Comment la stratégie numérique d’Egis relie BIM, IA, jumeaux numériques et climat, et ce que les entreprises du BTP français peuvent en tirer dès maintenant.

Numérique, IA et climat : ce que le BTP français doit retenir de la vision Egis
La construction représente près de 25 % des émissions de CO₂ en France si l’on additionne bâtiment et infrastructures. Dans le même temps, les maîtres d’ouvrage réclament des projets plus rapides, plus fiables, plus transparents. Beaucoup d’entreprises du BTP se retrouvent coincées entre objectifs de décarbonation, marges sous pression et pénurie de compétences.
La réalité ? C’est souvent la stratégie numérique qui fait la différence. Pas le dernier gadget, mais la façon dont BIM, jumeau numérique et IA sont alignés avec une vision climat et business. C’est exactement ce que la démarche d’Egis illustre : une transformation numérique assumée comme levier central de sustainability et de performance économique.
Dans la série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », cet article revient sur cette vision stratégique et en tire des pistes très concrètes pour les acteurs français : bureaux d’études, entreprises générales, ETI régionales, mais aussi PME spécialisées. L’objectif est simple : montrer comment passer de projets numériques isolés à une stratégie climat-numérique cohérente… et rentable.
1. Pourquoi l’alignement numérique–sustainability devient vital
L’alignement entre transformation numérique et stratégie climat n’est plus un sujet « RSE sympa à avoir », c’est un pré‑requis business.
Réglementation + marché : le double effet ciseau
Pour une entreprise du BTP en 2025, la pression vient de deux côtés :
- Réglementation : RE2020, décret tertiaire, taxonomie verte, CSRD pour les grandes structures, plans climat des métropoles… Chaque appel d’offres public exige plus de preuves de performance carbone et énergétique.
- Marché : investisseurs et grands donneurs d’ordre filtrent de plus en plus leurs partenaires sur la base d’objectifs climat mesurables. Ne pas être crédible sur le sujet ferme des portes.
Or, mesurer, simuler, prouver, piloter… tout cela repose sur la donnée. Donc sur le numérique.
Une stratégie climat sans stratégie data est condamnée à rester déclarative.
La vision d’Egis met exactement ce point au centre : le numérique n’est pas une fin en soi, il devient l’infrastructure invisible qui permet de tenir les engagements climatiques et de les monétiser.
Pourquoi la plupart des acteurs se trompent encore
Sur le terrain, on rencontre souvent les mĂŞmes travers :
- BIM utilisé comme outil de maquette 3D, sans exploitation réelle des données pour le carbone ou l’exploitation
- Outils d’IA testés en pilote, mais sans intégration dans les processus métiers
- POC de jumeau numérique vitrines, sans modèle économique clair
L’approche Egis rappelle un principe simple :
Pas de numérique sans cas d’usage climat ou business identifié.
Chaque brique (BIM, IA, SIG, jumeau numérique) doit être reliée à un enjeu concret : réduction du carbone, optimisation énergétique, sécurité sur chantier, baisse des coûts d’exploitation, qualité de service aux usagers.
2. Les grands leviers d’action : de la maquette BIM au jumeau numérique
Pour transformer ces ambitions en résultats, plusieurs leviers structurants émergent dans la stratégie d’Egis, très parlants pour tout le BTP français.
2.1. BIM « augmenté » : du dessin à la donnée environnementale
Le BIM n’est plus seulement un outil de conception. C’est la colonne vertébrale des données d’un projet.
Concrètement, un BIM intelligent pour la sustainability intègre :
- Des données d’ACV (Analyse de Cycle de Vie) directement rattachées aux objets
- Des scénarios comparés en temps quasi réel : béton bas carbone vs classique, structures bois, matériaux recyclés
- Des indicateurs synthétiques : kgCO₂/m², énergie grise, potentiel de recyclabilité
Sur un projet francilien récent, un simple changement d’assemblage structurel testé dans le modèle BIM a permis de réduire de 18 % les émissions carbone de la structure sans surcoût global, uniquement grâce à des arbitrages informés par la donnée.
C’est là que l’IA dans le BIM devient intéressante : recommandation de variantes plus sobres, détection automatique d’incohérences environnementales, pré‑dimensionnements bas carbone.
2.2. Jumeau numérique : passer du projet à la vie réelle des ouvrages
La « chaire de recherche multipartite sur le jumeau numérique » citée dans la conférence Egis n’est pas un gadget académique. C’est une réponse à une question clé : comment connecter le monde virtuel au comportement réel de l’ouvrage dans le temps ?
Un jumeau numérique utile pour la sustainability, c’est :
- Une maquette (souvent BIM) connectée à des données d’exploitation : IoT, GTC, comptages, météo
- Des algorithmes qui comparent le comportement réel à la performance prévue
- Des scénarios d’optimisation énergétique, de maintenance, de confort des usagers
Exemple typique dans le contexte français :
- Sur un réseau de tramway ou une gare, le jumeau numérique agrège flux voyageurs, consommation, cycles de maintenance
- Les IA de prévision anticipent les pics de charge, les dérives énergétiques, l’usure des équipements
- Les équipes d’exploitation priorisent les interventions qui évitent les pannes, prolongent la durée de vie des actifs et limitent le gaspillage énergétique
Résultat : moins de travaux d’urgence, des coûts lissés, une empreinte carbone réduite. Exactement le genre de valeur que recherchent les maîtrises d’ouvrage publiques.
2.3. SIG, IA et territoires : penser au-delà du bâtiment isolé
Egis rappelle aussi que le numérique n’est pas cantonné aux bâtiments. Dans les villes et territoires, le croisement :
- des données SIG,
- des données d’infrastructures,
- et des modèles IA,
permet d’optimiser l’aménagement durable à une autre échelle :
- localisation des projets favorisant la sobriété foncière
- gestion intelligente des mobilités et de la logistique de chantier
- scénarios d’adaptation au changement climatique (îlots de chaleur, risques d’inondation…)
Pour une entreprise de BTP, comprendre cette approche territoriale, c’est anticiper des appels d’offres où le projet n’est plus une parcelle isolée, mais une pièce d’un puzzle urbain bas carbone.
3. Les paradoxes à gérer : sobriété numérique vs performance environnementale
Associer numérique et climat n’est pas sans contradictions, et la vision d’Egis a le mérite de les reconnaître.
Paradoxe n°1 : l’empreinte carbone du numérique lui‑même
Plus de données, plus de capteurs, plus d’IA… donc plus de :
- serveurs,
- stockage,
- calcul,
- réseaux.
Le numérique a lui aussi une empreinte : en France, il représente environ 2,5 % de l’empreinte carbone nationale, avec une trajectoire à la hausse si rien n’est fait.
Une stratégie responsable suppose donc :
- de prioriser les cas d’usage à fort impact environnemental ou sécurité
- d’optimiser les architectures (sobriété des modèles IA, mutualisation des infrastructures)
- de s’appuyer sur un hébergement et des data centers eux‑mêmes engagés dans la décarbonation
Autrement dit : pas de « tout capteur, tout le temps, partout ». Un numérique sobre mais ciblé.
Paradoxe n°2 : innovation rapide vs temps long des infrastructures
Les outils numériques évoluent tous les 6 à 18 mois. Les routes, ponts, réseaux ou bâtiments conçus aujourd’hui seront encore là en 2050.
Deux conséquences pour les acteurs du BTP :
- Concevoir des architectures ouvertes et interopérables : formats standards, API, gouvernance de données claire
- Prévoir des stratégies de mise à jour progressive des jumeaux numériques, indépendamment des cycles de rénovation lourde
Les groupes comme Egis montrent qu’on peut stabiliser le socle (données structurées, BIM, référentiels) tout en faisant évoluer les couches d’IA et d’analytique au fil du temps.
4. Le jeu du collectif : pourquoi le BTP ne s’en sortira pas seul
Un point clé de la vision Egis est la logique de collectif : chaire multipartite sur le jumeau numérique, écosystèmes, partenariats académiques et industriels.
Pourquoi ce sujet ne peut pas être géré en solo
Pour un acteur du BTP français, certains obstacles sont trop lourds à porter seul :
- standardisation des données et des indicateurs environnementaux
- modèles d’IA fiables basés sur des jeux de données massifs
- méthodologies communes pour la mesure d’impact
La mutualisation permet :
- de partager des coûts R&D élevés
- d’accélérer la courbe d’apprentissage des équipes
- de donner plus de poids face aux donneurs d’ordre et aux éditeurs d’outils
Les chaires de recherche, les clusters régionaux, les plateformes d’échange de données sectorielles sont autant de leviers pour structurer ce collectif.
Comment une PME ou une ETI peut en profiter dès maintenant
On croit souvent que ces démarches sont réservées aux grands groupes. C’est faux. Une PME peut :
- rejoindre une démarche collective locale autour du BIM ou des jumeaux numériques
- mettre ses chantiers à disposition pour des pilotes IA (sécurité, planification, suivi environnemental)
- co‑construire avec un groupe comme Egis des offres conjointes sur certains appels d’offres complexes
C’est aussi un moyen concret de monter en compétence sans devoir tout financer seule.
5. Comment transformer cette vision en feuille de route pour votre entreprise
Passer de la vision à l’action demande une méthode. Voici une trame inspirée des pratiques que l’on voit émerger chez les acteurs avancés.
Étape 1 : lier clairement vos objectifs climat et vos enjeux business
Avant de parler outils, posez deux questions très directes :
- Où se situent 80 % de vos impacts carbone (matériaux, énergie chantier, mobilité, exploitation…)?
- Quelles sont les attentes prioritaires de vos clients sur les 3 prochaines années (CO₂, délais, coûts, image, reporting…)?
De là , définissez 3 à 5 cas d’usage numériques prioritaires. Par exemple :
- optimiser les métrés et la logistique pour réduire les déchets de chantier
- utiliser le BIM + IA pour comparer systématiquement des variantes bas carbone
- déployer un début de jumeau numérique énergétique sur un parc pilote
Étape 2 : consolider la donnée plutôt que multiplier les outils
L’erreur classique, c’est d’empiler les logiciels. La priorité, c’est de :
- structurer une colonne vertébrale de données (BIM, GED, référentiels matériaux, indicateurs carbone)
- imposer quelques standards simples : nommage, propriĂ©tĂ©s miniÂmales, formats d’échange
- désigner un référent data/BIM qui fasse le lien entre chantier, études et exploitation
C’est ce socle qui permettra ensuite aux solutions d’IA ou de jumeaux numériques de réellement produire de la valeur.
Étape 3 : expérimenter… mais avec un cap clair
Les pilotes sont utiles à condition de respecter trois règles :
- Un indicateur d’impact dès le départ (tonnes de CO₂ évitées, heures gagnées, accidents évités…)
- Une équipe projet mixte (métiers, études, exploitation, IT) pour éviter le pilotage en silo
- Une perspective de déploiement si le test est concluant
C’est comme cela que la transformation numérique devient un véritable outil au service de vos engagements climat, et pas une succession de démonstrateurs sans lendemain.
Conclusion : faire du numérique un allié crédible de la décarbonation
Ce que la vision stratégique d’Egis met sur la table est clair : numérique et sustainability ne sont plus deux sujets séparés. Ils doivent être conçus ensemble, pilotés ensemble et évalués ensemble.
Pour les entreprises du BTP français, l’IA, le BIM intelligent et les jumeaux numériques ne sont pas que des mots‑clés à mettre dans les réponses aux appels d’offres. Bien utilisés, ils deviennent :
- des accélérateurs de décarbonation,
- des sources d’économies sur tout le cycle de vie,
- et un avantage concurrentiel réel sur un marché qui se durcit.
La question n’est plus « faut‑il y aller ? », mais « par où commencer intelligemment ? ». La bonne nouvelle, c’est qu’on peut démarrer petit — un cas d’usage, un chantier pilote, un jumeau numérique sur un actif clé — tant que le cap est clair : faire du numérique un outil concret pour tenir vos promesses climat.
Dans le prochain article de la série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », on entrera dans le détail d’un cas terrain : comment une entreprise peut utiliser l’IA sur chantier pour améliorer sécurité, délais… et bilan carbone.
À vous, maintenant, de regarder vos projets en cours et de vous demander : quel premier chantier pourrait devenir votre démonstrateur numérique–climat crédible d’ici 2026 ?