Et si le marketing redevenait le moteur de la stratégie ?

Intelligence Artificielle dans l'Industrie Agroalimentaire••By 3L3C

Le marketing s’est enfermé dans la com’. Voici comment, dès 2026, le remettre au cœur de la stratégie, de la croissance rentable et du développement durable.

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Et si le marketing redevenait le moteur de la stratégie ?

En 2025, moins d’un directeur marketing sur deux participe réellement à la planification stratégique de son entreprise. Dans près de 40 % des organisations, le marketing se limite à « faire de la com’ ». Résultat : la fonction perd de l’influence, alors même qu’elle devrait être au cœur des décisions de croissance et de transformation.

Voici le vrai problème : le marketing s’est déplacé vers l’aval – acquisition, campagnes, réseaux sociaux, activation court terme – au détriment de sa mission première : orienter le business, définir l’offre, piloter la valeur client et la valeur marque dans la durée.

Ce billet propose une autre lecture de 2026 : et si l’IA, la data et la pression court-termiste devenaient enfin des prétextes pour remettre le marketing au centre de la stratégie d’entreprise ?

Nous allons voir comment :

  • sortir de la « myopie » communicationnelle ;
  • repositionner le CMO comme copilote de la croissance rentable et durable ;
  • utiliser l’IA non comme jouet technologique, mais comme levier de dĂ©cision stratĂ©gique ;
  • construire un marketing vraiment responsable, capable d’embarquer la direction gĂ©nĂ©rale et la finance.

1. Le marketing s’est rétréci : d’architecte à simple orchestrateur média

Le constat est brutal : le marketing s’est laissé enfermer dans la communication.

Les études internationales récentes le confirment :

  • plus de 80 % des directions marketing pilotent la communication et les mĂ©dias ;
  • moins de 30 % ont rĂ©ellement la main sur l’innovation ;
  • dans près de 40 % des entreprises, les grandes dĂ©cisions marketing (offre, prix, expĂ©rience) sont prises en dehors des Ă©quipes marketing.

Autrement dit, le marketing est souvent :

  • exĂ©cutant des plans mĂ©dia dĂ©cidĂ©s en fonction du budget restant ;
  • « fournisseur de contenus » pour les rĂ©seaux sociaux et le CRM ;
  • garant de la charte graphique, plus que de la trajectoire de valeur.

Comment on en est arrivé là

Ce rétrécissement n’est pas un hasard. Plusieurs mouvements se sont combinés :

  • Pression court-termiste : prioritĂ© absolue au ROI immĂ©diat, au coĂ»t d’acquisition, au trimestre en cours. L’investissement de marque, d’innovation, de relation client long terme passe au second plan.
  • Explosion des canaux : social, programmatique, influence, retail media... Le marketing a passĂ© dix ans Ă  courir derrière les points de contact, au lieu de garder la main sur le sens et la direction.
  • MontĂ©e de la data et de l’IT : la fonction s’est retrouvĂ©e dĂ©pendante des Ă©quipes data/tech, parfois dĂ©possĂ©dĂ©e de la comprĂ©hension client au profit de la DSI ou de la direction e‑commerce.

Résultat : beaucoup d’équipes marketing gèrent la conversation avec le client, mais plus la proposition de valeur. Or, sans rôle sur l’offre, les prix, l’expérience, la fonction perd logiquement son poids politique dans l’entreprise.

Tant que le marketing reste cantonné à la communication, il restera considéré comme un centre de coût, pas comme un moteur de croissance.

2. 2026 : l’occasion de remettre la stratégie client au centre

La bonne nouvelle, c’est que le contexte 2025–2026 crée une fenêtre de tir unique pour réaffirmer le rôle stratégique du marketing.

Pourquoi maintenant ?

  • L’IA gĂ©nĂ©rative bouscule les contenus, les mĂ©tiers, les coĂ»ts de production. On ne peut plus se contenter d’optimiser des bannières : il faut repenser la chaĂ®ne de valeur marketing.
  • La croissance devient plus difficile : inflation, arbitrages budgĂ©taires des mĂ©nages, saturation publicitaire… Les directions gĂ©nĂ©rales cherchent des relais de croissance plus fins, basĂ©s sur la valeur client, pas juste sur le volume.
  • Les enjeux de durabilitĂ© et de rĂ©gulation (CSRD, reporting extra-financier, contraintes environnementales) obligent Ă  questionner les modèles d’affaires.

Au cœur de tout cela, une conviction : le marketing doit redevenir la voix du client dans la stratégie d’entreprise.

Concrètement, cela signifie que le CMO doit reprendre la main sur trois sujets clés :

  1. Qui sont nos clients prioritaires et quelle valeur réelle créent-ils ?
  2. Quel mix d’offres et de modèles économiques permet une croissance rentable dans le temps (pas seulement sur l’année) ?
  3. Comment concilier cette croissance avec les contraintes environnementales et sociales ?

Du CMO « directeur de la com’ » au CMO « Chief Growth & Value Officer »

Dans les faits, le directeur marketing qui reste focalisé sur le plan médias 2026 sera marginalisé. Celui qui devient copilote de la croissance rentable et durable sera indispensable au COMEX.

Son agenda doit évoluer :

  • moins de temps sur « quel poste TikTok pour la Saint-Valentin ? » ;
  • plus de temps sur « comment augmenter la valeur vie client de 15 % tout en rĂ©duisant notre empreinte carbone ? ».

3. Faire de l’IA un levier stratégique, pas un gadget marketing

On entend beaucoup que « 2026 sera l’année de la pleine adoption de l’IA marketing ». C’est vrai… mais le risque, c’est de rester bloqué sur l’IA comme outil d’optimisation de campagnes.

Pour redevenir stratégique, la fonction marketing doit aborder l’IA à trois niveaux :

3.1. Niveau 1 : automatiser et industrialiser

Oui, il faut automatiser tout ce qui est répétitif :

  • gĂ©nĂ©ration et dĂ©clinaison de contenus ;
  • segmentation opĂ©rationnelle ;
  • personnalisation de scĂ©narios CRM ;
  • optimisation d’enchères mĂ©dia.

Ce niveau permet de gagner en productivité, de rebasculer du temps et du budget vers des sujets plus structurants. Mais ce n’est que la base.

3.2. Niveau 2 : éclairer les décisions d’investissement

Le vrai saut vient quand l’IA nourrit la décision stratégique, par exemple :

  • simulations de marketing mix modelling plus robustes pour arbitrer entre TV, retail media, search, influence, etc. ;
  • projections de valeur vie client (CLV) par segment pour prioriser les investissements ;
  • scĂ©narios « what if » sur l’impact de la hausse des prix, de la baisse de promo, ou de l’allongement des durĂ©es de garantie.

L’objectif : passer du reporting de performance au pilotage de scénarios, présenté aux directions générales et financières.

3.3. Niveau 3 : repenser l’offre et le modèle d’affaires

L’IA permet aussi de :

  • analyser finement les usages clients pour concevoir de nouvelles offres (abonnement, location, services Ă  l’usage) ;
  • dĂ©tecter des signaux faibles dans les feedbacks, les avis, les conversations sociales pour guider l’innovation ;
  • modĂ©liser l’impact de modèles circulaires (seconde main, reconditionnĂ©, rĂ©paration, consigne) sur le chiffre d’affaires et la marge.

C’est là que le marketing redevient stratégique : en utilisant l’IA pour structurer les choix de portefeuille d’offres, de prix et de services, pas seulement pour rédiger plus vite des posts LinkedIn.

4. Réconcilier marketing, finance et direction générale

Tant que le marketing parle GRP, reach et likes, et que la finance parle EBITDA, cash et actifs, tout le monde se frustre. Le point de bascule politique se joue dans le dialogue entre CMO, DAF et DG.

Parler enfin le langage de la valeur

Pour peser dans les arbitrages, le marketing doit :

  • montrer la valeur financière des marques : valorisation des actifs immatĂ©riels, impact sur le pricing power, sur le taux de churn, sur la rĂ©silience en pĂ©riode de crise ;
  • piloter la valeur client : coĂ»t d’acquisition vs valeur vie client, contribution des segments Ă  la marge, effet des programmes de fidĂ©litĂ© sur la rĂ©currence ;
  • relier les initiatives de durabilitĂ© Ă  la performance : rĂ©duction des coĂ»ts (rĂ©duction du gaspillage, retour produits), accès Ă  de nouveaux segments, meilleure rĂ©tention.

Un exemple concret :

  • ScĂ©nario A : on coupe de 20 % le budget marque, on maintient les promos.
  • ScĂ©nario B : on baisse les promos de 10 %, on rĂ©alloue en communication de marque et en amĂ©lioration du service.

Le rôle du marketing stratégique consiste à quantifier l’impact sur :

  • la marge brute Ă  2 ans ;
  • le taux de rĂ©achat ;
  • le coĂ»t d’acquisition futur (grâce au capital de marque) ;
  • et Ă  prĂ©senter cela Ă  la DAF, chiffres Ă  l’appui.

Reprendre la main sur la planification stratégique

Être à la table de la stratégie, ce n’est pas « faire une slide persona » en séminaire. C’est :

  • co-construire avec la DG les trajectoires de croissance (par marchĂ©, par segment, par canal) ;
  • proposer des choix clairs : sur quels clients on investit, quels canaux on privilĂ©gie, quels produits on fait Ă©voluer ou arrĂŞter ;
  • intĂ©grer les contraintes de durabilitĂ© dans les analyses de rentabilitĂ©.

Un CMO stratégique arrive en comité exécutif avec :

  • une lecture prĂ©cise des tensions clients (prix, confiance, disponibilitĂ©, impact environnemental) ;
  • des scĂ©narios chiffrĂ©s ;
  • et des recommandations assumĂ©es, pas seulement des dashboards.

5. Croissance rentable ET durable : la vraie responsabilité du marketing

On entend souvent que « les consommateurs ne placent plus l’écologie en priorité dans leurs préoccupations ». C’est globalement vrai en 2025… mais c’est justement pour cela que les directions marketing ne peuvent pas attendre un sursaut citoyen pour bouger.

Le sujet n’est plus : « faut-il faire du marketing durable ? », mais :
« Comment concevoir un modèle de croissance qui tienne encore dans 10 ans ? »

Intégrer les modèles d’affaires circulaires au cœur de la stratégie

Les équipes marketing ont une carte majeure à jouer sur :

  • la conception d’offres circulaires (location, abonnement, seconde main, rĂ©paration, reconditionnĂ©) ;
  • la mise en rĂ©cit d’une consommation plus responsable, dĂ©sirable, simple Ă  adopter ;
  • la crĂ©ation de parcours clients qui facilitent le choix responsable sans culpabiliser.

Par exemple, côté marketing stratégique, cela signifie :

  • travailler avec les opĂ©rations et la supply chain pour Ă©valuer la viabilitĂ© d’un service de reprise et revente ;
  • tester des offres hybrides (achat + abonnement services) ;
  • mesurer l’impact sur : marge, frĂ©quence d’achat, satisfaction, empreinte carbone.

Repositionner la marque comme boussole de sens

La marque n’est plus seulement un actif de notoriété. Elle devient la boussole qui articule performance économique et responsabilité.

En pratique :

  • clarifier une promesse cohĂ©rente avec les engagements RSE ;
  • arrĂŞter les dissonances entre discours et rĂ©alitĂ© (greenwashing, social washing) ;
  • intĂ©grer les Ă©quipes marketing dans les dĂ©cisions RSE structurantes, pas seulement dans la communication du rapport annuel.

Le marketing responsable n’est pas une « campagne RSE » en fin d’année. C’est une série de choix de portefeuille, de prix, de service et de relation assumés sur plusieurs années.

6. Par oĂą commencer en 2026 ? Un plan concret pour les directions marketing

Si vous dirigez une équipe marketing en France aujourd’hui, voici un plan d’action réaliste sur 12 mois pour redevenir stratégique.

1. Clarifier le périmètre et l’ambition du marketing

  • Formaliser, avec la DG, le rĂ´le du marketing : communication uniquement, ou aussi offre, prix, expĂ©rience, innovation ?
  • Si le pĂ©rimètre est trop rĂ©duit, prĂ©parer une note stratĂ©gique argumentĂ©e pour l’élargir progressivement.

2. Installer un pilotage par la valeur client et la valeur marque

  • Mettre en place (ou fiabiliser) un indicateur de valeur vie client par segment ;
  • suivre quelques indicateurs clefs de capital de marque (prĂ©fĂ©rence, considĂ©ration, justification du prix) ;
  • relier ces indicateurs aux rĂ©sultats financiers de manière rĂ©gulière (revue trimestrielle avec la DAF).

3. Utiliser l’IA pour liberer du temps… et nourrir la stratégie

  • Automatiser au maximum la production de variantes crĂ©atives, de reporting, de segmentation opĂ©rationnelle ;
  • consacrer ce temps libĂ©rĂ© Ă  des travaux de fond : analyses de portefeuille, Ă©tudes clients, scĂ©narios de croissance ;
  • lancer un premier projet de marketing mix modelling ou de simulation de CLV, mĂŞme modeste, pour crĂ©dibiliser la dĂ©marche.

4. Ouvrir un chantier « croissance durable » en binôme avec la RSE

  • Cartographier les irritants clients qui sont aussi des non-sens Ă©cologiques (gaspillage, surpackaging, retours massifs) ;
  • identifier 2 ou 3 tests concrets de modèles circulaires (offre reconditionnĂ©e, reprise, service de prolongation de durĂ©e de vie) ;
  • construire un business case prĂ©cis pour chaque test.

5. Structurer un nouveau dialogue avec la direction générale

  • Passer d’un reporting « campagnes et KPIs mĂ©dias » Ă  un reporting stratĂ©gique : valeur client, capital de marque, scĂ©narios de croissance ;
  • proposer un rendez-vous rĂ©gulier CMO–DG–DAF dĂ©diĂ© au pilotage de la valeur marketing ;
  • assumer une posture de co‑dĂ©cideur, et pas seulement de « fournisseur de supports de communication ».

Le marketing en 2026 n’a pas vocation à être l’utilisateur le plus avancé de l’IA générative de l’entreprise. Son rôle est bien plus ambitieux : devenir la fonction qui relie le client, le modèle économique et la responsabilité de long terme.

Les directions qui accepteront ce repositionnement gagneront en influence, en utilité et, très concrètement, en budget. Les autres continueront à se battre pour quelques points de part de voix sur TikTok.

À vous de choisir dans quel camp sera votre équipe marketing l’an prochain.