Les podcasts filmés explosent en France. Voici comment Netflix, YouTube, Spotify et TikTok structurent ce nouveau format, et comment les marques peuvent en profiter.

Les 149 millions d’écoutes de podcasts en France en octobre 2025 ne racontent qu’une partie de l’histoire. Le vrai basculement est ailleurs : de plus en plus de ces contenus audio sont… filmés. Et ce « simple » changement de format est en train de redessiner le paysage des médias, de Netflix à TikTok, en passant par les marques françaises qui cherchent à exister dans un univers saturé.
Les podcasts filmés – ou videocasts – ne sont plus un gadget. Ils sont devenus un canal stratégique pour toucher les 15-35 ans, capter du temps d’attention « long » et créer des formats de marque à la fois intimes et partageables. Pour les pros du marketing, de la com’ et des médias, la question n’est plus « Est-ce que je m’y mets ? », mais « comment je m’y mets intelligemment en 2026 ».
Voici une grille de lecture claire pour comprendre ce nouveau terrain de bataille et construire, vous aussi, une stratégie vidéo-podcast qui sert vraiment vos objectifs business.
1. Pourquoi les podcasts filmés explosent maintenant
Les podcasts filmés s’imposent parce qu’ils combinent trois forces : l’intimité de l’audio, la puissance émotionnelle de la vidéo et une économie de production bien plus légère que les formats TV classiques.
En 2025, la dynamique est spectaculaire :
- Plus de 184 millions de podcasts français écoutés ou téléchargés dans le monde en octobre 2025, dont 149 millions en France.
- Les vidéocasts ont progressé de +34% en un an, certaines études évoquent même +70% de croissance du nombre de podcasts filmés.
- L’audience vidéo régulière de ces formats a bondi d’environ 40% sur douze mois.
Chez les 15-29 ans, le tableau est encore plus net :
- 30% des auditeurs Gen Z disent consommer les podcasts principalement en vidéo.
- 22% alternent autant entre écoute et visionnage.
Autrement dit : un podcast sans image passe déjà à côté d’une partie de son potentiel d’audience, notamment sur les plateformes sociales et vidéo.
Ce que la vidéo change vraiment
Un podcast filmé, ce n’est pas juste « un micro et une caméra » :
- On voit les réactions, les silences, le langage corporel. Ça renforce la confiance et la proximité.
- On crée des extraits courts (reels, shorts, TikTok) qui deviennent de vrais aimants à audience.
- On multiplie les points de contact : Spotify, YouTube, TikTok, Instagram, Netflix… le même contenu vit plusieurs vies.
Pour une marque ou une institution, le podcast filmé devient alors un actif média modulable : un épisode long pour la profondeur, une série de clips pour la visibilité, quelques citations fortes pour la presse ou LinkedIn.
2. Netflix, YouTube, Spotify, TikTok : une guerre d’écosystèmes
Les géants ne se battent pas pour « des podcasts », mais pour du temps passé et des créateurs fidèles. Le podcast filmé est l’arme idéale pour ça.
Netflix : tester le terrain… avant d’accélérer
Netflix s’est longtemps concentré sur les séries et les documentaires. Mais le 14/10/2025, la plateforme a annoncé l’arrivée début 2026 d’une dizaine de podcasts vidéo sous licence Spotify : Conspiracy Theories, The Rewatchables, Dissect, etc.
Message envoyé :
Netflix veut capter les moments « passifs » où l’on laisse une émission tourner en fond, exactement le territoire des podcasts filmés.
Business Insider évoque un « ballon d’essai ». Si les chiffres d’engagement suivent, on peut s’attendre à :
- Plus de vidéocasts sur Netflix, dont des formats originaux.
- Des intégrations de marques dans ces contenus (placements produits, épisodes sponsorisés…).
Pour une marque française, c’est un signal fort : les formats de conversation longue passent du « niche » à la « prime time » des plateformes mondiales.
YouTube : la nouvelle « radio » vidéo de la planète
YouTube est déjà la première destination pour les podcasts aux États‑Unis, avec environ 33% de part de marché. Plus d’un milliard de personnes dans le monde y consomment des podcasts.
La stratégie est limpide :
- Tout contenu audio peut devenir un contenu vidéo grâce à des générations d’images par IA pour illustrer l’épisode.
- Les outils de chapitrage, sous-titres et recommandations transforment chaque podcast en machine à découverte.
Si vous produisez un podcast en France et qu’il n’est pas sur YouTube au format vidéo (même minimaliste), vous vous coupez d’un canal de croissance majeur.
Spotify : le champion du podcast filmé natif
Spotify a pris de l’avance sur le terrain des vidéocasts :
- Plus de 250 000 podcasts filmés disponibles.
- À fin septembre 2024, 390 millions d’utilisateurs ont déjà regardé au moins un podcast vidéo.
Spotify pousse ces formats dans son interface au même niveau que la musique. Pour les créateurs comme pour les marques, ça signifie :
- Une meilleure découvrabilité des podcasts filmés que des audio-only.
- Des possibilités de monétisation publicitaire intégrant à la fois audio et vidéo.
TikTok et Disney : les extraits comme rampe de lancement
TikTok ne diffuse pas (encore) des épisodes complets, mais utilise les podcasts filmés comme matière première pour des extraits viraux. Avec iHeartMedia, la plateforme prévoit jusqu’à 25 programmes animés par des créateurs TikTok.
Disney+ aussi se positionne avec des podcasts vidéo comme « Couch » de Lena Situations. Là , on est au croisement :
- de l’influence,
- du talk-show,
- et du divertissement premium.
Pour les marques, la leçon est claire : un podcast filmé performant doit être pensé “clips first”, avec des moments forts facilement détachables et partageables.
3. Pourquoi les marques françaises doivent s’y intéresser maintenant
La plupart des entreprises françaises sont encore en retard sur ce sujet. Elles produisent :
- des vidéos corporate peu vues,
- des podcasts audios peu diffusés,
- et des posts social media sans réelle incarnation.
Le podcast filmé permet de corriger ces trois faiblesses d’un coup.
Un canal idéal pour l’influence B2B et B2C
Pour une marque, un média ou une institution, un bon vidéocast peut servir :
- La notoriété : en occupant un territoire éditorial (innovation, culture, sport, écologie…).
- La préférence de marque : les visages, les débats, les coulisses créent une relation affective.
- La génération de leads : en renvoyant vers des ressources, des offres, des événements.
Exemples concrets de formats puissants :
- Une école de commerce qui filme ses tables rondes avec alumni et recruteurs et les découpe en capsules thématiques.
- Une collectivité qui met en scène des discussions entre élus, experts et citoyens autour de ses grands projets.
- Une marque de grande conso qui invite des créateurs et clients à discuter usages, tendances, coulisses produits.
Un format aligné avec les usages Gen Z
Les 15-29 ans consomment volontiers une heure de conversation… à condition que le format soit vivant, incarné et clipable. Ce qu’ils fuient, ce n’est pas la longueur, c’est l’ennui.
Le podcast filmé coche leurs cases :
- visionnage sur mobile, en multitâche,
- codes très proches du streaming live (Twitch) et des formats créateurs YouTube,
- possibilité de commenter, partager, détourner des extraits.
Pour parler à cette cible, un communiqué de presse ne vaut rien. Une série d’épisodes avec des invités légitimes, une vraie direction artistique et des extraits qui tournent sur TikTok ou Reels vaut infiniment plus.
4. Comment lancer un podcast filmé qui sert vraiment votre stratégie
Un vidéocast efficace ne se résume pas à acheter trois micros et un néon RGB. La différence se joue sur la stratégie éditoriale, la distribution et la production intelligente.
4.1. Clarifier l’objectif avant d’allumer les caméras
Trois grandes options, qui changent tout dans la façon de concevoir votre format :
-
Objectif notoriété / image
- KPI : vues totales, portée, mentions, recherche de marque.
- Format : talk show, interviews de personnalités, débats.
-
Objectif business / leads
- KPI : clics vers une landing, téléchargements de livre blanc, inscriptions.
- Format : contenus plus experts, pédagogiques, avec CTA clair.
-
Objectif fidélisation / communauté
- KPI : taux de complétion, commentaires, partages, récurrence d’écoute.
- Format : conversations récurrentes avec les mêmes visages, interactions avec le public.
Sans ce cadrage, on produit « un podcast sympa »… qui ne sert aucun objectif mesurable.
4.2. Soigner le concept, pas seulement la technique
Le vrai différenciateur, c’est le concept éditorial :
- Une promesse claire (ex : « 30 minutes pour comprendre l’IA dans les médias français »).
- Un angle spécifique (ex : focus sur les cas concrets plutôt que sur la tech pure).
- Un ton assumé (cash, pédagogique, drôle, très incarné, etc.).
Pour l’IA dans les médias et la communication, par exemple, un bon format pourrait être :
- Un podcast filmé mensuel avec un duo « journaliste + expert IA » qui décortique les usages IA des grandes régies, agences et médias français.
- Des extraits de 30 à 60 secondes diffusés entre chaque épisode sur LinkedIn, Instagram, TikTok.
4.3. Production : viser « propre et humain », pas « studio TF1 »
Bonne nouvelle : on n’a pas besoin d’un plateau TV pour faire sérieux. Pour démarrer :
- 2-3 caméras (ou smartphones de bonne qualité),
- un son irréprochable (micro-cravates ou micros dynamiques proches des intervenants),
- une lumière simple mais maîtrisée (softbox ou lumière naturelle contrôlée),
- un décor cohérent avec votre marque (bureau réel, salon, coin café…).
Ce qui tue un podcast filmé :
- le mauvais son,
- les plans fixes interminables,
- l’absence totale d’identité visuelle (pas d’habillage, pas de codes reconnaissables).
4.4. Distribution : penser multi-plateformes dès le début
Un bon podcast filmé est pensé comme un écosystème de contenus :
- Épisode complet sur YouTube, Spotify, plateformes de podcast.
- Extraits courts adaptés à TikTok, Reels, Shorts, LinkedIn.
- Citations clés reformulées pour newsletters ou articles de blog.
Astuce : au tournage, prévoyez des moments « punchlines » que vous pourrez isoler facilement. Ça change le montage… et l’impact des extraits.
5. Où l’IA s’invite dans les podcasts filmés
L’intelligence artificielle n’est pas qu’un sujet de conversation dans ces podcasts, c’est aussi un outil de production et d’optimisation.
Aujourd’hui, une stratégie vidéo-podcast peut déjà intégrer l’IA pour :
- Générer des visuels ou des arrière‑plans vidéo pour illustrer les versions YouTube, comme le propose déjà YouTube.
- Transcrire automatiquement les épisodes pour en faire des articles, fiches pratiques, posts LinkedIn.
- Créer des résumés, titres et chapitrages optimisés SEO à partir de l’audio.
- Identifier les meilleurs extraits grâce à l’analyse automatique des pics d’attention (rythme, emphase, réactions du public).
Ce n’est pas un gadget. C’est ce qui permet à une petite équipe com’ de produire :
- 1 épisode long par mois,
- 10 à 20 extraits vidéo,
- 3 à 5 contenus éditoriaux dérivés,
… sans exploser son budget ni ses ressources.
Les podcasts filmés ont quitté la marge. Ils sont devenus une brique centrale de l’écosystème média des plateformes, des créateurs et, de plus en plus, des marques.
Pour un acteur français des médias, de la communication ou du marketing, 2026 sera l’année où ce format fera la différence entre :
- rester au stade de la prise de parole institutionnelle classique,
- ou entrer vraiment dans la culture de ses audiences, notamment les plus jeunes.
La question est simple : quel espace de conversation légitime pouvez-vous occuper, et comment le traduire en un podcast filmé utile, incarné et exploitable sur tous vos canaux ? Ceux qui posent cette question sérieusement maintenant auront une longueur d’avance durable.