires pour les données et les audiences
Une agence média qui utilise l’IA doit clarifier :
- D’où viennent les données ?
Refus de certains data brokers opaques, priorité aux données éditeurs et first‑party data clients. - Quelles variables sont exclues ?
Pas de ciblage sur des critères sensibles (santé, orientation, religion…), vigilance sur les proxys discriminants. - Comment l’algorithme est contrôlé ?
Audit régulier des performances par segment : qui voit la campagne, qui en est exclu, à quel coût ?
C’est là que l’indépendance fait la différence : une agence qui n’a pas d’actions à défendre dans les plateformes peut se permettre d’être exigeante.
3.2. Des indicateurs qui ne se limitent pas au CPA
L’IA adore les objectifs simples : clics, conversions, CPA. Sauf que ces KPI poussent parfois vers :
- Des environnements low‑cost mais toxiques pour l’image
- Des formats intrusifs
- Une surexposition de certains publics fragiles
Un positionnement « responsable et militant » pousse à intégrer :
- Des indicateurs d’attention de qualité, pas seulement de visibilité
- Des critères d’empreinte carbone média
- Des métriques éditoriales : contexte, qualité journalistique, diversité des médias soutenus
L’IA reste utile, mais avec un tableau de bord revu : elle optimise alors un mix de performance et de responsabilité, pas uniquement la dernière vente à J+1.
3.3. Transparence et pédagogie auprès des annonceurs
Beaucoup de directions marketing françaises n’osent pas challenger leurs partenaires sur l’IA par manque de repères. Une agence indépendante peut prendre ce rôle pédagogique :
- Expliquer clairement ce qui est automatisé et ce qui reste piloté par des humains
- Montrer concrètement les arbitrages IA vs. stratégie de marque
- Co‑construire des chartes IA média propres à chaque annonceur
Cette transparence est une excellente arme de fidélisation : les annonceurs en ont assez de la « magie noire » programmatique.
4. IA + experts médias : organiser le tandem sans perdre l’humain
L’erreur que font beaucoup de groupes, c’est de traiter l’IA comme un simple outil d’automatisation des tâches juniors. Une agence comme CoSpirit a plus à gagner en la considérant comme un co‑pilote pour ses experts.
Ce que l’IA fait mieux que vos équipes
L’IA excelle sur :
- L’analyse de volumes massifs de données (GRP, impressions, ventes, météo, mobilité…)
- La génération de scénarios média : « et si on déplaçait 15 % du budget TV vers l’OOH digital local ? »
- La détection de signaux faibles : début de saturation de fréquence, dérive de coûts, saisonnalité anormale
Ne pas utiliser l’IA sur ces sujets en 2025, c’est accepter de se faire dépasser en productivité.
Ce que les humains font mieux que l’IA
À l’inverse, même avec des « agents IA » sophistiqués, plusieurs tâches restent humaines :
- Traduire les insights data en histoires de marque cohérentes
- Arbitrer entre court terme (ROI immédiat) et capital de marque
- Comprendre les sensibilités culturelles françaises et les signaux sociaux (politiques, sociétaux, générationnels)
- Gérer la relation avec les médias et les partenaires locaux
La bonne approche consiste à redessiner les métiers : planneurs strat, traders, chargés de clientèle, créatifs média… chacun épaulé par des outils IA, mais gardant la décision finale.
Une agence média qui se contente de remplacer ses juniors par de l’IA perdra à terme ce qui fait sa valeur : la qualité de ses talents.
5. Trois chantiers prioritaires pour les agences média françaises en 2026
En prenant appui sur l’exemple de CoSpirit et les échanges du We Love Media Festival, on voit se dessiner une feuille de route assez claire pour les agences médias françaises qui veulent rester indépendantes, performantes et responsables.
5.1. Industrialiser un socle IA éthique
- Mettre en place une gouvernance IA : comité interne mêlant data, media, juridique, RSE
- Documenter tous les cas d’usage IA (ciblage, optimisation, reporting, création)
- Formaliser une charte IA média responsable partagée avec les clients et les éditeurs
5.2. Renforcer la différenciation locale et éditoriale
- Construire des graphes de données locaux : mobilité, retail, audiences régionales
- Valoriser les médias de proximité dans les algorithmes de recommandation
- Développer des produits IA spécifiques pour le commerce, la culture, le tourisme de territoire
5.3. Former les équipes, pas seulement acheter des licences
- Former tous les profils (commercial, strat, achat, content) aux fondamentaux de l’IA média
- Créer des binômes expert métier / expert data sur les grands comptes
- Encourager l’expérimentation encadrée : POC IA avec des garde‑fous clairs, évaluation systématique
Ce sont ces agences – indépendantes, exigeantes sur l’IA, proches des réalités locales – qui seront les mieux armées pour prendre des parts de marché face aux grands groupes intégrés.
Conclusion : l’IA ne remplace pas l’indépendance, elle la rend indispensable
La leçon qu’on peut tirer des 30 ans de CoSpirit et de son positionnement responsable est assez nette : plus l’IA s’installe dans les médias et la communication en France, plus l’indépendance devient stratégique.
Une agence média indépendante, membre de l’AAMI, peut :
- Utiliser l’IA pour gagner en précision, en réactivité et en capacité de personnalisation éditoriale
- Garder la maîtrise des choix : quelles données, quels médias, quels critères d’optimisation
- Aligner technologie, performance business et responsabilité sociale dans un même mouvement
Les annonceurs qui, en 2026, continueront à confier l’intégralité de leur stratégie média à des boîtes noires vont mécaniquement perdre du contrôle sur leur image, leurs données et leur impact. Ceux qui s’entourent d’agences indépendantes engagées sur l’IA auront une longueur d’avance.
La vraie question n’est plus « faut‑il faire de l’IA média ? », mais « avec qui, et selon quelles règles du jeu ? ».