Comment Egis transforme les jumeaux numériques en véritables outils opérationnels pour le BTP français, entre BIM, SIG, IA et exploitation d’infrastructures.

Jumeaux numériques : le pari gagnant d’Egis pour le BTP français
En France, plus de 70 % du parc d’infrastructures qui sera utilisé en 2050 est déjà construit. Le vrai sujet n’est plus seulement de bâtir, mais d’exploiter intelligemment ce qui existe : réseaux de transport, ouvrages linéaires, quartiers, territoires entiers. C’est exactement là que les jumeaux numériques deviennent stratégiques pour le BTP… à condition d’être pensés comme des outils utiles, pas comme des gadgets.
Voici le point clé : un jumeau numérique qui ne sert pas au quotidien aux exploitants, aux mainteneurs et aux décideurs n’a aucun intérêt. Egis l’a bien compris et s’est positionné comme architecte, intégrateur et exploitant de ces jumeaux, avec une approche très opérationnelle, au croisement du BIM, du SIG et de l’IA appliquée aux chantiers intelligents.
Dans cette série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », cet article se concentre sur un cas concret : la stratégie d’Egis autour des jumeaux numériques, et le projet de co‑développement LYKT avec Catenda autour de la plateforme Bimsync. L’objectif : montrer comment ces briques numériques transforment déjà la manière de concevoir, construire et exploiter des infrastructures comme le Grand Paris Express, les tramways ou les métros.
Pourquoi les jumeaux numériques deviennent incontournables dans le BTP
Le jumeau numérique est devenu l’un des sujets les plus discutés dans le BTP, en particulier pour les grandes infrastructures. Pas parce que c’est un buzzword à la mode, mais parce qu’il répond à trois tensions très concrètes des maîtres d’ouvrage et des exploitants en France :
- Mieux connaître son patrimoine : inventaires incomplets, plans papier, données dispersées entre GMAO, SIG, maquettes BIM, fichiers Excel… Résultat : temps perdu, erreurs, décisions prises avec une vision partielle.
- Rendre l’exploitation plus sobre et plus sûre : contraintes budgétaires, exigences de sécurité, pression sur la disponibilité des réseaux (métro, tram, route, rail).
- Réduire l’empreinte environnementale : objectifs de neutralité carbone, adaptation au changement climatique, meilleure résilience des territoires.
Un jumeau numérique de territoire ou d’infrastructure vient répondre à ces enjeux en offrant :
- un super inventaire structuré, visuel et à jour ;
- une vision commune entre ingénieurs, exploitants, mainteneurs, élus, usagers ;
- un support pour simuler et optimiser : travaux, phasages, consommation énergétique, scénarios de résilience, impacts environnementaux.
Dans le contexte français, où les projets sont souvent multi‑acteurs (État, collectivités, sociétés de transport, entreprises BTP), cette vision partagée devient un accélérateur puissant pour les chantiers intelligents.
Le triptyque d’Egis : architecte, ensemblier et exploitant de jumeaux numériques
Egis n’aborde pas les jumeaux numériques comme un simple sujet d’outillage. L’entreprise structure son approche autour de trois temps forts, calqués sur la vie réelle des projets d’infrastructures.
1. En conseil : architecte de jumeaux numériques utiles
Le premier piège des jumeaux numériques, c’est de vouloir tout modéliser, tout de suite. On se retrouve avec des projets pharaoniques, coûteux, difficiles à maintenir… et très peu utilisés.
Egis agit d’abord comme architecte du jumeau numérique :
- clarification des cas d’usage prioritaires :
- préparer des interventions de maintenance sur voie ferrée ;
- suivre l’avancement d’un chantier de tram ;
- gérer le patrimoine d’un réseau de métro ou d’un quartier ;
- simuler l’impact environnemental d’une extension de ligne.
- définition du périmètre fonctionnel et technique : quelles données, quels niveaux de détail, quels indicateurs ?
- accompagnement au changement des équipes : qui va utiliser l’outil, quand et comment ?
La réalité, c’est qu’un bon jumeau numérique commence par des questions métiers, pas par de la 3D spectaculaire.
2. En réalisation : ensemblier de données BIM, SIG, GMAO
Une fois la vision posée, il faut faire cohabiter des mondes qui se parlent mal :
BIMpour la maquette numérique et la conception ;SIGpour la dimension géographique et territoriale ;GMAOpour la gestion de maintenance ;- outils métiers spécifiques (voie ferrée, énergie, tunnels, ouvrages d’art, etc.).
Egis joue le rôle d’ensemblier numérique :
- développement d’outils passerelles pour connecter ces environnements ;
- exploitation de formats interopérables comme IFC 4.3 pour les infrastructures linéaires (rail, tram, métro, routes) ;
- intégration progressive dans des plateformes collaboratives comme Catenda Bimsync, avec une logique 100 % open BIM.
Cette approche « ensemblier » est essentielle pour éviter l’effet tunnel et garantir l’adhésion des équipes terrain : si un conducteur de travaux, un agent de maintenance ou un exploitant ne retrouve pas ses repères dans le jumeau, il ne l’utilisera pas.
3. En exploitation : opérateur de jumeaux vivants
Un jumeau numérique mort, figé au moment de la réception des travaux, ne sert à personne. La vraie valeur se joue en phase exploitation.
Egis s’appuie sur son expertise forte en SIG et BIM management pour :
- mettre à jour en continu les données (travaux, incidents, remplacements d’équipements) ;
- garantir la fidélité à la réalité du terrain ;
- animer le jumeau au service des exploitants, par exemple pour :
- préparer une nuit d’interruption de trafic avec visualisation précise des zones d’intervention ;
- simuler des scénarios de travaux avec impacts voyageurs ;
- planifier des opérations de maintenance préventive.
À ce stade, l’IA peut venir compléter le dispositif : détection d’anomalies, prévision de défaillances, optimisation des tournées de maintenance… mais sur une base solide de données maîtrisées.
LYKT : comment Egis et Catenda industrialisent le jumeau des infrastructures linéaires
Pour que les jumeaux numériques sortent des POC et entrent dans la pratique quotidienne du BTP, il faut des outils robustes, ouverts et adaptés aux contraintes du terrain. C’est le sens du projet LYKT, co‑développé par Egis et Catenda.
Un partenariat ancré dans des projets réels
Depuis plusieurs années, les équipes Egis utilisent la plateforme Bimsync de Catenda sur des projets d’envergure comme :
- le Grand Paris Express ;
- le Tramway de Marseille ;
- le Métro B HLS à Lyon.
Ces projets ont un point commun : ce sont des infrastructures linéaires complexes, avec une forte densité d’interfaces, de contraintes de phasage et de coordination. Parfait terrain de jeu pour un jumeau numérique.
Fort de ce retour d’expérience, Egis a choisi début 2022 de devenir Product Owner aux côtés de Catenda pour un programme de co‑développement de 2 ans : LYKT.
L’idée est simple : intégrer dans Bimsync les besoins concrets des utilisateurs de jumeaux numériques de territoires et de grandes infrastructures, en gardant une approche open BIM.
IFC 4.3 : la colonne vertébrale des jumeaux d’infrastructures
Le premier « sprint » du projet LYKT s’est concentré sur l’exploitation du format IFC 4.3, standard d’interopérabilité dédié aux infrastructures linéaires (rail, routes, etc.).
Concrètement, cela permet :
- de naviguer le long d’un axe de voie dans Bimsync ;
- de générer des coupes transversales automatiquement ;
- d’extraire des listings voie (équipements, composants, sections, etc.).
Sur un projet de tram ou de métro réalisé en BIM, cela change la donne :
- les différents logiciels de production peuvent cohabiter autour d’une grammaire commune ;
- le dialogue entre bureaux d’études, entreprises, MOA et MOE est structuré par le standard plutôt que par des exports propriétaires ;
- la continuité numérique entre conception, construction et exploitation devient réaliste.
Vers un jumeau de territoire plus riche : SIG, CityGML, filtres, recherche
LYKT ne s’arrête pas à IFC 4.3. Une vingtaine de collaborateurs Egis sont déjà mobilisés sur de nouvelles fonctionnalités ciblées, parmi lesquelles :
- colorisation des objets des maquettes numériques pour mieux lire l’état, la fonction ou le responsable ;
- création de filtres dynamiques (par zone, type d’équipement, date, état, etc.) ;
- intégration d’un moteur de recherche pour retrouver instantanément un objet, un type d’équipement, une zone ;
- intégration de fonds de cartes SIG et de maquettes de villes CityGML, pour donner au jumeau une dimension véritablement territoriale.
On voit très bien la convergence à l’œuvre : BIM + SIG + CityGML + GMAO dans une interface collaborative unique. C’est exactement l’ADN des chantiers intelligents : des données connectées, contextualisées, exploitables.
Ce que cela change concrètement pour les acteurs du BTP français
La question que se posent beaucoup de directions techniques, DG de PME du BTP, ou responsables de patrimoine est simple : « Très bien, mais qu’est‑ce que ça change pour moi, demain matin ? »
Voici quelques effets très concrets d’une approche jumeau numérique telle que portée par Egis.
Pour les maîtres d’ouvrage et collectivités
- Vision unifiée du patrimoine d’infrastructures (lignes de tram, métro, routes, ponts, tunnels, stations, gares…).
- Support fiable pour arbitrer les budgets : priorisation des rénovations, phasage des travaux, gestion du risque.
- Aide à la décision politique et à la concertation avec les habitants, grâce à des représentations visuelles, compréhensibles.
- Capacité à suivre les trajectoires environnementales : impact carbone des projets, adaptation aux épisodes climatiques extrêmes.
Pour les exploitants et mainteneurs
- Réduction des temps de préparation d’intervention : tout est localisé, documenté, accessible dans le jumeau.
- Diminution des erreurs de terrain grâce à une meilleure compréhension du contexte (interfaces, réseaux voisins, contraintes d’accès).
- Base solide pour mettre en place :
- de la maintenance prédictive avec IA ;
- des tournées optimisées ;
- des plans de sécurité chantier plus fins.
Pour les entreprises de construction et d’ingénierie
- Moins de conflits entre maquettes, plans et réalité : les données convergent dans la même plateforme.
- Meilleure coordination inter‑lots sur les chantiers : chaque acteur sait qui fait quoi, où et quand.
- Atout concurrentiel sur les appels d’offres intégrant BIM, jumeau numérique et performance environnementale.
Dans le contexte français, où les marchés intègrent de plus en plus des exigences BIM, environnementales et de performance en exploitation, maîtriser le sujet jumeau numérique devient un avantage stratégique clair.
Comment démarrer un jumeau numérique sans tomber dans le « projet pharaonique »
Beaucoup de directions craignent le jumeau numérique pour une raison simple : elles imaginent un projet long, coûteux, immobilisant leurs équipes. C’est une erreur de cadrage plus qu’un vrai risque.
Voici une approche pragmatique, inspirée de ce que met en place Egis :
1. Partir d’un périmètre pilote
- Choisir une ligne, un tronçon, un quartier, un dépôt.
- Identifier 3 à 5 cas d’usage métier très concrets (préparation de nuit courte, contrôle de patrimoine, suivi environnemental…).
- Fixer des indicateurs simples : temps gagné, baisse d’erreurs, meilleure disponibilité des données.
2. Capitaliser sur l’existant
- Inventorier les données déjà disponibles : maquettes BIM, plans DWG, bases SIG, GMAO, rapports d’inspection.
- Travailler l’interopérabilité plutôt que le remplacement d’outils : formats IFC, connexions API, exports structurés.
- S’appuyer sur une plateforme collaborative ouverte (type Bimsync) plutôt que multiplier les silos.
3. Impliquer les futurs utilisateurs dès le début
- Associer dès la phase de conception :
- agents de maintenance ;
- exploitants ;
- responsables travaux ;
- chargés de patrimoine.
- Co‑construire les écrans, les vues, les filtres… pour qu’ils soient utilisables sur le terrain.
- Prévoir un accompagnement au changement : formation, support, retours d’expérience réguliers.
La réalité ? Un jumeau numérique bien cadré peut commencer à produire de la valeur en quelques mois, sans tout refaire, à condition de se concentrer sur les usages et l’interopérabilité.
Le rôle des jumeaux numériques dans les chantiers intelligents de demain
Dans cette série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », les jumeaux numériques occupent une place centrale. Ils fournissent la colonne vertébrale data sur laquelle viennent se greffer :
- des algorithmes de planification intelligente de projet ;
- des solutions de sécurité sur chantier (détection de risques, simulation d’incidents) ;
- des outils de gestion optimisée des ressources (matériel, énergie, équipes) ;
- des modèles d’IA prédictive pour la maintenance et la performance environnementale.
Egis, en se positionnant comme architecte, ensemblier et exploitant de jumeaux numériques, montre une voie réaliste pour le BTP français : faire des jumeaux numériques non pas des vitrines technologiques, mais des assets opérationnels, au service de la sobriété, de la résilience et de l’inclusion des territoires.
La prochaine étape pour beaucoup d’acteurs du BTP en France ne sera pas de se demander « Faut‑il un jumeau numérique ? », mais plutôt « Quel jumeau numérique, pour quel usage métier, avec quels partenaires ? ». Ceux qui structureront cette réponse dès maintenant prendront une nette avance dans le paysage des chantiers intelligents.