IA et playlists Spotify : ce que ça dit de notre énergie

L'IA dans l'Énergie Suisse: Transition Durable••By 3L3C

Spotify teste des playlists générées par IA à partir de simples phrases. Un bon miroir de ce qui attend les réseaux énergétiques suisses : une IA pilotée par nos intentions.

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Quand Spotify vous comprend (presque) mieux que vous

Fin 2025, Spotify annonce « Prompted Playlist », une fonction qui génère des playlists sur mesure à partir d’une simple phrase en langage naturel. Vous décrivez votre envie — « rock français des années 2000 pour un trajet matinal en RER, sans les tubes trop entendus » — et l’IA fait le reste en piochant dans votre historique d’écoute.

Ça peut paraître anecdotique, une histoire de musique et de confort personnel. Pourtant, ce genre d’usage raconte quelque chose de beaucoup plus large : on est en train de passer d’algorithmes “boîtes noires” à des IA pilotées par nos intentions, que ce soit pour notre feed musical… ou pour piloter un réseau électrique national.

Dans cette série « L’IA dans l’Énergie Suisse : Transition Durable », ce nouvel épisode Spotify est un bon prétexte : il permet de comprendre, sur un terrain familier, comment une IA de recommandation fonctionne, comment on la contrôle mieux, et pourquoi les mêmes principes sont utilisés pour optimiser un réseau énergétique, intégrer les renouvelables, ou prévoir la demande d’électricité en Suisse.


Prompted Playlist : ce que propose vraiment Spotify

Prompted Playlist est une interface de contrôle de l’algorithme Spotify via le langage naturel.

Plutôt que de subir les suggestions automatiques (Discover Weekly, Radios, etc.), vous pourrez formuler des demandes très précises. Quelques exemples donnés par Spotify :

  • « De la musique de mes artistes prĂ©fĂ©rĂ©s des cinq dernières annĂ©es »
  • « Inclure des morceaux moins connus que je n’ai pas encore entendus »
  • « De la pop et du hip-hop Ă©nergiques pour un footing de 5 km en 30 minutes, puis des titres plus calmes pour la rĂ©cupĂ©ration »

Comment ça marche en coulisses ?

L’idée est simple à l’avant, complexe à l’arrière :

  1. Vous tapez un prompt en langage naturel (en anglais pour l’instant, la bêta étant limitée à la Nouvelle‑Zélande).
  2. Une IA de type modèle de langage interprète votre intention : ambiance, genres, tempo, durée, niveau de découverte, etc.
  3. Le moteur de recommandation s’appuie sur votre historique d’écoute complet, croisé avec un immense catalogue de titres, pour bâtir une playlist qui colle à la demande.
  4. Vous pouvez programmer une mise à jour quotidienne ou hebdomadaire de cette playlist, pour qu’elle reste fraîche sans avoir à tout recommencer.

Spotify promet en plus une description contextualisée de chaque morceau : pourquoi il est là, en quoi il répond au prompt, comment il se rattache à vos habitudes d’écoute.

La promesse est claire : moins de hasard, plus d’intention. Et ça, pour la transition énergétique, c’est un message clé.


Ce que Spotify illustre : le passage de l’algorithme subi à l’IA pilotée

Le vrai changement n’est pas l’IA, mais le fait qu’on lui donne des consignes explicites.

Pendant des années, que ce soit en musique ou en énergie, on a surtout eu :

  • des modèles statistiques qui apprennent du passĂ©,
  • des rĂ©glages opaques pour l’utilisateur final,
  • des rĂ©sultats qu’on “subit” plus qu’on ne pilote.

Avec Prompted Playlist, Spotify fait trois choses intéressantes :

  1. Il expose l’intention de l’utilisateur (via le prompt).
  2. Il explique la logique de la recommandation (contexte sur chaque titre).
  3. Il permet l’itération rapide (modifier la requête, repartir de zéro, ajuster la fréquence de mise à jour).

Dans l’énergie, on cherche exactement la même chose :

  • passer d’un rĂ©seau qui rĂ©agit aux Ă©vĂ©nements Ă  un rĂ©seau qui anticipe et s’ajuste,
  • permettre aux acteurs (gestionnaires de rĂ©seau, producteurs, industriels, collectivitĂ©s) de formuler des objectifs clairs : rĂ©duire les pics de consommation, maximiser l’intĂ©gration solaire, limiter les Ă©missions de COâ‚‚,
  • avoir des systèmes capables d’expliquer leurs dĂ©cisions : pourquoi telle centrale hydroĂ©lectrique a Ă©tĂ© sollicitĂ©e, pourquoi tel quartier a Ă©tĂ© incitĂ© Ă  consommer moins Ă  telle heure.

Le parallèle est simple : Spotify personnalise votre flux musical, une IA énergétique personnalise le comportement du réseau pour qu’il reste fiable, propre et rentable.


De la playlist parfaite au réseau électrique optimisé

Les mêmes briques technologiques qui génèrent une playlist sur Spotify servent à optimiser un réseau électrique suisse. Les contextes sont différents, mais les mécanismes se ressemblent.

1. Exploitation de l’historique

Spotify :

  • analyse l’intĂ©gralitĂ© de votre historique d’écoute pour savoir ce que vous aimez, ce que vous zappez, Ă  quels moments de la journĂ©e vous Ă©coutez quoi.

Système énergétique suisse :

  • analyse l’historique de consommation par rĂ©gion, par type de client (mĂ©nages, industrie, tertiaire),
  • apprend des donnĂ©es mĂ©tĂ©o (soleil, vent, tempĂ©ratures),
  • Ă©tudie les patterns saisonniers : pics hivernaux de chauffage, pĂ©riodes de fonte des neiges pour l’hydroĂ©lectricitĂ©, vacances scolaires.

Dans les deux cas, l’IA ne part pas de zéro. Elle apprend vos habitudes… ou celles du pays.

2. Recommandation ou décision, pilotée par des contraintes

Spotify doit respecter :

  • la durĂ©e demandĂ©e (30 minutes de footing),
  • un certain tempo ou une Ă©nergie musicale,
  • un niveau de dĂ©couverte (classiques vs nouveautĂ©s).

Un réseau énergétique suisse doit respecter :

  • l’équilibre instantanĂ© entre production et consommation,
  • les capacitĂ©s des lignes et transformateurs,
  • l’injection massive de renouvelables (solaire, Ă©olien, hydro),
  • des objectifs environnementaux (rĂ©duction des Ă©missions de COâ‚‚),
  • des coĂ»ts (activer telle centrale plutĂ´t qu’une autre).

L’IA, dans l’un comme dans l’autre, fait de l’optimisation sous contrainte. La différence, c’est que sur Spotify, vous entendez une mauvaise recommandation. Sur le réseau, une “mauvaise recommandation” peut terminer en surcharge ou en blackout. D’où l’importance de garder l’humain dans la boucle.

3. Prédiction : votre humeur vs la demande en électricité

Quand Spotify anticipe vos envies pour le lundi matin, il utilise :

  • ce que vous Ă©coutiez les lundis prĂ©cĂ©dents,
  • les tendances globales d’écoute,
  • vos changements rĂ©cents de goĂ»ts.

En Suisse, pour prévoir la demande, l’IA va :

  • utiliser des annĂ©es de donnĂ©es de consommation,
  • intĂ©grer les prĂ©visions mĂ©tĂ©o (un hiver doux n’a pas le mĂŞme profil qu’une vague de froid),
  • tenir compte de l’activitĂ© Ă©conomique et des usages Ă©mergents (vĂ©hicules Ă©lectriques, pompes Ă  chaleur).

La logique est identique : prédire pour mieux s’organiser. Une bonne prédiction, côté énergie, permet de :

  • lancer les bonnes centrales au bon moment,
  • stocker l’énergie renouvelable excĂ©dentaire dans des barrages ou des batteries,
  • limiter le recours aux Ă©nergies fossiles en pĂ©riode de tension.

Ce que les communicants et les médias peuvent apprendre de Prompted Playlist

On parle ici d’IA dans les médias et la communication en France, mais aussi d’IA dans l’énergie en Suisse. Les deux univers se rejoignent sur un point : il faut expliquer simplement une technologie qui infiltre le quotidien.

Prompted Playlist est un excellent cas d’école pour les communicants :

  • C’est concret : tout le monde voit ce qu’est une playlist.
  • C’est personnalisable : chacun peut tester une requĂŞte et voir le rĂ©sultat.
  • C’est un bon support pour expliquer la logique d’IA qui se cache derrière les sujets plus sĂ©rieux comme la transition Ă©nergĂ©tique.

Pour une entreprise de l’énergie ou un acteur public suisse, s’inspirer de cette pédagogie Spotify peut donner des idées :

  • CrĂ©er des visualisations interactives qui montrent comment une IA rĂ©partit la production entre hydro, solaire et importations.
  • Permettre aux citoyens de formuler des “prompts Ă©nergie” du type : « scĂ©nario avec 80 % de renouvelables en 2035, sans augmentation majeure de la facture » et afficher les compromis associĂ©s.
  • Produire des contenus Ă©ditoriaux oĂą l’on raconte l’IA par des analogies familières : playlists, GPS, recommandations vidĂ©o, etc.

L’enjeu n’est pas juste technologique. Il est aussi démocratique : une IA qui gère des infrastructures critiques doit être comprise et discutée, pas seulement admirée ou subie.


Les limites : quand l’IA devine trop et explique trop peu

Spotify est déjà critiqué pour son recours massif à l’IA, de la recommandation musicale aux contenus générés. Le lancement de Prompted Playlist arrive dans un climat de méfiance : artistes remplacés par des clones IA, rémunération faible, impression de “musique jetable”.

Dans l’énergie, les mêmes inquiétudes existent :

  • crainte de perdre le contrĂ´le face Ă  des systèmes automatisĂ©s,
  • peur de dĂ©cisions guidĂ©es uniquement par l’optimisation Ă©conomique,
  • risques liĂ©s Ă  la cybersĂ©curitĂ© si la gestion du rĂ©seau devient très centralisĂ©e et très algorithmique.

Voici ce qui, à mon sens, fait la différence entre une IA acceptable et une IA rejetée :

  1. Transparence minimale : personne ne demande le code source, mais une capacité à expliquer les grands principes de décision.
  2. Possibilité de contredire l’IA : sur Spotify, c’est “je passe”, “je n’aime pas ce titre”. Sur le réseau, ce sont des opérateurs humains qui peuvent désactiver ou ajuster des recommandations automatiques.
  3. Gouvernance claire : qui est responsable en cas de décision erronée ? L’algorithme n’est jamais “responsable”. Ce sont les organisations qui l’utilisent.

Dans ce contexte, les acteurs de l’énergie suisse ont une carte à jouer : montrer qu’ils utilisent l’IA comme un copilote, pas comme un pilote automatique incontrôlé.


Comment cette évolution s’inscrit dans la transition énergétique suisse

Ce qui se joue avec Prompted Playlist n’est qu’un avant-goût de ce qui arrive dans tous les secteurs : des systèmes personnalisés, pilotés par des intentions, soutenus par une IA qui apprend en continu.

Appliqué à la transition énergétique suisse, ça donne :

  • des rĂ©seaux intelligents qui peuvent adapter en temps rĂ©el la consommation d’un quartier ou d’une usine,
  • des prĂ©visions de demande qui intègrent comportements rĂ©els, mĂ©tĂ©o et nouveaux usages,
  • des opĂ©rateurs rĂ©seau qui travaillent avec des interfaces claires, affichant : « voilĂ  le mix Ă©nergĂ©tique optimisĂ© pour vos objectifs de coĂ»t, de COâ‚‚ et de sĂ©curitĂ© ».

La réalité ? C’est souvent plus simple qu’on le croit. Les briques existent déjà : analyse de données, prévision, optimisation, explicabilité. Ce qui manque le plus souvent, c’est :

  • de bons cas d’usage pĂ©dagogiques pour le grand public (d’oĂą l’intĂ©rĂŞt d’exemples comme Spotify),
  • une volontĂ© politique et industrielle de faire de l’IA un outil assumĂ© de la transition, pas un gadget marketing,
  • des compĂ©tences en interne pour piloter ces projets, cĂ´tĂ© entreprises comme collectivitĂ©s.

Pour les organisations qui lisent ce type de contenu afin de préparer leurs projets IA — qu’elles soient dans les médias, l’énergie ou la communication —, l’étape suivante est claire :

  • identifier oĂą elles subissent encore des “algorithmes boĂ®tes noires”,
  • rĂ©flĂ©chir Ă  la façon dont le langage naturel et le contrĂ´le par l’intention peuvent amĂ©liorer l’expĂ©rience (client, citoyen, opĂ©rateur),
  • poser un cadre de gouvernance : donnĂ©es, transparence, responsabilitĂ©s.

Spotify vient de montrer, à grande échelle, à quoi ressemble une IA pilotable par tout le monde. Aux acteurs de l’énergie suisse maintenant de montrer à quoi ressemble un système énergétique durable piloté avec la même finesse.