Jumeaux numériques : l’atout IA des chantiers français

L'IA dans le BTP Français: Chantiers Intelligents••By 3L3C

Les jumeaux numériques dopés à l’IA transforment les chantiers français : planification, sécurité, décarbonation et exploitation. Voici comment en tirer vraiment parti.

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Jumeaux numériques : l’IA qui transforme les chantiers français

En 2024, la plupart des grands donneurs d’ordres français exigent du BIM sur leurs projets structurants. Pourtant, sur le terrain, une grande partie de la valeur potentielle reste encore dans les tiroirs : modèles peu exploités, données dispersées, pilotage chantier encore très « papier – Excel – téléphone ».

Voici le point clé : le jumeau numérique, dopé à l’IA, est en train de devenir l’interface de référence entre la maquette BIM, le chantier et l’exploitation. Dassault Systèmes, via ses plateformes 3DEXPERIENCE et ses solutions pour l’Architecture Engineering & Construction (AEC), fait partie des acteurs qui poussent ce changement. L’interview de Rémy Dornier (VP Architecture Engineering & Construction Industry) publiée par BIM World en 2022 n’était qu’un signal faible ; en 2025, le sujet est désormais au cœur des stratégies des grands groupes du BTP.

Cet article de la série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents » revient sur ce que recouvre vraiment un jumeau numérique pour la construction, comment l’IA change la donne et surtout comment une entreprise française de BTP peut en profiter, de la planification jusqu’à l’exploitation.


1. Ce que les jumeaux numériques changent vraiment pour le BTP

Un jumeau numérique de bâtiment ou d’infrastructure n’est pas juste une « jolie maquette 3D ». C’est un environnement numérique vivant qui combine géométrie, données métiers et retours du terrain.

De la maquette BIM au système vivant

Voici la différence concrète :

  • BIM classique : maquette 3D + informations sur les objets (matĂ©riaux, dimensions, rĂ©fĂ©rences produits) utilisĂ©es surtout en conception et en coordination.
  • Jumeau numĂ©rique : modèle connectĂ©, enrichi en continu par les donnĂ©es de chantier (planning rĂ©el, avancement, non-conformitĂ©s) puis par les donnĂ©es d’exploitation (GTB, capteurs IoT, maintenance, consommation Ă©nergĂ©tique).

Sur une plateforme comme celle de Dassault Systèmes, ce jumeau numérique s’inscrit dans un écosystème collaboratif :

  • le bureau d’études travaille sur les mĂŞmes donnĂ©es que le conducteur de travaux,
  • l’exploitant visualise dès la phase travaux les impacts de ses futurs choix d’exploitation,
  • le maĂ®tre d’ouvrage suit le projet avec des indicateurs comprĂ©hensibles : coĂ»ts, dĂ©lais, performance environnementale.

La réalité ? Plus la donnée circule facilement, moins les arbitrages sont faits « à l’aveugle ».

Pourquoi cela parle particulièrement au BTP français

En France, les chantiers sont soumis Ă  :

  • une forte pression rĂ©glementaire (RE2020, sĂ©curitĂ©, accessibilitĂ©),
  • un contexte de pĂ©nurie de main-d’œuvre qualifiĂ©e,
  • un impĂ©ratif de dĂ©carbonation exigĂ© par les clients publics et privĂ©s.

Le jumeau numérique permet de :

  • tracer prĂ©cisĂ©ment les choix techniques et leurs impacts carbone,
  • garder l’historique technique d’un ouvrage sur toute sa durĂ©e de vie,
  • capitaliser les retours d’expĂ©rience d’un chantier Ă  l’autre.

Pour un groupe comme Dassault Systèmes, issu de l’industrie manufacturière, l’idée est de transposer dans le BTP ce qui a fait ses preuves dans l’automobile ou l’aéronautique : un modèle unique, partagé, qui réduit les erreurs et accélère l’innovation.


2. L’IA au cœur des jumeaux numériques : de la donnée brute aux décisions

Un jumeau numérique sans IA, c’est déjà utile. Mais lorsque l’intelligence artificielle s’invite dans la boucle, le jumeau devient prédictif et prescriptif, pas seulement descriptif.

Trois usages IA qui montent en puissance

Sur les chantiers français, on voit émerger trois familles d’usages concrets :

  1. Planification et simulation intelligentes
    L’IA peut générer plusieurs scénarios de planning à partir :

    • des contraintes de coactivitĂ©,
    • des disponibilitĂ©s matĂ©riel/main-d’œuvre,
    • des risques identifiĂ©s sur des projets similaires.

    Sur une plateforme de type 3DEXPERIENCE, cela se traduit par des simulations 4D/5D oĂą le chef de projet compare rapidement :

    • scĂ©nario A : optimisation du dĂ©lai,
    • scĂ©nario B : minimisation du coĂ»t,
    • scĂ©nario C : rĂ©duction de l’empreinte carbone.
  2. Sécurité et prévention des risques
    En croisant :

    • la maquette numĂ©rique,
    • les donnĂ©es mĂ©tĂ©o,
    • les historiques d’incidents,

    un moteur IA peut signaler des zones ou phases à risque (travaux en hauteur, levages, coactivité dangereuse) et proposer :

    • des sĂ©quences de travaux alternatives,
    • des mesures de protection renforcĂ©es,
    • des contrĂ´les supplĂ©mentaires Ă  prĂ©voir.
  3. Gestion intelligente des ressources
    Pour un chantier multi-sites, l’IA peut :

    • anticiper les pics d’activitĂ©,
    • optimiser le parc matĂ©riel (engins, grues, coffrages),
    • proposer des mutualisations de ressources entre chantiers.

    Résultat : moins d’engins qui dorment, moins d’urgence logistique, moins de surcoûts.

Comment l’IA exploite le jumeau numérique

Tout cela repose sur un principe simple : plus le jumeau numérique est fidèle et à jour, plus l’IA est pertinente. Elle s’alimente :

  • de la maquette BIM (gĂ©omĂ©trie, volumes, interfaces),
  • des donnĂ©es de planification (MS Project, Primavera, etc.),
  • des donnĂ©es terrain (applications mobiles, photos, drones, IoT),
  • des historiques de projets antĂ©rieurs.

C’est exactement là que des acteurs comme Dassault Systèmes sont à l’aise :

Ils savent connecter les mondes, structurer la donnée, tracer les décisions.

Sans cette structuration, l’IA reste un gadget. Avec un jumeau numérique maîtrisé, elle devient un assistant de décision concret pour les conducteurs de travaux et les directeurs de projet.


3. Chantiers intelligents : cas d’usage concrets en France

Pour qu’un chantier devienne vraiment « intelligent », l’IA doit être intégrée au quotidien des équipes, pas seulement réservée au siège ou au BIM manager.

Voici quelques scénarios réalistes qui s’appuient sur un jumeau numérique de type Dassault Systèmes.

Suivi d’avancement en temps réel

Sur un grand chantier d’infrastructure :

  • les Ă©quipes terrain saisissent l’avancement via une appli mobile (quantitĂ©s posĂ©es, rĂ©serves, photos),
  • les drones rĂ©alisent des vols hebdomadaires, gĂ©nĂ©rant des nuages de points,
  • ces informations sont automatiquement rapprochĂ©es du planning thĂ©orique 4D.

L’IA signale alors :

  • les zones en retard rĂ©current,
  • les Ă©carts de production par Ă©quipe,
  • les tâches qui risquent de dĂ©caler la date clĂ© (mise en service, coupure voie, etc.).

Le conducteur de travaux voit ces alertes directement dans le jumeau numérique. Il ne parcourt plus 50 onglets Excel pour comprendre où il en est.

Qualité et non-conformités assistées par IA

Sur un chantier de bâtiment tertiaire :

  • chaque rĂ©serve levĂ©e est gĂ©olocalisĂ©e dans la maquette,
  • les photos sont associĂ©es Ă  l’élĂ©ment concernĂ© (porte, rĂ©seau CVC, gaine Ă©lectrique),
  • l’IA classe les problèmes par typologie (dĂ©faut de pose, erreur de rĂ©fĂ©rence, collision, manque de support).

Au bout de quelques semaines, le système suggère :

  • les lots les plus Ă  risque,
  • les zones oĂą renforcer le contrĂ´le qualitĂ©,
  • les dĂ©tails techniques Ă  modifier pour Ă©viter les mĂŞmes erreurs sur d’autres projets.

On ne corrige plus seulement les défauts ; on corrige aussi les causes récurrentes.

Décarbonation et performance énergétique

Avec la généralisation de la RE2020 et la pression sur l’empreinte carbone, un jumeau numérique connecté à l’IA permet de :

  • simuler l’impact COâ‚‚ de diffĂ©rentes variantes de structure (bĂ©ton bas carbone, bois, mixte),
  • comparer des scĂ©narios de phasage limitant les dĂ©placements engins et camions,
  • prĂ©voir les consommations Ă©nergĂ©tiques rĂ©elles en phase exploitation grâce Ă  des modèles entraĂ®nĂ©s sur des bâtiments similaires.

Cette approche est parfaitement alignée avec les ambitions de plateformes orientées « lifecycle management » comme celles de Dassault : on raisonne cycle de vie complet, pas seulement coût travaux.


4. Se préparer à adopter un jumeau numérique avec IA

La plupart des entreprises françaises de BTP ne partent pas de zéro : elles ont déjà du BIM, des outils de suivi de chantier, parfois des POC IA. Le sujet n’est plus “faut-il y aller ?” mais “comment y aller correctement ?”

4 chantiers internes Ă  lancer

  1. Clarifier la vision numérique au niveau direction

    • Quels sont les indicateurs clĂ©s qu’on veut piloter via un jumeau numĂ©rique ?
    • OĂą l’IA peut vraiment crĂ©er de la valeur dans notre contexte (marges, sĂ©curitĂ©, dĂ©lai, carbone) ?
  2. Structurer la donnée BIM et chantier

    • DĂ©finir des conventions de nommage claires,
    • imposer un minimum de standardisation par famille d’ouvrage,
    • sĂ©lectionner une plateforme unique de rĂ©fĂ©rence (type PLM/BIM collaboratif) plutĂ´t que multiplier les silos.
  3. Mettre le terrain dans la boucle dès le départ

    • impliquer des conducteurs de travaux pilotes dans le choix des outils,
    • rĂ©duire au maximum la double saisie,
    • offrir des interfaces simples (mobile, offline, vues adaptĂ©es mĂ©tiers).
  4. Investir sur les compétences IA & data dans le BTP

    • data engineers pour structurer les flux,
    • data scientists capables de comprendre les contraintes chantier,
    • BIM managers qui parlent autant « bĂ©ton » que « IFC ».

Sans ces briques, même la meilleure solution d’un grand éditeur comme Dassault Systèmes finit sous-utilisée.

Éviter les trois erreurs fréquentes

J’ai vu trois erreurs revenir systématiquement dans les retours d’expérience :

  • Penser outil avant usage : tester un module IA sans scĂ©nario concret, juste « pour voir ». RĂ©sultat : les Ă©quipes n’y voient pas l’intĂ©rĂŞt et abandonnent.
  • Sous-estimer la conduite du changement : on change la manière de planifier, de suivre, de dĂ©cider. Ça se prĂ©pare, se forme, s’accompagne.
  • Ignorer l’exploitation : certains jumeaux numĂ©riques s’arrĂŞtent Ă  la rĂ©ception de l’ouvrage. On perd alors 80 % du potentiel de valeur, notamment sur la maintenance et l’énergie.

5. Comment s’inscrire dans la dynamique « chantiers intelligents » dès 2025

Les conférences BIM World et les prises de parole d’acteurs comme Dassault Systèmes depuis 2022 ont ouvert la voie. En 2025, le sujet n’est plus réservé aux “geeks du BIM” : il est stratégique pour la compétitivité du BTP français.

Pour une entreprise qui veut passer à l’étape suivante, une feuille de route simple peut ressembler à ceci :

  1. Choisir un projet pilote significatif (mais pas le plus complexe) pour tester un jumeau numérique enrichi par l’IA.
  2. S’appuyer sur un partenaire technologique solide (éditeur, intégrateur, cabinet conseil spécialisé BTP) pour cadrer les cas d’usage et les flux de données.
  3. Mesurer des gains concrets :
    • % de rĂ©duction des non-conformitĂ©s,
    • jours de dĂ©lai gagnĂ©s,
    • tonnes de COâ‚‚ Ă©vitĂ©es,
    • taux d’utilisation du matĂ©riel.
  4. Industrialiser progressivement sur d’autres chantiers, en capitalisant les modèles IA entraînés sur les premiers projets.

Ce qui fait la différence, ce n’est pas seulement la technologie de jumeau numérique ou la qualité des algorithmes. C’est la capacité de l’entreprise à transformer ces outils en nouvelles pratiques quotidiennes pour ses équipes terrain.

La série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents » continuera à explorer ces enjeux, avec un focus concret sur les solutions de planification de projet, la sécurité sur chantier, le BIM intelligent et la gestion des ressources.

Si vous envisagez d’amorcer un projet de jumeau numérique ou de renforcer l’usage de l’IA sur vos chantiers, le meilleur moment pour structurer votre démarche, c’était hier. Le deuxième meilleur, c’est maintenant.