PropTech : pourquoi le conseil FIRE « The Catalyst » compte pour l’immobilier belge

Intelligence Artificielle dans l'Industrie Agroalimentaire••By 3L3C

FIRE lance « The Catalyst », un conseil de managers PropTech. Voici pourquoi ce modèle peut inspirer l’immobilier belge pour réussir ses projets IA en 2026.

PropTechimmobilier belgeintelligence artificielleinnovation immobilièreinvestissement immobiliercommunauté d’investisseurstransformation digitale
Share:

PropTech : quand les managers émergents prennent le pouvoir

50 à 70 % des budgets d’innovation dans l’immobilier échouent à passer du POC à un déploiement à l’échelle. Non pas par manque d’idées, mais par manque de ponts entre innovation, capital et exploitation terrain.

C’est exactement ce que la Foundation for Innovation in Real Estate (FIRE) essaie de corriger avec le lancement de « The Catalyst: Emerging Manager Tech Council ». Et même si cette initiative naît aux États‑Unis, son modèle intéresse directement les acteurs de la PropTech en Belgique et en Europe francophone : fonds, promoteurs, asset managers, property managers, et start-up IA qui cherchent des pilotes concrets.

Voici pourquoi ce conseil de managers émergents est beaucoup plus qu’un nouveau « club » et comment s’en inspirer pour l’immobilier belge en 2025–2026.


1. Qu’est‑ce que « The Catalyst » de FIRE, concrètement ?

The Catalyst est un conseil de managers et propriétaires early stage – près de 100 professionnels – sélectionnés pour leur appétit technologique dans le monde du bâti (bureaux, résidentiel, logistique, construction, etc.).

L’objectif est clair :

  • connecter fondateurs de start-up PropTech,
  • exploitants et investisseurs immobiliers,
  • et talents acadĂ©miques (Ă©tudiants, chercheurs),

dans un cadre structuré où les technologies ne restent pas au stade du pitch, mais se traduisent en pilotes opérationnels puis en adoption à grande échelle.

Le conseil est piloté par :

  • Matt Knight, investisseur PropTech et Executive Director de FIRE ;
  • Stephanie Gubiotti, fondatrice de Verra Communities, en tant qu’Advisor.

La philosophie est simple :

« Traduire l’innovation en exécution, en alignant technologie, capital et exploitation. »

Pour un écosystème comme celui de la PropTech belge, où les acteurs sont plus fragmentés que sur le marché américain, ce type de structure est un modèle intéressant de plateforme neutre pour tester et déployer l’IA, l’IoT, les jumeaux numériques ou encore les solutions de flex office.


2. Pourquoi ce type de conseil PropTech est stratégique pour l’immobilier

La valeur de « The Catalyst » tient à trois leviers que la plupart des initiatives locales sous‑estiment encore : communauté, capital, et pédagogie structurée.

2.1 Communauté : sortir de la relation « vendeur – acheteur »

La majorité des interactions entre start-up PropTech et foncières se résume à :

  • une dĂ©mo,
  • un POC isolĂ©,
  • puis… rien.

Un conseil comme The Catalyst change les règles :

  • les membres se retrouvent en tables rondes de pairs pour partager leurs rĂ©ussites ET leurs Ă©checs ;
  • ils ont accès Ă  des dĂ©mos pratiques et des ateliers de travail plutĂ´t qu’à des pitchs commerciaux ;
  • des tours privĂ©s prĂ©sentent les technologies dĂ©jĂ  en production dans des bâtiments rĂ©els.

Pour un asset manager belge, par exemple, cela signifie :

  • voir comment un confrère a rĂ©ellement dĂ©ployĂ© une IA d’optimisation Ă©nergĂ©tique sur 30 immeubles ;
  • comprendre les impacts sur les contrats de maintenance, la relation avec les locataires, et la gouvernance des donnĂ©es ;
  • puis adapter ce modèle Ă  son propre portefeuille en limitant le risque.

2.2 Capital : orienter les investissements vers l’usage, pas la mode

Les membres de « The Catalyst » sont des managers émergents, souvent aux commandes de premiers fonds ou de petites plateformes d’investissement agiles. Ils ont la capacité de :

  • prendre des dĂ©cisions rapides ;
  • ancrer la technologie dans la stratĂ©gie d’investissement plutĂ´t que comme un « gadget marketing » ;
  • exiger des indicateurs clairs : rĂ©duction des coĂ»ts d’exploitation, taux d’occupation, satisfaction locataire, empreinte carbone.

Cette approche est particulièrement adaptée au contexte belge, où :

  • beaucoup d’acteurs gèrent des portefeuilles moyens (100–500 M€) ;
  • la pression rĂ©glementaire (taxonomie verte, reporting ESG, normes locales) pousse Ă  adopter une IA utile, mesurable.

2.3 Pédagogie : relier étudiants, chercheurs et immobilier de terrain

L’un des points forts de FIRE est le lien avec l’Intercollegiate PropTech Club, une communauté d’étudiants de plusieurs universités, guidés par des mentors du conseil et par des fondateurs PropTech.

L’idée :

  • transformer des projets acadĂ©miques en pilotes rĂ©els sur des actifs ;
  • produire de la recherche appliquĂ©e (data, benchmarks, retours d’expĂ©rience) ;
  • crĂ©er un vivier de talents pour les fonds et opĂ©rateurs.

Pour la Belgique, on peut imaginer une articulation semblable entre :

  • universitĂ©s (ULB, KUL, ULiège, UGent, etc.) ;
  • Ă©coles d’ingĂ©nieurs et d’architecture ;
  • grands propriĂ©taires et promoteurs.

Ce type de passerelle évite un travers fréquent : des solutions IA brillantes, mais inadaptées aux réalités d’un syndic, d’un bail commercial ou d’un permis d’urbanisme.


3. Ce que « The Catalyst » nous apprend pour la PropTech en Belgique

Pour un acteur belge, la question clé est : comment s’inspirer du modèle de FIRE sans simplement le copier-coller ?

3.1 Structurer un « conseil des managers émergents » local

Un format réaliste pour la Belgique pourrait ressembler à :

  • 20 Ă  30 managers Ă©mergents (fonds, family offices, dĂ©veloppeurs, opĂ©rateurs) clairement engagĂ©s sur la transformation digitale ;
  • un charter simple : chaque membre pilote au moins une innovation PropTech par an sur un actif rĂ©el ;
  • un calendrier annuel :
    • 3 Ă  4 sessions de travail thĂ©matiques (Ă©nergie, data & IA, expĂ©rience utilisateur, construction) ;
    • 1 retour d’expĂ©rience collectif oĂą on partage chiffres, erreurs et bonnes pratiques ;
    • un Ă©vĂ©nement de type « mini-sommet » avec les start-up et l’écosystème.

Ce n’est pas la taille qui compte, mais la discipline : des objectifs clairs, des pilotes concrets, une documentation sérieuse des résultats.

3.2 Miser sur des pilotes IA à haute valeur plutôt que sur la « vitrine tech »

L’expérience américaine montre que les projets qui tiennent dans la durée sont ceux qui attaquent des pains quotidiens :

  • rĂ©duction des coĂ»ts Ă©nergĂ©tiques et des Ă©missions sur le parc existant ;
  • automatisation des tâches rĂ©pĂ©titives (relances, reporting, suivi des incidents) ;
  • amĂ©lioration de l’expĂ©rience locataire (communication, services, fluiditĂ© des espaces).

Pour un propriétaire belge, trois types de pilotes IA à fort ROI peuvent être priorisés :

  1. Optimisation énergétique prédictive sur immeubles tertiaires ou résidentiels ;
  2. Analyse automatique des baux et documents techniques pour fiabiliser la data d’actifs ;
  3. Assistants virtuels locataires (gestion des tickets, FAQ, état des lieux assisté, etc.).

Un conseil de managers permet de :

  • mutualiser les retours d’expĂ©rience ;
  • nĂ©gocier des cadres de dĂ©ploiement plus robustes avec les start-up ;
  • rassurer les comitĂ©s d’investissement : les solutions testĂ©es ne sortent pas de nulle part.

3.3 Organiser la gouvernance des données dès le départ

Un point que FIRE prend au sérieux avec ses FIRE Research Labs : la qualité et l’intégrité des données.

Sans gouvernance des données, l’IA dans l’immobilier belge se résume vite à :

  • des promesses marketing,
  • des tableaux de bord incomplets,
  • des dĂ©cisions fragiles.

S’inspirer de l’approche FIRE, c’est :

  • dĂ©finir un schĂ©ma de donnĂ©es commun minimum (bâtiment, consommations, incidents, contrats) partagĂ© entre quelques acteurs pilotes ;
  • documenter prĂ©cisĂ©ment la provenance et la qualitĂ© des donnĂ©es ;
  • impliquer des Ă©tudiants / chercheurs pour auditer et enrichir ces datasets.

Ce travail est moins « sexy » qu’une visite de bâtiment connecté, mais c’est lui qui garantit que vos algorithmes d’IA prendront des décisions fiables dans 2, 5 ou 10 ans.


4. Le rôle clé du binôme Knight – Gubiotti : capital et opérations

Ce qui rend « The Catalyst » crédible, ce n’est pas seulement la structure, ce sont aussi les profils qui l’animent.

4.1 Matt Knight : l’architecte capital + innovation

Matt Knight, investisseur PropTech spécialisé seed, est à l’origine du PropTech Angel Group, présenté comme le plus grand groupe d’angel investors dédié à la tech immobilière. Son expérience :

  • plusieurs annĂ©es dans des fonds VC centrĂ©s sur la ConTech et la PropTech ;
  • une expertise fine des fausses promesses et des tendances rĂ©elles du marchĂ© ;
  • une obsession : raccorder l’innovation avec le capital et le talent.

Pour les acteurs belges, le message est clair : il faut des sponsors internes capables de comprendre à la fois la logique d’un investisseur tech et les contraintes d’un propriétaire. Sans ce profil « hybride », les projets IA finiront toujours par se casser sur le mur de la rentabilité.

4.2 Stephanie Gubiotti : traduire la vision en exécution opérationnelle

De son côté, Stephanie Gubiotti vient du terrain : direction d’exploitations, transformations opérationnelles, adoption de technologies dans des portefeuilles multifamily et mixed-use.

Elle construit aujourd’hui Verra Communities, une plateforme d’investissement et de gestion centrée sur :

  • la propriĂ©tĂ© long terme,
  • l’excellence opĂ©rationnelle,
  • la stewardship communautaire (prendre soin des communautĂ©s et des lieux).

Elle conseille aussi des start-up, en particulier fondées par des femmes, et préside un groupe d’« Emerging Leaders » au Real Estate Technology & Transformation Center.

Son rôle dans « The Catalyst » est typique du profil qui manque encore dans beaucoup de structures belges : quelqu’un qui sait traduire l’innovation en check-lists, en process, en indicateurs de performance, et qui ose dire non quand une techno ne tient pas la route opérationnellement.


5. Comment un acteur immobilier belge peut passer à l’action en 2026

S’inspirer de FIRE sans attendre qu’un clone s’installe à Bruxelles, c’est possible. Voici une feuille de route pragmatique.

5.1 Créer votre mini‑« Catalyst » maison

Vous n’avez pas besoin de 100 membres. Commencez par :

  1. Identifier 5 à 10 managers internes réellement pro‑innovation (asset, property, finance, ESG).
  2. Nommer un sponsor IA / PropTech avec mandat clair de décision.
  3. Fixer un objectif simple : 2 pilotes IA par an, avec un reporting structuré.
  4. Inviter 2 ou 3 start-up PropTech fiables et co‑construire les cas d’usage.

5.2 Nouer un partenariat académique local

En parallèle, rapprochez‑vous d’une faculté d’ingénierie, d’architecture ou d’économie pour :

  • proposer des cas concrets de bâtiments Ă  analyser ;
  • accueillir 1 ou 2 projets de mĂ©moire ou de stage sur vos thĂ©matiques IA / data ;
  • organiser un atelier annuel oĂą Ă©tudiants, start-up et vos Ă©quipes partagent leurs rĂ©sultats.

Vous reproduisez ainsi, à échelle réduite, le triptyque de FIRE : innovation – investissement – éducation.

5.3 Mettre l’accent sur la transparence et la durée

FIRE prévoit de transformer « The Catalyst » en communauté réservée aux donateurs en 2026, afin d’ancrer :

  • la transparence (les contributions financent des programmes prĂ©cis) ;
  • la pĂ©rennitĂ© (les initiatives acadĂ©miques et de recherche ne sont pas dĂ©pendantes seulement de sponsors corporates).

Pour un acteur belge, cela peut se traduire par :

  • un budget annuel dĂ©diĂ© Ă  l’innovation (mĂŞme modeste, mais protĂ©gĂ©) ;
  • une communication interne claire : « voilĂ  ce que ce budget finance exactement » ;
  • des indicateurs suivis chaque annĂ©e : Ă©nergie, coĂ»ts d’exploitation, satisfaction utilisateurs, taux d’adoption des outils.

Ce qui compte, ce n’est pas d’être le plus « tech » sur LinkedIn, mais d’être cohérent et stable dans le temps.


Conclusion : 2026, l’année des ponts entre IA et immobilier en Belgique

« The Catalyst: Emerging Manager Tech Council » montre une chose : les prochaines grandes avancées PropTech ne viendront pas seulement des start-up ni seulement des grands groupes, mais de la capacité des deux à travailler ensemble, avec des managers émergents comme chefs d’orchestre.

Pour l’immobilier belge, 2026 peut devenir l’année où :

  • l’IA cesse d’être un sujet de confĂ©rence pour devenir une ligne de budget suivie ;
  • les universitĂ©s, les fonds et les opĂ©rateurs partagent enfin des donnĂ©es et des cas concrets ;
  • une nouvelle gĂ©nĂ©ration de managers PropTech prend la main sur la transformation du secteur.

La question n’est plus « faut‑il créer ce type de conseil ? », mais plutôt : qui, dans votre organisation, va prendre l’initiative de jouer ce rôle de catalyseur ?