IA et logistique : innover sans exploser l’empreinte carbone

L'IA dans le Transport et la Logistique en France••By 3L3C

L’IA transforme le transport français, mais son empreinte carbone explose. Voici comment concevoir une logistique IA à la fois performante et responsable.

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IA et logistique : innover sans exploser l’empreinte carbone

Entre 2020 et 2025, la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre en France est passée de 2,5 % à 4,4 %. Et d’ici 2030, l’empreinte environnementale de l’IA pourrait être multipliée par 7. Pour un secteur comme le transport et la logistique, déjà sous pression réglementaire (ZFE, planification écologique, hausse du coût de l’énergie), ce n’est plus un détail : c’est un sujet stratégique.

Most companies du secteur font le même pari : on investit massivement dans l’IA pour optimiser les tournées, la gestion de flotte, l’automatisation des entrepôts… et on traitera l’empreinte carbone après. C’est une erreur. Parce qu’un digital responsable n’est pas un frein à la performance logistique : c’est un accélérateur.

Voici le vrai enjeu : comment construire un écosystème digital logistique à la fois innovant, piloté par l’IA, et réellement responsable sur le plan environnemental ? On va voir comment y arriver, de façon concrète, avec trois leviers : la mesure, le business et la culture.


1. Mesurer l’impact environnemental de l’IA logistique, ou avancer dans le noir

On ne peut pas rendre une logistique « IA + green » si on ne mesure ni l’un ni l’autre. C’est brutal, mais c’est la réalité de la plupart des organisations aujourd’hui.

Dans le marketing digital, des baromètres comme celui de l’Éco-Conception Digitale montrent déjà que :

  • pour deux sites Ă©quivalents, l’impact environnemental peut varier du simple au triple ;
  • l’éco-conception recule dès qu’on arrĂŞte de la suivre sĂ©rieusement.

La même logique s’applique au transport et à la logistique.

Ce qu’il faut commencer à mesurer côté transport & logistique

Pour un acteur du transport français, les impacts numériques viennent surtout de :

  • Les algorithmes d’optimisation d’itinĂ©raires (calcul intensif, parfois en temps rĂ©el) ;
  • Les plateformes de gestion de flotte (applications web et mobiles utilisĂ©es par les exploitants et les conducteurs) ;
  • Les WMS et TMS dopĂ©s Ă  l’IA (prĂ©diction, simulation, optimisation multi‑contraintes) ;
  • Les entrepĂ´ts automatisĂ©s (vision par ordinateur, robots, jumeaux numĂ©riques) ;
  • Les data lakes et IA de prĂ©vision de la demande (apprentissage, recalibrage frĂ©quent des modèles).

Pour chaque briques, l’objectif est d’obtenir au minimum :

  • une estimation des consommations d’énergie (serveurs, cloud, terminaux) ;
  • un ordre de grandeur des Ă©missions de COâ‚‚e associĂ©es ;
  • des indicateurs d’efficacitĂ© mĂ©tier (taux de remplissage, kilomètres Ă  vide, temps moyen de prĂ©paration de commande…).

La perfection de la mesure n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est de mettre en place une mesure reproductible qui permette de comparer les solutions entre elles et de suivre les progrès dans le temps.

Concrètement : par où démarrer ?

Pour un chargeur, un 3PL ou un transporteur, un premier plan d’action raisonnable ressemble à ça :

  1. Cartographier les principaux services numériques logistiques (TMS, WMS, applications chauffeurs, portail client, outils IA en test, etc.).
  2. Identifier les « hot spots » : là où les volumes de données, les traitements IA ou les usages sont les plus intensifs.
  3. Choisir un outil ou une méthodologie de mesure environnementale (même imparfaite) et l’appliquer à ces briques prioritaires.
  4. Croiser impact environnemental et impact business : par exemple, comparer deux moteurs d’optimisation de tournées selon le CO₂e/commande et la réduction réelle des kilomètres à vide.

Tant que cette étape n’est pas engagée, toute la stratégie « IA responsable » du transport reste du discours. Le passage à l’action commence avec des chiffres, même approximatifs.


2. Pourquoi un digital responsable est un atout business pour la supply chain

Un système d’IA et d’outils digitaux sobres est souvent… plus performant. C’est contre‑intuitif pour certains décideurs, mais c’est vérifié dans le web comme dans la logistique.

Dans le Baromètre de l’Éco-Conception Digitale, le site e‑commerce qui obtient le meilleur score environnemental fait partie du TOP 10 des plus gros vendeurs en ligne en France. Traduit au contexte transport : les environnements digitaux les plus sobres sont souvent les plus rapides, les plus fluides, donc les plus efficaces pour les opérationnels.

IA responsable = logistique plus efficace

En logistique, l’éco-conception digitale revient en gros à :

  • Permettre Ă  chaque utilisateur de rĂ©aliser sa tâche le plus vite possible (exploitant, prĂ©parateur, chauffeur, client B2B) ;
  • Avec le moins de ressources possibles (donnĂ©es transfĂ©rĂ©es, temps de calcul, Ă©crans affichĂ©s, allers‑retours inutiles).

Quelques exemples très concrets :

  • Une application chauffeur allĂ©gĂ©e, claire, sans Ă©crans superflus :

    • moins de donnĂ©es Ă  charger,
    • moins de temps d’usage,
    • moins de risques d’erreur terrain,
    • impact carbone numĂ©rique rĂ©duit et satisfaction conducteur en hausse.
  • Un modèle d’optimisation de tournĂ©es ajustĂ© :

    • au lieu de recalculer tout le rĂ©seau toutes les 3 minutes, ne recalculer que les segments impactĂ©s par un nouvel Ă©vĂ©nement, Ă  une frĂ©quence adaptĂ©e ;
    • on rĂ©duit les besoins en calcul tout en gardant une qualitĂ© de service Ă©levĂ©e.
  • Un WMS qui Ă©vite les Ă©crans « gadget » et les reporting surdimensionnĂ©s :

    • moins de requĂŞtes lourdes en base,
    • des temps de rĂ©ponse plus rapides,
    • moins de serveurs nĂ©cessaires.

Moins de complexité inutile = moins d’énergie dépensée + plus de performance opérationnelle.

Transformer la responsabilité en KPI de performance

Tant que le numérique responsable reste un chapitre RSE dans un rapport PDF, il ne pèse pas dans les arbitrages. Le changement arrive lorsqu’on le traite comme un vrai KPI business, au même niveau que :

  • le coĂ»t au colis livrĂ©,
  • le taux de service,
  • le taux de remplissage des camions,
  • le temps de cycle entre commande et livraison.

Exemples de KPI hybrides intéressants :

  • gCOâ‚‚e numĂ©riques par commande traitĂ©e dans le WMS ;
  • gCOâ‚‚e numĂ©riques + physiques par livraison (en intĂ©grant le gain IA sur les km Ă©vitĂ©s) ;
  • temps moyen de traitement d’une tâche clĂ© (planifier une tournĂ©e, modifier une commande, crĂ©er un trajet retour rentable) avant/après Ă©co-conception.

Le jour où un directeur supply chain voit qu’une refonte éco‑conçue de son TMS :

  • rĂ©duit les temps de planification de 30 % ;
  • diminue la charge serveur de 40 % ;
  • et baisse en parallèle l’empreinte carbone numĂ©rique,

la discussion n’est plus « RSE vs ROI ». La responsabilité devient un driver business à part entière.


3. IA dans la logistique : innover, oui, mais avec des garde‑fous

Les roadmaps actuelles dans le transport français sont claires :

  • IA pour optimiser les itinĂ©raires en temps rĂ©el ;
  • IA pour prĂ©voir la demande et adapter la capacitĂ© ;
  • IA pour automatiser les entrepĂ´ts ;
  • IA gĂ©nĂ©rative pour assister les Ă©quipes support, commerciales, ADV.

Rien à redire sur les objectifs. Le problème, c’est la façon de les atteindre. Sans cadre de sobriété, chaque nouveau cas d’usage IA rajoute :

  • des donnĂ©es collectĂ©es souvent sans tri,
  • des modèles sur‑dimensionnĂ©s,
  • des requĂŞtes rĂ©pĂ©tĂ©es inutilement,
  • donc de l’énergie consommĂ©e sans crĂ©ation de valeur rĂ©elle.

Concevoir des cas d’usage IA « sobres par design »

Voici quelques principes simples qui changent tout :

  1. Traiter moins de données, mais mieux choisies
    Arrêter les collectes « au cas où ». Pour une prédiction de demande, garder ce qui est vraiment corrélé (historiques, météo, saisonnalité, promos, événements) plutôt que d’empiler de la donnée peu utile qui alourdit les modèles.

  2. Dimensionner les modèles à l’usage réel
    On n’a pas besoin d’un modèle géant pour tout : certaines tâches se contentent d’algorithmes classiques (heuristiques d’optimisation, arbres de décision) largement suffisants et beaucoup moins gourmands.

  3. Limiter les fréquentes ré‑exécutions inutiles
    Un exemple simple venu du monde des IA génératives : un prompt bien construit vaut mieux que cinq prompts approximatifs. En logistique, c’est pareil :

    • un recalcul bien paramĂ©trĂ© des tournĂ©es,
    • vaut mieux qu’un « recalcul complet » dĂ©clenchĂ© par chaque micro‑évĂ©nement.
  4. Choisir une architecture technique sobre

    • mutualisation des environnements de calcul ;
    • usage d’instances cloud adaptĂ©es (ni sous‑dimensionnĂ©es, ni surpuissantes inutiles) ;
    • archivage et purge des donnĂ©es qui ne servent plus aux modèles.

Des exemples appliqués au transport français

  • Optimisation d’itinĂ©raires responsable :

    • privilĂ©gier des moteurs capables de raisonner d’abord sur les contraintes clĂ©s (fenĂŞtres horaires, capacitĂ©, ZFE), avant de raffiner ;
    • limiter le rafraĂ®chissement temps rĂ©el aux pĂ©rimètres oĂą l’alĂ©a est fort (urbain dense, dernier kilomètre).
  • PrĂ©vision de la demande raisonnĂ©e :

    • ajuster la frĂ©quence de recalcul Ă  la rĂ©alitĂ© mĂ©tier (une fois par jour peut suffire pour certains flux B2B) ;
    • privilĂ©gier des modèles plus simples, sinon le gain sur les stocks est mangĂ© par le coĂ»t Ă©nergĂ©tique du calcul.
  • Automatisation d’entrepĂ´t « IA + UX » :

    • simplifier les interfaces de pilotage des robots, Ă©viter les dashboards « sapin de NoĂ«l » ;
    • centraliser les recommandations IA sur quelques Ă©crans clĂ©s pour accĂ©lĂ©rer les dĂ©cisions.

Le fil rouge est toujours le même : réduire la complexité inutile. L’IA doit améliorer la logistique, pas devenir un centre de coûts numériques impossible à justifier.


4. Faire évoluer la culture : le vrai différenciateur

Un point rarement assumé : ce n’est ni la techno IA, ni la réglementation qui bloquent, mais la culture interne. Tant que le numérique responsable est une affaire de « convaincus », rien ne bouge vraiment.

Ce qui fonctionne, côté transport et logistique, ressemble plutôt à ça :

Mettre tout le monde autour de la table

Pour qu’un projet IA soit à la fois innovant et responsable, il faut embarquer :

  • les directions transport / supply chain ;
  • les Ă©quipes IT / data / innovation ;
  • la RSE ;
  • les opĂ©rationnels terrain (chefs de quai, exploitants, chauffeurs, responsables d’entrepĂ´t).

On ne conçoit pas une application chauffeur sobre sans… chauffeurs. On ne définit pas des KPI environnementaux pertinents sans les équipes RSE. On ne sécurise pas les arbitrages investissement/impact sans la direction financière.

Former à un usage « éclairé » de l’IA

Pour les outils IA déjà déployés (prévision, optimisation, IA générative interne), le vrai sujet, c’est la façon dont les équipes les utilisent :

  • apprendre Ă  formuler des requĂŞtes efficaces (moins, mais mieux),
  • comprendre ce qui coĂ»te cher en calcul (recalculs massifs, filtres mal conçus, exports systĂ©matiques),
  • intĂ©grer des rĂ©flexes de sobriĂ©tĂ© dans les spec produits et les cahiers des charges fournisseurs.

L’idée n’est pas de transformer chaque exploitant en ingénieur green IT, mais de faire évoluer les réflexes quotidiens : « Est-ce que cette fonctionnalité apporte vraiment de la valeur métier ? Quel est son coût (technique, énergétique, humain) ? »

Aligner la gouvernance IA et les objectifs RSE

Les entreprises qui avancent le plus vite sont celles qui :

  • fixent des objectifs chiffrĂ©s sur l’empreinte numĂ©rique de leur stack logistique ;
  • intègrent des critères de sobriĂ©tĂ© numĂ©rique dans leurs appels d’offres TMS/WMS/IA ;
  • ajoutent l’impact environnemental des projets digitaux dans les comitĂ©s d’investissement au mĂŞme titre que le ROI financier.

C’est ce maillage entre business, data et RSE qui fait la différence. Sans lui, l’IA reste un empilement de POC. Avec lui, elle devient un vrai levier de compétitivité… soutenable.


Et maintenant, quoi faire en 2026 ?

Pour le transport et la logistique en France, l’équation est claire : IA + pression écologique + tension économique. Les acteurs qui réussiront sont ceux qui sauront coupler innovation et responsabilité dans la conception de leurs outils digitaux.

Trois chantiers concrets à lancer dès maintenant :

  1. Mesurer l’empreinte numérique de votre écosystème logistique (même avec un outil imparfait) et la mettre en regard des gains métiers.
  2. Poser des principes d’éco‑conception sur tous les nouveaux projets IA : simplicité d’usage, modèles dimensionnés, fréquence de calcul adaptée, données vraiment utiles.
  3. Aligner la culture interne : former les équipes, impliquer les opérationnels, intégrer la sobriété numérique dans les décisions d’investissement.

La réalité ? C’est plus simple qu’on ne le pense, mais ça demande de la constance. Les SI logistiques français se transforment déjà sous l’effet de l’IA. Autant en profiter pour bâtir des systèmes à la fois performants, compétitifs… et compatibles avec les objectifs climatiques.

La question pour 2026 n’est plus : « Faut‑il utiliser l’IA dans le transport et la logistique ? » Elle est plutôt : « Quelle place donnerez‑vous au numérique responsable dans cette transformation, et à quelle vitesse voulez‑vous que ça se voie dans vos résultats ? »