Apéri+ d’Apéricube illustre comment l’IA permet aux marques françaises de créer de vrais formats média, au croisement du streaming, du divertissement et du marketing.

Apéri+ : un faux Netflix, un vrai tournant pour l’IA marketing
82 % des familles françaises déclarent que les soirées de visionnage sont importantes ou très importantes dans leur quotidien. C’est sur ce rituel très concret qu’Apéricube vient se greffer pour terminer 2025 en fanfare avec Apéri+, une plateforme de "streaming" entièrement générée par intelligence artificielle.
Voici ce qui est intéressant : derrière la blague potache et les jeux de mots, cette opération est un excellent cas d’école de l’IA dans les médias et la communication en France. On y retrouve : production automatisée de contenus, appropriation des codes des plateformes vidéo, travail fin sur les insights familles… et un vrai sujet pour les marques qui cherchent à émerger dans un paysage saturé.
Dans cet article, je vous propose de regarder Apéri+ non pas comme un simple coup de com’, mais comme un prototype de ce que pourrait devenir la communication de marque à l’ère de l’IA.
1. Apéri+ en bref : une plateforme de streaming 100 % IA
Apéri+ est une fausse plateforme de streaming conçue comme une vraie : une interface dédiée, des genres bien identifiés (comédie romantique, horreur, SF, polar, téléréalité…), un catalogue de contenus… sauf qu’ici, tout est centré sur l’univers d’Apéricube.
Des bandes-annonces générées par IA
Le dispositif repose sur 12 bandes-annonces de films entièrement générées via des outils d’intelligence artificielle, développées avec l’agence indépendante Steve et son studio de production intégré.
Parmi les titres, on retrouve :
- « Échalote et rebelote » – comédie romantique
- « Jalapeño : les flammes de l’enfer » – horreur
- « Invasion Extra Tex Mex » – science-fiction
- « Code Bleu » – policier
- « Gouda l’aventure » – fantastique
- et une téléréalité fictive, « Ail des ours »
Chaque bande-annonce joue à la fois sur un genre ciné/série et une saveur Apéricube, avec un ton très décalé qui colle parfaitement à l’ADN de la marque.
Un dispositif pensé pour la fin d’année
Le lancement, programmé le 27/11/2025, arrive pile pour :
- la période des apéros de fin d’année, entre Noël et Nouvel An ;
- le pic de consommation de streaming en famille ;
- la forte activité sur les plateformes sociales.
Apéri+ est accessible en ligne et soutenu par :
- un film teaser diffusé sur les environnements Meta et TikTok ;
- une campagne sur les réseaux sociaux d’Apéricube ;
- un plan d’influence et un volet relations presse.
La phrase clé d’Émilie Charbonné, Directrice Marketing Bel France, résume bien l’intention :
« Apéri+ s’inscrit totalement dans cet élan : dans une ère où l’IA et le divertissement s’installent de plus en plus dans le quotidien des Français, nous avons saisi l’opportunité (...). »
On est donc bien au cœur de notre série « L’IA dans les Médias et la Communication en France » : une marque grande conso qui s’empare des codes médias et de l’IA générative pour créer un nouvel espace narratif.
2. Ce que révèle Apéri+ de l’évolution de la communication de marque
Apéri+ n’est pas qu’un gadget. C’est un condensé de plusieurs tendances lourdes : entertainmentisation des marques, IA créative, et hybridation entre média et publicité.
De la pub à l’entertainment de marque
La réalité, c’est que les Français fuient la publicité classique, mais passent des heures sur les plateformes de streaming, YouTube, TikTok ou Twitch. La solution choisie par Apéricube est claire :
- ne plus "couper" le divertissement par de la pub,
- mais devenir un divertissement à part entière.
En créant une fausse plateforme de streaming, la marque :
- s’approprie un usage existant (les soirées films/séries) ;
- se rend légitime dans un moment de vie (l’apéro devant un film) ;
- fait vivre son territoire de marque à travers des histoires plutôt qu’à travers des claims.
C’est exactement ce vers quoi tendent de plus en plus de campagnes IA en France : des contenus qui ressemblent davantage à des formats médias qu’à des spots publicitaires.
L’IA comme accélérateur créatif, pas comme gadget
Sur Apéri+, l’IA n’est pas un simple argument cosmétique. Elle est au cœur du dispositif :
- génération des visuels et univers graphiques des bandes-annonces ;
- production rapide de multiples variations créatives ;
- capacité à mimer les codes visuels de plateformes existantes.
Pour les marketeurs, ça change deux choses :
-
Le coût d’entrée pour produire de "vrais-faux contenus médias" baisse drastiquement.
Là où il aurait fallu des tournages, des décors, des acteurs, on peut aujourd’hui produire des dizaines de concepts avec un studio IA. -
Le temps entre idée et exécution se réduit.
On peut tester, itérer, abandonner un concept, en produire un autre, sans exploser le budget.
C’est exactement ce que recherchent les agences et régies françaises qui intègrent l’IA générative à leurs studios : plus de volume créatif, plus vite, en gardant une direction artistique solide.
3. Pourquoi ce cas parle autant aux familles… et aux médias
Si cette opération fonctionne (et elle a de bonnes chances de marquer les esprits), ce n’est pas uniquement grâce à l’IA. C’est parce qu’elle part d’un insight famille extrêmement solide.
Le bon insight : les soirées de visionnage en famille
La campagne se fonde sur un chiffre clé : 82 % des familles considèrent les soirées de visionnage comme importantes ou très importantes dans leur quotidien.
Ce que fait Apéricube, c’est très simple :
- observer que l’apéro + le film est un rituel déjà existant ;
- se positionner comme l’élément fun et complice de ce moment ;
- créer une plateforme qui prolonge cette ambiance dans le digital.
On voit là une bonne pratique à retenir pour tout projet d’IA marketing :
Une campagne d’IA ne fonctionne jamais sans insight humain solide. L’algorithme crée les formes, mais c’est le travail stratégique qui donne le fond.
Une opération qui intéresse aussi les médias et les plateformes
Pour les médias français, ce case Apéri+ est presque un laboratoire :
- Comment intégrer des contenus de marque IA dans des univers éditoriaux ?
- Jusqu’où peut-on hybrider formats pubs et formats programmes ?
- Comment monétiser des expériences IA créatives sans dégrader l’expérience utilisateur ?
Les régies publicitaires, les plateformes vidéo locales ou les groupes médias qui travaillent déjà sur :
- la personnalisation éditoriale par IA ;
- la publicité programmatique augmentée par des assets générés ;
- les expériences de contenu immersif de marque ;
ont tout intérêt à regarder ce type de campagne comme un prototype monomarque qu’il faudra demain intégrer à des écosystèmes plus larges.
4. 4 enseignements pour les marques françaises qui veulent utiliser l’IA
Apéri+ donne plusieurs pistes très concrètes aux directions marketing, aux agences et aux médias.
1) Partir d’un usage média réel, pas d’un effet de mode
Le succès potentiel d’Apéri+ vient du fait que :
- les plateformes de streaming sont déjà au cœur du quotidien ;
- le format bande-annonce est instantanément reconnaissable ;
- la soirée film + apéro est un rituel bien installé.
Si vous travaillez sur une campagne IA, posez-vous systématiquement cette question :
"À quel usage média réel je me branche ?" (podcasts, Twitch, TikTok live, VOD, radio, etc.)
2) Travailler un territoire créatif cohérent
Apéri+ n’empile pas des contenus IA incohérents. Tout est aligné :
- les titres jouent sur les saveurs Apéricube ;
- les genres ciné correspondent aux perceptions des produits (épicé, doux, surprenant…) ;
- le ton reste léger et familial.
L’IA créative n’excuse pas le manque de direction artistique. Au contraire : plus l’outil est puissant, plus la stratégie de marque doit être claire pour éviter le grand n’importe quoi.
3) Accepter que la performance ne se mesure pas qu’en clics
Une opération comme Apéri+ vise avant tout :
- la mémorisation de la marque ;
- la consolidation de l’image fun et conviviale ;
- la connexion à un moment de vie clé.
Oui, on peut mesurer :
- le nombre de visites sur la plateforme ;
- le temps passé à regarder les bandes-annonces ;
- les taux de partage sur les réseaux sociaux.
Mais le vrai KPI, c’est : "Est-ce qu’Apéricube devient la marque réflexe pour l’apéro devant un film ?"
4) Structurer sa "stack IA" marketing
Derrière Apéri+, il y a un studio de production interne dopé par l’IA. Concrètement, pour une marque ou une agence française, cela implique :
- choisir et maîtriser quelques outils d’IA générative (image, vidéo, texte) ;
- créer des workflows clairs : brief → prompts → tests → validation ;
- cadrer juridiquement et éthiquement l’usage des contenus générés (droit à l’image, inspirations, deepfakes…).
Les équipes qui y arrivent le mieux sont celles qui :
- forment leurs créatifs aux outils IA,
- et forment leurs data/IA aux codes créatifs.
Pas l’un sans l’autre.
5. Et demain ? Vers des "mini-plateformes" de marque par IA
Apéri+ s’inscrit dans un mouvement plus large que l’on voit se dessiner en France : celui des mini-plateformes de marque générées ou animées par IA.
On voit déjà émerger :
- des radios de marque personnalisées ;
- des univers virtuels construits en temps réel ;
- des assistants conversationnels qui deviennent presque des "personnages" de la marque.
Apéri+ coche plusieurs cases :
- un territoire narratif fort (le cinéma, les soirées streaming) ;
- une technologie IA visible mais pas envahissante ;
- une expérience cohérente avec la consommation du produit.
Pour les acteurs des médias et de la communication en France, ce type de dispositif pose de vraies questions :
- Comment intégrer ces plateformes de marque à des offres médias existantes ?
- Quels formats inventer pour que l’IA serve autant l’utilisateur que l’annonceur ?
- Comment rester créatif, pertinent et responsable dans l’usage de l’IA générative ?
Je suis convaincu que, d’ici 2 à 3 ans, la plupart des grandes marques auront leur propre "univers média" IA, plus ou moins autonome. La différence ne se fera pas sur la technologie – accessible à tous – mais sur :
- la qualité des insights consommateurs,
- la stratégie éditoriale et de marque,
- la capacité à travailler main dans la main avec les médias et les agences.
En fin de compte, Apéri+ montre bien une chose : l’IA n’est pas là pour remplacer la créativité des marques, mais pour lui donner de nouveaux terrains de jeu. Aux marketeurs français d’en faire quelque chose d’utile, de divertissant… et de mémorable.