La Belgique accélère sur le numérique. 5G, IA et services en ligne créent un terrain idéal pour une transition énergétique verte pilotée par les données.

Belgique numérique : un terrain idéal pour l’IA dans l’énergie
97 % des ménages belges vivent aujourd’hui dans une zone couverte par la 5G. Ce chiffre n’est pas qu’une belle statistique : c’est le socle technique qui permet enfin de généraliser l’intelligence artificielle dans l’énergie belge, de la gestion des réseaux à l’intégration massive des renouvelables.
La Décennie numérique 2030 fixée par l’Union européenne pousse chaque État membre à accélérer. Avec le rapport Belgian Digital Economy Overview 2025, on voit clairement où la Belgique brille (5G, IA, services publics en ligne) et où elle traîne encore les pieds (fibre, pénurie de talents TIC). Pour les acteurs de l’énergie, ce n’est pas un simple diagnostic macroéconomique : c’est une feuille de route très concrète.
Ce billet montre comment ces chiffres se traduisent, secteur par secteur, dans la transition énergétique verte : optimisation des réseaux, prévision de la demande, intégration des énergies renouvelables, cybersécurité… et ce qu’il faut mettre en place dès maintenant pour ne pas rater 2030.
1. Une base solide : 5G, très haut débit et IA déjà dans les entreprises
La Belgique dispose désormais de plusieurs briques indispensables à une transition énergétique pilotée par l’IA.
Une couverture 5G qui change la donne pour les réseaux
En 2024, près de 97 % des ménages belges vivaient dans une zone couverte par la 5G, avec un bond de plus de 56 points en un an. Pour l’énergie, ça ouvre des possibilités très concrètes :
- Réseaux de distribution intelligents : la 5G permet de connecter en temps quasi réel des milliers de capteurs (tension, fréquence, température, flux) sur les postes de distribution, les compteurs intelligents et les micro-réseaux.
- Pilotage fin des flexibilités : bornes de recharge, batteries résidentielles, pompes à chaleur, production solaire… tout peut être orchestré par des algorithmes d’IA à grande échelle, à condition d’avoir un réseau mobile fiable et réactif.
- Maintenance prédictive : des modèles d’IA peuvent analyser en continu les données des transformateurs, câbles ou éoliennes et anticiper les pannes avant qu’elles ne coupent le courant.
La 5G n’est donc pas un gadget : c’est le système nerveux du réseau électrique intelligent belge.
Très haut débit : un bon score, mais encore trop urbain
Avec 93,8 % des ménages ayant accès à l’Internet fixe à très haut débit, la Belgique se classe 8e au niveau européen. C’est une bonne nouvelle pour :
- les opérateurs de réseau qui centralisent et analysent de gros volumes de données,
- les aggrégeurs de flexibilité qui coordonnent des milliers de petits consommateurs/producteurs,
- les collectivités locales qui déploient des projets de quartiers à énergie positive.
Mais il y a une nuance importante :
- La fibre jusqu’au domicile (FTTH/B) ne concerne encore que 30,7 % des ménages, dernier rang de l’UE.
- Les abonnements ≥ 1 Gbps ne représentent que 5,5 % des connexions.
Pour des usages lourds de données – jumeaux numériques de réseaux, simulations massives, supervision de fermes solaires ou éoliennes – ce manque de fibre est un frein réel. On peut faire de l’IA avec du câble et du VDSL, mais on restera en dessous du plein potentiel.
IA en entreprise : la Belgique dans le Top 3 européen
C’est sans doute le point le plus encourageant pour l’énergie : près de 25 % des entreprises belges utilisaient au moins une technologie d’intelligence artificielle en 2024, contre 13,8 % en 2023. Cette progression rapide place la Belgique 3e de l’UE.
Les usages dominants sont précisément ceux qui intéressent le secteur énergétique :
- Automatisation : planification, ordonnancement des interventions terrain, gestion des stocks de pièces critiques.
- Analyse de textes : traitement des tickets clients, des réclamations sur la facturation ou de contrats d’accès réseau.
- Apprentissage automatique : prévision de consommation, détection d’anomalies, optimisation des consignes de pilotage.
- Cybersécurité : détection de comportements suspects sur les systèmes SCADA et les plateformes IoT.
Quand on combine cette culture IA émergente avec la 5G et le très haut débit, on obtient un terrain propice à une transition énergétique belge réellement data-driven.
2. Où la Belgique est en retard : fibre, talents TIC et cybersécurité
Le rapport du SPF Économie est clair : la dynamique est bonne, mais certains verrous doivent absolument sauter d’ici 2030 pour ne pas bloquer l’IA dans l’énergie.
La fibre, maillon faible d’un système pourtant avancé
Le chiffre fait tache : 30,7 % seulement des ménages sont raccordés en fibre FTTH/B, ce qui place la Belgique dernière de l’UE.
Pour le secteur énergétique, cela a plusieurs conséquences :
- Difficulté à généraliser les jumeaux numériques de réseaux basse et moyenne tension, très gourmands en échanges de données.
- Limites pour les communities energy locales dans les zones moins denses, qui pourraient pourtant jouer un rôle clé dans l’intégration du solaire et de l’éolien.
- Freins pour les solutions de gestion énergétique temps réel côté clients professionnels ou industriels.
Concrètement, si vous développez des services d’IA pour l’optimisation de la demande ou la flexibilité, vous devez déjà anticiper :
- des architectures hybrides (edge + cloud) moins dépendantes de débits massifs,
- des scénarios différenciés ville / rural, avec des niveaux de service adaptés.
Pénurie de talents TIC : le risque principal pour les projets IA énergie
Aujourd’hui, 5,7 % de la population active belge travaille dans les TIC. C’est correct, mais loin de l’objectif européen de 10 % en 2030.
Pour les entreprises de l’énergie, cela se traduit par :
- des projets IA qui prennent du retard faute de data engineers, data scientists ou experts cybersécurité,
- une forte dépendance à des prestataires externes, parfois hors Belgique,
- des difficultés à internaliser la connaissance des modèles utilisés pour piloter les réseaux ou optimiser la consommation.
Les retours terrain sont toujours les mĂŞmes :
- manque de candidatures,
- compétences pas assez adaptées (diplômes oui, expérience data/énergie non).
La stratégie réaliste pour les acteurs de l’énergie :
- Former en interne des profils métier (ingénieurs réseaux, responsables production, experts marchés) aux bases de la data et de l’IA.
- Standardiser les briques techniques (plateformes cloud, outils de MLOps) pour réduire la dépendance à quelques profils rares.
- Co-construire avec des écoles et universités des parcours orientés “IA & énergie”.
Cybersécurité : les PME de l’écosystème énergie sont exposées
Le SPF Économie souligne que si les grandes entreprises sont plutôt bien protégées, les PME restent vulnérables. C’est un sujet clé pour la transition énergétique :
- Beaucoup de sous-traitants des opérateurs de réseau sont des PME (maintenance, télécom, instrumentation…).
- Les installateurs photovoltaïques, intégrateurs domotiques, gestionnaires de bornes de recharge sont majoritairement de petites structures.
Or l’IA et l’IoT multiplient les surfaces d’attaque :
- compteurs intelligents,
- passerelles de supervision,
- plateformes de gestion de flotte de bornes.
Un maillon faible compromis peut remonter jusqu’au cœur des systèmes énergétiques. Les initiatives de sensibilisation comme « Ma PME cybersécurisée » vont dans le bon sens, mais les acteurs de l’énergie doivent aller plus loin :
- imposer des exigences de cybersécurité minimes à leurs partenaires,
- intégrer la sécurité dès la conception des projets IA (approche "security by design"),
- auditer régulièrement les accès aux systèmes critiques.
3. Inclusion numérique : condition pour une transition énergétique juste
L’IA dans l’énergie ne sert à rien si une partie de la population reste hors jeu. Sur ce point, la Belgique progresse… mais la vigilance reste nécessaire.
Moins de personnes “hors ligne”, mais des fractures bien réelles
En 2024, seules 2,81 % des personnes de 16 à 74 ans en Belgique n’avaient jamais utilisé Internet, contre 4,89 % en moyenne dans l’UE. C’est un bon score, surtout pour un pays qui mise sur :
- la facturation électronique,
- les portails clients des fournisseurs d’énergie,
- les applications de suivi de consommation ou de pilotage des bornes de recharge.
Mais plusieurs fractures persistent :
- Âge : les seniors sont moins à l’aise avec les outils numériques, alors que ce sont souvent eux qui subissent la précarité énergétique.
- Revenus : les ménages les plus modestes ont plus de mal à financer équipements connectés et abonnements.
- Genre : les femmes restent légèrement plus touchées par la fragilité numérique.
Pour une transition énergétique verte et juste, il faut donc :
- proposer des interfaces simples et pas seulement des applications complexes,
- maintenir des canaux alternatifs (téléphone, guichet, accompagnement local),
- cibler les publics vulnérables avec des programmes d’accompagnement à l’usage de services énergie numériques.
Un bon niveau de services publics numériques : un modèle pour l’énergie
La Belgique fait partie des bons élèves européens pour la numérisation des services publics, et va même plus loin :
- 100 % des citoyens ont accès en ligne à leurs données médicales personnelles.
Ce niveau de maturité est un excellent modèle pour l’énergie :
- Portails centralisés pour les données de consommation et de production.
- Autorisation simple du partage de données vers des tiers (fournisseurs, start-up IA énergie) sous contrôle du citoyen.
- Transparence sur les algorithmes de calcul de facture, d’estimation de CO₂, de recommandation d’actions d’efficacité.
Les mêmes principes qui ont été appliqués à la santé (sécurité, consentement, accessibilité) doivent être transposés au dossier énergétique numérique du citoyen belge.
4. Comment les acteurs de l’énergie peuvent profiter de cette “Belgique numérique”
La réalité est plutôt favorable : la Belgique monte en puissance sur le numérique, et le secteur de l’énergie a une carte à jouer dès maintenant.
Priorités concrètes pour les prochains 24 mois
Pour un gestionnaire de réseau, un fournisseur, une ESCO ou une collectivité, les axes d’action sont clairs :
-
Exploiter la 5G pour les réseaux intelligents
- Déployer plus systématiquement des capteurs IoT sur les réseaux moyenne et basse tension.
- Utiliser l’IA pour la détection d’anomalies, l’anticipation des congestions et l’optimisation des flux avec les renouvelables.
-
Structurer la donnée pour l’IA
- Centraliser les données de mesure, de facturation, de maintenance dans des plateformes unifiées.
- Mettre en place une gouvernance data claire (qualité, accès, sécurité, anonymisation).
-
Lancer des cas d’usage IA à impact rapide
- Prévision de la demande par quartier, intégrant météo, mobilité, signaux prix.
- Recommandations personnalisées d’économies d’énergie pour les clients.
- Optimisation des plans de maintenance sur les actifs critiques.
-
Renforcer les compétences internes
- Former les équipes à l’IA appliquée à l’énergie plutôt qu’attendre des “licornes” data parfaites.
- Créer des binômes expert métier / expert data sur chaque projet clé.
S’inscrire dans la Décennie numérique 2030
Les objectifs européens (90 % de PME avec un niveau de base d’intensité numérique, 10 % de travailleurs TIC, généralisation de la connectivité gigabit…) ne sont pas de simples indicateurs abstraits. Pour l’énergie, ils signifient :
- des clients mieux équipés pour participer à la flexibilité (véhicules électriques, batteries, gestion intelligente des bâtiments),
- un écosystème d’entreprises plus à l’aise avec les plateformes numériques d’énergie,
- des talents plus nombreux pour concevoir, opérer et sécuriser les systèmes.
La Belgique part avec plusieurs atouts :
- 83,7 % des PME ont déjà un niveau de base d’intensité numérique, proche de l’objectif 2030 de 90 % ;
- l’adoption de l’IA croît rapidement ;
- les services publics numériques donnent un exemple de maturité et de confiance.
Pour les leaders de l’énergie qui veulent accélérer la transition verte grâce à l’IA, le message est simple : le contexte belge devient favorable. Reste à passer de l’expérimentation locale à des déploiements à grande échelle, inclusifs et sécurisés.
La prochaine étape consiste à transformer ces atouts numériques en gains mesurables : plus de renouvelables intégrés sans risque, moins de CO₂, une facture mieux maîtrisée pour les citoyens, et un système énergétique plus résilient. Ceux qui s’organisent dès maintenant pour capter ces opportunités seront les vrais gagnants de la Décennie numérique belge.