Le GEO bouscule le SEO : comment les médias et agences français peuvent devenir des sources de confiance pour les IA génératives et préparer le commerce agentique.
GEO et IA générative : le vrai futur du SEO en 2026
En un an, la part des Français utilisant l’IA générative a explosé, avec 24 millions d’utilisateurs et une progression qui a triplé chez les 18-49 ans. Pendant ce temps, une partie des requêtes qui allaient hier vers Google part désormais vers ChatGPT, Perplexity, Gemini ou des assistants intégrés dans les OS et les navigateurs.
Pour les médias, les agences et les marques françaises, le message est brutal : le SEO seul ne suffit plus. La question n’est plus seulement "comment être en haut de Google", mais aussi "comment être cité par les IA génératives". C’est exactement l’objet du GEO – Generative Engine Optimization.
Voici le vrai enjeu : ceux qui deviennent maintenant des sources d’autorité pour les modèles de langage sécurisent leur visibilité pour les 5 à 10 prochaines années. Les autres regarderont les agents IA recommander leurs concurrents.
Dans le cadre de notre série « L’IA dans les Médias et la Communication en France », cet article fait le point, sans buzzword inutile, sur :
- ce qu’est réellement le GEO (au‑delà du marketing),
- comment il s’articule avec le SEO classique,
- ce que les éditeurs et agences françaises mettent déjà en place,
- un plan d’action GEO concret pour 2026,
- et comment préparer la prochaine vague : GEA, GEM et commerce « agentique ».
1. GEO : ce qui change vraiment pour le search
Le GEO, ou Generative Engine Optimization, consiste à optimiser sa présence non plus seulement pour un moteur de recherche, mais pour un moteur génératif : un LLM qui synthétise des réponses complètes, sans forcément renvoyer de clic.
La bascule clé, c’est le comportement utilisateur :
- hier : on tapait une requête sur Google, on cliquait sur des résultats,
- aujourd’hui : on formule une question complète à un agent IA, on lit une réponse synthétisée, parfois avec quelques liens d’appui,
- demain : on demandera directement à son agent d’acheter, réserver, comparer, arbitrer sans ouvrir un site.
Dans ce nouveau contexte :
- ĂŞtre cliquable ne suffit plus,
- il faut devenir citable : être la marque, le média ou l’expert que l’IA juge suffisamment fiable pour le citer dans la réponse.
Pour les médias et les agences françaises, ce changement touche directement :
- la monétisation de l’audience (moins de clics, plus de réponses in‑page),
- la stratégie de contenu de marque,
- les modèles de recommandation publicitaire (du SEA au GEA),
- et plus globalement la relation entre IA, éditeurs et annonceurs.
2. GEO vs SEO : continuité plus que rupture
Le GEO ne remplace pas le SEO, il s’appuie dessus et le pousse plus loin.
Ce qui reste valable du SEO pour le GEO (environ 60 à 80 % des actions, selon plusieurs experts français) :
- un site techniquement propre et rapide,
- une architecture claire, structurée,
- un contenu riche, profond, expert,
- une cohérence sémantique forte sur vos thématiques clés.
Ce qui change en revanche :
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Du lien vers la citation
En SEO, le netlinking restait un pilier majeur de la popularité. Pour les LLM, le signal clé devient :- combien de fois votre marque, votre média, votre produit sont mentionnés dans des sources que le modèle juge fiables,
- dans quels contextes ces citations apparaissent.
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De la requête courte à la question complète
Le SEO classique optimisait des expressions comme « hôtel Paris pas cher ».
Le GEO doit répondre à des formulations du type :« Je cherche un hôtel à Paris avec piscine intérieure, bien noté pour les familles, budget 200 € la nuit, pour le week‑end du 15/03/2026. »
Cela impose :
- des contenus structurés,
- des FAQ,
- des listes, guides, comparatifs riches,
- et des données produits détaillées.
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De la page unique à l’écosystème de preuves
Pour un LLM, l’autorité ne se résume pas à votre site. Il regarde :- la presse (articles d’éditeurs reconnus),
- les avis clients,
- les blogs spécialisés,
- les forums,
- les réseaux sociaux,
- les sites institutionnels.
Votre GEO, c’est donc l’optimisation de tout votre écosystème de présence, pas uniquement vos pages SEO.
La réalité est simple : un bon GEO est d’abord un SEO solide, enrichi par une stratégie d’autorité et de preuves adaptées aux IA génératives.
3. Comment les médias français se positionnent déjà sur le GEO
Les grands éditeurs français ne regardent pas le train passer, ils essaient de devenir des sources d’autorité pour l’IA – et de vendre cette expertise aux marques.
Des offres GEO dédiées
Plusieurs groupes médias ont lancé des offres spécifiques :
- Media Figaro avec un dispositif d’audit et de production de contenu pour renforcer la présence des marques dans les IA génératives.
- Prisma Media Solutions avec une offre de contenu pensé pour l’indexation LLM.
- Reworld MediaConnect qui met en avant des solutions pour "remonter durablement" dans les moteurs d’IA.
- Adobe avec un module
LLM Optimizerintégré à son écosystème.
L’objectif de ces offres est clair :
- produire des contenus publiés sur des marques médias déjà vues comme fiables par les modèles,
- travailler la structure éditoriale (titres, chapôs, paragraphes courts, synthèses, FAQ) pour qu’ils soient "faciles à absorber" par les LLM,
- associer la marque annonceur à un contexte éditorial légitime.
La logique pour les annonceurs
Pour un annonceur, être cité par un LLM passe souvent par deux voies :
- être lui‑même un site d’autorité sur son secteur (rare en dehors des gros acteurs),
- ou être recommandé dans des contenus d’autorité (grands médias, experts reconnus, études, contenus de référence).
Pour les agences et les régies, cela crée une nouvelle ligne de service :
- conseil GEO,
- production de contenus IA‑friendly,
- activation média sur des supports à forte "crédibilité IA".
Soyons clairs : on est encore dans une phase de ruée vers l’or. Comme toujours, certains vendent des "pelles" GEO basées sur des promesses très floues. Le rôle des directions marketing et des éditeurs, c’est de distinguer :
- les démarches sérieuses, adossées à une vraie stratégie SEO + contenu + marque,
- des outils opportunistes qui ajoutent juste une étiquette "GEO" à des pratiques existantes.
4. Concevoir des contenus vraiment IA‑friendly
Un contenu "IA‑friendly" est un contenu que les modèles de langage peuvent comprendre, résumer, citer sans ambiguïté. Vu du terrain, ce qui fonctionne déjà bien, c’est :
4.1. Une structure éditoriale lisible par un humain… et par une IA
Concrètement, pour vos articles, pages produits, études :
- une introduction explicite : dire clairement ce que le contenu va apporter,
- des titres et sous‑titres descriptifs (éviter les titres trop cryptiques),
- des paragraphes courts, bien délimités,
- des listes à puces pour les éléments clés,
- des FAQ intégrées en fin de contenu,
- des résumés ou encadrés "à retenir".
Les IA sont entraînées à synthétiser ce type de structure. Quand elles "voient" un contenu clair, elles peuvent :
- l’agréger dans une réponse,
- citer une marque comme exemple,
- reprendre une liste ou une définition.
4.2. Multiplier les signaux d’autorité
Pour les modèles, la crédibilité d’une marque repose sur l’ensemble de ses traces publiques. Pour un média ou une agence, cela signifie travailler :
- la cohérence éditoriale sur vos sujets forts,
- la publication régulière d’études, baromètres, tribunes d’experts,
- les citations dans d’autres médias,
- la présence sur les réseaux professionnels (LinkedIn notamment),
- les avis et témoignages de clients ou de lecteurs.
Pour une marque accompagnée par une agence, l’objectif doit être clair : devenir une "source of truth" sur un segment précis. Pas besoin d’être partout, mais d’être indiscutable sur un territoire.
4.3. Exemple concret pour un éditeur français
Prenons un média B2B spécialisé dans le marketing :
- il publie une étude annuelle sur l’IA dans la communication en France,
- il propose une série d’articles pédagogiques sur GEO, GEA, GEM,
- il héberge des tribunes d’experts SEO / data / IA,
- il intègre des FAQ du type : "Comment mesurer l’impact du GEO ?", "Quelle différence entre GEO et SEO ?".
Pour un LLM, ce média devient :
- une source évidente pour répondre aux questions sur ces sujets,
- un point d’appui pour recommander des agences, outils, méthodologies.
Résultat : lorsqu’un utilisateur demande "Quelle stratégie GEO pour un média français ?", ce type de contenu a toutes les chances d’alimenter la réponse.
5. Garder la tête froide : où en est vraiment le GEO en 2025–2026 ?
Malgré l’euphorie, les chiffres restent clairs :
- 30 Ă 80 % du trafic de la plupart des sites vient toujours de Google,
- 1 à 3 % seulement vient aujourd’hui directement de l’usage type ChatGPT.
Autrement dit :
- le SEO classique reste vital en 2026,
- le GEO est un pari stratégique à moyen terme, pas une urgence qui justifie de tout casser.
Trois limites majeures Ă garder en tĂŞte :
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Peu de mesures fiables
Contrairement à Google (Search Console, Analytics), les LLM offrent très peu de données de performance :- pas de volume de requêtes par question,
- pas de CTR,
- des réponses qui varient selon l’historique utilisateur.
-
Des cas d’usage encore très variés
Environ un prompt sur huit seulement relève du "search" classique. Le reste, ce sont des demandes de rédaction, de code, d’aide créative… Sur ces usages là , la logique GEO est beaucoup moins directe. -
Un modèle publicitaire encore flou
Les modèles économiques type GEA (Generative Engine Advertising) ou GEM (Generative Engine Marketing) commencent juste à émerger. Il serait maladroit de bâtir tout son P&L dessus aujourd’hui.
Pour un décideur marketing ou un directeur de rédaction, la bonne attitude est plutôt :
- sécuriser son SEO,
- expérimenter le GEO,
- documenter ce qui marche, sans se laisser embarquer par les promesses magiques.
6. Plan d’action GEO pour médias et agences en France
Voici une feuille de route pragmatique pour 2025–2026.
Étape 1 – Consolider les fondamentaux SEO
- Auditer la technique : vitesse, indexation, maillage interne.
- Identifier vos 3 à 5 grands territoires éditoriaux (ex. : IA dans les médias, data marketing, retail média…).
- Renforcer vos piliers de contenu avec des dossiers longs, mis Ă jour.
Étape 2 – Rendre vos contenus IA‑friendly
- Ajouter un chapĂ´ explicite en haut de chaque contenu.
- Structurer avec des H2/H3 clairs et descriptifs.
- Intégrer des FAQ ciblant des questions complètes, formulées en langage naturel.
- Résumer vos articles avec un encadré de synthèse.
Étape 3 – Construire votre autorité GEO
- Lancer ou renforcer une série éditoriale d’expertise (comme cette série sur l’IA dans les médias en France).
- Publier régulièrement des études, baromètres, livres blancs.
- Co‑signer des contenus avec des experts reconnus, des écoles, des institutions.
- Travailler la reprise de vos contenus par d’autres médias.
Étape 4 – Expérimenter GEA et GEM
- Tester des formats sponsorisés intégrés dans des contenus à haute valeur, pensés pour être repris par les IA.
- Réfléchir à vos messages de considération de marque plutôt qu’uniquement de conversion.
- Suivre de près les fonctionnalités "AI Overviews", "AI Mode", intégration e‑commerce via IA.
Étape 5 – Mesurer autrement
Même sans données fines des LLM, il est possible de suivre :
- l’évolution de la notoriété spontanée et assistée,
- les requêtes de marque sur Google liées à l’IA et au GEO,
- les contextes de citation de votre marque ou média (presse, réseaux, forums),
- les feedbacks terrain ("on vous a découvert via ChatGPT / Gemini", etc.).
7. GEO, GEA, GEM : comment s’inscrire dans la transformation de l’IA dans les médias
Dans cette série "L’IA dans les Médias et la Communication en France", on voit se dessiner un même fil rouge :
- l’IA ne remplace pas les médias ni les agences,
- elle redistribue la valeur entre ceux qui produisent de l’expertise et ceux qui se contentent de remplir l’espace.
Le GEO est une couche supplémentaire de cette transformation :
- il oblige les éditeurs à re‑premiumiser leurs contenus,
- il pousse les marques à devenir de véritables références sectorielles,
- il ouvre la voie à un marketing plus orienté considération et confiance que simple clic.
Ceux qui prendront le sujet au sérieux en 2026 auront un avantage net quand le commerce agentique (ces agents IA qui achèteront pour nous) deviendra réellement massif : leurs marques feront partie du petit cercle de sources que les IA jugent dignes de confiance.
La vraie question pour les années à venir n’est plus : "Comment être premier sur Google ?", mais : "Sur quels sujets votre marque veut‑elle devenir une référence incontournable pour les IA génératives ?"