GIROS : le jumeau numérique qui change le BTP

L'IA dans le BTP Français: Chantiers IntelligentsBy 3L3C

GIROS, le jumeau numérique de l’estuaire de la Gironde, montre comment données, BIM, SIG et IA peuvent transformer la gestion de territoires et les chantiers BTP.

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GIROS : quand un estuaire devient un chantier numérique pilote

La plupart des entreprises du BTP parlent de BIM, peu parlent de jumeau numérique opérationnel créé en 6 mois sur 130 000 hectares. C’est pourtant ce qu’a réussi le projet GIROS d’Egis pour le Grand Port Maritime de Bordeaux (GPMB) sur l’estuaire de la Gironde, le plus grand d’Europe.

Pourquoi ça intéresse les acteurs du BTP, des travaux maritimes aux grands terrassements, en passant par les VRD et les ouvrages d’art ? Parce que GIROS montre très concrètement comment données, IA, BIM, SIG et jumeaux numériques transforment la façon de concevoir, planifier et exploiter des projets complexes – exactement le cœur de notre série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers intelligents ».

Dans cet article, on va voir ce que fait réellement GIROS, comment cette approche peut inspirer vos chantiers (même très loin de l’estuaire de la Gironde) et comment passer du BIM-maquette au jumeau numérique utile pour la décision.


1. GIROS, plus qu’un jumeau numérique : un système de décision partagé

Le projet GIROS ne se limite pas à une belle maquette en 3D. C’est un ensemble de modèles numériques et d’outils d’aide à la décision conçus pour gérer un territoire XXL :

  • 130 000 hectares de domaine géré par le GPMB
  • un estuaire avec des usages multiples : tourisme, pêche, commerce, culture, navigation
  • des enjeux économiques forts ET une exigence de préservation écologique

Une continuité entre terrain, data et simulation

Le GPMB n’est pas parti de zéro. L’autorité portuaire disposait déjà :

  • d’un réseau marégraphique
  • de courantomètres
  • de campagnes de mesures bathymétriques
  • d’un modèle numérique avancé, GIRONDE XL 3D

GIROS a consisté à ordonner, organiser et connecter ces briques en un seul environnement cohérent, exploitable par de nombreux métiers. C’est exactement ce que doivent viser les entreprises du BTP avec leurs projets BIM/IA : faire dialoguer ce qui existe déjà, et pas tout refaire from scratch.

« Un jumeau numérique utile, ce n’est pas un gros fichier 3D, c’est un écosystème de données vivantes qui aide à trancher des questions concrètes. »

Un projet communautaire, pas un outil enfermé dans une DSI

Un point clé de GIROS : la co-construction. Ont été impliqués :

  • le Grand Port Maritime de Bordeaux
  • les représentants des métiers liés au fleuve
  • les gestionnaires de l’eau
  • les agences de l’eau
  • la communauté scientifique
  • les experts IT d’Egis

Pour le BTP, la leçon est claire :

  • un jumeau numérique ne doit pas être conçu uniquement par l’IT ou un BE
  • il doit impliquer conducteurs de travaux, exploitants, mainteneurs, élus, usagers

C’est ce qui transforme un « projet innovation » en outil partagé pour arbitrer entre coûts, délais, risques et impacts environnementaux.


2. Ce que GIROS change concrètement dans la gestion d’un territoire

GIROS illustre très bien ce que peut apporter un chantier intelligent à l’échelle d’un territoire :

  • meilleure anticipation des phénomènes naturels
  • optimisation des opérations lourdes (dragages, ouvrages, accès portuaires)
  • réduction des conflits d’usage
  • suivi environnemental fin

Prédiction et scénarios : le vrai pouvoir du jumeau numérique

Le modèle numérique de l’estuaire permet, par exemple :

  • de simuler l’impact d’un nouvel aménagement sur les courants
  • d’anticiper l’envasement et donc planifier les dragages
  • de tester différentes options d’infrastructures portuaires ou fluviales

Transposé au BTP : un jumeau numérique de chantier peut, avec les bons modèles :

  • prévoir les zones de risque (glissement de terrain, inondation, circulation d’engins)
  • comparer l’impact de plusieurs phasages de travaux
  • anticiper l’effet d’une crue ou d’un épisode climatique extrême

C’est exactement ce que la série « L’IA dans le BTP Français » cherche à montrer : passer d’une gestion réactive à une gestion prédictive des chantiers.

Un équilibre concret entre économie et écologie

Sur l’estuaire, le GPMB doit concilier :

  • les besoins des armateurs, du fret, des activités économiques
  • la santé des écosystèmes, la faune, la flore, les zones protégées

Grâce au jumeau numérique, il peut :

  • objectiver des décisions : « voilà l’impact de tel scénario »
  • rendre les arbitrages visibles et compréhensibles pour tous
  • documenter ses choix face aux autorités et au public

Pour un projet de BTP, c’est la même logique :

  • mesurer l’impact carbone et environnemental de plusieurs variantes
  • argumenter un choix technique devant une collectivité, un riverain, un exploitant
  • éviter des recours ou des blocages grâce à une vision partagée et chiffrée

3. Pont entre GIROS et BTP : comment transposer cette approche à vos chantiers

La technologie employée dans GIROS (modélisation 3D, data temps réel, IA, calcul prédictif) est exactement la même famille d’outils que pour un jumeau numérique de chantier, d’infrastructure ou de bâtiment.

Étape 1 : clarifier les décisions à améliorer

Avant de parler IA, BIM ou jumeau numérique, la bonne question est :

« Quelles sont les 3 décisions critiques de mon projet que je veux mieux éclairer ? »

Exemples typiques dans le BTP français :

  • Terrassement / terrassement maritime : où et quand intervenir pour minimiser volumes, coûts et impacts ?
  • Planification de chantier : quels phasages réduisent vraiment les risques et les délais ?
  • Sécurité : quels comportements ou zones sont prédictifs d’accidents graves ?

Sur GIROS, la priorité était : gérer les dragages, la navigation et les impacts écologiques de l’estuaire. Sur un chantier urbain, elle sera peut‑être : réduire les nuisances, sécuriser les circulations et maîtriser les aléas météo.

Étape 2 : organiser les données, comme l’a fait le GPMB

Le GPMB disposait déjà de nombreuses données brutes. Beaucoup d’entreprises françaises du BTP sont dans la même situation :

  • plans DWG, maquettes BIM, études géotechniques
  • plannings MS Project ou Primavera
  • rapports HSE, permis de travail, comptes rendus de chantier
  • données IoT (engins, grues, banches, capteurs météo…)

La démarche GIROS, adaptée à un chantier, ressemble à ceci :

  1. Inventorier ce qui existe : formats, fréquence de mise à jour, qualité
  2. Nettoyer et structurer : qui est maître des données, quelles nomenclatures, quels référentiels ?
  3. Connecter : lier la 3D/BIM, le planning (4D), les coûts (5D) et les données temps réel
  4. Exposer via une plateforme : un jumeau numérique accessible aux équipes terrain, au MOA, aux partenaires

Sans ce travail, l’IA ne fait que tourner sur du bruit. GIROS a montré que ce travail pouvait se faire en quelques mois quand le sponsor est clair et que la gouvernance est solide.

Étape 3 : ajouter l’IA par-dessus, pas l’inverse

Sur GIROS comme sur tout projet sérieux, l’IA n’est pas un gadget. Elle intervient pour :

  • détecter des patterns invisibles à l’œil humain
  • affiner des prédictions (courants, niveaux, sédimentation)
  • proposer des scénarios optimisés

Adapté au BTP français :

  • IA pour prévoir les dérives de planning (retards probables par activité)
  • IA pour analyser les presque‑accidents et mettre en avant les zones à risque
  • IA pour optimiser les ressources (rotation des engins, consommation de matériaux)

La règle : le jumeau numérique d’abord, l’IA ensuite, pour ne pas brûler les étapes.


4. Ce que GIROS dit du futur des « chantiers intelligents » en France

GIROS est un projet portuaire, mais ses enseignements dépassent largement l’estuaire de la Gironde.

D’un projet R&D à une nouvelle façon de piloter les opérations

Trop de projets BIM/IA en France restent au stade « démonstrateur ». GIROS va plus loin :

  • 6 mois de mise en place, pas 5 ans de POC
  • un usage quotidien pour piloter un territoire
  • une communauté d’utilisateurs bien au‑delà du cercle des ingénieurs

Pour les entreprises du BTP, cela montre qu’un chantier intelligent n’est pas forcément :

  • un énorme investissement
  • un projet purement expérimental

C’est avant tout une méthode :

  • partir d’un enjeu opérationnel clair
  • structurer les données disponibles
  • construire un jumeau numérique évolutif
  • intégrer progressivement l’IA

Un levier fort pour les marchés publics et privés en 2025

En 2025, entre la pression réglementaire (RE2020, loi Climat, ZAN) et les attentes des donneurs d’ordre, les acteurs capables de démontrer :

  • une maîtrise environnementale objectivée par des modèles
  • une capacité à prédire et réduire les risques (délais, sécurité, nuisances)
  • une approche data / jumeau numérique mature

ont un avantage très net sur les appels d’offres. GIROS est le type de référence qui parle immédiatement à un maître d’ouvrage.

Pour une ETI ou un grand groupe du BTP, se positionner sur :

  • « jumeaux numériques d’infrastructures »
  • « chantiers intelligents appuyés par l’IA »

devient une stratégie commerciale, pas seulement un sujet technique.


5. Comment vous inspirer de GIROS pour vos propres projets

Voici une feuille de route pragmatique, inspirée de GIROS, pour une entreprise française du BTP qui veut passer à l’échelle sur l’IA et les jumeaux numériques.

1. Choisir un projet pilote bien ciblé

  • Projet avec enjeux forts : risques, visibilité politique, contraintes environnementales
  • Durée suffisante (12–24 mois) pour voir l’effet des décisions
  • Un maître d’ouvrage ouvert à l’innovation

2. Mettre autour de la table une vraie communauté

Sur le modèle de GIROS :

  • MOA, MOE, entreprises
  • exploitation/maintenance si concernées
  • HSE, QSE
  • IT/data / BIM manager

Objectif : co‑définir les usages prioritaires du jumeau numérique (prévision, suivi, reporting, simulation de scénarios).

3. Construire un premier jumeau « utile mais imparfait »

  • Reprendre les données existantes (BIM, SIG, études, IoT)
  • Créer une plateforme simple d’accès (web)
  • Brancher au moins un cas d’usage IA directement utile :
    • prédiction de retard sur le planning
    • détection de conflits sécurité / circulation
    • simulation d’impact environnemental

L’objectif n’est pas la perfection, mais un outil qui aide vraiment à décider sur le terrain.

4. Capitaliser et industrialiser

Après le pilote :

  • documenter ce qui a marché (et ce qui a échoué)
  • définir un référentiel jumeau numérique / IA maison
  • former les équipes travaux, études, direction de projet
  • intégrer ces exigences dans les réponses aux AO

C’est exactement ce que montre GIROS : une fois les fondations posées, chaque nouveau projet bénéficie du précédent.


Conclusion : GIROS, un signal fort pour l’IA dans le BTP français

GIROS prouve qu’en France, on sait déjà construire des jumeaux numériques opérationnels couvrant des territoires immenses, en quelques mois, avec de vraies retombées sur la décision, l’environnement et l’exploitation. Pour le secteur du BTP, c’est un signal clair : la marche vers les chantiers intelligents n’est plus théorique, elle est en cours.

La question n’est plus « faut‑il y aller ? », mais « sur quel projet pilote démarrer et avec quels usages prioritaires ? ». Ceux qui, dès 2025, sauront combiner BIM, données terrain et IA à la façon de GIROS prendront une longueur d’avance sur les marchés, les appels d’offres et l’attractivité des talents.

Si vous préparez un projet complexe – portuaire, linéaire, urbain ou industriel – le moment est idéal pour structurer votre première approche de jumeau numérique. La prochaine étape logique ? Identifier ce fameux projet pilote et les 3 décisions que vous voulez rendre plus intelligentes grâce aux données et à l’IA.

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