Le marketing d’influence entre dans une phase de maturité. Budgets en hausse, co-création, éthique : voici comment préparer une stratégie solide pour 2026.
Le chiffre est tombé : 72 % des marques européennes vont augmenter leur budget d’influence en 2026. On n’est plus sur des tests à 10 000 € pour « voir ce que ça donne », mais sur des enveloppes médianes à 175 000 €, avec des marques françaises qui montent régulièrement au million.
La réalité ? Le marketing d’influence n’est plus un gadget social media. C’est devenu un levier structurant du récit de marque, au même titre que la TV, le digital paid ou les RP. Et pour les équipes marketing françaises, 2026 s’annonce comme une année charnière : plus de moyens, plus d’outils, mais aussi plus de contrôle éthique et de pression business.
Cet article reprend les 7 grandes tendances du baromètre Kolsquare/NewtonX 2025 et les traduit en choix très concrets pour les directions marketing, communication et social media qui veulent professionnaliser leur influence en France.
1. Budgets d’influence en hausse : comment investir intelligemment ?
Les budgets d’influence augmentent parce que les marques ont enfin des preuves que ça fonctionne. Mais plus de budget ne signifie pas automatiquement meilleures performances.
Les données clés :
- 72 % des marques européennes prévoient d’augmenter leur budget influence en 2026
- Dépense médiane : 175 000 €
- 11 % des marques dépassent 1 M€
- En France, forte concentration entre 200 000 € et 1 M€, et 9 % au-delà du million
Ce que ça change pour un directeur marketing en France
Avec ce niveau d’enveloppe, vous ne pouvez plus gérer l’influence comme une opération spéciale isolée. Il faut :
- Relier systématiquement l’influence au business : notoriété, considération, ventes e-commerce, trafic en magasin, recrutement…
- Planifier à l’année, avec de vrais temps forts (lancements, marronniers, pics saisonniers) plutôt que des coups ponctuels
- Arbitrer médias vs influence : accepter parfois de retirer 5–10 % de budget TV ou display pour financer des programmes de créateurs sur 6 à 12 mois
Un exemple concret : une marque de beauté qui investissait 80 % de son digital en social ads et 20 % en influence passe à 60 / 40, mais en demandant en échange des créateurs :
- des séries de contenus scénarisés
- une présence sur plusieurs temps forts (nouvelle gamme, fêtes, soldes)
- des droits d’usage pour réexploiter les contenus sur ses propres canaux
2. De la publication sponsorisée à la co-création éditoriale
La principale bascule de 2026, c’est le passage d’un modèle “je paye un post” à un modèle “on écrit l’histoire ensemble”.
Les formats plébiscités :
- Co-création : 64 % des marques
- Publications sponsorisées : 61 %
- Événements avec créateurs : 53 %
- UGC amplifié : 55 %
- Affiliation en recul : seulement 23 % veulent le renforcer
Pourquoi la co-création prend le dessus
Les audiences ont appris à repérer le « #ad » sans âme. Les campagnes qui fonctionnent en 2025–2026 :
- laissent le ton, l’angle et parfois le concept au créateur
- s’inscrivent dans son univers (running, cuisine, parentalité, gaming…)
- racontent une histoire sur plusieurs épisodes au lieu d’un seul post produit
Concrètement, au lieu de briefer :
« 1 Reel + 3 stories pour présenter notre nouveau produit »
on commence à formuler :
« Une mini-série de 4 contenus où tu montres comment ce produit t’aide vraiment dans ta routine, avec un épisode “raté” si c’est fidèle à toi »
Comment structurer la co-création sans perdre le contrôle
Pour les marques françaises, la bonne approche en 2026, c’est :
- Poser un cadre éditorial clair : valeurs, sujets interdits, ton, objectifs business.
- Valider le concept, pas chaque virgule : on valide la trame, on laisse respirer l’exécution.
- Prévoir des droits d’usage : pour réutiliser ces contenus en social ads, sur le site, en newsletters.
- Accepter l’irrégularité : un contenu un peu “brut” mais cohérent avec le créateur performe souvent mieux qu’une vidéo ultra léchée mais hors de son style.
3. Organisations hybrides : internaliser l’influence sans se couper de l’écosystème
Les marques internalisent l’influence, mais ne travaillent presque jamais en solo.
Quelques chiffres :
- 89 % des directions marketing internalisent une partie de l’influence
- 61 % travaillent encore avec des agences
- 39 % utilisent des plateformes technologiques (49 % en France, +10 pts vs Europe)
- 60 % des marques collaborent avec moins de 100 créateurs par an
- 86 % activent des micro-influenceurs
- 64 % testent régulièrement de nouveaux profils
Pourquoi l’hybride est la bonne réponse
Le trio qui fonctionne en 2026 :
- Équipe interne : stratégie, connaissance de la marque, suivi des indicateurs business.
- Plateforme d’influence / data : sourcing, vérification des audiences, gestion des contrats, reporting.
- Agence / collectif créatif : idées de dispositifs, storytelling, coordination multi-créateurs.
Ce mix permet :
- d’éviter la dépendance totale à une agence
- d’industrialiser ce qui doit l’être (contrats, facturation, tracking)
- de garder une souplesse créative et une vision marché (notamment sur TikTok, Twitch, YouTube)
Micro-influence : massifier sans diluer la marque
Travailler avec des micro-influenceurs est efficace si vous évitez deux pièges :
- Trop de volume sans ligne éditoriale : 200 petits créateurs qui disent la même phrase, ça ressemble vite à du spam.
- Pas assez d’outils : gérer 50 à 100 contrats “à la main” est impossible à long terme.
La bonne pratique :
- définir 3–4 territoires d’expression (ex. : “conseils d’experts”, “vie réelle”, “backstage de la marque”, “engagement RSE”)
- constituer des pools de micro-influenceurs par territoire
- travailler avec eux par vagues thématiques plutôt qu’en opérations isolées
4. Influence cross-canal : diffuser l’énergie des créateurs partout
L’influence n’est plus un silo social media. Elle devient une matière première de contenu pour tout l’écosystème de marque.
Les pratiques qui montent :
- 49 % des marques intègrent l’influence dans le plan de communication global
- 46 % amplifient les contenus créateurs via le paid media
- 45 % incluent l’influence dans les campagnes de branding
Comment connecter influence, paid et médias propriétaires
Un contenu créateur performant ne doit plus rester coincé sur un seul compte Instagram. Il peut nourrir :
- vos campagnes social ads : formats UGC performants en acquisition
- vos pages produits : avis incarnés, démonstrations, avant/après
- vos newsletters : focus sur un créateur, tutoriel, “sélection de la communauté”
- vos événements physiques : invités, live, contenus live-to-replay
Un schéma efficace pour 2026 :
- On co-crée du contenu avec 3 à 10 créateurs sur un enjeu clé (lancement, repositionnement, cause, etc.).
- On repère les contenus qui performent le mieux en organique (taux de complétion, partage, sauvegarde, commentaires).
- On les pousse ensuite via paid social (Spark Ads, whitelisting, dark posts) sur des audiences plus larges.
- On réintègre ces meilleurs contenus dans le site, le CRM, les présentations commerciales.
Résultat : le budget influence ne sert plus seulement à “faire du bruit”, mais à produire un asset créatif utilisé sur l’année.
5. ROI, data et éthique : l’influence responsable devient la norme
Les marques ne regardent plus que le ROI court terme ; elles regardent aussi la conformité, les valeurs et la qualité des données.
Le baromètre montre :
- Le ROI reste prioritaire pour 37 % des marques (vs 50 % en 2024)
- Les inquiétudes montent sur : hausse des coûts, opacité des tarifs, fiabilité de la data
- En France :
- 76 % exigent une stricte conformité publicitaire
- 70 % refusent les produits sensibles
- 36 % valorisent des créateurs engagés
- En Europe : 68 % exigent le respect des règles, 25 % évaluent l’engagement anti-harcèlement et anti-discrimination
Ce que ça implique pour votre stratégie d’influence
En 2026, une marque française crédible devra :
- Formaliser une charte d’influence responsable : transparence, sujets interdits, partenariats refusés, discours autorisés.
- Contrôler systématiquement la conformité : mentions publicitaires, placement de produit, protection des mineurs.
- Évaluer les risques réputationnels : historique du créateur, controversies, propos discriminatoires, complotisme…
Personnellement, je pense qu’on va très vite passer du simple "#ad" obligatoire à une vraie notation éthique des collaborations : sobriété, impact environnemental, diversité, discours de haine, etc.
Mesurer mieux que le simple “reach”
Pour sortir de l’obsession du CPM et du like, les annonceurs français les plus avancés suivent déjà :
- Taux de conversation (commentaires utiles, questions, réponses)
- Recherche de marque (volume et requêtes sur les moteurs de recherche après les campagnes)
- Effet halo sur les ventes (corrélation des ventes online/offline avec les temps forts d’influence)
- Impact sur la réputation (sentiment des mentions sociales, enquêtes de brand lift)
L’idée n’est pas d’abandonner le ROI, mais de le replacer dans un ensemble plus large : impact business + impact réputationnel + impact sociétal.
6. Creator economy : un marché massif, à taille humaine
La creator economy n’est plus un micro-phénomène. C’est un marché structuré avec ses codes, ses métiers et ses attentes.
Les chiffres clés :
- Taille du marché de l’influence en France : 519 M€
- Plus d’1 million de créateurs en Europe
- 152 000 créateurs en France
- 95 % de micro-influenceurs sur Instagram, 90 % sur TikTok
- Top 3 plateformes : Instagram, TikTok, YouTube
Comment naviguer dans ce marché en 2026
Face à ce volume, deux écueils :
- Se focaliser uniquement sur quelques stars très chères, très volatiles, avec un risque d’overdose publicitaire.
- Se perdre dans une masse de micro-créateurs sans ligne éditoriale.
La stratégie la plus pertinente pour les marques françaises :
- Travailler une vraie “marque employeur” auprès des créateurs : transparence, respect des délais de paiement, brief clairs, liberté créative.
- Créer des programmes de créateurs sur la durée : ambassades sur 6–12 mois plutôt que 3 campagnes flash.
- Adapter les dispositifs par plateforme :
- Instagram pour l’esthétique, le storytelling et la réassurance
- TikTok pour l’expérimentation, l’humour, la découverte
- YouTube pour la profondeur, le test produit, l’éducation
7. Vers une influence plus responsable et plus intelligente en 2026
Le vrai mouvement de fond, c’est le passage de “faut-il faire de l’influence ?” à “comment la faire mieux, et avec qui ?”.
On voit émerger un modèle plus mature :
- Structuré : budgets planifiés, process, outils, indicateurs clairs.
- Éditorial : co-création, scénarisation, transversalité avec la communication globale.
- Responsable : conformité, éthique, choix des partenaires, refus de certains produits.
Pour les marques françaises, 2026 est une bonne opportunité de prendre de l’avance : les attentes réglementaires et sociétales en France sont plus fortes que dans beaucoup de pays européens. C’est une contrainte… mais aussi un avantage compétitif.
Que faire concrètement dès maintenant ?
Si vous devez prioriser, je recommande :
- Audit de vos pratiques d’influence 2024–2025 : qui, quoi, combien, avec quels résultats et quels risques.
- Définition d’un cadre éthique et éditorial clair, partagé avec vos agences et plateformes.
- Choix d’un modèle d’organisation hybride : interne + agence + techno, chacun avec un rôle identifié.
- Pilotes de co-création structurés sur 2–3 temps forts 2026, avec droits d’usage prévus.
- Mise en place d’un reporting enrichi : ROI + impact de marque + indicateurs d’éthique.
L’influence en 2026 ne récompensera plus ceux qui crient le plus fort, mais ceux qui savent raconter des histoires vraies, avec les bons créateurs, au bon endroit et au bon moment.