Les silver influenceurs bousculent les codes de l’influence en France. Pourquoi et comment les intégrer à votre stratégie marketing dès maintenant.
Silver influenceurs : l’atout oublié des marques
En France, 43 % des plus de 65 ans utilisent les réseaux sociaux. Cela représente environ six millions de personnes. Autrement dit : vos clients d’hier ne sont pas partis à la retraite du numérique, ils se sont simplement déplacés sur TikTok, Instagram et YouTube.
Voici le vrai sujet : pendant que beaucoup de directions marketing continuent de cibler « les jeunes » à tout prix, une génération de silver influenceurs construit des communautés puissantes, engagées, et souvent bien plus solvables que la Gen Z. Et les marques qui s’y intéressent tôt prennent une longueur d’avance.
Ce billet décortique le phénomène des granfluencers, montre pourquoi il change le marketing d’influence en France et propose une méthode concrète pour intégrer les seniors créateurs de contenu dans votre stratégie médias & com.
1. Qui sont vraiment les silver influenceurs ?
Les silver influenceurs sont des créateurs de contenu de 55, 60, 70 ans et plus, actifs sur les réseaux sociaux, capables de fédérer des communautés parfois gigantesques. Ils parlent de beauté, de cuisine, de sport, de finance, de gaming, de vie quotidienne… bref, des mêmes sujets que les autres créateurs, mais avec une expérience de vie en plus.
Quelques repères pour comprendre le phénomène :
- 43 % des 65+ sont sur les réseaux sociaux en France (Les Séniorales 2024).
- La vague s’est accélérée pendant le Covid : le smartphone est devenu la nouvelle visite du dimanche.
- Les contenus les plus populaires : tutoriels beauté, humour du quotidien, conseils bien-être, recettes, défis TikTok, vidéos intergénérationnelles.
« On vit encore, on existe encore ! »
Ce cri de Nicole Tonnelle Vaspard résume parfaitement l’enjeu : la visibilité et la représentation des plus de 60 ans dans la culture digitale.
Les codes : authenticité, humour, proximité
Là où de nombreux créateurs plus jeunes polissent leurs feeds à l’extrême, les silver influenceurs jouent sur :
- L’authenticité : peu de filtre, un ton direct, des avis tranchés.
- L’autodérision : ils rient de leurs oublis, de leurs difficultés techniques, de leurs rides.
- La proximité : ils répondent aux commentaires, partagent des anecdotes très concrètes.
Résultat : des taux d’engagement souvent élevés, une confiance forte, et une capacité rare à toucher plusieurs générations en même temps.
2. Des rockstars du web : portraits qui bousculent les clichés
Pour mesurer le potentiel marketing des silver influenceurs, rien ne vaut quelques exemples très concrets.
Nicole Tonnelle Vaspard : la beauté après 60 ans
À 74 ans, Nicole Tonnelle Vaspard, ex-esthéticienne, anime une chaîne YouTube dédiée à la beauté des femmes de plus de 50 ans. Elle rassemble environ 480 000 abonnés.
Pendant les confinements, son audience explose : les enfants mettent un smartphone entre les mains de leurs parents et grands-parents pour garder le lien. Nicole devient une référence. Son message est clair :
« Il n’existait rien pour les 50 ans et plus. Les statistiques s’arrêtaient à 70 ans. On vit encore, on existe encore ! »
Pour une marque de cosmétique, ce n’est pas juste un « joli cas » : c’est la preuve qu’un univers longtemps oublié – la beauté des seniors – peut porter une stratégie d’influence solide.
Mel et Fernande : 101 ans et un million d’abonnés
Fernande, 101 ans, et sa dynamique arrière-petite-fille Mélanie animent le compte Mel et Fernande, suivi par plus d’un million d’abonnés sur TikTok.
Leur contenu : anecdotes, souvenirs, vannes complices, scènes du quotidien. Leur impact :
- Une communauté ultra-attachée à Fernande.
- Un effet positif massif sur le moral de la doyenne : « c’est comme si elle vivait une seconde vie ».
- Des partenariats ambitieux : son 100e anniversaire a été célébré grâce à des sponsors, pour un budget estimé à 100 000 €.
C’est le parfait exemple d’une influence intergénérationnelle : les petits-enfants suivent pour l’humour, les parents pour l’émotion, les grands-parents pour l’identification.
Une tendance mondiale, pas un épiphénomène français
Le mouvement dépasse largement l’Hexagone :
- Viv Truran (81 ans, Royaume-Uni) : icône mode avec près de 300 000 abonnés sur Instagram, surnommée « la grand-mère la plus cool d’Internet ».
- Baddie Winkle (États-Unis) : 94 ans, style provocant, plus de 3 millions de fans, possédait un slogan culte : « Je te pique ton mec depuis 1928 ».
- Grandma Droniak (États-Unis) : 95 ans, 13 millions d’abonnés sur TikTok, autoproclamée « grand-mère d’Internet ».
Pour les marques, cela prouve une chose : l’influence senior n’est pas une mode française, c’est une transformation structurelle du paysage social media.
3. Pourquoi les marques auraient tort de snober les seniors
La réalité est assez brutale : la plupart des plans d’influence en France restent obsédés par les 18-34 ans. C’est une erreur stratégique.
Un pouvoir d’achat bien supérieur à la Gen Z
Les silvers (55 ans et plus) cumulent en France :
- Un patrimoine et une épargne moyens bien plus élevés que les moins de 35 ans.
- Du temps libre et une forte appétence pour les loisirs, les voyages, la culture, l’aménagement de la maison, la santé, la gastronomie.
Quand un silver influenceur recommande un produit :
- Sa communauté peut réellement l’acheter.
- L’achat est souvent mieux réfléchi, donc moins de retours et plus de fidélisation.
Un marché de l’influence en pleine montée en puissance
En 2024, les investissements des annonceurs dans le marketing d’influence en France ont atteint 519 millions d’euros, en hausse de 12,8 % en un an.
Ce chiffre montre deux choses :
- L’influence s’est installée au cœur du mix média.
- Pour continuer à croître, le marché doit diversifier ses profils, au-delà des éternels influenceurs lifestyle de 25 ans.
Les silver influenceurs sont donc un levier de croissance naturel : nouveaux publics, nouveaux récits, nouvelles affinités.
Un impact d’image très puissant
Associer sa marque à des seniors créateurs de contenu, c’est :
- Lutter concrètement contre l’âgisme dans la pub.
- Montrer que la marque comprend tous les temps de la vie.
- Créer des campagnes qui font réagir, sourire, partager.
Les campagnes avec des granfluencers génèrent souvent :
- Beaucoup de commentaires très personnels.
- Des partages familiaux (« regarde mamie, elle me fait penser à toi »).
- Un fort capital sympathie, difficile à obtenir autrement.
4. Comment les marques et agences s’organisent déjà
Certaines marques françaises ont arrêté de regarder le phénomène de loin. Elles expérimentent, testent, apprennent. Et ça marche.
BlaBlaCar : le roadtrip intergénérationnel
En 2024, BlaBlaCar fait appel à Studio Danielle (Danielle, grand-mère au franc-parler, et Arthur, son complice) pour une campagne centrée sur un roadtrip déjanté avec de jeunes créateurs.
Objectifs :
- Montrer que le covoiturage rassemble toutes les générations.
- Amener de l’humour, du naturel, de la spontanéité.
Résultat : une campagne qui casse les codes habituels de la mobilité, souvent très « jeune urbain pressé », pour quelque chose de plus vivant et inclusif.
Duralex : 80 ans et toutes ses générations
En 2025, Duralex fête ses 80 ans avec une campagne social media et influence. Parmi les duos ambassadeurs : Mel et Fernande.
L’idée est simple et brillante :
- Montrer les verres Duralex aussi bien sur la table des grands-parents que sur celle des petits-enfants.
- Raconter l’histoire d’un objet du quotidien qui traverse les générations.
C’est typiquement le genre de campagne où la présence d’un silver influenceur donne de la crédibilité à la promesse « transgénérationnelle ».
Edelman et le « Longevity Lab » : structurer le sujet
En 2024, l’agence Edelman crée un Longevity Lab : un laboratoire constitué d’influenceurs de plus de 55 ans qui accompagnent les marques dans leur approche des publics seniors.
Ce type de dispositif permet :
- De conseiller les annonceurs sur les bons messages, les bons formats, les bons sujets.
- D’éviter les clichés (pubs paternalistes, ton infantilisant, humour douteux).
- De bâtir des campagnes comme « Beauty Never Gets Old » de Dove, qui valorisent les femmes seniors sans tomber dans la caricature.
Pour les agences françaises, le signal est clair : la longevité devient un véritable territoire d’expertise, au même titre que la Gen Z ou le gaming.
5. Construire une stratégie « silver influence » en 6 étapes
Passer de la curiosité à l’action demande une méthode. Voici une approche pragmatique pour intégrer les silver influenceurs à votre stratégie.
1. Clarifier vos objectifs
Avant de contacter un seul granfluencer, posez-vous :
- Cherchez-vous de la notoriété, de la préférence de marque, des ventes, du trafic en magasin, du contenu UGC ?
- Visez-vous les seniors eux-mêmes, leurs enfants, ou les deux ?
Votre réponse déterminera le type de profil à cibler et le format de collaboration.
2. Identifier les bons profils
Quelques critères utiles pour repérer de bons silver influenceurs :
- Cohérence entre leur univers et votre marque.
- Qualité de la communauté : commentaires riches, peu de bots, interactions authentiques.
- Capacité à raconter des histoires, à improviser, à rebondir sur l’actualité.
N’hésitez pas à :
- Regarder les contenus intergénérationnels (duos avec petits-enfants, lives familiaux).
- Explorer des plateformes parfois sous-utilisées pour les seniors comme TikTok.
3. Co-créer des formats adaptés
Les formats qui fonctionnent particulièrement bien avec les silver influenceurs :
- Duos intergénérationnels : petit-fils / grand-mère, influenceuse 25 ans + créatrice 70 ans.
- Contenus « avant / après » : routines beauté, transformation déco, reprise du sport.
- Stories de vie : souvenirs liés à la marque, objets emblématiques, premières fois.
- Défis participatifs : recettes de famille, playlists de jeunesse, photos d’archives.
Le secret : ne pas chercher à les faire jouer un rôle. Leur force, c’est leur ton à eux.
4. Adapter le ton et le rythme
Les seniors créateurs :
- Ne postent pas forcément tous les jours, mais leurs contenus ont souvent une durée de vie plus longue.
- Ont un rapport plus libre aux codes « tendance ». Tant mieux : cela crée de la différenciation.
Acceptez que tout ne soit pas ultra-formaté. Vous gagnez en authenticité, vous perdez un peu en contrôle, et c’est normal.
5. Mesurer différemment la performance
Avec les silver influenceurs, ne regardez pas uniquement :
- Le nombre de vues.
- Le coût par mille.
Intégrez d’autres indicateurs :
- Qualité des commentaires (récits perso, souvenirs, émotions).
- Nombre de partages familiaux.
- Trafic qualifié sur vos pages seniors, vos programmes de fidélité, vos offres affinitaires.
6. Ancrer la démarche dans la durée
Un partenariat one-shot avec un granfluencer peut créer un pic de visibilité, mais la vraie valeur vient dans le temps :
- Séries de vidéos sur plusieurs mois.
- Co-création de produits ou d’éditions spéciales.
- Participations récurrentes à vos événements ou campagnes marque employeur.
Vous montrez ainsi que l’inclusion des seniors n’est pas un gadget, mais un choix de marque.
6. L’influence n’a plus d’âge : et maintenant, on fait quoi ?
Les chiffres sont clairs : le marketing d’influence en France pèse déjà plus d’un demi-milliard d’euros par an. Les communautés seniors se structurent. Les granfluencers émergent, se professionnalisent, s’organisent parfois en collectifs.
La vraie question n’est plus : « Faut-il travailler avec des silver influenceurs ? » mais « Quand allez-vous vous y mettre sérieusement ? »
Les marques qui prendront le sujet au sérieux en 2026 :
- Gagneront un avantage sur un territoire encore peu encombré.
- Construiront une image plus juste de la société française, où l’on vieillit, oui, mais où l’on reste connecté, actif, prescripteur.
Si vous travaillez en marketing, en communication ou en média, le moment est idéal pour élargir votre grille de lecture : la prochaine rockstar de votre social media ne sortira peut-être pas d’une école de créateurs de contenu, mais d’un club de bridge, d’un cours d’aquagym ou d’un atelier tricot.
La question est simple : souhaitez-vous être la marque qui lui tend le micro… ou celle qui découvrira trop tard qu’elle a raté le coche ?