Les plateformes agréées ne sont pas qu’une obligation DGFiP. Bien choisies, elles deviennent le socle d’une production automatisée et d’offres de conseil à forte valeur.

La plupart des cabinets d’expertise comptable sont en retard sur la facturation électronique… alors que l’obligation d’utiliser une plateforme agréée est déjà là pour tous les assujettis à la TVA. Résultat : risques de non‑conformité, temps perdu en saisie, et une occasion manquée de moderniser la relation client.
Voici le truc avec la plateforme agréée : ce n’est pas seulement un tuyau vers la DGFiP. Bien utilisée, c’est le socle d’un modèle de production plus automatisé, plus rentable, et plus intéressant pour vos équipes.
Dans cet article, on voit concrètement :
- ce qu’est une plateforme agréée et ce qui a changé par rapport aux PDP ;
- comment lire la liste officielle DGFiP sans s’y perdre ;
- quels critères un expert‑comptable doit vraiment regarder avant de conseiller ses clients ;
- comment transformer la facture électronique en opportunité de service et d’IA pour le cabinet.
1. Plateforme agréée : ce que ça change vraiment pour les experts‑comptables
Une plateforme agréée (ex‑PDP) est un opérateur immatriculé par la DGFiP qui :
- émet, reçoit et transmet les factures électroniques ;
- assure la conformité fiscale et la sécurité des échanges ;
- extrait et transmet à l’administration les données de factures, de transactions et parfois de paiements.
Autrement dit, elle devient le passage obligé entre vos outils (ou ceux de vos clients) et le futur écosystème de facturation électronique B2B français.
Pour un cabinet, l’enjeu dépasse largement la seule conformité :
- Standardiser les flux de factures clients/fournisseurs pour tous les dossiers ;
- Réduire la saisie manuelle et les opérations sans valeur ajoutée ;
- Créer des offres packagées “facture électronique + pilotage + IA” pour les TPE/PME.
La réalité ? C’est plus simple si le cabinet prend la main sur le choix et l’animation de la plateforme, plutôt que de subir des choix dispersés côté clients.
2. PDP, plateforme agréée : ce qui a vraiment changé en 2025
Depuis juillet 2025, les Plateformes de Dématérialisation Partenaires (PDP) ont officiellement été renommées plateformes agréées.
Ce qui change :
- le nom, pour rendre le dispositif plus lisible pour les entreprises ;
- la communication DGFiP et les documents officiels.
Ce qui ne change pas :
- le rôle fonctionnel : émettre, transmettre, recevoir les factures, extraire les données utiles ;
- l’immatriculation par la DGFiP avec un cahier des charges technique très précis ;
- les obligations d’interopérabilité avec les autres plateformes et avec le portail public.
Une plateforme agréée en 12/2025, c’est une ex‑PDP qui poursuit exactement le même métier, mais avec un badge plus clair pour les entreprises.
Pour vos équipes, le plus important est d’aligner le vocabulaire : former les collaborateurs et les clients à parler de « plateforme agréée », tout en explicitant que c’est la même brique que celle évoquée depuis 2023–2024 sous le terme PDP.
3. Comprendre la liste des plateformes agréées DGFiP
La DGFiP publie une liste des plateformes agréées immatriculées sous réserve. Concrètement, cela signifie :
- le dossier d’immatriculation est complet et validé sur le fond ;
- la plateforme est habilitée à opérer : émission, réception, transmission, extraction des données ;
- la validation définitive est conditionnée à des tests techniques approfondis, prévus d’ici fin 2025.
Pour un expert‑comptable, cette liste est votre base de confiance :
- si la solution de votre client n’est pas dans la liste, il faudra passer soit par le Portail Public de Facturation, soit par une autre plateforme agréée intermédiaire ;
- si votre éditeur métier y figure, vous avez un canal naturel et intégré pour gérer les flux de vos dossiers.
Comment utiliser cette liste dans le cabinet ?
Je recommande trois usages très concrets :
-
Cartographier votre parc clients
- Qui utilise déjà un logiciel relié à une plateforme agréée ?
- Qui travaille encore sous tableur ou sous outil non compatible ?
-
Prioriser vos actions commerciales
- Cibler d’abord les dossiers les plus à risque (volume de factures élevé, multi‑TVA, flux internationaux).
- Proposer des packs “mise en conformité + accompagnement” très encadrés.
-
Structurer votre discours
- S’appuyer sur le caractère « immatriculé DGFiP » comme argument de réassurance.
- Expliquer que vous ne « vendez pas du logiciel », mais une organisation de flux sécurisée.
4. Services de base vs services premium : où se crée la valeur ?
Techniquement, toutes les plateformes agréées doivent assurer un socle commun :
- réception et émission de factures électroniques dans les formats attendus (Factur‑X, etc.) ;
- extraction des données nécessaires au contrôle fiscal ;
- transmission de ces données à l’administration.
Pour un cabinet, ce socle est indispensable… mais il ne suffit pas à gagner en productivité. La différence se joue sur les services premium.
Les services premium clés pour un cabinet
Voici les services qui, en pratique, changent la vie d’un expert‑comptable et de ses clients :
-
Génération automatisée des factures
OCR sur PDF, photos, scans, import de données… Chaque facture fournisseur correctement reconnue, c’est autant de saisie supprimée pour vos équipes. -
Archivage structuré au format Factur‑X
Un archivage normé, c’est :- des contrôles plus rapides,
- des recherches plus simples,
- un terrain prêt pour l’analyse de données et l’IA.
-
Tableaux de bord d’échéances clients/fournisseurs
Utiles pour :- piloter trésorerie et relances,
- préparer des rendez‑vous de conseil,
- proposer des missions de cash management à valeur élevée.
-
Applications mobiles
Idéales pour les dirigeants en déplacement :- validation de factures en quelques clics ;
- dépôt de justificatifs via photo ;
- vue synthétique des encours.
- APIs avec les logiciels de facturation
Une bonne API, c’est l’assurance que :- les factures de vente remontent automatiquement vers la plateforme ;
- vous évitez doublons, exports manuels et risques d’erreurs ;
- le cabinet peut centraliser les flux de facturation multi‑outils.
La valeur n’est pas dans l’obligation réglementaire, mais dans l’automatisation que vous mettez par‑dessus. C’est là que se fait la différenciation entre cabinets.
5. Comment choisir une plateforme agréée pour un cabinet français
La plupart des entreprises se focalisent sur le prix à la facture. Un expert‑comptable ne peut pas se contenter de ça. Le bon choix doit intégrer à la fois :
- vos contraintes de production internes ;
- les besoins des clients ;
- votre stratégie de développement (IA, data, conseil).
Cinq critères que je recommande aux cabinets
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Intégration avec vos logiciels métiers
- Connexions natives avec vos suites comptables et de gestion.
- Synchronisation automatique des pièces et écritures.
- Limitation au maximum des exports/imports manuels.
-
Capacité à gérer la diversité du parc clients
- TPE très simples comme ETI plus complexes ;
- différents volumes de factures ;
- multi‑sociétés, multi‑TVA, voire multi‑pays.
-
Fonctionnalités d’IA et d’automatisation
- pré‑remplissage intelligent des écritures, détection d’anomalies ;
- suggestions de lettrage ou de comptes ;
- indicateurs de performance construits automatiquement.
-
Collaboration tripartite cabinet–client–banque
- rapprochement bancaire facilité ;
- outils de prévision de trésorerie alimentés par les factures en temps réel ;
- services de financement (affacturage, financement de factures) à connecter.
-
Modèle économique clair pour le cabinet
- possibilité de revendre ou packager le service ;
- visibilité sur les paliers tarifaires (par volume de factures, par dossier, etc.) ;
- absence de coûts cachés de mise en œuvre.
6. Focus : la plateforme agréée Sage, un levier pour l’IA de gestion
Pour beaucoup de cabinets français, l’écosystème Sage est déjà au cœur de la production. Dans ce contexte, la plateforme agréée Sage apporte trois bénéfices majeurs :
-
Conformité DGFiP intégrée
La plateforme respecte le cahier des charges des plateformes agréées pour la facture électronique. L’énorme avantage pour le cabinet : la partie “plomberie réglementaire” est gérée par l’éditeur, vous concentrez votre énergie sur l’organisation des flux et le conseil. -
Intégration native avec les solutions Sage
Si le cabinet travaille déjà avec des solutions Sage, la plateforme est incluse dans de nombreux cas, sans surcoût dans la limite d’un volume de factures. Il suffit de déclarer la plateforme et finaliser l’inscription pour que les données remontent automatiquement vers l’administration. -
Tremplin vers l’IA de gestion
La plateforme ne se contente pas d’acheminer des factures. Elle enrichit vos capacités d’analyse :- exploitation de données transactionnelles propres et structurées ;
- croisements avec la banque pour affiner la trésorerie ;
- fondation idéale pour des algorithmes de prévision et de recommandation.
Pour un cabinet, cela ouvre la porte à :
- des reportings dynamiques prêts pour vos rendez‑vous de gestion ;
- des services de prévision de trésorerie crédibles, mis à jour automatiquement ;
- une démarche IA pragmatique : commencer par la facture, étendre ensuite.
7. Plan d’action : que faire d’ici la fin 2025 ?
Attendre la dernière minute est le meilleur moyen de transformer la réforme en chantier subi. Voici un plan d’action simple, orienté cabinet :
-
Poser le diagnostic interne (2 à 3 semaines)
- Quels logiciels de production utilisez‑vous ?
- Quelles connexions possibles avec une plateforme agréée ?
- Où sont encore les zones de saisie manuelle massives ?
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Choisir et déclarer la plateforme de référence du cabinet
- Vérifier la présence dans la liste DGFiP ;
- tester l’intégration sur quelques dossiers pilotes ;
- formaliser une procédure standard à déployer sur tous les clients.
-
Segmenter le parc clients et prioriser
- Segment 1 : gros volumes de factures à bas prix — priorité à l’automatisation ;
- Segment 2 : dirigeants friands de pilotage — priorité aux tableaux de bord et à l’IA ;
- Segment 3 : petits dossiers simples — pack conformité + accompagnement léger.
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Construire une offre claire de facture électronique
- un prix lisible ;
- un périmètre clair (mise en place, formation, support) ;
- une promesse simple : conformité, gain de temps, meilleure visibilité.
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Former vos équipes et vos clients
- sessions internes sur le rôle de la plateforme agréée ;
- webinaires ou ateliers clients par segment ;
- supports pédagogiques : schémas de flux, FAQ, exemples concrets.
Conclusion : transformer une contrainte en avantage concurrentiel
La plateforme agréée de facturation électronique est désormais un passage incontournable pour toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA. Pour un expert‑comptable, la question n’est plus « faut‑il y aller ? », mais : « comment l’utiliser pour mieux produire et mieux conseiller ? »
Le cabinet qui choisit une plateforme bien intégrée à ses outils, qui structure une offre claire pour ses clients et qui exploite les services premium (automatisation, tableaux de bord, IA) prend une longueur d’avance. Il réduit la saisie, fiabilise ses données et se positionne comme architecte des flux numériques de ses clients.
C’est maintenant que se décide qui subira la réforme… et qui s’en servira pour bâtir une production augmentée à l’IA et une relation client plus forte. À vous de choisir de quel côté vous voulez être.