The Link à La Défense montre comment BIM, IA et jumeau numérique transforment la tour de bureaux en chantier intelligent, collaboratif et ultra-efficace.

Un nouveau type de tour… pensé comme un chantier intelligent
Les grandes tours de bureaux consomment encore en moyenne 150 à 250 kWh/m²/an en France. The Link, future tour emblématique de La Défense, vise des performances bien inférieures à ce référentiel, tout en offrant des espaces de travail pensés pour l’intelligence collective.
Ce projet signé PCA-Stream ne se résume pas à une jolie silhouette en deux ailes reliées par des « links ». C’est un laboratoire grandeur nature pour tout ce qui fait l’ADN de notre série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents » : BIM, jumeau numérique, data en temps réel, optimisation énergétique, sécurité et qualité d’exécution.
Voici pourquoi The Link intéresse autant les directions immobilières, les majors du BTP et les bureaux d’études… et comment s’en inspirer pour vos propres projets.
1. The Link : une tour-manifeste pour de nouveaux usages
The Link à La Défense est pensé comme un modèle radicalement nouveau de tour de bureaux : deux ailes, reliées par des plateformes appelées « links », qui deviennent de véritables places de village verticales.
Des « links » comme catalyseurs de collaboration
Les plateformes centrales créent des plateaux horizontaux traversants où l’on trouve :
- des zones de réunion informelles,
- des espaces projet et innovation,
- des lieux hybrides (coworking interne, espaces événementiels),
- une présence forte de végétal.
Le message est clair : la tour n’est plus une empilement de plateaux cloisonnés, mais un écosystème de collaboration. Ça colle parfaitement avec la manière dont l’IA et les outils numériques transforment les pratiques : travail en mode projet, data partagée, décisions prises en temps réel.
Un rapport à la ville repensé
The Link n’est pas un objet posé sur un parvis. La tour se connecte :
- aux flux de mobilité (transports, piétons, modes doux),
- aux vues sur la métropole parisienne,
- à des espaces extérieurs et terrasses végétalisées.
Pour les acteurs du BTP, cela signifie : concevoir des tours comme des nœuds de territoire et non comme des monolithes. Là aussi, l’IA et les outils de simulation urbaine (SIG + BIM + data de mobilité) permettent de tester des scénarios d’accès, de flux et d’usages avant même le premier coup de pelle.
2. Une performance énergétique pilotée par la data et l’IA
The Link se veut exemplaire sur le plan énergétique. Pour atteindre ce niveau d’ambition, aucun projet de grande hauteur ne peut se passer aujourd’hui d’un couple BIM + IA.
De la conception à l’exploitation : la chaîne numérique
Sur un projet de ce type, la démarche typique d’un chantier intelligent ressemble à ceci :
- Conception BIM détaillée : maquette 3D riche en données (enveloppe, systèmes CVC, matériaux, scénarios d’occupation).
- Simulations énergétiques avancées : IA et algorithmes d’optimisation pour tester des centaines de variantes (orientation des façades, protections solaires, systèmes de ventilation, mix énergétique).
- Choix techniques guidés par les données : le projet retient non pas la solution « la plus théorique », mais le meilleur compromis confirmé par la simulation.
- Jumeau numérique d’exploitation : une fois la tour livrée, le jumeau numérique se nourrit des capteurs (température, CO₂, présence, consommations) pour ajuster en continu les réglages.
En France, plusieurs retours d’expérience montrent déjà des gains de 20 à 40 % sur les consommations réelles quand les systèmes sont pilotés par IA plutôt que par des réglages statiques.
IA, confort et sobriété : même combat
Dans une tour comme The Link, l’objectif n’est pas seulement d’être « verte » sur le papier :
- optimiser la lumière naturelle pour réduire l’éclairage artificiel,
- adapter la température aux usages réels des espaces,
- anticiper les pics de charge pour lisser la consommation.
L’IA apporte ici une brique clé :
Une tour intelligente doit apprendre des comportements de ses occupants et s’auto‑ajuster, plutôt que d’imposer une régulation figée.
Pour les exploitants, ça veut dire : moins de dérives de consommation, moins de plaintes de confort, et une trajectoire crédible vers les objectifs de décarbonation du parc tertiaire français (Décret Tertiaire, RE2020, etc.).
3. Un chantier de très grande hauteur… piloté comme une usine
Sur un projet XXL comme The Link, la différence entre un chantier classique et un chantier intelligent se joue surtout dans la gestion de la complexité.
Planification 4D et gestion des risques
Ce type de chantier implique :
- des centaines d’interfaces entre corps d’état,
- des contraintes fortes de logistique verticale,
- un environnement urbain dense à La Défense.
La combinaison BIM + IA permet par exemple :
- une planification 4D (maquette + temps) pour visualiser le chantier semaine par semaine,
- la détection automatique de conflits de planning (deux corps d’état prévus au même endroit, au même moment),
- la simulation de scénarios « what-if » : que se passe‑t‑il si la livraison d’un lot clé prend 10 jours de retard ?
Les entreprises qui utilisent déjà ces approches constatent des réductions de 10 à 20 % des aléas de planning, simplement parce que les conflits sont anticipés, pas subis.
Préfabrication et logistique optimisées par l’IA
Sur les tours, la préfabrication (façades préassemblées, modules techniques, salles de bains industrialisées) est devenue incontournable. L’IA peut :
- aider à optimiser les plans de préfabrication,
- réduire les chutes de matériaux,
- calculer les séquences de levage les plus efficaces,
- ajuster les livraisons au juste‑à ‑temps selon l’avancement réel.
Résultat : moins de camions sur site, moins d’encombrement au pied des tours, et une productivité plus proche de l’industrie que du chantier artisanal.
4. Sécurité et qualité : The Link comme vitrine du chantier intelligent
Une tour de grande hauteur est un concentré de risques : travail en hauteur, coactivité, manutentions lourdes, météo, contraintes de voisinage. L’IA et les chantiers intelligents changent la donne.
IA pour la sécurité sur chantier
Sur un projet type The Link, on peut déployer :
- des caméras intelligentes pour détecter les situations à risque (absence d’EPI, zones interdites, chutes d’objets potentielles),
- des capteurs IoT pour suivre en temps réel les charges, les vibrations, les conditions météo locales sur les grues,
- des algorithmes de prédiction des accidents basés sur l’historique et les quasi‑accidents.
L’objectif n’est pas de surveiller les compagnons, mais de donner aux chefs de chantier des alertes actionnables :
- « La probabilité d’incident sur la zone nord niveau R+20 augmente aujourd’hui en raison du vent + forte coactivité. »
- « Le taux d’oubli de harnais a grimpé cette semaine sur la zone de façade sud. »
Les grands groupes observant déjà ces approches annoncent des baisses d’accidentologie de quinze à trente pour cent sur certains chantiers pilotes.
Contrôle qualité en temps réel
La même logique s’applique à la qualité :
- contrôle de conformité des éléments posés par comparaison automatique entre maquette BIM et réalité scannée (scan 3D, photogrammétrie),
- détection précoce des écarts (percements, réservations, tolérances de pose),
- génération de rapports qualité automatiques par zone.
Sur une tour aussi complexe, corriger un défaut à R+35 coûte énormément plus cher que de le détecter au moment de la pose. Un chantier intelligent ramène les problèmes au moment où ils sont encore contrôlables.
5. The Link : un pas vers le jumeau numérique permanent
Ce qui rend The Link particulièrement intéressant pour la série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », c’est que la logique ne s’arrête pas à la livraison. Le bâtiment est pensé comme un jumeau numérique vivant.
Du chantier à l’exploitation : continuité des données
Quand la donnée chantier est structurée (BIM, DOE numérique, capteurs posés de manière cohérente), l’exploitant récupère :
- un historique précis (qui a posé quoi, où, quand),
- une maquette BIM à jour servant de référentiel unique,
- des capteurs déjà intégrés à l’architecture du bâtiment.
L’IA peut alors :
- analyser les pannes récurrentes,
- proposer des plans de maintenance prédictive,
- ajuster les consignes en fonction de l’occupation réelle (capteurs de présence, badges, données d’ascenseurs),
- simuler l’impact de travaux futurs (ajout d’espaces collaboratifs, changement d’aménagement).
The Link devient ainsi un bâtiment-plateforme, qui peut évoluer avec les usages de ses occupants et les contraintes énergétiques de la ville.
Pourquoi ça concerne tout le BTP, pas seulement les tours
On pourrait se dire : « The Link, c’est un ovni pour grands groupes du CAC 40, ça ne me concerne pas. » Mauvaise lecture.
Les briques mises en œuvre sur ce type de projet :
- BIM enrichi,
- IA pour la planification,
- outils de sécurité intelligente,
- jumeau numérique d’exploitation,
sont déjà en train de descendre sur les opérations plus petites : logements collectifs, bâtiments industriels, collèges, hôpitaux. Les prix baissent, les outils se standardisent, les donneurs d’ordre publics et privés les exigent de plus en plus.
Si vous êtes une entreprise du BTP, un BET ou une MOA, s’inspirer de ce qui se fait sur The Link, c’est prendre 2 à 3 ans d’avance sur la concurrence.
6. Comment s’inspirer de The Link pour vos projets IA dans le BTP
Passer au chantier intelligent ne veut pas dire refaire The Link. Ça veut dire structurer une démarche progressive et réaliste.
Étape 1 – Mettre la donnée au centre via le BIM
Sans base BIM solide, l’IA reste du gadget. Concrètement :
- exiger des maquettes BIM structurées dans vos marchés,
- former au moins une personne référente BIM/numérique dans chaque projet,
- clarifier dès l’appel d’offres qui est responsable de la donnée (propriété, mise à jour, partage).
Étape 2 – Choisir 1 ou 2 cas d’usage IA pilotes
Inutile de tout faire en mĂŞme temps. Sur un premier projet, choisissez :
- soit un cas chantier (planification 4D optimisée, suivi de production, sécurité intelligente),
- soit un cas exploitation (pilotage énergétique, maintenance prédictive sur un lot technique).
Mesurez :
- les gains de temps,
- les économies de coûts,
- l’amélioration de la sécurité ou du confort.
Étape 3 – Capitaliser et industrialiser
Une fois un cas d’usage maîtrisé :
- documentez la méthode,
- créez un petit référentiel interne,
- formez les équipes projet suivantes,
- intégrez ces exigences dans vos futurs appels d’offres.
C’est exactement comme ça que les grands acteurs ont progressé : par petits sauts maîtrisés, pas par un big bang numérique.
Vers une nouvelle génération de tours et de chantiers français
The Link à La Défense marque une étape dans la manière de concevoir des tours de bureaux : plus ouvertes, plus collaboratives, plus sobres énergétiquement, plus connectées à la ville. Mais c’est aussi un signal fort pour tout le BTP français :
Les projets les plus visibles fixent les standards numériques et IA qui deviendront rapidement la norme sur le reste du marché.
Pour les entreprises qui suivent notre série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », The Link est une boussole :
- vers plus de data dès la conception,
- vers des chantiers pilotés comme des systèmes industriels,
- vers des bâtiments capables d’apprendre et d’évoluer.
La vraie question n’est plus « si » ces approches vont se généraliser, mais à quelle vitesse vous décidez de les intégrer dans vos prochains projets.