Les créateurs veulent posséder leurs marques. L’IA, le transport et la logistique peuvent les y aider. Voici comment tirer parti de ce nouveau modèle en France.
Les chiffres sont brutaux : pour beaucoup de créateurs français, plus de 60 % des revenus viennent encore de l’influence marketing, donc de budgets annonceurs… et d’algorithmes qu’ils ne contrôlent pas. Pendant ce temps, aux États‑Unis, des creator brands se revendent plus d’1,5 milliard de dollars. Autrement dit : certains créateurs bâtissent de vrais empires, pendant que d’autres restent prisonniers des plateformes.
Voici le truc avec « Le Bon Moment » de Kyan Khojandi et Donatien Bozon : ce projet arrive pile au moment où les créateurs ne veulent plus seulement performer sur YouTube, TikTok ou Insta, mais devenir propriétaires de leurs marques, de leur IP, de leurs revenus. Et cette bascule ne concerne pas que le divertissement. Elle touche aussi des secteurs très concrets comme le transport et la logistique, où l’IA, les données et la relation aux communautés deviennent des leviers business clés.
Dans cette série « L’IA dans le Transport et la Logistique en France », ce billet va vous montrer pourquoi le modèle porté par « Le Bon Moment » est un signal fort pour tous les acteurs médias, communication… mais aussi pour les industriels du transport, les logisticiens, les e‑commerçants. Et comment s’en inspirer pour concevoir des marques plus fortes, plus autonomes, mieux connectées à leurs publics.
1. De l’influenceur au propriétaire d’actifs : ce qui a (vraiment) changé
Les créateurs de contenu ne sont plus de simples « relais médias ». Ils deviennent des propriétaires d’actifs : marques, produits, communautés, data. C’est ce que décrit très bien Donatien Bozon quand il explique la fin de la simple « location d’influence » aux marques.
Deux décennies de dépendance aux plateformes
Pendant près de 20 ans, le modèle a été assez clair :
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2005–2015 : l’ère du revshare
Les revenus venaient surtout du partage de recettes publicitaires des plateformes, principalement YouTube. Problème : les règles changent sans prévenir. Personne ne maîtrise l’algo, ni les CPM, ni les formats. Résultat : une énorme instabilité. -
2015–2024 : l’explosion de l’influence marketing
Sponsoring, placements produits, stories rémunérées… Aujourd’hui, en France, près des deux tiers des revenus de créateurs viennent des marques. On dépend alors de la saisonnalité des budgets, des appels d’offres, des plans médias, des aléas économiques.
Dans les deux cas, le créateur subit. Il n’est ni propriétaire de l’algorithme, ni de la marque qu’il met en avant.
La bascule vers les creator‑led brands
Aux États‑Unis, la revanche des créateurs est déjà bien avancée. On a vu émerger des creator‑led brands capables de :
- se déployer au‑delà du digital (GMS, retail physique, restauration…) ;
- se revendre à des géants de la conso pour des montants délirants ;
- peser dans des secteurs « sérieux » : banque, telecom, food, boisson, énergie.
La France commence à suivre : marques de boissons, nutrition, food portées par des créateurs remplissant des Zéniths… C’est là qu’intervient « Le Bon Moment » : une structure pensée pour que les créateurs deviennent co‑propriétaires de marques grand public, sans devoir sacrifier leur temps de création dans la logistique, le sourcing ou les négociations en GMS.
Et c’est ici que l’IA et le transport/logistique entrent en jeu : créer une marque, c’est facile sur un slide. La faire exister physiquement dans les rayons, les restaurants, les entrepôts, c’est un autre métier.
2. Lancer une marque : un geste créatif… mais aussi logistique
Lancer une marque en 2025, ce n’est plus seulement trouver un bon nom et un joli logo. C’est aligner trois dimensions : l’univers créatif, la structure entrepreneuriale et la machine logistique.
Donatien Bozon le dit très clairement : créer une marque, c’est un autre métier. Sourcing, production, chaîne logistique, distribution, GMS, food service… Cette complexité est précisément ce que « Le Bon Moment » promet d’absorber pour le créateur.
« Fais kiffer les gens, on s’occupe du reste » : ce que ça veut dire concrètement
Derrière ce slogan, on trouve une partition assez nette :
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Au créateur
L’ADN, le storytelling, la relation audience, les formats de contenu, l’univers. -
Au producteur / opérateur (ici Le Bon Moment et ses partenaires)
- études de marché et data ;
- développement produit ;
- gestion des flux logistiques ;
- négociations avec distributeurs et réseaux physiques ;
- financement et gestion du risque.
Et pour que ça tienne la route, il faut un pilote dans la partie « dure » : la supply chain. Sans une logistique robuste, même la marque la plus aimée par une communauté s’écrase sur le mur du réel : ruptures de stock, retards, e‑commerce chaotique, expériences clients ratées.
Dans un contexte français où l’IA dans le transport et la logistique devient un standard (optimisation de tournées, prévision des ventes, automatisation d’entrepôts), ne pas intégrer ces briques dans une creator brand est juste du sabotage.
3. Comment l’IA transforme l’envers du décor des creator brands
Pour un créateur, la logistique est souvent un point aveugle. Pourtant, c’est là que l’IA peut transformer un projet artisanal en machine scalable. Voici comment.
3.1 Prévoir la demande grâce à la data créateur
Une creator brand a un avantage énorme : elle possède déjà une audience hyper qualifiée. On connaît :
- la taille et la fréquence d’engagement ;
- les zones géographiques clés ;
- les tempos de viralité (sortie de vidéo, tournée, events, watch parties) ;
- les signaux forts dans les commentaires.
En croisant ces données avec des modèles de prévision de la demande (machine learning classique, modèles de séries temporelles), on peut :
- prévoir les pics de commandes après une vidéo ou un live ;
- adapter les stocks par région ;
- limiter la casse en évitant la surproduction ;
- mieux négocier avec la GMS en arrivant avec des prévisions solides.
Ce que beaucoup d’industriels du transport mettent déjà en place pour leur e‑commerce, les creator brands peuvent l’adopter aussitôt. Là où les marques traditionnelles rêvent d’une « communauté engagée », les créateurs ont déjà les signaux. Il suffit de les brancher à des outils d’IA.
3.2 Optimiser les flux transport pour éviter le bad buzz logistique
On connaît tous un lancement de produit d’influenceur qui part en flammes sur les réseaux : colis en retard, produits abîmés, SAV absent. Dans 90 % des cas, ce n’est pas un problème d’ADN de marque, mais un problème de transport et d’optimisation des flux.
Les briques IA déjà utilisées par les logisticiens français sont faites pour ça :
- Optimisation des itinéraires : algos qui réduisent temps de trajet et émissions tout en respectant les promesses de livraison.
- Allocation dynamique des stocks : répartition intelligente entre entrepôts régionaux selon la demande prévue.
- Prédiction des retards : détection à l’avance des risques (météo, pics saisonniers, grèves…) pour ajuster les promesses clients.
Une creator brand qui s’appuie sur ces outils aura un avantage compétitif énorme : elle protège le cœur de sa promesse – la confiance avec la communauté. Parce qu’une chose est sûre : peu importe la force du storytelling, un produit qui n’arrive pas à temps tue la magie.
3.3 Automatiser sans perdre l’authenticité
Beaucoup de créateurs ont peur d’« industrialiser » leur univers. Peur de devenir une usine à merch. La bonne nouvelle, c’est que l’IA peut automatiser l’opérationnel sans déshumaniser la relation.
Par exemple :
- chatbots IA formés sur la FAQ de la marque et le ton du créateur pour le SAV ;
- orchestration automatique des envois en fonction des nouveaux contenus (sortie d’épisode, tournée, OP spéciale) ;
- tableaux de bord temps réel pour que le créateur voit où en sont les stocks, les livraisons, les retours — sans passer sa vie dans un ERP.
Le modèle que porte « Le Bon Moment » est clair : le créateur reste au centre, l’IA et les opérateurs gèrent la lourdeur. Résultat : plus d’énergie pour « faire kiffer les gens », moins de temps passé à courir après des palettes.
4. Authenticité, parasocial et qualité produit : l’équation à ne pas rater
Donatien Bozon insiste sur un point qui devrait faire réfléchir toutes les marques : l’authenticité n’est pas un bonus, c’est la condition de survie d’une marque de créateur.
Le lien parasocial comme moteur… et comme risque
La relation créateur / audience est parasociale : on a l’impression que la personne fait partie de notre cercle intime. Quand elle lance un produit, on ne l’achète pas comme une promo TV. On l’achète comme une extension de cette relation.
Conséquence :
- si le produit est bon, la confiance explose ;
- s’il est médiocre ou perçu comme opportuniste, la sanction est rapide et publique.
D’où la nécessité d’un triple alignement :
- Cohérence produit–créateur : pas de boisson énergisante chez quelqu’un qui milite pour le bien‑être et le sommeil, par exemple.
- Storytelling clair : pourquoi ce produit, pourquoi maintenant, comment il est fabriqué, quelles valeurs logistiques (local, bas carbone, circuits courts…).
- Qualité réelle : un produit capable de remplacer une alternative industrielle classique, pas juste un goodies de fan.
Là encore, les acteurs du transport et de la logistique ont une carte à jouer : savoir prouver, données à l’appui, l’empreinte carbone, la traçabilité, les délais maîtrisés. C’est exactement ce que les audiences attendent de créateurs qu’elles perçoivent comme proches et responsables.
5. Créateurs, transporteurs, marques : qui doit faire quoi maintenant ?
Le marché va devenir massif, c’est certain. Quand on voit un créateur déposer « Mobile », « Bank » ou demain pourquoi pas une offre transport, on comprend que la frontière entre média, tech et industrie est en train de sauter.
Pour ne pas subir, chacun a son chantier :
Côté créateurs
- Sortir du seul sponsoring et commencer à penser marque propriétaire, même modeste.
- Se former (ou s’entourer) sur les bases de logistique, IA, supply chain.
- Refuser les projets opportunistes sans lien avec son ADN.
Côté marques et annonceurs
- Arrêter de voir les créateurs comme de simples panneaux d’affichage.
- Co‑construire des produits en intégrant dès le départ les contraintes logistiques, plutôt que d’ajouter un logo en fin de chaîne.
- S’appuyer sur l’IA transport / logistique pour rendre l’expérience d’achat à la hauteur de la promesse créative.
Côté transporteurs et logisticiens
- Se positionner clairement comme partenaires des creator brands : offres packagées, entrepôts adaptés aux pics viraux, reporting temps réel.
- Mettre en avant les briques IA existantes (optimisation de tournée, prévision, automatisation) de façon pédagogique pour des créateurs qui ne sont pas logisticiens.
- Travailler la dimension storytelling : expliquer comment la chaîne logistique sert la promesse du créateur (délais, écologie, qualité).
La réalité est plus simple qu’on ne le croit : les créateurs amènent l’attention et la confiance, les acteurs du transport et de l’IA amènent la fiabilité et la scalabilité. Ceux qui réussiront en 2026 seront ceux qui auront compris comment assembler les deux.
Au fond, « Le Bon Moment » incarne un mouvement plus large : la réappropriation de la valeur par ceux qui créent le lien avec le public. Les créateurs veulent posséder leurs histoires, leurs marques, leurs revenus. Pour y arriver à grande échelle, ils auront besoin de partenaires solides côté technologies, transport, logistique et IA.
Si vous travaillez dans le transport, la logistique ou la supply chain en France, la question n’est plus de savoir si vous allez travailler avec des creator brands, mais quand et comment. Mieux vaut être le partenaire qui permet de « faire kiffer les gens »… plutôt que celui qui se fait contourner par une nouvelle génération d’acteurs hybrides, à la fois médias, marques et plateformes.