Comment SYSTRA utilise BIM, jumeaux numériques et IA pour décarboner les infrastructures et inspirer des chantiers vraiment intelligents dans le BTP français.

BIM, jumeaux numériques et IA : pourquoi SYSTRA intéresse tout le BTP français
La plupart des entreprises du BTP parlent de décarbonation, de BIM et d’IA. Très peu arrivent à les faire travailler ensemble sur de vrais chantiers, avec des résultats mesurables. C’est exactement là que la démarche de SYSTRA, partenaire du salon BIM World, devient intéressante pour tout le secteur construction et infrastructures en France.
Dans notre série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents », SYSTRA illustre une chose simple : un jumeau numérique bien pensé, alimenté par des données BIM/SIG et des algorithmes, devient un outil de pilotage concret pour réduire les émissions, maîtriser les coûts et sécuriser les délais.
Ce qui suit n’est pas un compte-rendu de salon, mais une mise en perspective : comment la vision « BIM for Sustainability by SYSTRA » peut inspirer les maîtres d’ouvrage, les grands groupes comme les ETI et PME du BTP qui veulent passer à un chantier vraiment intelligent, pas juste à un chantier maquillé en digital.
SYSTRA : du BIM Infra au jumeau numérique bas carbone
SYSTRA n’est pas un nouvel acteur de la tech, mais un groupe d’ingénierie de transport et d’infrastructures, avec près de 9 000 collaborateurs dans le monde. Leur particularité : être pionnier du “BIM Infra”, c’est‑à ‑dire l’application du BIM à tout ce qui n’est pas bâtiment pur (lignes ferroviaires, métro, routes, ouvrages d’art, etc.).
L’enjeu annoncé à BIM World est clair :
En construisant le jumeau numérique de vos projets, SYSTRA accélère la performance économique et environnementale de vos ouvrages.
Concrètement, cela se traduit par :
- une approche BIM couvrant tout le cycle de vie : conception, chantier, exploitation, maintenance ;
- la convergence BIM / SIG / CIM (infrastructures et villes) pour intégrer le territoire, le sol, l’existant ;
- une utilisation du jumeau numérique comme outil d’anticipation et d’optimisation continue, pas comme simple maquette 3D.
La force de SYSTRA vient de son retour d’expérience international : des projets sous différentes normes, dans des contextes urbains très denses (type Grand Paris Express) comme dans des corridors de transport internationaux. Cette diversité nourrit des méthodes réutilisables par les acteurs français du BTP, même sur des projets plus modestes.
BIM, IA et climat : comment l’éco‑conception devient opérationnelle
La conférence « BIM for Sustainability by SYSTRA » part d’un constat que beaucoup d’ingénieries partagent : pour répondre au changement climatique, il ne suffit plus d’optimiser un peu les matériaux en fin d’étude. Il faut une démarche d’éco‑conception intégrée et systémique, dès les premières esquisses.
Le jumeau numérique devient alors la colonne vertébrale de cette démarche :
- Modéliser finement le projet (BIM) et son environnement (SIG, CIM) ;
- Connecter ces données à des outils de calcul carbone et à de l’IA pour tester des variantes ;
- Simuler l’impact environnemental, économique et opérationnel de chaque scénario ;
- Arbitrer sur des faits plutôt qu’à l’intuition.
Ce que fait réellement l’IA dans ce type de démarche
Dans un chantier intelligent, l’IA ne remplace pas le chef de projet. Elle :
- analyse des milliers de combinaisons (matériaux, méthodes, phasages) plus vite qu’une équipe humaine ;
- repère des corrélations invisibles à l’œil nu entre choix de conception, planning, coûts et empreinte carbone ;
- propose des scénarios optimisés (moins de GES, coûts maîtrisés, risques réduits) que les ingénieurs valident ou ajustent ;
- apprend des projets passés : plus on la nourrit de données issues de chantiers réels, plus ses recommandations sont pertinentes.
Le résultat est très concret pour un acteur du BTP français :
- moins de surdimensionnement systématique,
- moins de gâchis de matériaux,
- des choix de solutions techniques alignés avec les objectifs de neutralité carbone,
- une trace numérique exploitable ensuite pour l’exploitation‑maintenance.
Jumeau numérique : de la maquette BIM à l’outil de pilotage
Un jumeau numérique utile ne se contente pas d’être beau à l’écran. Il doit permettre de gagner en anticipation, fiabiliser les coûts et les délais, et réduire l’empreinte environnementale des actifs.
Voici comment cette logique se traduit dans un chantier intelligent :
1. Pendant la conception
Le jumeau numérique sert à :
- coordonner les équipes (ingénierie, architectes, entreprises de travaux) autour d’une source de vérité unique ;
- détecter très tôt les clashes et incohérences (structure, réseaux, génie civil, équipements) ;
- comparer rapidement plusieurs variantes de conception, incluant :
- quantités de matériaux,
- impacts carbone,
- contraintes de chantier,
- effets sur l’exploitation future.
2. Pendant le chantier
Connecté à des données terrain (planning, avancement, incidents, météo, capteurs IoT), le jumeau numérique permet :
- de suivre l’avancement réel vs planifié ;
- d’anticiper les dérives de délai ou de coût ;
- de tester des réorganisations de chantier, des phasages ou des variantes de logistique ;
- de mieux gérer les ressources (engins, main-d’œuvre, sous‑traitants) et donc de limiter les déplacements inutiles et les temps morts.
Couplé à des algorithmes d’IA, il est possible d’identifier par exemple :
- quelles séquences de travaux génèrent le plus de déplacements et d’émissions,
- quelles combinaisons d’équipes réduisent le risque de retard,
- quel planning réduit le plus l’empreinte carbone tout en respectant le budget.
3. Pendant l’exploitation et la maintenance
C’est souvent l’étape oubliée dans le BTP, alors qu’elle concentre la majorité des coûts et des émissions sur la durée de vie d’un ouvrage.
Le jumeau numérique opère comme :
- un support de GMAO enrichi : localisation précise des actifs, historique des interventions, données de performance ;
- un outil de simulation : impact de la fermeture d’une section, d’une nouvelle ligne, d’une rénovation lourde ;
- un référentiel carbone vivant : suivi des gains, identification des leviers d’amélioration, comparaisons inter-sites.
Pour un réseau de transport, une collectivité ou une grande entreprise de BTP, disposer de ce niveau d’information change complètement la manière de piloter les investissements et les plans de rénovation.
Carbontracker : quand le BIM parle enfin le langage COâ‚‚
Le salon BIM World met aussi en avant Carbontracker, la solution de SYSTRA utilisée au quotidien pour réduire l’empreinte carbone des projets. C’est typiquement le genre d’outil qui fait passer le discours climat de la plaquette PowerPoint au poste de pilotage.
Ă€ quoi sert un outil comme Carbontracker ?
L’idée est simple : lier directement la maquette BIM à des données d’empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie. On ne parle plus d’une étude bilan-carbone isolée, mais d’un suivi continu.
Un outil de ce type permet par exemple :
- de calculer en temps quasi réel les émissions associées à une variante de structure ou à un changement de matériau ;
- de visualiser les postes les plus émetteurs à l’échelle d’un projet ou d’un portefeuille de projets ;
- de tester l’impact de solutions d’économie circulaire (réemploi, recyclage, optimisation des déplacements) ;
- de produire des indicateurs fiables et auditables pour répondre aux exigences réglementaires et aux engagements RSE.
Où l’IA fait la différence
Derrière ce suivi, l’IA peut :
- enrichir automatiquement la maquette avec des facteurs d’émission pertinents ;
- détecter les incohérences ou données manquantes ;
- suggérer des alternatives moins émettrices sur la base de projets déjà réalisés ;
- identifier des « quick wins » carbone à faible surcoût, ce que les décideurs apprécient particulièrement.
Pour une entreprise du BTP français confrontée à la RE2020, à la taxonomie verte européenne ou simplement à la pression de ses clients publics, ce type de solution devient vite un avantage concurrentiel.
Que peut retenir une entreprise du BTP français de l’exemple SYSTRA ?
Voici comment traduire la démarche de SYSTRA en actions concrètes pour vos propres projets :
1. Penser “données” avant de penser “outil”
Un chantier intelligent repose d’abord sur :
- des données structurées (BIM, SIG, mesures terrain),
- des processus clairs de mise Ă jour et de validation,
- une gouvernance : qui décide, qui arbitre, qui alimente.
Les outils (plateformes BIM, jumeau numérique, IA) viennent ensuite pour valoriser ces données.
2. Intégrer l’éco‑conception dès l’esquisse
Attendre la phase PRO pour parler carbone est trop tard. Inspirez‑vous du message « BIM for Sustainability » :
- fixez des objectifs carbone chiffrés dès le cahier des charges ;
- imposez un référentiel de données carbone partagé à tous les intervenants ;
- demandez des variantes bas carbone évaluées et argumentées via la maquette numérique.
3. Relier BIM, IA et pilotage de projet
Un BIM « vitrine » ne sert à rien. L’intérêt est de :
- coupler la maquette aux outils de planification et de suivi de chantier ;
- utiliser l’IA pour analyser plannings, aléas, coûts, émissions ;
- faire du jumeau numérique un tableau de bord pour la direction de projet.
4. Monter progressivement en puissance
Vous n’êtes pas obligé de tout basculer en une fois. Une approche pragmatique consiste à :
- choisir un projet pilote (infrastructure, bâtiment tertiaire, réhabilitation) ;
- structurer les données BIM/SIG de manière exploitable ;
- intégrer un outil de calcul carbone connecté à la maquette ;
- tester un cas d’usage IA simple (optimisation de planning, détection de clashes, estimation automatique de quantités) ;
- capitaliser et élargir aux projets suivants.
C’est cette logique itérative qu’on retrouve chez les acteurs avancés comme SYSTRA : beaucoup d’essais, un socle de données solide, puis l’industrialisation.
La place de SYSTRA dans la série « Chantiers Intelligents »
Dans cette série sur l’IA dans le BTP français, SYSTRA illustre le versant infrastructures et transport :
- BIM Infra poussé à grande échelle ;
- jumeaux numériques utilisés sur toute la durée de vie des ouvrages ;
- IA et data au service de la décarbonation, pas juste de la productivité ;
- ancrage fort dans les villes et territoires, avec l’objectif de trajectoires soutenables.
Ce modèle est transposable bien au‑delà du ferroviaire ou des lignes de métro : voirie, ZAC, réseaux d’eau, bâtiments complexes… Dès qu’il y a un patrimoine à gérer sur plusieurs décennies, la combinaison BIM + jumeau numérique + IA + carbone devient un standard crédible.
Pour les décideurs du BTP français, la question n’est plus « faut‑il y aller ? », mais par où commencer et avec qui ?
Si vous voulez faire évoluer vos projets vers des chantiers intelligents, sobres en carbone et mieux maîtrisés, le moment est idéal : les outils sont mûrs, les retours d’expérience existent, et les exigences réglementaires poussent dans la même direction.
Vous travaillez sur un projet d’infrastructure ou de construction en France et vous voulez structurer une démarche BIM, jumeau numérique et IA orientée décarbonation ? C’est exactement le type de sujet que cette série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents » décortique. Le prochain pas consiste à identifier votre projet pilote… et à décider jusqu’où vous voulez que votre jumeau numérique devienne le cerveau de vos opérations.