RE2020, openBIM et IA : rendre le BTP vraiment durable

L'IA dans le BTP Français: Chantiers Intelligents••By 3L3C

Comment l’openBIM, le BEM et l’IA transforment la RE2020 en avantage compétitif pour les acteurs du BTP français et leurs chantiers intelligents.

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RE2020, openBIM et IA : le trio qui change les règles du jeu

En France, jusqu’à 60 % de l’empreinte carbone d’un bâtiment se joue avant même l’arrivée des premiers occupants. Avec la RE2020, chaque maître d’ouvrage, bureau d’études et entreprise du BTP est désormais comptable – chiffres à l’appui – de cette empreinte.

La réalité ? Beaucoup d’équipes sont encore coincées entre Excel, maquettes partielles et ressaisies manuelles, alors qu’elles doivent produire des ACV réglementaires fiables, optimiser les choix matériaux/énergie, tout en respectant délais et marges. C’est précisément là que l’openBIM, combiné à l’IA et au Building Energy Modeling (BEM), devient un allié concret pour industrialiser la performance environnementale.

Dans ce billet, inspiré du podcast « RE2020 : comment l’openBIM est au service de la réglementation environnementale ? », on va voir comment passer d’une approche RE2020 subie à une stratégie data‑driven, où la maquette numérique devient le tableau de bord carbone et énergie du projet.


De la RT2012 à la RE2020 : un changement d’échelle… et de méthode

La RE2020 n’est pas une « RT2012 bis ». Elle change la logique : on ne parle plus seulement de kWh, mais d’impact environnemental sur tout le cycle de vie.

Ce qui a vraiment changé avec la RE2020

Réponse courte : la RE2020 impose une vision globale et chiffrée du bâtiment. Concrètement :

  • On ne se limite plus au Bbio et au Cep : on ajoute l’indicateur carbone (Ic construction, Ic Ă©nergie) basĂ© sur l’ACV.
  • Les matĂ©riaux (bĂ©ton, acier, bois, isolants, menuiseries…) sont Ă©valuĂ©s via leurs FDES/PEP.
  • Les choix Ă©nergĂ©tiques (PAC, rĂ©seaux de chaleur, photovoltaĂŻque, etc.) sont comparĂ©s sur la durĂ©e, pas seulement Ă  l’instant T.

Avec la RT2012, beaucoup de projets fonctionnaient avec un modèle thermique isolé, souvent dissocié de la maquette architecturale. Aujourd’hui, continuer à travailler comme ça, c’est multiplier :

  • les ressaisies de donnĂ©es,
  • les incohĂ©rences entre plans, quantitĂ©s et calculs,
  • les risques de non‑conformitĂ© en fin de projet.

Pourquoi l’openBIM devient indispensable

L’openBIM, c’est l’usage de formats ouverts (IFC, BCF, etc.) pour que les logiciels de modélisation, calcul énergétique, ACV, économie, synthèse puissent réellement partager la même base technique.

Dans le contexte RE2020 + BEM :

  • La maquette IFC devient source unique des surfaces, volumes, typologies d’espaces, systèmes Ă©nergĂ©tiques, matĂ©riaux.
  • Les outils de simulation Ă©nergĂ©tique et ACV viennent lire et enrichir ces donnĂ©es, au lieu de tout ressaisir.
  • Les modifications de conception sont propagĂ©es beaucoup plus rapidement dans les calculs rĂ©glementaires.

Pour un bureau d’études, un industriel ou une entreprise comme Lefort‑Francheteau, ça veut dire moins de temps perdu à « refaire » l’info, plus de temps pour analyser et optimiser.


Comment l’openBIM alimente le Building Energy Modeling (BEM)

Le BEM, ou Building Energy Modeling, consiste à créer un jumeau numérique énergétique du bâtiment : un modèle dynamique capable de simuler consommations, confort, puissance des systèmes, etc.

Chaîne type openBIM + BEM + RE2020

Voici ce que j’observe dans les workflows qui fonctionnent bien :

  1. Conception architecturale en BIM
    Maquette architecturale détaillée (espaces, parois, menuiseries, niveaux, zones…).

  2. Export IFC structuré
    Le fichier IFC respecte un minimum de règles : typologies d’objets, classification, propriétés utiles à l’énergie.

  3. Import dans un logiciel BEM
    Outil type moteur thermique + ACV (comme ceux opérés par des acteurs tels que TIPEE ou IZUBA énergies) qui recrée le modèle énergétique à partir de la maquette.

  4. Paramétrage des scénarios d’usage et systèmes
    Profils d’occupation, ventilation, chauffage, rafraîchissement, ENR, stockage, etc.

  5. Simulation + calculs RE2020
    Bbio, Cep, indicateurs carbone, confort d’été… avec possibilité de boucles rapides d’itération.

  6. Retour d’information vers la maquette
    Les résultats (zones problématiques, éléments sur‑dimensionnés, postes les plus impactants en carbone) sont tagués dans la maquette ou partagés via BCF.

Tout l’intérêt de l’openBIM, c’est de fiabiliser les échanges entre ces étapes et d’éviter que chaque acteur recrée sa « vérité » dans son coin.

Où l’IA commence à changer la donne

Sur les chantiers intelligents et dans les bureaux d’études, l’IA sert déjà à :

  • Nettoyer et enrichir les IFC : dĂ©tection automatique d’erreurs de modĂ©lisation, complĂ©tion de propriĂ©tĂ©s manquantes (Ă©paisseurs, matĂ©riaux, U, etc.).
  • GĂ©nĂ©rer des scĂ©narios d’optimisation : propositions de variantes (mix matĂ©riaux/Ă©nergie) pour atteindre un objectif RE2020 avec un coĂ»t cible.
  • DĂ©tecter les incohĂ©rences entre maquette, quantitĂ©s, devis et dossier RE2020.

La combinaison openBIM + BEM + IA permet de passer d’un calcul réglementaire tardif et subi à un pilotage en continu de la performance environnementale dès l’ESQ ou l’APS.


Bénéfices concrets pour les acteurs du BTP français

On entend souvent : « Le BIM et la RE2020, c’est une couche de complexité en plus ». En pratique, quand le workflow est bien pensé, les gains sont très tangibles.

Pour les maîtres d’ouvrage et promoteurs

Un MOA qui s’appuie sur l’openBIM pour sa stratégie RE2020 gagne :

  • VisibilitĂ© chiffrĂ©e dès l’amont : estimation prĂ©coce des indicateurs carbone et Ă©nergie par typologie de projet.
  • ScĂ©narios comparables : structure bĂ©ton vs mixte vs bois, systèmes Ă©nergĂ©tiques alternatifs, avec impacts COâ‚‚ et coĂ»ts sur la durĂ©e.
  • Moins de mauvaises surprises : baisse du risque de recalculs tardifs, de retours en commissions ou de renchĂ©rissement brutal en fin de conception.

Pour un acteur qui pilote un portefeuille de programmes, les données issues de l’openBIM et du BEM deviennent une base de données stratégique pour affiner ses futures opérations.

Pour les bureaux d’études et référents BIM

Les profils comme ceux de Florian Chermeux ou Ludovic Bureau dans le podcast voient très bien le problème :

  • Des dizaines d’itĂ©rations sur les maquettes.
  • Des dĂ©lais rĂ©glementaires serrĂ©s.
  • Des Ă©quipes qui changent en cours de projet.

Avec un workflow structuré openBIM + BEM, ils obtiennent :

  • Une rĂ©duction drastique des ressaisies (jusqu’à 30 Ă  50 % de temps gagnĂ© sur certains projets complexes).
  • Une cohĂ©rence accrue entre maquette, DOE numĂ©rique, notice RE2020 et ACV.
  • La possibilitĂ© d’industrialiser des bibliothèques de solutions (systèmes types, parois types, variantes courantes) pour accĂ©lĂ©rer les Ă©tudes.

Pour les entreprises de construction et industriels

Les entreprises comme Lefort‑Francheteau, mais aussi les lots structure, façades, CVC, ont un intérêt très direct :

  • Leur offre peut ĂŞtre positionnĂ©e non seulement sur le prix, mais sur le score RE2020.
  • Les systèmes et produits sont intĂ©grĂ©s dans des bibliothèques BIM enrichies de donnĂ©es environnementales.
  • Sur le chantier, la maquette devient un support de contrĂ´le : ce qui a Ă©tĂ© calculĂ©, posĂ© et dĂ©clarĂ© doit coĂŻncider.

Dans le cadre d’une stratégie « chantiers intelligents », ces données peuvent aussi alimenter :

  • des tableaux de bord COâ‚‚ chantier,
  • des applications mobiles de suivi des matĂ©riaux et dĂ©chets,
  • des algorithmes qui recommandent des optimisations logistiques et de ressources.

Bonnes pratiques pour réussir son passage à l’openBIM RE2020

Une chose que j’ai constatée : les échecs BIM/RE2020 viennent rarement de la technique pure. Ils viennent surtout d’un manque de règles de jeu claires dès le lancement du projet.

1. Définir un cahier des charges BIM orienté RE2020

Un BEP (BIM Execution Plan) pertinent pour la RE2020 doit préciser :

  • les niveaux de dĂ©tail (LOD) nĂ©cessaires pour les Ă©tudes Ă©nergĂ©tiques,
  • les attributs obligatoires sur les objets (matĂ©riaux, couches, performances thermiques),
  • la structure des zones (zones thermiques, locaux, catĂ©gories d’espaces),
  • le format et la frĂ©quence des exports IFC.

Sans ce cadrage, l’openBIM se transforme en série de fichiers IFC inexploités.

2. Choisir une chaîne logicielle vraiment interopérable

Peu importe les marques, ce qui compte pour les entreprises du BTP français, c’est :

  • la capacitĂ© Ă  lire/Ă©crire correctement l’IFC,
  • l’existence de connecteurs/flux de travail Ă©prouvĂ©s entre les logiciels de modĂ©lisation, BEM et ACV,
  • la facilitĂ© d’intĂ©grer des bibliothèques produits enrichies en donnĂ©es environnementales.

Tester l’interopérabilité sur un mini‑projet pilote avant de généraliser reste, à mes yeux, le meilleur investissement.

3. Structurer les données pour l’IA et les futurs usages

Les chantiers intelligents ne se limitent pas à la phase conception. Les mêmes données serviront :

  • Ă  l’exploitation (suivi des consommations rĂ©elles vs calculĂ©es),
  • Ă  la maintenance prĂ©dictive (via jumeaux numĂ©riques),
  • Ă  des algorithmes d’optimisation des rĂ©novations futures.

Dès aujourd’hui, vous pouvez :

  • adopter des nomenclatures cohĂ©rentes (noms d’espaces, systèmes, Ă©quipements),
  • documenter systĂ©matiquement les rĂ©visions de maquette,
  • stocker les rĂ©sultats de simulations dans un format structurĂ©, rĂ©utilisable par des outils d’IA.

Cette « rigueur data » fait la différence entre un BIM vitrines et de véritables chantiers intelligents.


RE2020, IA et chantiers intelligents : où va le BTP français ?

La tendance est claire : la RE2020 pousse tout l’écosystème à devenir beaucoup plus data‑driven. Ceux qui sauront exploiter l’openBIM, le BEM et l’IA ne feront pas qu’être conformes, ils prendront une longueur d’avance : coûts mieux maîtrisés, risques réduits, image renforcée auprès des investisseurs et des collectivités.

Pour la série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », ce sujet est central :

  • l’openBIM structure la donnĂ©e,
  • le BEM l’exploite pour simuler,
  • l’IA aide Ă  dĂ©cider plus vite et plus juste.

La question, maintenant, c’est : voulez‑vous subir la RE2020 projet par projet, ou en faire le moteur de votre transformation numérique et environnementale ?

Si vous êtes maître d’ouvrage, BE, entreprise ou industriel, le moment est idéal pour lancer :

  • un projet pilote openBIM + RE2020,
  • un audit de vos donnĂ©es BIM actuelles,
  • ou une feuille de route IA & chantiers intelligents centrĂ©e sur l’énergie et le carbone.

Parce que les bâtiments construits en 2025 seront encore là en 2055, et que les décisions prises dans vos maquettes aujourd’hui façonneront la performance réelle de vos chantiers intelligents demain.