Référentiel Onisep : booster l’orientation avec l’IA

L'IA dans l'Éducation Française: Apprentissage Personnalisé••By 3L3C

Le référentiel Onisep des compétences à s’orienter peut devenir la colonne vertébrale d’une orientation vraiment personnalisée, soutenue intelligemment par l’IA.

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L’an dernier, plus d’un·e lycéen·ne sur deux déclarait se sentir « perdu·e » face à ses choix d’orientation. Et ce n’est pas faute d’avoir des infos : sites, salons, brochures… la donnée est partout, mais la décision reste difficile.

Voici le vrai problème : on a massivement informé les élèves, mais on les a peu formés à s’orienter. C’est exactement ce que vient corriger le référentiel Onisep des compétences à s’orienter, pensé pour le collège et le lycée, général comme professionnel. Et c’est aussi là que l’IA éducative peut devenir utile, à condition d’être cadrée par un outil comme ce référentiel.

Dans cette série « L’IA dans l’Éducation française : apprentissage personnalisé », cet article montre comment ce référentiel Avenir(s) peut devenir la colonne vertébrale :

  • des projets d’orientation au collège et au lycĂ©e ;
  • des parcours d’accompagnement personnalisĂ© enrichis par l’IA ;
  • d’un Ă©cosystème d’outils numĂ©riques vraiment au service des Ă©lèves, et pas l’inverse.

1. Ce que change vraiment le référentiel Onisep des compétences à s’orienter

Le référentiel Onisep ne rajoute pas une couche de paperasse. Il donne une structure claire à ce qu’on fait déjà, souvent de manière implicite, avec les élèves.

Concrètement, il décrit 15 compétences à s’orienter, organisées en 3 grands blocs :

  1. S’informer et se repérer dans la société de l’information
  2. Se découvrir et cultiver ses ambitions
  3. Se construire et se projeter dans un monde en mouvement

Chaque compétence est détaillée dans une fiche avec :

  • une dĂ©finition claire ;
  • des niveaux de progression de la 5e Ă  la terminale ;
  • des exemples d’activitĂ©s ;
  • des tĂ©moignages d’élèves ;
  • des ressources pĂ©dagogiques pour les Ă©quipes.

Le référentiel lycée est désormais aligné sur celui du collège, avec une continuité de la 5e à la terminale, et intègre pleinement le lycée professionnel. Ça change tout pour :

  • les professeurs principaux, qui peuvent mieux suivre l’évolution des Ă©lèves ;
  • les Psy-EN et les CIO, qui gagnent un langage commun avec les Ă©quipes ;
  • les chefs d’établissement, qui peuvent piloter une vraie politique d’orientation ;
  • les concepteurs d’outils numĂ©riques et d’IA, qui disposent enfin d’un cadre national de compĂ©tences.

La réalité ? Sans ce type de référentiel, chaque dispositif d’orientation – y compris numérique – part dans son coin.


2. Les 3 blocs de compétences : une boussole pour l’orientation

Les trois blocs du référentiel Avenir(s) forment une boussole pédagogique. Ils répondent à trois questions simples :

2.1. Bloc 1 – S’informer et se repérer dans la société de l’information

Cette partie vise à rendre les élèves autonomes face à la masse d’informations sur les formations et les métiers.

On y retrouve des compétences comme :

  • chercher des informations fiables sur les Ă©tudes et les dĂ©bouchĂ©s ;
  • dĂ©crypter les sources (institutionnelles, privĂ©es, rĂ©seaux sociaux) ;
  • comparer des parcours, comprendre les prĂ©requis, les dĂ©bouchĂ©s rĂ©els ;
  • identifier les biais (marketing des Ă©coles, promesses d’employabilitĂ©, etc.).

C’est exactement là que l’IA éducative peut aider, mais seulement si les élèves savent ce qu’ils font. Un assistant IA peut par exemple :

  • aider Ă  reformuler une question d’orientation ;
  • proposer une synthèse simple de plusieurs fiches mĂ©tiers ;
  • gĂ©nĂ©rer des comparatifs de formations.

Mais sans esprit critique, ces outils deviennent juste une nouvelle source de confusion. Le bloc 1 du référentiel est donc un garde-fou indispensable.

2.2. Bloc 2 – Se découvrir et cultiver ses ambitions

Ce bloc cible le cœur de l’orientation : mieux se connaître.

On parle de compétences comme :

  • identifier ses centres d’intĂ©rĂŞt, ses forces, ses modes d’apprentissage ;
  • repĂ©rer ce qui fait sens pour soi (valeurs, envies, contraintes) ;
  • mettre en mots ses motivations et ses inquiĂ©tudes ;
  • oser formuler des ambitions, mĂŞme quand l’environnement social ne les favorise pas.

Ici, les usages intelligents de l’IA sont nombreux :

  • questionnaires interactifs qui aident l’élève Ă  verbaliser ses prĂ©fĂ©rences ;
  • carnets numĂ©riques qui suivent dans le temps les projets, Ă©checs, rĂ©ussites ;
  • suggestions d’activitĂ©s ou de stages en fonction des goĂ»ts repĂ©rĂ©s.

Mais ces outils ne sont pertinents que si l’on sait quelle compétence on veut travailler : clarification de ses intérêts, projection dans un métier, prise de conscience de ses progrès… Le référentiel sert de repère commun pour les professeurs, les Psy-EN et les outils numériques.

2.3. Bloc 3 – Se construire et se projeter dans un monde en mouvement

Dernier bloc : la capacité à faire des choix éclairés dans un contexte incertain.

On y retrouve par exemple :

  • imaginer plusieurs scĂ©narios de parcours (plan A, B, C) ;
  • comprendre l’évolution des mĂ©tiers, le poids du numĂ©rique et de l’IA dans le travail ;
  • accepter l’idĂ©e de reconversion, de formation tout au long de la vie ;
  • prendre des dĂ©cisions argumentĂ©es Ă  partir de critères explicites.

Ce bloc est particulièrement stratégique en 2025, alors que :

  • les mĂ©tiers liĂ©s au numĂ©rique et Ă  l’IA se multiplient ;
  • les besoins de compĂ©tences transversales (coopĂ©rer, apprendre Ă  apprendre, rĂ©soudre des problèmes complexes) explosent ;
  • les Ă©lèves doivent intĂ©grer Parcoursup, la rĂ©forme du lycĂ©e professionnel, la modularisation des parcours, etc.

L’orientation n’est plus un moment en terminale : c’est une compétence permanente. Le référentiel Onisep est l’outil qui l’énonce clairement.


3. Comment articuler référentiel Onisep et IA pour un véritable apprentissage personnalisé

Pour que l’IA ait un sens en orientation, elle doit s’adosser à un cadre pédagogique solide. Le référentiel des compétences à s’orienter joue ici un rôle de charnière.

3.1. Des parcours personnalisés… mais cadrés

Un ENT ou une plateforme d’orientation augmentée par l’IA peut par exemple :

  • proposer Ă  chaque Ă©lève une progression personnalisĂ©e sur les 15 compĂ©tences ;
  • dĂ©tecter que tel Ă©lève maĂ®trise bien la recherche d’informations, mais a du mal Ă  se projeter ;
  • suggĂ©rer aux enseignants des activitĂ©s ciblĂ©es (atelier dĂ©bat mĂ©tiers, simulation d’entretien, rĂ©daction de projet motivé…).

L’IA ne « décide » pas pour l’élève. Elle :

  • aide Ă  visualiser les progrès ;
  • signale des zones Ă  retravailler ;
  • propose des contenus adaptĂ©s Ă  l’âge, au niveau, au type de lycĂ©e.

Les choix restent accompagnés par des humains : professeurs, Psy-EN, familles. La valeur ajoutée, c’est la personnalisation de l’accompagnement, pas l’automatisation des décisions.

3.2. Quelques scénarios concrets au collège et au lycée

Au collège (5e–3e)

  • En 5e, un module en ligne guidĂ© par l’IA propose des mini-activitĂ©s sur « mieux se connaĂ®tre ». Les rĂ©ponses alimentent un portfolio d’orientation, construit sur les compĂ©tences du rĂ©fĂ©rentiel.
  • En 4e, l’outil suggère des vidĂ©os mĂ©tiers correspondant aux intĂ©rĂŞts repĂ©rĂ©s et pose des questions de comprĂ©hension, directement liĂ©es au bloc 1 (s’informer).
  • En 3e, l’IA aide Ă  structurer un bilan d’orientation : forces, envies, pistes de formation. Le professeur principal valide, corrige, nuance.

Au lycée général et technologique

  • En 2de, un assistant IA intĂ©grĂ© Ă  l’ENT accompagne les Ă©lèves dans l’exploration des spĂ©cialitĂ©s, affiche des simulations de parcours jusqu’au supĂ©rieur et dĂ©compose les compĂ©tences concernĂ©es.
  • En 1re, l’outil analyse les expĂ©riences (stages, projets, options) consignĂ©es dans le portfolio et propose des scĂ©narios alternatifs de poursuite d’études, toujours avec un lien explicite aux compĂ©tences du rĂ©fĂ©rentiel.
  • En terminale, il aide Ă  rĂ©diger des projets motivĂ©s cohĂ©rents, mais sans faire le texte Ă  la place de l’élève : l’enseignant garde la main, l’IA sert surtout Ă  structurer, clarifier, vĂ©rifier la cohĂ©rence.

Au lycée professionnel

  • Les compĂ©tences Ă  s’orienter sont travaillĂ©es Ă  partir des PFMP, des rencontres avec les professionnels, des projets de chef-d’œuvre.
  • Un outil IA peut aider Ă  analyser les tâches rĂ©alisĂ©es en entreprise, Ă  identifier des compĂ©tences transfĂ©rables et Ă  les relier Ă  des poursuites d’études possibles (BTS, mentions complĂ©mentaires, reconversion future).

Dans tous ces cas, on voit bien le rôle du référentiel :

Sans cadre de compétences, l’IA en orientation devient un gadget. Avec le référentiel Onisep, elle devient un outil d’apprentissage structuré.


4. Bonnes pratiques pour les équipes éducatives qui veulent s’emparer du référentiel

La question n’est plus : Faut‑il utiliser le référentiel ? Il est là, pensé collectivement par l’Onisep, la recherche (LaPEA) et le terrain. La vraie question, c’est : comment l’intégrer intelligemment dans la vie de l’établissement, avec ou sans IA ?

4.1. Construire une progression de la 5e Ă  la terminale

Une démarche efficace consiste à :

  1. Cartographier l’existant : où travaille‑t‑on déjà certaines compétences (EMI, heures de vie de classe, chef‑d’œuvre, projets disciplinaires…) ?
  2. Identifier les manques : par exemple, on parle beaucoup de métiers, mais peu de prise de décision ou d’analyse critique des informations.
  3. Fixer des objectifs par niveau : 3 ou 4 compétences‑clés par année, plutôt qu’une dispersion.
  4. Associer les familles : expliquer que l’orientation n’est pas un « coup de pression » de 3e ou de terminale, mais un apprentissage progressif.

4.2. Utiliser l’IA comme un révélateur, pas comme un pilote automatique

Si votre établissement commence à tester des outils d’IA pour l’orientation ou l’accompagnement personnalisé :

  • partez du rĂ©fĂ©rentiel, pas de la technologie ;
  • dĂ©finissez prĂ©cisĂ©ment : « quelle compĂ©tence veut‑on dĂ©velopper avec cet outil ? » ;
  • gardez une trace des activitĂ©s dans un portfolio d’orientation accessible Ă  l’élève tout au long de sa scolaritĂ© ;
  • organisez des temps de retour rĂ©flexif : ce que l’outil propose est‑il rĂ©aliste, souhaitable, adaptĂ© ? Qu’en pensent les Ă©lèves ?

Un principe simple fonctionne bien :

L’IA propose, l’élève réfléchit, l’adulte accompagne, le référentiel structure.

4.3. Former les adultes… autant que les élèves

On sous‑estime souvent ce point : les équipes éducatives ont elles aussi besoin de se former aux compétences à s’orienter et à l’usage de l’IA.

Quelques pistes :

  • organiser des ateliers internes autour des fiches du rĂ©fĂ©rentiel ;
  • croiser les regards : professeurs, Psy‑EN, CPE, documentalistes ;
  • mutualiser des sĂ©quences prĂŞtes Ă  l’emploi indexĂ©es sur les 15 compĂ©tences ;
  • dĂ©finir un cadre Ă©thique local pour l’usage de l’IA : ce qu’on accepte, ce qu’on refuse (pas de rĂ©daction automatique des lettres de motivation, par exemple).

5. Faire de l’orientation une compétence de vie, soutenue par l’IA

Le référentiel Onisep des compétences à s’orienter envoie un message fort : s’orienter, ça s’apprend, et ça s’apprend tôt. En 2025, avec la montée de l’IA dans l’éducation et sur le marché du travail, cette idée n’est plus un luxe, c’est une nécessité.

Pour les établissements, c’est l’occasion de :

  • sortir d’une logique de « salon de l’étudiant + Parcoursup » ;
  • construire de vrais parcours d’orientation sur plusieurs annĂ©es ;
  • expĂ©rimenter des usages intelligents de l’IA, alignĂ©s sur des compĂ©tences clairement dĂ©finies.

Pour les élèves, c’est la garantie d’être mieux armés pour :

  • dĂ©crypter l’information sur les mĂ©tiers et les formations ;
  • se connaĂ®tre, assumer leurs ambitions, ajuster leurs choix ;
  • accepter que leur vie professionnelle sera faite de transitions… et s’y prĂ©parer.

La transition est déjà en cours dans beaucoup de collèges et de lycées. Ceux qui réussiront le mieux seront ceux qui auront compris ceci :

L’orientation n’est pas un service à rendre aux élèves une fois par an, c’est une compétence à construire, jour après jour, avec des outils numériques et d’IA au service d’un cadre clair : le référentiel des compétences à s’orienter.

Si vous travaillez dans un établissement, la prochaine étape est simple : mettez le référentiel Avenir(s) au centre de vos projets d’orientation, puis regardez comment vos outils numériques – y compris l’IA – peuvent aider chaque élève à progresser réellement sur ces compétences.