Yaos : quand le rebranding rencontre l’IA agroalimentaire

Intelligence Artificielle dans l'Industrie Agroalimentaire••By 3L3C

Le rebranding de Yaos montre comment IA, données et design transforment le packaging agroalimentaire. Un cas concret pour booster visibilité et performance en rayon.

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Yaos change de visage… et ce n’est pas qu’une histoire de logo

Dans les linéaires frais, une marque de yaourt a en moyenne moins de 3 secondes pour capter le regard. Sur un segment surpeuplé comme le yaourt à la grecque, c’est encore plus brutal. C’est exactement le défi que Yaos (Nestlé) veut relever avec sa nouvelle identité graphique conçue par Logic Design.

Mais ce qui est vraiment intéressant pour les pros de l’agroalimentaire et du marketing, c’est ce qui se joue derrière ce rebranding : un mélange de territoire de marque repensé, de données shopper et, de plus en plus, d’intelligence artificielle dans la conception, le test et l’optimisation des packagings.

Dans cette série « Intelligence Artificielle dans l’Industrie Agroalimentaire », on parle souvent d’IA pour l’agriculture de précision, la traçabilité ou la production. Le cas Yaos montre une autre facette : comment l’IA commence à transformer le marketing produit, la création packaging et l’expérience en rayon.


1. Ce que change vraiment la nouvelle identité de Yaos

La refonte de Yaos n’est pas un simple rafraîchissement esthétique. Elle répond à trois enjeux concrets : lisibilité, différenciation et incarnation du territoire méditerranéen.

Un territoire visuel clarifié

Logic Design a travaillé autour de trois piliers de l’ADN de Yaos :

  • AuthenticitĂ© : univers grec et architecture des Cyclades
  • QualitĂ© : codes premium (cuillère dorĂ©e, lumière travaillĂ©e)
  • Inspiration mĂ©diterranĂ©enne : palette de bleus, blanc lumineux, ambiance ensoleillĂ©e

Concrètement, cela se traduit par :

  • un design plus Ă©purĂ©, avec moins d’élĂ©ments concurrents Ă  l’œil
  • des rĂ©fĂ©rences explicites Ă  la MĂ©diterranĂ©e (formes, couleurs, lumière)
  • une architecture visuelle plus structurĂ©e pour mieux distinguer rĂ©fĂ©rences et gammes

« Épurer pour mieux incarner », résume très bien la démarche : enlever du bruit pour laisser l’essentiel parler.

Un objectif business très clair

Derrière le discours créatif, la stratégie est simple :

  • gagner en visibilitĂ© en linĂ©aire dans un rayon surchargĂ©
  • renforcer le statut de marque rĂ©fĂ©rente du yaourt Ă  la grecque
  • soutenir la valeur de marque en appuyant la dimension premium

C’est exactement le type de rebranding où l’IA peut jouer un rôle décisif : tester des centaines de variantes, prédire la performance en rayon, optimiser chaque détail graphique avant même d’imprimer un seul pot.


2. Comment l’IA s’invite (déjà) dans ce genre de rebranding

Pour une marque agroalimentaire, l’IA devient un laboratoire virtuel pour le design packaging. Même si Nestlé et Logic Design ne détaillent pas leurs outils, on sait comment les grands groupes fonctionnent aujourd’hui.

a) Simulation de rayon et eye-tracking assistés par IA

L’un des usages les plus matures en agroalimentaire :

  • crĂ©ation de rayons virtuels 3D avec diffĂ©rentes implantations
  • utilisation de modèles d’eye-tracking prĂ©dictif pour estimer :
    • le temps nĂ©cessaire pour repĂ©rer le pack
    • les zones les plus regardĂ©es (logo, visuel produit, saveur…)
    • la probabilitĂ© de confusion avec un concurrent

Le nouveau design épuré de Yaos, ses bleus méditerranéens et sa cuillère dorée peuvent ainsi être comparés :

  • face Ă  l’ancienne identitĂ©
  • face aux principaux concurrents

L’IA permet de quantifier : « Ce nouveau pack augmente de X % la probabilité d’être vu dans les 2 premières secondes » plutôt que de se contenter d’un ressenti créatif.

b) Tests consommateurs augmentés par l’IA

Les études consommateurs classiques restent clés, mais l’IA change l’échelle :

  • analyse automatique des verbatims (ce que les gens disent des visuels)
  • dĂ©tection des Ă©motions dominantes dans les retours
  • regroupement des rĂ©ponses par profils de shoppers (familles, jeunes actifs, acheteurs promo…)

Résultat : l’équipe marketing peut savoir, par exemple :

  • que la cuillère dorĂ©e renforce fortement la perception de qualitĂ© chez les acheteurs premium
  • que certains codes bleus sont associĂ©s Ă  la fraĂ®cheur plutĂ´t qu’au gras ou Ă  l’onctuositĂ©

Sur un marché où quelques points de préférence font basculer des millions d’euros, cette finesse d’analyse change la donne.

c) Génération et présélection de concepts visuels

Les studios créatifs intègrent désormais :

  • des modèles d’IA gĂ©nĂ©rative d’images pour produire rapidement des variations :
    • intensitĂ© des bleus
    • style d’illustration des Cyclades
    • Ă©clairage, textures, mise en scène de la cuillère
  • des algorithmes de scoring automatique pour prĂ©sĂ©lectionner les pistes alignĂ©es avec :
    • la plateforme de marque
    • les codes catĂ©gorie
    • les contraintes industrielles (lisibilitĂ©, printing, rĂ©glementation)

L’IA ne remplace pas la direction artistique, mais elle agit comme un assistant créatif et analytique qui permet de converger plus vite vers un territoire aussi « propriétaire » que celui revendiqué par Yaos.


3. Pourquoi ce type de rebranding compte pour toute l’industrie agroalimentaire

Le cas Yaos illustre un mouvement de fond dans l’agroalimentaire français : on ne peut plus dissocier marketing, data et IA.

Dans un rayon saturé, l’IA devient un avantage concurrentiel

Sur les catégories très concurrentielles (yaourts, boissons, biscuits…) :

  • les innovations produits sont souvent vite copiĂ©es
  • les prix sont sous pression permanente
  • les promotions brouillent la lecture des offres

Les seules armes réellement différenciantes à moyen terme sont :

  • un territoire de marque fort (comme la MĂ©diterranĂ©e pour Yaos)
  • une exĂ©cution packaging ultra-optimisĂ©e grâce aux donnĂ©es
  • une expĂ©rience d’achat fluide sur tous les canaux (magasin, drive, e-commerce)

L’IA relie ces trois dimensions en permettant :

  • d’aligner design, discours, prix et positionnement sur des segments prĂ©cis
  • de simuler l’impact d’un changement de pack sur la part de rayon captĂ©e
  • de mesurer plus finement l’effet d’un rebranding sur la conversion en caisse

Lien avec les autres briques de l’IA agroalimentaire

Pour que ce type de rebranding fonctionne vraiment, il doit s’intégrer dans un écosystème IA plus large :

  • TraçabilitĂ© : rassurer sur l’origine du lait, la qualitĂ©, via QR codes intelligents ou expĂ©riences mobiles augmentĂ©es
  • Optimisation de la production : adapter les volumes de nouveaux packagings en fonction des prĂ©visions de demande gĂ©nĂ©rĂ©es par IA
  • ContrĂ´le qualitĂ© automatisĂ© : vĂ©rifier en usine la conformitĂ© des nouveaux packs (bon visuel, bon code couleur, bonne DDM)

On n’est plus sur un simple changement graphique : on parle d’un projet transverse, où les données issues du terrain remontent pour nourrir la stratégie de marque.


4. Comment s’inspirer de Yaos : un guide pratique pour les marques agroalimentaires

Même si vous n’êtes pas Nestlé, il y a des enseignements très concrets à tirer de ce cas pour votre prochaine refonte packaging.

Étape 1 – Clarifier le territoire de marque

Avant de parler d’IA, il faut parler de fond :

  1. Définissez 3 piliers d’ADN maximum (comme « authenticité, qualité, Méditerranée » pour Yaos).
  2. Listez les codes visuels qui incarnent ces piliers : couleurs, matières, photo vs illustration, symboles.
  3. Identifiez les codes de catégorie à respecter (ce qui rassure) et ceux à casser (ce qui différencie).

Sans ce cadrage, l’IA ne fera qu’accélérer la production… de confusion.

Étape 2 – Utiliser l’IA pour générer, tester, prioriser

Même avec un budget modeste, on peut déjà :

  • utiliser des outils de gĂ©nĂ©ration d’images pour explorer des pistes graphiques et nourrir l’agence
  • recourir Ă  des plateformes de test visuel prĂ©dictif (heatmaps, zones d’attention probables)
  • analyser automatiquement des commentaires consommateurs issus de panels, rĂ©seaux sociaux ou tests quali

Idée simple : créez 5 à 10 variantes d’un même concept, puis :

  • faites-les scorer par un modèle d’IA visuelle sur la visibilitĂ© en rayon
  • complĂ©tez avec un mini-test consommateur (mĂŞme en interne, sur 30-50 personnes)

Étape 3 – Relier rebranding et performance commerciale

Un rebranding réussi doit se voir dans les chiffres. Là aussi, l’IA aide à isoler l’effet du pack du reste :

  • modĂ©lisation des ventes avant / après par point de vente
  • comparaison avec un groupe de contrĂ´le (rĂ©gion ou enseigne non encore dĂ©ployĂ©e)
  • prise en compte des facteurs externes : promo, mĂ©tĂ©o, saisonnalitĂ©

Objectif : être capable de dire « le nouveau packaging Yaos a contribué à +X % de ventes sur 3 mois à mix prix constant », plutôt qu’un vague « on sent que ça marche mieux ».


5. Et demain : vers des identités de marque vraiment « vivantes » ?

Le cas Yaos reste un rebranding classique, même s’il s’appuie sûrement sur de la donnée et des outils d’IA en coulisse. La prochaine étape pour l’agroalimentaire, c’est l’identité visuelle évolutive :

  • des packs dynamiques (via AR, QR codes, contenus personnalisĂ©s)
  • des visuels adaptĂ©s selon les circuits (GMS, drive, quick-commerce) en fonction de ce qui convertit le mieux
  • des univers de marque qui intègrent en continu les retours consommateurs analysĂ©s par IA

Pour les équipes marketing et communication, ça veut dire deux choses :

  1. Travailler des territoires suffisamment solides pour rester cohérents malgré ces variations.
  2. Monter en compétence sur les outils IA marketing autant que sur les tendances créatives.

La réalité ? C’est plus simple qu’on le pense si on avance par étapes : définir son ADN, industrialiser la collecte de données, tester l’IA sur un premier projet (comme un rebranding ou une extension de gamme), puis élargir.


Conclusion : ce que Yaos nous apprend sur l’IA et la marque

Le nouveau visage de Yaos prouve une chose : sur un segment mature comme le yaourt à la grecque, le packaging reste une arme stratégique. Mais en 2025, un rebranding ne peut plus être uniquement une affaire de feeling créatif.

Les marques agroalimentaires qui tireront leur épingle du jeu seront celles qui sauront :

  • ancrer leur identitĂ© dans un territoire clair et propriĂ©taire
  • utiliser l’intelligence artificielle pour objectiver les choix graphiques
  • connecter design, data et industrie dans une mĂŞme logique de performance

Si vous travaillez dans l’agroalimentaire, la bonne question n’est plus « Faut-il utiliser l’IA pour nos packagings ? », mais plutôt « Par où commence-t-on, dès cette année, pour ne pas rester bloqués à l’ancienne ère du branding ? »