La campagne « Car Paradise » de Volkswagen et Derichebourg montre comment l’IA, la logistique et un bon storytelling peuvent rendre le recyclage auto simple et désirable.
Volkswagen estime qu’un véhicule en fin de vie peut être valorisé à plus de 95 % lorsqu’il est pris en charge dans une filière agréée. Pourtant, des centaines de milliers d’épaves dorment encore dans les parkings, jardins et garages français.
Voici le vrai sujet de « Car Paradise », la campagne de Volkswagen Group France et Derichebourg signée DDB Paris : transformer un geste perçu comme pénible et obscur – le recyclage automobile – en expérience simple, positive… et pilotée par la donnée.
Dans cette série consacrée à l’IA dans le transport et la logistique en France, cette campagne est un cas d’école. On y voit comment une marque auto, un industriel du recyclage et une agence créative utilisent le storytelling pour préparer le terrain à quelque chose de beaucoup plus structurant : une filière VHU (véhicules hors d’usage) plus traçable, optimisée et intelligemment automatisée.
1. « Car Paradise » : une créa joyeuse pour un sujet ingrat
La campagne « Car Paradise » part d’un constat simple : le recyclage automobile n’est pas un réflexe. L’image dominante, c’est encore la casse grise, l’épaviste douteux et la paperasse incompréhensible.
Volkswagen Group France et Derichebourg ont donc choisi une approche Ă contre-courant :
- une vieille Golf 2 abandonnée au bord d’une route,
- une remorqueuse Derichebourg qui l’embarque,
- un démontage intégral, purge, démolition, broyage…
- le tout sur une musique guillerette, inspirée de Beverly Hills 3, avec banjo, trompettes et chœurs.
Le ton est volontairement léger, presque joyeux, alors même qu’on assiste à la « disparition » de la voiture. L’idée est claire : ce qui ressemble à une fin brutale est en réalité “la meilleure chose qui pouvait lui arriver” puisque le véhicule est recyclé et valorisé à plus de 95 % dans des centres agréés.
« Le personnage principal du film, ça reste la voiture. À travers les différents plans, on a essayé de l’humaniser », expliquent Sonia Dos Santos (CR) et Julien Beuvry (DA) chez DDB Paris.
La création n’est pas un tuto didactique, c’est une histoire émotionnelle. On passe de la peine à l’acceptation, puis à la satisfaction de savoir que la voiture a une seconde vie via ses matériaux.
2. Pourquoi cette campagne parle aussi de data, d’IA et de logistique
Derrière ce storytelling très accessible, il se joue un enjeu beaucoup plus technique : comment organiser, à l’échelle du territoire, la collecte et le recyclage des VHU en s’appuyant sur la donnée, les algorithmes et une logistique fine.
Pour une filière comme celle de Derichebourg, le recyclage automobile, ce n’est pas seulement de la mécanique, c’est un sujet de transport, de flux et de pilotage intelligent :
- OĂą se trouvent les VHU Ă collecter ?
- Quel est le meilleur itinéraire pour les remorques ?
- Quels centres ont de la capacité disponible ?
- Comment atteindre des taux de valorisation supérieurs à 95 % ?
La réponse, en 2025, passe forcément par l’IA et la data :
- Optimisation des itinéraires : algorithmes de routage (type
vehicle routing problem) pour organiser les tournées de remorquage en limitant les kilomètres parcourus, le carburant et les émissions. - Gestion de flotte intelligente : prédiction des pics de demande (ex : après des épisodes de grêle, de crues, de grèves de dépanneurs…) pour mobiliser les camions au bon endroit, au bon moment.
- Prévision de la demande : croisement de données d’immatriculation, d’âge moyen du parc, de sinistralité, pour anticiper les volumes de VHU à traiter par zone.
- Automatisation des centres : robotisation du démontage, tri automatisé des matériaux, vision par ordinateur pour identifier pièces réutilisables et composants dangereux.
La campagne, elle, ne montre rien de tout ça. Et c’est précisément ce qui la rend efficace : elle simplifie la promesse côté client (“tu appelles une filière agréée, on s’occupe de tout”), pendant que toute la complexité – IA, transport, logistique – reste en coulisses.
Pour une marque, c’est un point essentiel : la techno ne doit jamais être le sujet de la campagne, mais elle doit être la colonne vertébrale opérationnelle qui permet de tenir la promesse.
3. Ce que « Car Paradise » change dans la perception du recyclage automobile
La plupart des campagnes RSE dans l’automobile tombent dans deux pièges :
- un ton moralisateur qui culpabilise l’automobiliste ;
- un discours hyper technique incompréhensible pour le grand public.
« Car Paradise » choisit une troisième voie, franchement plus efficace :
- Humaniser le véhicule : la Golf 2 devient un personnage. On ressent une vraie émotion lorsqu’elle est démontée. Cela reflète le lien affectif très français à sa voiture.
- Désacraliser la casse : la casse n’est plus un endroit sinistre, mais un « paradis » pour voitures, où elles finissent leur vie de manière utile.
- Clarifier le “bon geste” : un centre agréé, ce n’est pas un détail administratif. C’est ce qui garantit traçabilité, sécurité des opérations… et valorisation maximale.
Pour les marques, la leçon stratégique est limpide :
Quand un geste est perçu comme compliqué, il ne suffit pas de l’expliquer. Il faut le rendre désirable.
Là où l’IA et la logistique interviennent, c’est pour que le parcours utilisateur colle à cette promesse :
- prise de rendez-vous simple (web, appli, chatbot),
- estimation automatisée de la valeur potentielle de l’épave,
- suivi en temps réel de la collecte et du traitement,
- preuve du recyclage (certificat, données de traçabilité).
Sans un back-office data solide, la promesse d’expérience fluide et positive tombe vite à plat.
4. Comment les acteurs du transport peuvent s’inspirer de ce cas
Pour les entreprises de transport, de logistique ou de gestion de flotte, « Car Paradise » est plus qu’une jolie pub. C’est un mode d’emploi implicite pour aligner communication RSE et transformation opérationnelle.
4.1. Mettre l’IA au service d’un récit clair
Avant de parler d’algorithmes, il faut répondre à une question simple : quel geste citoyen ou client voulez-vous rendre plus facile et plus attractif ?
Quelques exemples concrets dans le transport français :
- choisir le créneau de livraison le plus écologique,
- mutualiser ses livraisons en point relais,
- réserver un trajet en covoiturage domicile-travail,
- planifier la collecte de déchets ou de retours produits.
Dans tous ces cas, l’IA est en arrière-plan pour :
- proposer automatiquement le créneau ou l’option la plus bas carbone,
- agréger plusieurs demandes dans un même trajet,
- prédire les volumes par zone pour ajuster les tournées.
Mais dans la communication, l’angle gagnant reste celui de « Car Paradise » : une histoire simple, un bénéfice évident, une émotion positive.
4.2. Traduire la performance logistique en bénéfice client
Les projets IA dans la logistique sont souvent vendus en interne avec des KPI du type :
- -15 % de kilomètres parcourus,
- +10 % de taux de remplissage des camions,
- -20 % de temps d’attente au quai.
Ce sont de bons objectifs, mais le client final, lui, entend plutĂ´t :
- « je reçois mon colis plus vite »,
- « je peux me débarrasser de mon vieux véhicule sans stress »,
- « je choisis l’option de transport la plus propre sans effort ».
L’intérêt de la campagne Volkswagen / Derichebourg, c’est précisément cette traduction : l’optimisation logistique devient une promesse émotionnelle (faire le bon geste pour sa voiture, sans prise de tête).
Pour vos projets IA transport / logistique, posez-vous systématiquement la question :
- Comment ce gain opérationnel devient-il un bénéfice lisible pour le client ?
- Quel récit simple peut l’incarner ?
5. Trois pistes concrètes pour intégrer IA et RSE dans vos futures campagnes
Pour rester pragmatique, voici trois mouvements que je recommande aux directions marketing et communication qui travaillent avec des équipes transport / logistique.
5.1. Cartographier vos flux et vos « paradis cachés »
Commencez par une cartographie data de vos flux :
- où circule quoi (produits, déchets, retours, véhicules),
- quels sont les points de friction (délais, ruptures, surcoûts),
- où se trouvent vos « paradis » potentiels : centres de tri, hubs mutualisés, partenaires de réemploi ou de recyclage.
C’est sur ces lieux que l’IA a le plus d’impact : optimisation des tournées, planification de capacité, automatisation de la manutention. C’est aussi souvent là que se trouvent vos plus belles histoires RSE à raconter.
5.2. Mettre la preuve au cœur du storytelling
Une campagne RSE sans preuve chiffrée, en 2025, ça ne tient plus. Sur un cas comme « Car Paradise », les chiffres qui comptent sont du type :
- >95 % de valorisation des matériaux,
- nombre de véhicules collectés par an,
- réduction estimée de CO₂ par rapport à une non-prise en charge.
L’IA peut vous aider à produire ces preuves en continu :
- consolidation automatique des données de collecte et de traitement,
- tableaux de bord RSE mis à jour en temps réel,
- modélisation de scénarios (ex : impact si 20 % de VHU supplémentaires sont orientés vers des centres agréés).
Ensuite, libre à vos créatifs de mettre ces preuves en récit : film, site dédié, simulateur d’impact, interface client…
5.3. Concevoir vos interfaces comme des « campagnes permanentes »
La campagne Volkswagen / Derichebourg sera diffusée en digital en formats 45, 60 et 90 secondes début 2026. Mais l’expérience ne peut pas s’arrêter là .
Pour que l’IA dans le transport et la logistique produise vraiment des leads et de la fidélisation, vos interfaces opérationnelles doivent prolonger la promesse créative :
- un configurateur simple pour déclarer un VHU ou un retrait de marchandise,
- un suivi temps réel de la collecte et du traitement,
- des recommandations intelligentes (meilleur créneau, meilleure option éco),
- un récap des impacts positifs générés par l’utilisateur.
Autrement dit : votre système d’information logistique est, en partie, votre nouvelle campagne de communication. Et c’est là que l’IA fait toute la différence.
Conclusion : de la casse à l’IA, même combat
« Car Paradise » montre quelque chose de très simple mais que beaucoup d’entreprises oublient :
Une transformation logistique et IA ne prend vraiment corps, côté client, que lorsqu’elle est incarnée par une histoire claire et désirable.
Volkswagen et Derichebourg posent une brique importante : rassurer, démystifier et donner envie de passer par une filière agréée pour le recyclage automobile. Derrière l’image colorée de la Golf 2 qui part au « paradis », on voit déjà se dessiner une filière plus data-driven, mieux coordonnée et plus responsable.
Si vous travaillez sur des sujets de transport, logistique, gestion de flotte ou recyclage en France, la bonne question n’est pas « Faut-il utiliser l’IA ? ». La vraie question, c’est :
- Quel geste concret pour vos clients voulez-vous rendre aussi simple et positif que ce recyclage “paradisiaque” ?
Répondez à cela, équipez votre chaîne opérationnelle avec la bonne dose d’IA, et vous aurez la matière pour une campagne aussi efficace que « Car Paradise » – mais adaptée à votre propre terrain de jeu.