Compétences BIM & IA : recruter et former dans le BTP

L'IA dans le BTP Français: Chantiers Intelligents••By 3L3C

Le BIM et l’IA transforment le BTP français, mais sans compétences, rien ne fonctionne. Comment recruter, former et structurer des équipes prêtes pour les chantiers intelligents ?

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Compétences BIM & IA : le vrai chantier du BTP français

En France, plus de 70 % des appels d’offres publics évoquent désormais le BIM, la donnée ou le jumeau numérique. Pourtant, une grande partie des entreprises du BTP avouent manquer de compétences adaptées sur le terrain. Résultat : des maquettes peu exploitées, des outils sous-utilisés, et des équipes qui subissent plus qu’elles ne profitent du numérique.

Voici le cœur du problème : tout le monde parle de BIM et d’IA, mais très peu savent précisément quelles compétences développer, comment recruter, et comment former les équipes chantier. Le BIM devient parfois un « mot magique » dans les offres, alors qu’il devrait être un socle de compétences opérationnelles au service des chantiers intelligents.

Dans cette série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », on prend le sujet par le bon bout : des compétences concrètes, des parcours de formation réalistes, et une vision très opérationnelle de ce que doit être un professionnel BIM & data en 2025, du compagnon à l’ingénieur méthode.


1. Compétences BIM : mythe marketing ou réalité opérationnelle ?

Les compétences BIM sont souvent présentées comme une liste de logiciels à maîtriser. C’est très réducteur. Une compétence BIM utile au chantier, c’est un mix de culture métier, de data et de coordination, pas seulement de la 3D.

En pratique, on peut distinguer trois niveaux de maturité dans les entreprises du BTP :

  1. Niveau 1 – BIM « vitrine »
    On produit une maquette pour le concours ou la communication, puis elle dort sur un disque dur.

    • Peu d’interfaçage avec la planification, les coĂ»ts ou la sĂ©curitĂ©.
    • Aucune connexion avec les solutions d’IA, de suivi de production ou de jumeau numĂ©rique.
  2. Niveau 2 – BIM « projet »
    Le BIM sert à coordonner la conception, limiter les clashes, mieux préparer l’exécution.

    • Les Ă©quipes travaux commencent Ă  l’utiliser pour les synthèses, les mĂ©trĂ©s, quelques contrĂ´les qualitĂ©.
    • La donnĂ©e reste encore peu structurĂ©e pour ĂŞtre exploitĂ©e par l’IA (prĂ©diction de risques, optimisation planning, etc.).
  3. Niveau 3 – BIM « data & IA »
    La maquette devient un réservoir de données fiables relié aux outils terrain : planning, suivi de production, capteurs IoT, outils de sécurité.

    • PossibilitĂ© d’analyser les Ă©carts, d’anticiper les dĂ©rives, d’automatiser des contrĂ´les.
    • C’est lĂ  que naĂ®t vraiment le chantier intelligent.

La vraie question pour un dirigeant ou un responsable RH n’est donc pas « est-ce que j’ai des profils BIM ? », mais :

Jusqu’où mes équipes savent-elles exploiter la donnée du BIM pour planifier, sécuriser et piloter mes chantiers ?

Tant qu’on ne clarifie pas ce niveau d’ambition, le recrutement et la formation partent dans tous les sens.


2. Cartographier les compétences BIM & IA dont le BTP a vraiment besoin

Pour sortir du flou, il faut cartographier les compétences BIM & IA par rôle. Ce n’est pas le même besoin pour un conducteur de travaux, un projeteur, un responsable méthodes ou un chargé d’affaires.

Les grands blocs de compétences BIM & data

Dans la plupart des entreprises de construction, les compétences se regroupent en quatre blocs :

  1. Culture BIM & data

    • Comprendre ce qu’est une maquette numĂ©rique, un CDE, un jumeau numĂ©rique.
    • Savoir lire un modèle, naviguer, filtrer les informations utiles.
    • ConnaĂ®tre les grands principes d’interopĂ©rabilitĂ© et de formats (IFC…).
  2. Compétences logicielles et outils

    • Outils de modĂ©lisation (Revit, Archicad, Tekla, etc.) pour certains profils.
    • Outils de visualisation / coordination (Navisworks, Solibri, BIMcollab, viewers en ligne).
    • Solutions terrain connectĂ©es : applications mobiles de suivi de chantier, plateformes collaboratives, outils IA d’analyse de photos ou de planning.
  3. Compétences métiers augmentées par le BIM

    • MĂ©treur / Ă©conomiste : extraire des quantitĂ©s fiables, suivre les Ă©carts, alimenter les Ă©tudes de prix.
    • MĂ©thodes & exĂ©cution : phaser le chantier dans la maquette, simuler les modes opĂ©ratoires, prĂ©parer les plans d’installation de chantier.
    • SĂ©curitĂ© & qualitĂ© : repĂ©rer les zones Ă  risque, vĂ©rifier la conformitĂ©, tracer les contrĂ´les.
  4. Compétences data & IA (niveau avancé)

    • Structurer les attributs, dĂ©finir des propriĂ©tĂ©s utiles pour l’IA.
    • Comprendre les principes de base de l’analytique (indicateurs, dashboards, corrĂ©lations).
    • Savoir collaborer avec des data engineers ou des Ă©diteurs de solutions IA.

Par profil : qui doit savoir quoi ?

Plutôt que de chercher un « mouton à cinq pattes BIM/IA », il est plus efficace de définir des socles par famille de métiers :

  • Compagnons & chefs d’équipe :

    • Lire une vue 3D ou une coupe sur tablette.
    • Comprendre les annotations et contrĂ´les qualitĂ© digitaux.
    • Photografer / remonter des informations structurĂ©es depuis le terrain.
  • Conducteurs de travaux / chefs de projet :

    • Naviguer dans la maquette, filtrer par lot, par phase, par entreprise.
    • Lier tâches de planning, zones, quantitĂ©s.
    • Exploiter les tableaux de bord issus des outils d’IA ou de suivi.
  • IngĂ©nieurs mĂ©thodes, bureaux d’études d’exĂ©cution :

    • Co-construire la structure de donnĂ©es du projet (codification, propriĂ©tĂ©s).
    • ContrĂ´ler la qualitĂ© de la maquette pour l’exĂ©cution.
    • ParamĂ©trer les exports vers les outils de planning, de logistique, d’optimisation.
  • BIM managers / coordinateurs :

    • DĂ©finir la stratĂ©gie BIM & data (BEP, conventions, niveaux de dĂ©tail).
    • Organiser le CDE, les workflows, les revues de modèles.
    • Piloter l’intĂ©gration avec les solutions IA, FM, jumeau numĂ©rique.

Quand cette cartographie est claire, le recrutement et la formation deviennent beaucoup plus ciblés, et surtout plus crédibles pour les équipes.


3. Comment recruter des profils BIM & IA sans se tromper

La réalité du marché français en 2025, c’est que la demande de profils BIM dépasse largement l’offre, surtout dès qu’on ajoute une dimension data/IA. La tentation est forte de se contenter d’un CV avec quelques logos de logiciels.

Voici une approche plus robuste.

3.1. Clarifier le besoin avant de publier l’annonce

Un bon recrutement BIM commence par trois questions simples :

  1. Sur quels types de projets la personne interviendra-t-elle ?
    Logement, hospitalier, industriel, infrastructures, rénovation… La complexité BIM et IA n’est pas la même.

  2. À quel niveau de maturité BIM est l’entreprise ?
    Recruter un BIM manager très expérimenté dans une structure qui débute totalement peut être contre-productif. Il passera son temps à « prêcher dans le désert ».

  1. Quels résultats concrets attend-on à 12 mois ?
    • Première maquette d’exĂ©cution exploitable ?
    • IntĂ©gration d’un outil de planification 4D ?
    • Mise en place de routines d’analyse des Ă©carts de production ?

Ces réponses permettent de transformer une fiche de poste vague en mission très concrète, lisible pour le candidat.

3.2. Évaluer les compétences autrement que par les logiciels

Un bon professionnel BIM & data n’est pas celui qui connaît « tous les logiciels du marché », mais celui qui sait résoudre des problèmes de chantier avec les bons outils.

Lors des entretiens, les questions efficaces sont du type :

  • « Racontez-moi un projet oĂą la maquette a Ă©vitĂ© un incident ou un surcoĂ»t. Comment avez-vous procĂ©dĂ© ? »
  • « Comment gĂ©rez-vous un conflit entre les besoins du chantier et les exigences BIM du contrat ? »
  • « Donnez un exemple oĂą vous avez structurĂ© des donnĂ©es pour automatiser un contrĂ´le ou un rapport. »

On peut aussi demander un cas pratique simple :

  • Naviguer dans un viewer et trouver des informations prĂ©cises.
  • Expliquer comment prĂ©parer un contrĂ´le de clash ciblĂ©.
  • Proposer une organisation de dossiers dans un CDE logique pour les travaux.

3.3. Miser sur le potentiel d’apprentissage

Sur les compétences IA en particulier, il est illusoire de trouver des profils « clé en main ». Les outils évoluent vite, les standards ne sont pas figés.

Les signaux positifs :

  • CapacitĂ© Ă  expliquer simplement des sujets techniques.
  • CuriositĂ© dĂ©montrĂ©e (veille, participation Ă  des communautĂ©s, tests d’outils).
  • ExpĂ©riences oĂą la personne a fait Ă©voluer une pratique dans son ancienne entreprise.

Pour un dirigeant BTP, le bon réflexe en 2025 : préférer un profil solide métier, ouvert à la data, qu’on accompagnera, plutôt qu’un « gourou BIM » déconnecté des réalités du chantier.


4. Construire des parcours de formation BIM & IA vraiment utiles

Les organismes de formation (OF), les écoles et les branches professionnelles comme le CCCA-BTP ont commencé à structurer l’offre. Mais pour une entreprise, la clé est d’articuler formation et projet réel.

4.1. Les erreurs classiques

On croise toujours les mĂŞmes travers :

  • Formations trop gĂ©nĂ©ralistes, qui survolent tout sans ancrage mĂ©tier.
  • Sessions « one shot » de 2 jours sans suivi, vite oubliĂ©es.
  • Formations centrĂ©es outil sans lien avec les processus internes.

Résultat : les attestations s’empilent, mais les pratiques ne changent quasiment pas.

4.2. Un modèle plus efficace : le triptyque projet / coaching / attestation

Les acteurs réunis autour de ce podcast (écoles d’ingénieurs, entreprise de construction, OF, cabinet RH…) convergent en général vers le même modèle :

  1. Formation-action liée à un projet réel

    • Cas d’usage issu d’un vrai chantier de l’entreprise.
    • Objectif mesurable : par exemple, « rĂ©duire de 30 % les incohĂ©rences entre plans et rĂ©alitĂ© terrain ».
  2. Coaching / accompagnement sur la durée

    • Sessions courtes, rĂ©gulières (2–3h toutes les deux semaines).
    • Assistance pour les premiers paramĂ©trages, les gabarits, les checklists.
  3. Attestation, labels, accréditations

    • Label formation ou accrĂ©ditation pour l’OF qui garantit un certain niveau de qualitĂ© et de mise Ă  jour.
    • Valorisation des salariĂ©s formĂ©s (reconnaissance interne, Ă©volution de poste).

Ce modèle a un avantage majeur : il crée des compétences durables et visibles, directement reliées à l’ambition « chantier intelligent » de l’entreprise.

4.3. Former à l’IA sans perdre les équipes

L’IA fait parfois peur sur chantier : crainte de remplacement, image très « labo ». Pour qu’elle soit acceptée, la formation doit rester très concrète :

  • Montrer comment un outil d’IA analyse automatiquement des photos pour repĂ©rer des Ă©carts de sĂ©curitĂ©.
  • Expliquer comment un algorithme propose des scĂ©narios de planning, mais que la dĂ©cision finale reste humaine.
  • Faire travailler les Ă©quipes sur leurs propres donnĂ©es, pas sur des exercices thĂ©oriques loin du terrain.

La réalité, c’est que l’IA bien utilisée renforce la compétence métier, elle ne la remplace pas. Ce message doit être au cœur des parcours.


5. Passer de la théorie aux chantiers intelligents : plan d’action

Pour une entreprise du BTP qui veut faire du BIM et de l’IA un levier concret en 2025, le chemin est clair, même s’il demande de la constance.

Étape 1 – Poser un diagnostic honnête

  • OĂą en est l’entreprise sur le BIM et la data ?
  • Qui fait dĂ©jĂ  quoi, mĂŞme de façon artisanale (tableurs, photos, scripts maison) ?
  • Quels sont les irritants majeurs sur les chantiers (retards, litiges, non-qualitĂ©, sĂ©curitĂ©) ?

Étape 2 – Définir 2 ou 3 cas d’usage prioritaires

Par exemple :

  • Mieux anticiper les clashes techniques avant exĂ©cution.
  • SĂ©curiser les rĂ©servations et percements en gros Ĺ“uvre.
  • Suivre la production et les Ă©carts coĂ»ts/dĂ©lais avec des dashboards simples.

Chaque cas d’usage servira de fil rouge pour le recrutement et la formation.

Étape 3 – Structurer les compétences autour de ces cas d’usage

  • Identifier les rĂ´les clĂ©s (chef de projet, mĂ©thodes, BIM, travaux, QSE).
  • DĂ©finir les compĂ©tences BIM & IA nĂ©cessaires pour chacun.
  • Co-construire avec un OF un parcours court, centrĂ© sur ces objectifs.

Étape 4 – Mettre en place un cycle d’amélioration continue

  • Retours d’expĂ©rience systĂ©matiques sur chaque chantier pilote.
  • Ajustement des gabarits, process, checklists.
  • Mise Ă  jour rĂ©gulière des compĂ©tences (micro-formations, veille partagĂ©e).

Les entreprises qui réussissent leur transition vers les chantiers intelligents ne sont pas celles qui investissent le plus dans les logiciels. Ce sont celles qui investissent méthodiquement dans les compétences, en lien direct avec la réalité des projets.


Les compétences BIM & IA ne sont ni un mythe, ni un simple mot-clé marketing. Ce sont des savoir-faire très concrets, qui transforment la manière de concevoir, de construire et d’exploiter un ouvrage.

Pour les acteurs français du BTP, la fenêtre est ouverte : les marchés poussent au numérique, les outils de BIM intelligent et d’IA se démocratisent, et les dispositifs de formation labellisés se structurent. La vraie question est désormais : qui, dans votre entreprise, porte ce chantier des compétences ?

Si vous voulez que vos prochains projets passent réellement à l’échelle du chantier intelligent, le point de départ n’est pas un nouveau logiciel, mais un plan clair pour recruter, former et faire grandir vos équipes autour du BIM et de l’IA.