Jumeau numérique de territoires : l’atout IA du BTP

L'IA dans le BTP Français: Chantiers Intelligents••By 3L3C

Les jumeaux numériques de territoires, dopés à l’IA, transforment la façon dont le BTP français planifie, entretient et décarbone ses infrastructures.

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Jumeau numérique de territoires : l’atout IA du BTP français

En France, plus de 75 % des coûts de cycle de vie d’un ouvrage sont engagés après la construction, dans l’exploitation et la maintenance. Pourtant, la plupart des décisions se prennent encore avec des données incomplètes ou obsolètes. Voilà exactement ce que les jumeaux numériques de territoires, dopés à l’IA, viennent corriger.

Voici le truc avec les jumeaux numériques : ce ne sont pas juste de beaux modèles 3D. Ce sont des systèmes vivants, connectés aux données terrain, capables d’aider à décider, arbitrer, prioriser… et, très concrètement, d’économiser des millions d’euros sur un patrimoine et des infrastructures.

La conférence « Jumeau Numérique de territoires » de BIM World 2024 (avec Colas, Sogelink, Bentley, SAMP, Urbs…) a montré à quel point le sujet est passé du concept au concret. Dans cette série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », ce billet fait le lien entre ces retours d’expérience et vos enjeux terrain : chantiers, exploitation, patrimoine, mobilité, énergie.


1. Jumeau numérique de territoire : à quoi ça sert vraiment ?

Un jumeau numérique de territoire est d’abord un outil de décision. Il sert à répondre à des questions très simples… mais habituellement très longues à traiter :

  • OĂą concentrer les budgets de voirie sur les 3 prochaines annĂ©es ?
  • Quels bâtiments publics rĂ©nover en prioritĂ© pour tenir la trajectoire carbone 2030 ?
  • Quel impact aura un nouveau tramway sur les flux de circulation et le bruit ?
  • Comment coordonner les chantiers rĂ©seaux pour limiter les tranchĂ©es rĂ©pĂ©tĂ©es ?

La valeur vient de trois ingrédients combinés :

  1. Des données géospatiales structurées (SIG, nuages de points, cadastre, réseaux, mobilités…)
  2. Des modèles BIM & infrastructure (bâtiments, ouvrages d’art, routes, rails, réseaux humides et secs…)
  3. Des algorithmes d’IA (détection d’objets, prédiction, optimisation, scénarios « what-if »)

En clair, le jumeau numérique permet de passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation : on n’attend plus que la route casse ou que le réseau inonde un quartier ; on voit venir et on arbitre.

« Un jumeau numérique de territoire utile n’est pas un projet 3D, c’est un projet de décision publique et privée appuyé par la donnée et l’IA. »


2. Ce que montrent les industriels : des cas d’usage concrets

Les intervenants de BIM World 2024 couvrent toute la chaîne : constructeur, éditeur d’outils terrain, plateformes de données, solutions urbaines. Même si chaque acteur a son angle, on retrouve quatre grands cas d’usage IA + jumeau numérique qui intéressent directement les entreprises du BTP.

2.1. Gestion et maintenance d’infrastructures (voirie, rails, réseaux)

Pour un groupe comme Colas, un jumeau numérique de territoire permet par exemple :

  • de combiner relevĂ©s LiDAR, inspections vidĂ©o et donnĂ©es trafic,
  • de dĂ©tecter automatiquement les dĂ©gradations (fissures, orniĂ©rage, nids-de-poule),
  • d’estimer la durĂ©e de vie rĂ©siduelle d’un tronçon,
  • de proposer un plan pluriannuel d’entretien optimisĂ©.

Côté IA, cela se traduit par :

  • vision par ordinateur pour repĂ©rer les dĂ©fauts sur les chaussĂ©es,
  • modèles prĂ©dictifs pour estimer l’évolution de l’état de service,
  • algorithmes d’optimisation pour adapter les investissements Ă  un budget donnĂ©.

Pour les entreprises de travaux :

  • Les appels d’offres deviennent plus prĂ©cis et plus rĂ©guliers.
  • Les plannings sont moins soumis Ă  l’urgence.
  • Les discussions avec la maĂ®trise d’ouvrage se basent sur des indicateurs objectivĂ©s.

2.2. Coordination de chantiers et sécurité

Des acteurs comme Sogelink illustrent bien l’apport du jumeau numérique pour la coordination des interventions réseaux :

  • croiser DICT, rĂ©seaux existants, futures opĂ©rations,
  • visualiser dans un environnement 3D + carto les zones sensibles,
  • simuler l’impact de plusieurs chantiers simultanĂ©s sur les flux.

On ne parle plus seulement d’éviter la pelle mécanique sur un réseau gaz (ce qui reste évidemment critique), mais aussi de :

  • rĂ©duire le nombre d’ouvertures/fermetures de voirie,
  • limiter l’exposition des compagnons aux situations Ă  risque,
  • mieux informer les riverains et les commerces.

La sécurité sur chantier y gagne : moins d’improvisation, plus de préparation en amont. Dans la logique de notre série « Chantiers Intelligents », c’est un levier fort : IA + jumeau numérique = plan d’installation de chantier vivant, connecté aux contraintes réelles du territoire.

2.3. Décarbonation et performance énergétique

Des éditeurs comme Bentley et SAMP positionnent clairement le jumeau numérique comme outil de transition bas carbone :

  • agrĂ©gation des donnĂ©es Ă©nergĂ©tiques des bâtiments et rĂ©seaux de chaleur,
  • intĂ©gration des scĂ©narios climatiques et rĂ©glementaires (RE2020, dĂ©cret tertiaire… ),
  • simulation des gains liĂ©s Ă  des rĂ©novations ciblĂ©es ou Ă  des changements d’usage.

Pour une collectivité ou un grand donneur d’ordre, cela permet :

  • de prioriser les travaux qui ont le meilleur ratio euros investis / COâ‚‚ Ă©vitĂ©,
  • de tester plusieurs phasages de rĂ©novation,
  • de vĂ©rifier la compatibilitĂ© avec les objectifs 2030 et 2050.

Pour les entreprises du BTP, c’est une opportunité claire :

  • proposer des offres de rĂ©novation globale pilotĂ©e par donnĂ©es,
  • sortir du discours gĂ©nĂ©ral « on va isoler » pour aller vers « on va rĂ©duire de 32 % vos consommations en 7 ans avec ce scĂ©nario ».

2.4. Aménagement urbain, mobilité et qualité de vie

Des solutions comme Urbs démontrent un usage plus orienté urbanisme et mobilité :

  • analyse des flux piĂ©tons, vĂ©los, voitures, transports en commun,
  • prise en compte des donnĂ©es socio-dĂ©mographiques,
  • simulation de nouveaux amĂ©nagements (pistes cyclables, ZFE, tram, zones piĂ©tonnes).

Pour les aménageurs et les bureaux d’études, le jumeau numérique de territoire permet de :

  • argumenter les choix face aux Ă©lus et aux citoyens,
  • quantifier les impacts (accessibilitĂ©, bruit, pollution, temps de trajet),
  • suivre dans le temps les effets rĂ©els des projets.

Et pour les entreprises de construction / TP, cela se traduit par des projets mieux définis, mieux acceptés, donc moins de recours et de blocages une fois en phase travaux.


3. Comment l’IA transforme le jumeau numérique en outil « intelligent »

Un jumeau numérique sans IA, c’est une maquette très chère à maintenir. L’IA est ce qui permet de tenir l’actualisation dans le temps et de produire des analyses à forte valeur.

3.1. Automatiser la mise Ă  jour du territoire

Pour éviter que le jumeau numérique ne soit périmé au bout de six mois, l’IA joue sur plusieurs leviers :

  • DĂ©tection automatique des changements Ă  partir d’images satellites, de drones, de relevĂ©s mobiles.
  • Reconnaissance d’objets (arbres, mobiliers urbains, façades, chaussĂ©es, signalisations) pour mettre Ă  jour les inventaires.
  • Classification automatique des chaussĂ©es, ouvrages, rĂ©seaux selon leur Ă©tat.

Résultat :

  • moins de ressaisie manuelle,
  • des donnĂ©es quasi temps rĂ©el sur les zones stratĂ©giques,
  • une base fiable pour programmer les travaux.

3.2. Passer de la visualisation à la prédiction

L’IA permet de répondre à des questions comme :

  • « Si on dĂ©cale la rĂ©novation de cette voie de 2 ans, quel est le risque ? »
  • « Quel scĂ©nario de travaux minimise les Ă©missions de COâ‚‚ et les nuisances ? »
  • « OĂą aura-t-on les plus fortes dĂ©gradations de chaussĂ©e d’ici 2028 ? »

Concrètement, cela passe par :

  • des modèles prĂ©dictifs de dĂ©gradation (pavement management, corrosion, pathologies bâtiments),
  • des optimisations multi-critères (coĂ»t, COâ‚‚, niveau de service, sĂ©curitĂ©),
  • des simulateurs intĂ©grĂ©s directement dans le jumeau numĂ©rique.

3.3. Rendre les données compréhensibles aux décideurs

Les élus, les DGS, les directions immobilières n’ont pas besoin d’un outil d’ingénieur. Ils ont besoin de scénarios clairs :

  • ScĂ©nario A : budget x, Ă©tat du patrimoine en 2030, Ă©missions associĂ©es.
  • ScĂ©nario B : mĂŞme budget rĂ©parti diffĂ©remment, autre trajectoire.

L’IA aide à :

  • gĂ©nĂ©rer ces scĂ©narios,
  • extraire les indicateurs clĂ©s,
  • produire des dashboards lisibles et des cartes explicites.

C’est là que les entreprises du BTP peuvent se différencier : celles qui savent parler décision et valeur à partir du jumeau numérique décrochent les marchés à forte marge, pas seulement les métrés au rabais.


4. Par oĂą commencer si vous ĂŞtes une entreprise du BTP ?

La plupart des entreprises se plantent parce qu’elles veulent « faire un jumeau numérique complet » dès le départ. Mauvaise idée. Le bon réflexe, c’est de partir d’un cas d’usage métier prioritaire.

4.1. Choisir un cas d’usage cible

Quelques exemples adaptés au contexte français :

  • Entreprise de routes : optimisation des plans d’entretien de chaussĂ©es sur un dĂ©partement.
  • Entreprise de rĂ©seaux : meilleure coordination des fouilles avec les collectivitĂ©s.
  • Entreprise de bâtiment : jumeau numĂ©rique d’un parc tertiaire pour suivi Ă©nergĂ©tique et maintenance.
  • Groupe multiservices : gestion centralisĂ©e des contrats de maintenance sur un territoire.

L’objectif : un premier projet qui, en 6 à 12 mois, montre un retour sur investissement tangible (économies, nouveaux marchés, moins de litiges).

4.2. S’appuyer sur l’existant : BIM, SIG, données terrain

Vous avez probablement déjà des briques :

  • des maquettes BIM de projets rĂ©cents,
  • des plans SIG fournis par les collectivitĂ©s ou concessionnaires,
  • des rapports d’inspection, des mesures, des historiques de panne.

Le jumeau numérique de territoire ne se construit pas en partant de zéro. On commence par :

  1. Cartographier les données disponibles (qui possède quoi, sous quel format ?).
  2. Nettoyer et structurer quelques jeux de données clés.
  3. Les intégrer dans une plateforme pilotable par vos équipes.

4.3. Monter une équipe projet mixte

Les projets qui tiennent dans la durée ont tous :

  • un sponsor mĂ©tier (direction travaux, direction patrimoine, direction technique),
  • un rĂ©fĂ©rent data / numĂ©rique (BIM manager, responsable SIG, DSI),
  • un partenaire technologique (Ă©diteurs type Sogelink, Bentley, Urbs, intĂ©grateurs BIM/SIG).

L’erreur classique, c’est de laisser le projet en silo informatique ou, à l’inverse, uniquement entre les mains des opérationnels sans appui technique solide.

4.4. Mesurer les gains et préparer l’industrialisation

Dès le départ, fixez quelques indicateurs simples :

  • % de rĂ©duction des interventions d’urgence,
  • baisse des coĂ»ts d’entretien sur un segment pilote,
  • rĂ©duction des temps de prĂ©paration de chantier,
  • rĂ©duction des Ă©missions de COâ‚‚ sur un programme donnĂ©.

Une fois les premiers résultats obtenus, vous pourrez :

  • Ă©tendre le pĂ©rimètre (plus de communes, plus de rĂ©seaux, plus de bâtiments),
  • industrialiser les flux de donnĂ©es,
  • former vos Ă©quipes pour intĂ©grer le jumeau numĂ©rique dans le quotidien.

5. Et après ? Vers des territoires vraiment « intelligents »

Ce qui se joue derrière le jumeau numérique de territoires, c’est la place du BTP dans la transformation des villes et des infrastructures françaises. Soit les entreprises subissent des cahiers des charges de plus en plus complexes, soit elles deviennent force de proposition en matière d’IA, de données et de jumeaux numériques.

Dans la série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », le jumeau numérique est un pilier :

  • sur chantier, il alimente la prĂ©paration, la sĂ©curitĂ©, la logistique ;
  • au niveau du territoire, il oriente les investissements, la dĂ©carbonation, l’acceptabilitĂ© sociale des projets.

La prochaine étape pour beaucoup d’acteurs, c’est de passer du POC à l’outillage du quotidien : intégrer le jumeau numérique dans les appels d’offres, les méthodes travaux, la relation avec les maîtres d’ouvrage.

Si vous dirigez une entreprise du BTP ou un service technique, la vraie question n’est plus « faut-il y aller ? », mais :

Sur quel premier territoire, avec quel cas d’usage IA + jumeau numérique, allez-vous prendre de l’avance dès 2025 ?