Bouygues Construction mise sur BIM, bas carbone et bientôt IA pour créer des chantiers intelligents. Voici ce que les entreprises du BTP peuvent en apprendre.

Bouygues Construction, BIM et IA : vers des chantiers bas carbone
En France, le BTP pèse près de 25 % des émissions de CO₂ et consomme près de 45 % de l’énergie finale. Dans ce contexte, un acteur comme Bouygues Construction, qui s’engage à -40 % d’émissions d’ici 2040, n’est pas juste dans la communication : il teste aujourd’hui les méthodes que tout le secteur devra adopter demain.
Ce billet s’inscrit dans la série « L’IA dans le BTP Français : Chantiers Intelligents ». On y regarde comment un grand groupe combine BIM, numérique et bientôt intelligence artificielle pour transformer les chantiers, réduire le carbone et gagner en productivité. L’objectif est clair : donner des pistes concrètes aux entreprises du BTP, grandes et petites, qui veulent rester dans la course.
Voici ce qui se joue : bas carbone, industrialisation, BIM étendu à tout le cycle de vie, puis IA pour orchestrer l’ensemble. Et la bonne nouvelle, c’est que beaucoup d’outils utilisés par Bouygues sont désormais accessibles aux PME.
1. Deux priorités : bas carbone et industrialisation du BTP
Bouygues Construction affirme deux objectifs majeurs : tous les projets en bas carbone et industrialisation du secteur. C’est exactement le couple gagnant qui se dessine dans tout le BTP français.
Pourquoi le bas carbone change vraiment la donne
Le tournant est brutal : réglementation environnementale (RE2020), flambée du coût de l’énergie, tensions géopolitiques, attentes des donneurs d’ordres publics… En pratique, ça veut dire :
- plus de pression sur les émissions de CO₂ dès la phase concours,
- des exigences fortes sur la consommation en exploitation,
- et de plus en plus de contrats à engagement de performance énergétique.
Bouygues annonce un objectif de -40 % d’émissions à l’horizon 2040. Pour y arriver, l’entreprise agit sur plusieurs leviers qui peuvent inspirer tout le marché :
- choix des matériaux : plus de bois, de matériaux biosourcés, de solutions hybrides béton/bois,
- réduction des quantités : optimisation structurelle via BIM et calculs avancés,
- industrialisation de la mise en œuvre : préfabrication, assemblage sur site, process répétables,
- optimisation de l’exploitation : bâtiments plus sobres, voire à énergie positive.
Ce sujet bas carbone n’est pas réservé aux géants. Même une PME peut démarrer en structurant :
- un suivi simple des tonnes de COâ‚‚ par projet,
- un catalogue interne de solutions « low carbon » récurrentes (chantier sec, préfa, réemploi),
- un dialogue plus technique avec les bureaux d’études autour de la performance environnementale.
Industrialisation : moins d’impro, plus de méthode
L’industrialisation dans le BTP, ce n’est pas transformer tous les chantiers en usines. C’est surtout :
- standardiser ce qui peut l’être,
- réduire l’aléa,
- répéter ce qui fonctionne.
Bouygues Construction l’utilise pour :
- sécuriser les délais (objectif : 10 à 40 % de temps gagné sur certains projets),
- fiabiliser la qualité,
- limiter les déchets et les retouches.
Et derrière cette industrialisation, on retrouve toujours les mêmes briques : BIM, données de chantier, outils collaboratifs, puis IA pour orchestrer le tout.
2. Le BIM comme colonne vertébrale du chantier intelligent
Chez Bouygues, le BIM n’est plus un gadget 3D : c’est le processus central qui relie la programmation, la conception, l’exécution, l’exploitation et la rénovation.
Le BIM devient la mémoire numérique du projet, partagée par tous, du bureau d’études au mainteneur.
Du concours à la maintenance : un BIM « fil rouge »
Bouygues a fait un choix net : étendre le BIM à toutes les phases et pas seulement à la maquette d’exécution. Résultat :
- en programmation, le maître d’ouvrage visualise très tôt les surfaces, les volumes, les usages,
- en conception, architectes et ingénieries itèrent vite en intégrant structure, fluides, thermique,
- en chantier, les équipes terrain travaillent avec des maquettes à jour, sur tablette,
- en exploitation / maintenance, la maquette devient un jumeau numérique : équipements, références, historiques d’interventions.
Cette continuité numérique permet :
- moins d’erreurs de transmission,
- moins de ressaisies,
- plus de traçabilité.
C’est exactement le socle nécessaire pour une IA de chantier crédible : sans données propres et structurées, aucun algorithme ne peut aider sérieusement.
Une adoption « bottom up » : le bon réflexe à copier
Bouygues insiste sur un point que beaucoup de directions ignorent : un outil numérique s’impose rarement par décret. L’entreprise a misé sur une approche « bottom up » :
- les équipes chantier font remonter leurs besoins,
- les méthodes et les BIM managers adaptent les outils,
- les usages sont co-construits avec le terrain.
Résultat annoncé : 10 à 40 % de réduction des temps de réalisation sur certains ouvrages. Ce n’est pas seulement la puissance du BIM. C’est la conséquence d’un trio : bon outil, bon process, bonne adoption.
Pour une ETI ou une PME du BTP, c’est une leçon très concrète :
- commencer par un projet pilote avec une équipe motivée,
- s’appuyer sur un binôme chef de chantier + référent BIM/numérique,
- documenter ce qui marche et répliquer progressivement.
3. Comment le BIM transforme concrètement la filière construction
Le BIM, bien utilisé, agit comme un accélérateur de productivité, de sécurité et de performance environnementale.
Plus de productivité grâce à la donnée et à l’automatisation
Bouygues rappelle que le BIM, ce n’est pas juste une belle maquette 3D. On parle d’un ensemble de données :
- géométrie des éléments,
- propriétés matériaux,
- caractéristiques physiques et thermiques,
- données de coût, de planning, de maintenance.
Ce socle permet :
- détections de clashs avant chantier (structure / CVC / électricité),
- quantitatifs automatisés pour les études de prix,
- scénarios de planning mieux maîtrisés,
- préparation de chantier plus fine (logistique, phasage, sécurité).
Là où l’IA commence à entrer en scène, c’est sur :
- la génération automatique de variantes (structures, façades, systèmes),
- la détection d’anomalies dans les maquettes,
- la prévision de dérives planning ou budget à partir de données historiques.
Sécurité et qualité : des gains qui parlent au terrain
Les outils numériques offrent aussi des effets très concrets sur la sécurité et la qualité :
- meilleure visualisation des zones à risque grâce aux maquettes 3D annotées,
- préparation des plans de prévention à partir du phasage BIM,
- guidage des équipes avec des vues 3D simplifiées plutôt que des plans complexes.
Un chantier intelligent, ce n’est pas seulement des algorithmes. C’est surtout :
- moins d’improvisation,
- plus d’anticipation,
- plus de clarté pour les compagnons.
Bas carbone : du calcul précis à l’optimisation automatique
Sur le bas carbone, Bouygues maîtrise déjà un usage clé : le calcul détaillé du bilan carbone en phase conception, construction et exploitation. Concrètement, cela permet :
- de comparer différentes structures (béton, mixte, bois),
- de tester plusieurs systèmes énergétiques (PAC, réseaux de chaleur, photovoltaïque),
- d’intégrer les déplacements, le chantier, les matériaux dans un bilan global.
Des projets comme Balard (ministère des Armées), le tribunal judiciaire de Paris ou la Seine Musicale illustrent ces approches globales avec engagement de performance.
Ce qui arrive très vite avec l’IA :
- des optimisations multicritères (coût, carbone, délai) automatiques,
- des propositions de variantes bas carbone générées en quelques minutes sur la base de la maquette,
- des tableaux de bord temps réel de performance environnementale du chantier.
Pour les entreprises qui se positionnent tôt sur ce créneau, c’est un avantage compétitif direct sur les appels d’offres publics et privés.
4. Vers les chantiers intelligents : BIM + IA dans le BTP français
Les briques sont en place : BIM généralisé, données de chantier, culture du bas carbone. L’étape suivante, c’est l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les processus du BTP.
Où l’IA peut apporter de la valeur dès maintenant
Dans la continuité de ce que fait Bouygues, on voit déjà quatre familles d’usages IA très concrets pour les entreprises françaises :
-
Planification de projet
- prévision des durées à partir de bases de données historiques,
- détection de phases critiques (risque de retard, sous-dimensionnement des équipes),
- génération de plannings alternatifs en cas d’imprévu.
-
Sécurité sur chantier
- analyse d’images de caméras pour détecter non-port des EPI ou situations dangereuses,
- alertes en temps quasi réel,
- retour d’expérience automatique pour améliorer les plans de prévention.
-
BIM intelligent
- contrôle qualité automatique des maquettes (normes, cohérence, complétude),
- suggestion de solutions techniques usuelles,
- classification automatique des objets pour faciliter les métrés, l’exploitation, la maintenance.
-
Gestion des ressources
- affectation optimale des équipes et du matériel,
- optimisation des tournées logistiques,
- réduction des temps morts et des surcoûts.
La réalité ? Les PME peuvent déjà accéder à ces usages via des solutions SaaS, sans développer leurs propres algorithmes.
Comment s’inspirer de Bouygues quand on n’est pas Bouygues
Tout le monde n’a pas les moyens d’un major. Mais la démarche reste transposable, à une autre échelle :
-
Structurer la donnée
- imposer des gabarits de maquettes simples,
- utiliser systématiquement un environnement de données commun (CDE),
- centraliser les infos chantier (compte-rendus, incidents, photos).
-
Sélectionner 1 ou 2 cas d’usage IA prioritaire
- par exemple : prévision de planning et contrôle qualité de maquettes,
- travailler avec un éditeur qui intègre déjà de l’IA.
-
Mettre le terrain au centre
- nommer un référent « chantier intelligent »,
- former les chefs de chantier à au moins un outil numérique clé (BIM viewer, appli de suivi),
- remonter les irritants pour affiner les outils.
Le message de fond de l’exemple Bouygues est clair : ceux qui partent tôt sur BIM + IA + bas carbone prennent de l’avance sur les appels d’offres et sur la rentabilité.
5. Et après ? Vers un BTP français vraiment data-driven
Bouygues Construction montre une voie : bas carbone assumé, BIM généralisé, industrialisation des process et ouverture vers l’IA. Ces choix s’inscrivent pleinement dans la dynamique des « chantiers intelligents » qui se dessine en France.
Ce que j’en retiens pour les entreprises du BTP :
- le bas carbone n’est plus une option marketing, c’est un critère de sélection,
- le BIM ne doit plus être un sujet de niche, mais la base de la donnée projet,
- l’IA n’a de sens que si les processus sont déjà clairs, mesurés, structurés.
Si vous dirigez une entreprise de construction ou de génie civil, la vraie question n’est plus « faut-il y aller ? », mais « par où commencer cette année ? » : un premier projet BIM complet, un pilote sur la sécurité par IA, un engagement bas carbone mieux documenté…
Les chantiers intelligents ne sont pas une vision lointaine. Ils se construisent projet par projet, décision par décision, exactement comme ceux que Bouygues déploie déjà . À vous de choisir sur quel chantier vous commencez.