La croissance de la proptech ralentit, mais l’IA pour les chantiers intelligents gagne en maturité. Moins de gadgets, plus d’impact concret pour le BTP français.
Proptech & IA chantier : moins d’euphorie, plus d’impact
En 2023, plusieurs fonds spécialisés en proptech ont revu leurs prévisions de croissance à la baisse. Les investisseurs comme Momei Qu ou AJ Malhotra le disent clairement : la fête du “growth à tout prix” est finie, surtout dans l’immobilier et la construction.
Ça peut sembler inquiétant si vous êtes dans le BTP français, déjà sous pression sur les coûts, les délais et la pénurie de main-d’œuvre. En réalité, c’est plutôt une bonne nouvelle : on passe d’une logique de gadgets à une logique de retour sur investissement concret, notamment avec l’IA appliquée aux chantiers intelligents.
Dans cette série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », cet article fait le lien entre ce qui se passe au niveau des investisseurs proptech et ce que ça change très concrètement pour une entreprise de construction, un maître d’ouvrage ou un promoteur en France.
Nous allons voir :
- pourquoi les investisseurs anticipent une croissance plus lente du secteur proptech,
- comment cela rebat les cartes pour les solutions d’IA de chantier,
- quels types d’outils vont continuer à attirer des capitaux (et donc survivre),
- comment une entreprise du BTP peut profiter de ce contexte pour avancer plus vite… mais plus intelligemment.
1. Pourquoi la croissance de la proptech ralentit… et pourquoi ce n’est pas une catastrophe
La croissance de la proptech ralentit parce que les investisseurs cherchent désormais des modèles rentables, pas seulement des belles slides. Après la période 2018–2022 marquée par l’abondance de capitaux, on est entré dans un cycle plus sélectif.
Ce que disent les investisseurs proptech
Lorsque des investisseurs comme Momei Qu ou AJ Malhotra parlent d’attentes de croissance plus modestes, ils pointent plusieurs réalités :
- Hausse des taux d’intérêt : l’argent est plus cher, les tours de table faciles disparaissent.
- Moins de spéculation immobilière : projets reportés, volumes de transactions en baisse, donc moins d’appétit pour les outils “nice to have”.
- Fatigue vis-à-vis des POC interminables : trop de pilotes qui ne se transforment pas en déploiement à l’échelle.
La conséquence est simple :
Les investisseurs financent désormais les solutions proptech qui prouvent un impact mesurable sur les coûts, les délais, la sécurité ou les revenus.
Pour le BTP français, ça signifie que les outils d’IA qui resteront debout seront plus sérieux, plus robustes… et plus alignés avec vos enjeux opérationnels.
Un contexte idéal pour l’IA de chantier
Même avec un ralentissement global, trois dynamiques jouent clairement en faveur de l’IA dans la construction :
- La pénurie de main-d’œuvre qualifiée pousse à automatiser ce qui peut l’être (planification, suivi, contrôles).
- Les marges réduites obligent à chasser les erreurs et les gaspillages, où l’IA excelle.
- La pression réglementaire (sécurité, décarbonation, traçabilité) augmente, ce qui crée de la demande pour des systèmes de BIM intelligent et de reporting automatisé.
Le résultat : moins de projets “fun”, plus de projets utiles. Pour une entreprise du BTP, c’est plutôt sain.
2. Les priorités des investisseurs : IA, BIM intelligent et chantier data-driven
Les capitaux se réorientent vers les solutions qui tiennent la route économiquement et s’intègrent dans le flux réel d’un projet de construction.
Les thématiques qui attirent encore de l’argent
Sur la base des tendances 2023–2025, voici les domaines de la proptech et de la construction tech qui restent très attractifs pour les investisseurs :
-
IA pour la planification de projet
- Optimisation des plannings chantier en fonction des ressources, de la météo, des contraintes d’approvisionnement.
- Recalage automatique des tâches critiques et simulation de scénarios “what-if”.
-
BIM intelligent
- Modèles BIM enrichis par l’IA pour détecter des conflits (clash detection avancée), estimer les quantités, anticiper les risques.
- Liens dynamiques entre maquette numérique, planning (4D) et coûts (5D).
-
Sécurité sur chantier et vision par ordinateur
- Analyse vidéo pour vérifier le port des EPI, les zones de danger, la coactivité.
- Alertes en temps réel et reporting automatique à la prévention.
-
Gestion des ressources et des matériaux
- Suivi des matériels, engins et consommables.
- Analyse prédictive pour éviter ruptures de stock, sur-commande, déplacements inutiles.
Ce sont précisément les briques de base des chantiers intelligents : des chantiers où les décisions se prennent sur la base de données fiables, pas d’intuitions ou de feuilles Excel séparées.
Ce que les investisseurs ne veulent plus financer
À l’inverse, les solutions qui ont du mal à lever des fonds en 2023–2025 sont surtout :
- les applis “gadget” de réalité virtuelle sans cas d’usage clair (par exemple une visite 3D “wahou” pour le marketing, mais sans intégration au BIM ou au suivi d’avancement),
- les plateformes généralistes qui font « un peu de tout » mais rien très bien,
- les outils qui nécessitent un changement massif de process pour un gain modeste.
Si vous êtes une entreprise du BTP, prenez ce prisme investisseur comme un filtre de sélection : si un outil ne serait pas finançable aujourd’hui, il y a de bonnes chances qu’il ne survive pas longtemps.
3. Comment les entreprises du BTP français doivent ajuster leur stratégie numérique
Pour les acteurs français du BTP, le ralentissement de la proptech signifie une chose : arrêter de courir après toutes les nouveautés et se concentrer sur quelques cas d’usage IA vraiment rentables.
3 questions à se poser avant d’adopter une solution IA
Avant de signer un nouveau POC, posez systématiquement ces trois questions :
- Quel indicateur métier va réellement bouger ?
Exemples concrets :- -5 % sur les coûts de matériaux ?
- -10 % de temps passé en réunion de coordination ?
- -20 % d’accidents bénins sur le chantier ?
-
En combien de temps voit-on le premier résultat mesurable ?
Les investisseurs cherchent du payback en 12 à 24 mois. Vous devriez viser pareil. -
Qui, chez nous, sera vraiment responsable de l’usage de l’outil ?
Pas « tout le monde », une personne ou une équipe clairement identifiée.
Si vous n’avez pas de réponse précise à ces trois points, le projet a de fortes chances de se perdre dans la masse.
Exemple : un chantier qui passe à l’IA de planification
Prenons un chantier de logements collectifs en Île-de-France :
- Avant : planning sur MS Project, mis à jour péniblement une fois par semaine, coordination par mails et appels.
- Après : outil de planification de chantier assistée par IA qui :
- récupère les données d’avancement depuis le terrain (via appli mobile ou photos analysées par vision par ordinateur),
- recalcule chaque nuit le chemin critique,
- anticipe les conflits d’utilisation de grue ou d’engins,
- propose des scénarios de réorganisation (déplacer une équipe, décaler une livraison, etc.).
Effet mesurable sur 12 mois :
- 8–12 % de réduction des retards cumulés,
- 3–5 points de marge récupérés sur certains lots,
- baisse nette du temps passé en réunion de replanification.
C’est ce genre d’impact que les investisseurs veulent voir… et que vous pouvez exiger de vos fournisseurs.
4. BIM intelligent et sécurité : là où l’IA crée le plus de valeur
Parmi toutes les briques proptech, deux domaines sortent vraiment du lot pour les chantiers intelligents : le BIM intelligent et la sécurité.
Le BIM intelligent comme colonne vertébrale
Un BIM qui reste figé au stade de la conception ne crée quasiment pas de valeur. Ce qui intéresse aujourd’hui les investisseurs – et les entreprises – c’est le BIM vivant, connecté à l’IA et au terrain :
- détection automatique d’incohérences entre plans, maquette et réalité chantier,
- recalcul de quantités et de coûts en fonction des modifications,
- visualisation 4D des retards potentiels, basée sur les données réelles d’avancement.
Un promoteur ou un maître d’ouvrage qui pilote avec ce type de BIM intelligent voit rapidement :
- moins de litiges, car tout est tracé,
- moins de réserves en fin de chantier,
- une meilleure capacité à renégocier ou ajuster en cours de route.
La sécurité sur chantier, nouvel argument clé pour l’IA
La sécurité est devenue un axe majeur d’investissement. Non seulement pour des raisons humaines évidentes, mais aussi parce que chaque accident coûte très cher : arrêts, enquêtes, image, hausse des primes d’assurance.
Quelques cas d’usage IA qui se détachent :
- détection en temps réel de situations dangereuses via caméras (chutes de hauteur, zones non balisées, engins proches des piétons),
- vérification automatique du port des EPI avec vision par ordinateur,
- analyse statistique des quasi-accidents pour adapter la prévention.
Les outils qui démontrent, chiffres à l’appui, une baisse de 20–30 % des incidents ont toutes les chances de continuer à attirer les capitaux… et de rester dans votre stack numérique pour longtemps.
5. Passer d’une approche gadget à une feuille de route IA chantier
La phase de hype est derrière nous. Pour une entreprise du BTP, l’enjeu aujourd’hui est de construire une feuille de route IA réaliste plutôt qu’une collection de POC dispersés.
Construire une feuille de route IA en 5 étapes
-
Cartographier vos flux de valeur
Où se perdent le plus de temps, d’argent ou de sécurité ? (études, logistique, exécution, réception…) -
Choisir 1 à 3 cas d’usage prioritaires
Par exemple :- IA de planification,
- suivi d’avancement par vision par ordinateur,
- BIM 4D connecté au terrain.
-
Poser des objectifs chiffrés par cas d’usage
Ex : -10 % de non-qualité, -15 % de retard moyen, -20 % d’incidents bénins. -
Sélectionner des solutions qui s’intègrent à votre écosystème
Priorité aux outils qui dialoguent avec votre BIM, votre ERP, vos outils de suivi de chantier. -
Prévoir l’accompagnement humain
Formation, référents métier, ajustements des process. L’IA sans adoption sur le terrain reste un joli slide.
Pourquoi ce contexte est une opportunité
Moins de croissance globale en proptech signifie :
- des fournisseurs plus à l’écoute et plus flexibles,
- moins de concurrence pour tester des innovations pertinentes avec des fonds d’investissement en soutien,
- plus de pression sur les solutions pour prouver leurs résultats — ce qui joue clairement en votre faveur.
Les entreprises qui, en 2025–2026, structurent une vraie stratégie « IA et chantiers intelligents » sortiront du lot dans les années suivantes, avec des coûts mieux maîtrisés et une attractivité renforcée auprès des talents.
Conclusion : la proptech ralentit, les chantiers intelligents accélèrent
Alors que les investisseurs prévoient une croissance plus lente pour la proptech, l’argent se concentre sur un type de projets : ceux qui améliorent vraiment la performance des chantiers grâce à l’IA, au BIM intelligent et à la data.
Pour les acteurs du BTP français, l’enjeu n’est plus de tester tout ce qui sort, mais de choisir quelques cas d’usage IA stratégiques, de les mesurer et de les industrialiser. C’est exactement l’ambition de cette série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents » : vous aider à passer des concepts aux résultats concrets, chantier après chantier.
Si vous deviez commencer par un seul sujet dans les 3 prochains mois, lequel serait le plus rentable pour vous : la planification automatique, la sécurité intelligente ou le BIM connecté au terrain ?