La nouvelle circulaire sur les stages en entreprise clarifie le cadre. Voici comment l’IA peut la transformer en vrai levier d’orientation personnalisée.
Les chiffres sont têtus : selon plusieurs études sur l’insertion, un élève qui a pu vivre des stages variés et bien accompagnés a plus de chances de trouver une formation qui lui convient, puis un emploi stable. Le problème, en France, c’est que ces stages sont souvent organisés dans l’urgence, avec beaucoup de paperasse et très peu de personnalisation.
La nouvelle circulaire parue au BO le 12/12/2025 sur les stages en entreprise pour collégiens et lycéens clarifie enfin le cadre : durée, responsabilités, conventions, sécurité. C’est un vrai progrès juridique. Mais si on s’arrête là , on passe à côté de l’enjeu majeur : comment transformer ces stages en expérience d’orientation réellement personnalisée, soutenue par l’IA, plutôt qu’en simple formalité de fin d’année ?
Voici ce qui change concrètement avec la circulaire… et surtout comment les équipes éducatives peuvent s’appuyer sur les outils d’IA pour l’éducation pour en tirer le meilleur, pour chaque élève.
1. Une nouvelle circulaire sur les stages : l’essentiel à retenir
La circulaire publiée au BO abroge les textes de mars et juillet 2024 et pose un cadre unique, plus complet, pour les stages et séquences d’observation au collège et en seconde générale et technologique. L’objectif est double : sécuriser juridiquement les établissements et offrir davantage de souplesse dans l’organisation.
Pour les élèves de collège
Pour les collégiens, la circulaire confirme et précise le dispositif :
- Durée : 5 jours, consécutifs ou non.
- Périodes possibles : entre les vacances de la Toussaint et les vacances de printemps.
- Organisation : à l’initiative de chaque établissement, avec une coordination souhaitée au niveau du bassin.
- Articulation avec le DNB : la séquence d’observation peut être réinvestie dans la soutenance orale du brevet dans le cadre du parcours Avenir.
Autrement dit, on sort du « stage coincé comme on peut en janvier » pour aller vers un calendrier plus réfléchi, en théorie aligné avec le projet d’orientation.
Pour les élèves de seconde générale et technologique
Pour les secondes GT, le changement est encore plus structurant :
- Durée : 2 semaines consécutives en fin d’année.
- Calendrier : des dates nationales publiées chaque année, en lien avec les examens.
- Modularité : l’élève peut effectuer chaque semaine dans une structure différente.
Cette modularité ouvre la porte à des parcours d’observation beaucoup plus riches : une semaine en PME, une semaine dans une structure publique, ou un mix secteur traditionnel / secteur numérique, etc.
Le texte lui-même ne parle pas d’IA, mais il crée un cadre idéal pour introduire des outils d’orientation intelligente, d’analyse de compétences et d’accompagnement personnalisé. C’est là que la série « L’IA dans l’éducation française » prend tout son sens.
2. De la circulaire à la pratique : où l’IA peut vraiment aider
Voici le constat : la plupart des établissements ont déjà du mal à trouver suffisamment de lieux de stage, à suivre tous les élèves et à exploiter ce qu’ils y font. Ajouter de nouvelles obligations sans soutien technologique serait illusoire.
L’IA éducative ne va pas remplacer les profs principaux, les Psy-EN ou les chefs d’établissement. En revanche, elle peut faire le gros du travail répétitif et fournir des analyses fines pour personnaliser l’accompagnement.
a) Aider chaque élève à choisir un stage qui a du sens
Aujourd’hui, beaucoup d’élèves trouvent un stage « par contact », sans lien fort avec leurs intérêts. Une plateforme d’orientation augmentée par IA peut changer la donne :
- analyse des centres d’intérêt (questionnaires, activités scolaires, clubs, projets) ;
- prise en compte des résultats scolaires sans les réduire à des notes : appétence pour la résolution de problèmes, expression orale, travail en équipe…
- recommandations de secteurs, puis d’entreprises ou structures locales pertinentes ;
- vérification automatique des critères (accessibilité, distances, contraintes familiales).
On peut ainsi proposer à un élève de 3e, passionné par la vidéo et plutôt à l’aise à l’oral, un stage dans une petite agence de communication locale plutôt que de l’envoyer par défaut à la mairie « parce qu’il restait une place ».
b) Répartir les stages de façon plus équitable dans le bassin
Les DASEN demandent déjà une coordination des périodes de stages dans un même bassin. C’est une bonne idée… qui peut tourner au casse-tête Excel.
Des outils d’IA peuvent automatiser :
- la cartographie des lieux de stage disponibles sur un territoire ;
- la répartition équilibrée des élèves en fonction de critères définis par les équipes : mixité sociale, temps de trajet, diversité des secteurs, etc. ;
- l’anticipation des points de tension (trop de demandes dans la santé, pas assez dans l’industrie, par exemple).
L’enjeu est clair : éviter que les élèves déjà favorisés récupèrent les « bons » stages via leur réseau, pendant que les autres se retrouvent dans des stages par défaut peu formateurs.
c) Suivre ce qui se passe réellement en stage
Une fois l’élève en entreprise, beaucoup de choses reposent sur la bonne volonté des tuteurs et la capacité de l’établissement à suivre. L’IA peut structurer ce suivi sans l’alourdir :
- journaux de bord numériques où l’élève décrit chaque jour ses tâches, ses découvertes, ses difficultés ;
- suggestions automatiques de questions de réflexion : « Qu’as-tu appris aujourd’hui sur le travail en équipe ? », « Quel outil as-tu découvert ? » ;
- alertes en cas de signaux faibles (absences répétées, tâches inadaptées à un mineur, propos inquiétants dans les retours).
L’enseignant référent reçoit des synthèses intelligentes plutôt qu’une pile de rapports à lire ligne à ligne.
3. Du stage à un apprentissage vraiment personnalisé
Un stage ne devrait pas être une parenthèse. Intégré à un environnement numérique bien pensé, il devient un levier d’apprentissage personnalisé, cohérent avec le parcours scolaire.
a) Connecter le stage au parcours Avenir et au DNB
La circulaire le rappelle : la séquence d’observation en 3e peut servir de support à l’oral du brevet. C’est une occasion rêvée d’utiliser l’IA pour travailler l’argumentation, la structuration du propos et la prise de recul.
Concrètement, un élève peut :
- rédiger un premier texte de présentation de son stage ;
- recevoir des suggestions de reformulation (niveau de langue, précision du vocabulaire, clarté des idées) ;
- générer un plan d’exposé adapté à la durée de l’oral ;
- s’entraîner à l’oral avec un assistant IA qui simule les questions du jury.
L’enseignant, lui, garde la main : il valide les plans, corrige les formulations importantes, et peut se concentrer sur le fond, pas sur les virgules.
b) Construire un portfolio de compétences sur plusieurs années
C’est là que l’IA devient vraiment intéressante pour l’orientation : en créant un portfolio évolutif pour chaque élève.
Ce portfolio peut agréger :
- les expériences de stage (collège, seconde, éventuellement lycée pro ou général) ;
- les projets réalisés en classe ou en dehors ;
- les activités extrascolaires (sport, associations, engagement citoyen) ;
- des auto-évaluations régulières guidées par des questions intelligentes.
L’IA synthétise tout cela en cartes de compétences : communication, créativité, organisation, curiosité scientifique, aisance numérique, etc. Elles ne servent pas à « classer » les élèves, mais à nourrir des échanges plus riches lors des entretiens avec les familles et les Psy-EN.
c) Adapter les apprentissages après le stage
Un stage bien exploité devrait avoir un impact sur les apprentissages qui suivent.
Exemple : une élève découvre en stage en pharmacie qu’elle aime les calculs de doses, la relation au public, mais se sent fragile en biologie. Un environnement d’apprentissage adaptatif piloté par IA peut :
- lui proposer des séquences ciblées en SVT pour consolider les notions clés ;
- ajuster la difficulté des exercices en temps réel en fonction de ses réponses ;
- relier les notions abstraites à des situations vues en stage (posologies, interactions médicamenteuses simplifiées, etc.).
Ce qui était une angoisse (« Je ne suis pas assez forte en sciences ») devient un plan de progression individualisé, connecté à un projet concret.
4. Responsabilité, sécurité, conformité : l’IA oui, mais pas n’importe comment
La circulaire insiste sur le cadre juridique renforcé : responsabilités, conventions, sécurité des élèves. C’est une bonne piqûre de rappel alors que les outils d’IA éducative se multiplient.
Pour rester dans les clous, quelques principes forts s’imposent.
Respect des données et transparence
Un système d’IA qui gère des stages et de l’orientation manipule des données sensibles : résultats scolaires, appréciations, informations sociales parfois. Il doit donc :
- être hébergé et sécurisé selon les standards de l’Éducation nationale ;
- fonctionner sur le principe de minimisation des données : seulement ce qui est vraiment utile ;
- offrir une transparence totale aux familles et aux élèves sur les données utilisées et la logique des recommandations.
Sans cette confiance, toute idée d’« orientation intelligente » est vouée à l’échec.
IA au service des équipes, pas l’inverse
L’IA ne doit jamais devenir un outil automatique de tri des élèves. Elle doit rester un assistant :
- les propositions de lieux de stage restent validées par les équipes ;
- les synthèses de compétences ne sont que des supports de discussion, pas des étiquettes définitives ;
- les décisions d’orientation demeurent humaines, argumentées, explicables.
J’ai vu trop de projets numériques échouer parce qu’ils étaient perçus comme une machine opaque qui « décide pour nous ». Ici, la barre doit être mise très clairement : l’IA éclaire, les adultes décident.
5. Par où commencer dans votre établissement ?
Tout le monde ne va pas déployer en trois mois une plateforme complète d’orientation avec IA. Ce n’est pas le sujet. L’idée, c’est d’avancer par étapes, en alignant la circulaire, le projet d’établissement et les outils numériques disponibles.
Quelques pistes réalistes :
- Uniformiser les documents de stage au niveau de l’établissement ou du bassin, puis tester un outil d’IA pour générer automatiquement les conventions et fiches de suivi à partir d’un formulaire unique.
- Mettre en place un journal de bord numérique des stages et utiliser l’IA pour produire des synthèses par classe ou par élève.
- Expérimenter avec une petite équipe un assistant d’oral de DNB basé sur l’expérience de stage, pour travailler la prise de parole et la structuration.
- Commencer un portfolio numérique des expériences dès la 4e, que l’on enrichit en 3e puis en seconde.
Chaque brique prise isolément reste simple. Mais, mises bout à bout, elles créent une véritable continuité d’orientation personnalisée, du collège à la seconde, exactement dans l’esprit de cette nouvelle circulaire.
La nouvelle réglementation sur les stages en entreprise au collège et en seconde pose un cadre plus clair et plus protecteur. C’est une bonne nouvelle. Mais l’enjeu de 2025-2026 est ailleurs : réussir à en faire un levier d’apprentissage personnalisé, et pas seulement une formalité administrative.
En combinant ce cadre juridique avec des outils d’IA éducative bien pensés, les équipes peuvent proposer à chaque élève un parcours de stages plus juste, plus cohérent avec ses envies, mieux exploité en classe et lors des examens. Ce n’est ni un fantasme technologique ni une baguette magique : c’est une série de choix concrets, à l’échelle d’un collège ou d’un lycée.
La question pour votre établissement est simple : quel sera le premier petit pas cette année ? Un journal de bord intelligent, un accompagnement IA à l’oral du brevet, un début de portfolio ? Le cadre réglementaire est posé. À nous, collectivement, d’y greffer une IA au service d’une orientation plus humaine et plus personnalisée.