IA et écoles numériques : des usages concrets pour la classe

L'IA dans l'Éducation Française: Apprentissage Personnalisé••By 3L3C

L’IA est déjà dans les classes françaises. Voici comment s’appuyer sur les ressources éduscol pour construire de vrais parcours d’apprentissage personnalisés.

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Enseigner avec le numérique en 2025 : l’IA entre vraiment en classe

Une chose frappe quand on parcourt les ressources d’éduscol mises à jour en 11/2025 : l’intelligence artificielle n’est plus un sujet de colloque, elle est intégrée aux outils du quotidien. Cycle 2, cycle 3, lycée, ruralité, éducation prioritaire… les dispositifs se multiplient et commencent à structurer une nouvelle manière d’enseigner.

Ce billet s’inscrit dans la série « L’IA dans l’Éducation Française : Apprentissage Personnalisé ». L’idée : partir de ce que propose déjà le ministère (Éléa, M.I.A Seconde, IA pour les fondamentaux, observatoire national, etc.) et montrer comment un enseignant, un chef d’établissement ou une collectivité peut passer de la ressource à un véritable projet pédagogique personnalisé.

La réalité ? C’est plus simple qu’on le croit… à condition d’avancer avec méthode et de garder le contrôle pédagogique.


1. Ce que recouvre vraiment « enseigner avec le numérique » en 2025

Enseigner avec le numérique en 2025, ce n’est plus seulement avoir un ENT et quelques tablettes. C’est articuler ressources, scénarios pédagogiques et IA pour suivre les élèves au plus près.

La page éduscol « Enseigner avec le numérique » donne une bonne cartographie de ces briques :

  • des scĂ©narios pĂ©dagogiques clĂ© en main (Édubase, TraAM) ;
  • des plateformes d’apprentissage comme ÉlĂ©a ;
  • des ressources IA ciblĂ©es par niveau (fondamentaux au cycle 2, apprentissages au cycle 3, remĂ©diation en seconde avec M.I.A.) ;
  • des contenus pour dĂ©velopper la culture et la citoyennetĂ© numĂ©riques (donnĂ©es personnelles, cybersĂ©curitĂ©, EMI, programmation) ;
  • des ressources pour enseigner dans des contextes spĂ©cifiques : ruralitĂ©, premier degrĂ©, Ă©changes europĂ©ens, etc.

L’intérêt majeur de ce paysage, c’est qu’il permet enfin de penser l’apprentissage personnalisé à l’échelle d’un établissement, pas seulement comme l’initiative isolée de quelques profs « geeks ».

L’IA n’a de sens à l’École que si elle sert un projet pédagogique clair : mieux suivre les élèves, mieux les faire progresser, mieux les responsabiliser.


2. L’IA au service des apprentissages fondamentaux (cycles 2 et 3)

Les premières briques d’IA déployées par l’Éducation nationale ciblent les fondamentaux : lire, écrire, compter au cycle 2, puis consolider au cycle 3. C’est stratégique : c’est là que les écarts se creusent et que la personnalisation fait vraiment la différence.

Cycle 2 : un « assistant patient » pour les fondamentaux

Le dispositif « L’intelligence artificielle pour accompagner les apprentissages des fondamentaux au cycle 2 » illustre bien ce changement :

  • l’élève travaille sur des exercices adaptĂ©s Ă  son niveau,
  • l’IA analyse ses rĂ©ussites et ses erreurs en temps rĂ©el,
  • les exercices suivants sont ajustĂ©s automatiquement (plus simples, plus complexes, ou ciblĂ©s sur une compĂ©tence prĂ©cise),
  • l’enseignant dispose de tableaux de bord synthĂ©tiques pour repĂ©rer les besoins individuels.

Concrètement, en CP ou CE1, cela permet :

  • d’identifier très tĂ´t les Ă©lèves en risque de difficultĂ© de lecture ;
  • d’éviter de lasser les plus avancĂ©s avec des tâches trop faciles ;
  • de libĂ©rer du temps de l’enseignant pour les interactions Ă  forte valeur ajoutĂ©e (explicitation, reformulation, manipulation).

Cycle 3 : consolider et préparer le collège

Au cycle 3, la ressource « L’IA au service des apprentissages au cycle 3 » poursuit la même logique, mais avec des tâches plus complexes :

  • problèmes multi-Ă©tapes en mathĂ©matiques,
  • comprĂ©hension fine de texte,
  • rĂ©vision adaptative (espacement des rĂ©visions en fonction des rĂ©sultats).

Ce que j’ai vu fonctionner dans les écoles qui s’y engagent sérieusement, c’est un mix très assumé :

  • temps collectif sans Ă©cran pour construire la notion, dĂ©battre, manipuler ;
  • temps de travail autonome outillĂ© par l’IA pour la pratique, la mĂ©morisation et le feedback rapide ;
  • temps de remĂ©diation en petit groupe ciblĂ© par les donnĂ©es issues de la plateforme.

On reste dans une pédagogie très classique sur le plan des objectifs, mais radicalement plus fine sur le suivi de chaque élève.


3. M.I.A. Seconde : personnaliser la remédiation au lycée

Avec M.I.A. Seconde, on change d’échelle : l’IA n’est plus seulement un « correcteur intelligent », elle devient un outil de pilotage de la remédiation en français et en mathématiques.

M.I.A. Seconde, présenté sur éduscol comme « une approche personnalisée de la remédiation en français et en mathématiques », répond à un problème bien concret :

  • des classes hĂ©tĂ©rogènes en seconde,
  • des heures d’aide personnalisĂ©e difficiles Ă  organiser,
  • des enseignants qui manquent de temps pour crĂ©er des parcours diffĂ©renciĂ©s pour 30 Ă©lèves.

Comment un lycée peut l’utiliser intelligemment

Un usage efficace que j’ai observé ressemble à ça :

  1. Positionnement diagnostic via la plateforme dès le début de l’année.
  2. Constitution de groupes de besoin évolutifs (et non figés) en AP ou en accompagnement personnalisé.
  3. Utilisation de M.I.A. pour :
    • fournir des exercices ciblĂ©s Ă  chaque Ă©lève ;
    • produire des indicateurs pour les conseils pĂ©dagogiques (compĂ©tences fragiles, progression rĂ©elle, etc.).
  4. Réinvestissement en classe entière : travail d’écriture, activités orales, projets, où l’enseignant reprend les notions travaillées en ligne.

Le piège, c’est de déléguer toute la remédiation à la machine. Le bon équilibre :

  • l’IA pour la rĂ©pĂ©tition, la dĂ©tection fine des erreurs, l’adaptive learning ;
  • l’enseignant pour la mise en sens, l’encouragement, la mĂ©tacognition (« comment tu as fait ? »).

4. Construire des scénarios hybrides avec Éléa et Édubase

Pour que l’IA et le numérique éducatif ne restent pas des « couches » posées sur des pratiques anciennes, il faut les intégrer dans de vrais scénarios pédagogiques. C’est exactement ce que permettent Éléa et Édubase.

Éléa : la colonne vertébrale de vos parcours

La plateforme d’apprentissage Éléa est particulièrement intéressante pour l’apprentissage personnalisé :

  • elle permet de crĂ©er des parcours modulaires avec diffĂ©rents chemins selon les rĂ©ponses de l’élève ;
  • elle s’articule avec d’autres ressources (vidĂ©os, webradio, exercices interactifs, IA externe) ;
  • elle propose un suivi fin : temps passĂ©, rĂ©ussite par activitĂ©, taux de complĂ©tion.

Un scénario typique au collège ou au lycée :

  1. Séance d’introduction en présentiel (questionnement, mise en situation).
  2. Parcours Éléa pour l’appropriation des contenus, avec :
    • capsules vidĂ©o,
    • quiz auto-corrigĂ©s,
    • branchements conditionnels (si score < 60 %, renvoi vers un module de remĂ©diation).
  3. Séance de synthèse en classe, centrée sur :
    • les erreurs les plus frĂ©quentes repĂ©rĂ©es dans ÉlĂ©a ;
    • une tâche complexe rĂ©alisĂ©e en groupe.

Édubase, TraAM, Prim à bord : ne pas repartir de zéro

L’autre force de l’écosystème éduscol, ce sont les banques de scénarios éprouvés :

  • Édubase pour tous les niveaux et disciplines,
  • TraAM pour des expĂ©rimentations plus poussĂ©es,
  • Prim Ă  bord pour le premier degrĂ©.

Plutôt que de tout inventer, un enseignant gagne un temps précieux en :

  • partant d’un scĂ©nario existant,
  • y intĂ©grant une brique IA (par exemple : activitĂ© de remĂ©diation adaptative entre deux sĂ©ances),
  • mutualisant ensuite le retour d’expĂ©rience dans son Ă©quipe, son acadĂ©mie, ou les rĂ©seaux institutionnels.

5. Ruralité, inclusion et égalité des chances : là où l’IA peut vraiment peser

Les ressources « Écoles numériques innovantes et ruralité », l’IA pour les fondamentaux, les communs numériques… convergent vers un enjeu central : réduire les inégalités territoriales et sociales.

Dans un petit collège rural ou une école de montagne, l’IA et les plateformes nationales peuvent :

  • compenser un accès plus limitĂ© Ă  certaines options ou dispositifs ;
  • proposer des ressources de très haut niveau identiques Ă  celles des grands Ă©tablissements urbains ;
  • faciliter le travail en petits groupes lĂ  oĂą les effectifs sont très hĂ©tĂ©rogènes.

Pour autant, il y a des conditions de réussite claires :

  • une connexion et des Ă©quipements fiables (sinon la promesse s’effondre) ;
  • un accompagnement de proximitĂ© pour les enseignants (rĂ©fĂ©rents numĂ©riques, rĂ©seaux acadĂ©miques) ;
  • un travail Ă©troit avec les collectivitĂ©s sur la durabilitĂ© des matĂ©riels.

Je suis convaincu que les projets les plus puissants dans les territoires ruraux et éloignés combinent :

  • un projet numĂ©rique local (dotation, ENT, organisation des espaces),
  • l’usage raisonnĂ© d’outils IA pour les fondamentaux,
  • et un ancrage dans les communs numĂ©riques (ressources libres, culture des donnĂ©es, citoyennetĂ© numĂ©rique).

6. Culture numérique, données et éthique : fixer un cadre solide

Plus l’IA entre en classe, plus le cadre éthique et juridique devient non négociable. Là-dessus, éduscol est très clair, avec :

  • le rĂ©fĂ©rentiel CNIL pour la protection des donnĂ©es personnelles des Ă©lèves ;
  • la charte pour l’éducation Ă  la culture et Ă  la citoyennetĂ© numĂ©riques ;
  • les ressources sur l’éducation aux mĂ©dias et Ă  l’information et la cybersĂ©curitĂ©.

Quelques points incontournables pour un établissement qui veut développer l’IA éducative :

  • Informer clairement les familles sur les outils utilisĂ©s, les donnĂ©es collectĂ©es, les finalitĂ©s.
  • Travailler avec des services validĂ©s par l’Éducation nationale (comme ceux mis en avant sur Ă©duscol) plutĂ´t qu’avec des applications grand public opaques.
  • IntĂ©grer la question des donnĂ©es et des algorithmes dans les cours : ce n’est pas qu’un sujet technique, c’est un objet d’enseignement.

L’objectif est double :

  • protĂ©ger les Ă©lèves ;
  • en faire des citoyens numĂ©riques capables de comprendre et critiquer les systèmes d’IA auxquels ils seront confrontĂ©s toute leur vie.

7. Comment démarrer concrètement dans votre établissement

Vous n’êtes pas obligé de tout transformer d’un coup. Les établissements qui réussissent leur virage vers l’IA éducative avancent par petits pas très structurés :

  1. Choisir un champ prioritaire : fondamentaux cycle 2, remédiation en seconde, soutien en 6e… inutile de viser tout le système tout de suite.
  2. Identifier 1 ou 2 outils institutionnels : par exemple IA fondamentaux + Éléa, ou M.I.A. Seconde + scénarios Édubase.
  3. Former un noyau d’enseignants volontaires, quitte à élargir ensuite.
  4. Construire des scénarios hybrides simples : une séquence existante dans laquelle vous insérez une activité IA ciblée.
  5. Suivre quelques indicateurs concrets : progression moyenne, réduction du nombre d’élèves en grande difficulté, engagement des élèves.
  6. Partager les résultats en conseil pédagogique, puis ajuster.

Ce n’est pas la technologie qui fera la différence, mais la capacité de l’équipe à :

  • garder le cap pĂ©dagogique,
  • exploiter finement les donnĂ©es d’apprentissage,
  • maintenir des temps d’échange humains riches.

Conclusion : l’IA comme prolongement du métier, pas comme substitut

L’ensemble des ressources « Enseigner avec le numérique » montre bien la direction prise par l’Éducation nationale : l’IA n’est pas pensée pour remplacer l’enseignant, mais pour renforcer sa capacité à personnaliser les apprentissages.

Entre les IA pour les fondamentaux, M.I.A. Seconde, les parcours Éléa et les communs numériques, tout est en place pour qu’un établissement français, en 2025, puisse bâtir un vrai projet d’apprentissage personnalisé pour ses élèves.

La question n’est donc plus « faut-il utiliser l’IA à l’École ? », mais plutôt :

Comment voulons-nous l’utiliser, collectivement, pour qu’elle reste au service d’une école plus juste, plus exigeante et plus humaine ?

Le prochain billet de la série « L’IA dans l’Éducation Française : Apprentissage Personnalisé » ira plus loin sur ce point : comment construire une politique d’établissement cohérente autour de l’IA, de la maternelle à la terminale.