La culture prévention progresse dans le BTP. Découvrez comment l’IA et les chantiers intelligents peuvent aider surtout les TPE/PME à franchir un cap en sécurité.

Prévention des risques dans le BTP : une culture qui progresse… mais qui reste fragile
En 2025, plus de 1 400 entreprises et compagnons du BTP ont été interrogés par l’OPPBTP et Viavoice. Résultat clair : la culture prévention progresse dans le bâtiment et les travaux publics. Les dirigeants se disent plus exigeants, les compagnons plus impliqués, et la prévention est mieux intégrée dans l’organisation des chantiers.
Cette avancée change concrètement la vie sur le terrain : moins d’accidents, moins d’arrêts de chantier, moins de tensions avec les clients et la maîtrise d’ouvrage. Mais elle révèle aussi un angle mort : les TPE et petites PME, qui constituent l’essentiel du tissu du BTP français, peinent encore à structurer leur démarche et à s’appuyer sur l’écosystème de la prévention.
Dans le cadre de notre série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », ce constat est clé : si la culture prévention progresse, les outils numériques et l’intelligence artificielle peuvent faire la différence pour passer un cap, en particulier pour les petites structures qui manquent de temps et de ressources.
1. Ce que révèle l’enquête OPPBTP 2025 sur la prévention des risques
L’enquête menée début 2025 dresse une photographie précise : la prévention n’est plus un “à ‑côté”, elle entre dans le cœur du pilotage des entreprises.
Des dirigeants plus exigeants et structurés
Les réponses des 1 100 dirigeants interrogés montrent une tendance nette :
- la prévention est davantage intégrée à la stratégie d’entreprise (et plus seulement gérée en réaction après un accident),
- les obligations réglementaires (DUERP, formations, plans de prévention) sont mieux connues et mieux suivies,
- les investissements matériels (protections collectives, EPI, engins mieux sécurisés) sont plus systématiques.
La prévention n’est plus vue uniquement comme une contrainte : elle devient un levier de performance. Les entreprises constatent que des chantiers mieux préparés, avec moins d’accidents et moins de désorganisation, sont aussi des chantiers plus rentables.
Des compagnons plus impliqués sur le terrain
Du côté des 300 compagnons interrogés, l’enquête confirme une évolution culturelle réelle :
- meilleure acceptation des consignes de sécurité,
- participation plus active aux causeries, quarts d’heure sécurité, retours d’expérience,
- volonté d’être écoutés sur l’organisation concrète des postes de travail.
Autrement dit, la prévention ne descend plus seulement du bureau vers le chantier : elle remonte aussi du terrain vers la direction.
Le talon d’Achille : les TPE et petites PME
Là où la situation se complique, c’est pour les TPE :
- difficulté à gérer seules la prévention (pas de responsable dédié, manque de temps, charge administrative lourde),
- faible connaissance de l’écosystème prévention (OPPBTP, CARSAT, services de santé au travail, assureurs, etc.),
- fonctionnement par “clés d’entrée” : on contacte un interlocuteur précis, souvent au coup par coup, en fonction d’un besoin urgent (accident, contrôle, exigence client…).
Les grandes entreprises, elles, savent mieux orchestrer ces ressources, mobiliser plusieurs acteurs et structurer une démarche globale. Ce fossé est un sujet majeur : si on veut que la culture prévention progresse partout, les petites entreprises doivent accéder à des outils simples, concrets, faciles à activer.
C’est précisément là que les solutions numériques et l’IA pour le BTP peuvent changer la donne.
2. Pourquoi la prévention reste difficile pour les TPE du BTP
La réalité du terrain, surtout en fin d’année quand les plannings explosent, est simple : le patron fait tout. Prospection, devis, conduite de travaux, RH, administratif… et la prévention dans tout ça ? Elle passe souvent après l’urgence client.
Trois blocages récurrents
En accompagnant des TPE du BTP, on retrouve régulièrement les mêmes freins :
-
Manque de temps
Le DUERP se fait une fois, vite, puis n’est pas mis à jour. Les causeries sécurité sont irrégulières. On gère surtout les urgences. -
Complexité perçue
La réglementation prévention est vue comme « un millefeuille ». Les chefs d’entreprise isolés ne savent pas par où commencer ni qui appeler. -
Peu de données structurées
Sans suivi des incidents, quasi‑accidents, maladies professionnelles ou TMS, il est difficile de prioriser et de mesurer les progrès.
Résultat : la volonté est là , mais la méthode et les outils manquent.
Une opportunité pour les chantiers intelligents
La série « Chantiers Intelligents » part d’une idée simple : un chantier connecté n’est pas seulement un chantier plus productif, c’est aussi un chantier plus sûr. On parle beaucoup d’IA pour la planification ou l’optimisation des ressources, mais, appliquée à la prévention des risques, elle peut :
- aider à identifier les situations dangereuses avant l’accident,
- simplifier la mise à jour documentaire (DUERP, plans de prévention),
- fournir aux TPE des outils prêts à l’emploi, sans usine à gaz.
La culture prévention progresse, l’enquête OPPBTP le montre. La prochaine étape, c’est de connecter cette culture à des outils intelligents pour en faire un réflexe quotidien.
3. Comment l’IA peut renforcer la culture prévention sur les chantiers
La question n’est plus « faut‑il de l’IA dans le BTP ? », mais où et comment l’utiliser intelligemment pour aider vraiment les équipes.
3.1. Analyse prédictive des risques chantier
Un chantier du BTP génère déjà énormément de données, même dans une petite structure :
- types de travaux et de matériaux,
- engins présents,
- conditions météo,
- historique d’incidents,
- profil des équipes (expérience, habilitations…).
Des solutions d’IA peuvent croiser ces informations pour produire, de façon automatique :
- une carte des risques du chantier,
- une estimation de la probabilité d’accident par type de tâche,
- des alertes : par exemple, « risque de chute de hauteur accru pour cette opération, prévoir garde‑corps + ligne de vie ».
Pour une TPE, cela peut prendre la forme d’une application simple : on décrit le chantier, on importe un planning ou un modèle BIM, et l’outil propose une liste de mesures de prévention ciblées.
3.2. BIM intelligent et sécurité intégrée dès la conception
Le BIM n’est pas réservé aux grandes opérations. Même sur des projets plus modestes, un BIM simplifié, enrichi d’algorithmes d’IA, peut :
- signaler automatiquement les zones à risque (toitures, trémies, circulations étroites),
- vérifier la compatibilité entre les phases travaux et la présence du public ou des autres corps d’état,
- suggérer des aménagements de sécurité : protections collectives, zones de stockage, cheminements piétons.
La prévention des risques est alors intégrée très tôt, et non bricolée à la dernière minute sur le chantier. C’est l’un des piliers des véritables chantiers intelligents.
3.3. Assistants IA pour la prévention au quotidien
Pour les petites structures, la valeur de l’IA est souvent dans le gain de temps administratif :
- génération de modèles de DUERP adaptés au métier et aux chantiers types,
- création automatique de fiches de poste sécurité,
- check‑lists personnalisées pour les visites de chantier,
- préparation de causeries sécurité en quelques clics (thème, supports, points clés).
Un assistant IA spécialisé BTP peut répondre à des questions très concrètes :
« Je démarre un chantier de rénovation de toiture avec amiante, quels sont les 5 points de vigilance à rappeler à l’équipe demain matin ? »
Ce type d’outil ne remplace pas l’OPPBTP, les coordonnateurs SPS ou les préventeurs. Mais il démocratise l’accès à une première couche de conseil, disponible 24h/24, y compris pour la petite entreprise qui n’a pas de service QSE.
3.4. Vision par ordinateur et détection en temps réel
Sur les chantiers les plus avancés, on voit apparaître des solutions de vision par ordinateur :
- caméras ou smartphones qui identifient en temps réel l’absence d’EPI,
- détection de zones de circulation non respectées,
- alertes en cas de présence dans des zones interdites.
L’idée n’est pas de « fliquer » les compagnons, mais de soutenir les chefs de chantier, qui ne peuvent pas être partout. Bien paramétrées, ces solutions peuvent se concentrer sur :
- les risques graves et mortels,
- les situations pour lesquelles un rappel immédiat peut éviter l’accident.
L’enjeu, là encore, est culturel : un outil de ce type doit s’intégrer dans un climat de confiance et de dialogue, sinon il sera rejeté.
4. Passer de l’intention à l’action : par où commencer ?
La progression de la culture prévention mesurée par l’OPPBTP est une excellente nouvelle. Mais si vous dirigez une TPE/PME du BTP, la vraie question est : que faire demain matin ?
4.1. Clarifier vos priorités prévention
Avant même de parler d’IA, il faut savoir où vous voulez progresser. Une approche simple :
- Listez vos 3 principaux risques (ex. : chutes de hauteur, manutention manuelle, circulation des engins).
- Pour chacun, notez :
- ce que vous faites déjà ,
- ce qui manque clairement,
- ce qui vous fait perdre du temps (papier, doublons, recherche d’infos…).
Vous aurez ainsi une première feuille de route prévention.
4.2. Identifier les bons outils numériques
Ensuite, cherchez des solutions qui répondent à ces besoins concrets :
- si vous perdez du temps sur les documents, orientez‑vous vers des assistants IA pour la rédaction (plans de prévention, consignes, DUERP),
- si vos chantiers sont complexes, intéressez‑vous au BIM et à ses extensions sécurité,
- si vous gérez plusieurs chantiers en parallèle, privilégiez des outils de planification intelligente intégrant la notion de risques.
L’objectif n’est pas de tout numériser d’un coup, mais de sécuriser 1 ou 2 chantiers pilotes, puis d’étendre progressivement.
4.3. Associer vos compagnons dès le départ
L’enquête le montre : les compagnons sont largement impliqués dès qu’on leur donne la parole. Utilisez‑le à votre avantage :
- présentez clairement les nouveaux outils,
- demandez ce qui les aide vraiment (et ce qui les freine),
- valorisez les retours terrain dans vos décisions.
Une culture prévention solide, même avec les meilleurs outils IA, repose toujours sur une chose : la confiance entre la direction et le terrain.
5. Vers des chantiers plus intelligents et plus sûrs
La nouvelle enquête de l’OPPBTP le confirme : la prévention des risques progresse dans le BTP français, mais de manière inégale. Les grandes entreprises structurent leur démarche, les compagnons s’engagent davantage, tandis que les TPE et PME restent en difficulté pour tout gérer seules.
La bonne nouvelle, c’est que le mouvement des chantiers intelligents arrive au bon moment. Les outils d’IA appliqués au BTP peuvent :
- rendre la prévention plus simple à gérer au quotidien,
- aider Ă prioriser les actions en fonction des vrais risques,
- donner aux petites entreprises un niveau d’appui proche de celui des grands groupes.
La prochaine étape pour les dirigeants du BTP n’est plus de se demander s’ils doivent investir dans la prévention, mais comment l’intégrer intelligemment à leurs outils digitaux, pour que la sécurité devienne un réflexe naturel, au même titre que le planning ou le suivi de marge.
Si vous cherchez à structurer vos chantiers pour 2026, posez‑vous une question directe :
« Sur mon prochain chantier, où l’IA peut‑elle m’aider concrètement à éviter l’accident qui me ferait tout perdre ? »
À partir de là , vous aurez déjà fait un pas décisif vers un chantier plus sûr, plus intelligent et plus performant.