Leonidas, cacao et IA : comment protéger les marges

Intelligence Artificielle dans l'Industrie Agroalimentaire••By 3L3C

Leonidas affiche un chiffre d’affaires record mais des bénéfices sous pression. Voici comment l’IA peut aider chocolatiers et agroalimentaire à protéger leurs marges.

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Leonidas, cacao et IA : protéger les marges quand tout augmente

Les chiffres sont clairs : en 2024-2025, Leonidas affiche un chiffre d’affaires record de 131 millions d’euros, en hausse de 8 %, pour une quatrième année consécutive de croissance. Pourtant, l’EBITDA recule de 6 % pour se fixer à 20 millions d’euros. Le prix du cacao explose, un déménagement stratégique de Bruxelles à Nivelles pèse sur les coûts, et les marges se tendent.

La réalité ? Beaucoup d’industriels agroalimentaires belges et français vivent exactement le même scénario. Volume et chiffre d’affaires résistent, mais la rentabilité se fait grignoter par la volatilité des matières premières, l’énergie, la logistique et les investissements industriels.

Dans cette série sur l’intelligence artificielle dans l’industrie agroalimentaire, l’exemple Leonidas est un cas d’école : comment continuer à croître, à l’export comme en travel retail, alors que chaque point de marge devient critique ? L’IA n’est pas un gadget marketing ici ; c’est un outil très concret pour reprendre la main sur les coûts, la demande et la production.


1. Ce que révèle vraiment le cas Leonidas

L’article de RetailDetail rappelle trois éléments clés :

  • Chiffre d’affaires 2024-2025 : 131 M€, +8 %
  • Quatrième annĂ©e record consĂ©cutive
  • EBITDA : 20 M€, en baisse de 6 %, malgrĂ© une activitĂ© solide

Leonidas opère aujourd’hui dans 40 pays, avec 1 200 magasins, principalement en franchise. L’essentiel de la croissance vient de l’export et du travel retail (aéroports, gares, zones touristiques), segments particulièrement sensibles aux variations de flux et de mix produits.

Ce que ces chiffres racontent surtout, c’est le choc des coûts variables :

  • Prix du cacao : envolĂ©e historique depuis 2023
  • CoĂ»ts de transition industrielle : dĂ©mĂ©nagement de Bruxelles Ă  Nivelles
  • Inflation logistique et Ă©nergĂ©tique : stockage, transport, chaĂ®ne du froid

Un acteur comme Leonidas a déjà une organisation performante. Pourtant, la pression est là. C’est exactement le moment où l’IA industrielle devient intéressante : non pas pour faire plus de marketing, mais pour gratter des points de marge très concrets sur l’ensemble de la chaîne agroalimentaire.


2. Comment l’IA peut aider un chocolatier à sauver ses marges

Un chocolatier soumis à la volatilité du cacao et à des coûts fixes élevés a trois leviers principaux : acheter mieux, produire plus intelligemment, vendre plus précisément. L’IA peut intervenir sur les trois.

2.1. Anticiper le coût du cacao avec des modèles prédictifs

Le cacao est devenu l’exemple parfait d’une matière première volatile, climatique et géopolitique. Pour un industriel, subir les prix au jour le jour est une erreur stratégique.

L’IA permet :

  • d’agrĂ©ger des donnĂ©es mĂ©tĂ©o, de rendement des plantations, de flux logistiques et de marchĂ©s Ă  terme ;
  • de prĂ©dire les tendances de prix Ă  3, 6, 12 mois ;
  • de simuler plusieurs scĂ©narios d’achats (hedging, contrats long terme, achats spot) et d’en mesurer l’impact sur la marge.

Concrètement, un module IA de prévision des prix matières peut répondre à des questions très opérationnelles :

« Si je sécurise 60 % de mes volumes cacao sur 9 mois maintenant, quel est mon risque de surcoût ou de manque à gagner selon les différents scénarios météo en Afrique de l’Ouest ? »

Pour Leonidas comme pour tout industriel agroalimentaire, ce type d’outil permet de passer d’une posture subie à une stratégie d’achat active et chiffrée.

2.2. Optimiser les recettes et le coût matière sans sacrifier la qualité

Le chocolat, c’est de l’émotion… mais aussi des coefficients de matières très précis. Une légère variation de grammage, de taux de cacao, de type de graisses ou de sucres peut faire gagner plusieurs centaines de milliers d’euros par an.

Avec l’IA :

  • on peut simuler des variations de recettes (formulation assistĂ©e par IA) en intĂ©grant les contraintes rĂ©glementaires, nutritionnelles et organoleptiques ;
  • on peut identifier les ingrĂ©dients alternatifs ou les ajustements de dosage qui rĂ©duisent le coĂ»t matière sans dĂ©grader la perception consommateur ;
  • on peut tester virtuellement l’impact de ces changements sur la durĂ©e de vie produit, la texture, la stabilitĂ© en transport.

De nombreux groupes agroalimentaires utilisent déjà des jumeaux numériques de recettes : un modèle IA qui prédit, avant tout test en atelier, comment une nouvelle formulation va se comporter. Le gain est double : moins de tests physiques coûteux, et des marges mieux maîtrisées.

2.3. Production : IA, qualité constante et moins de déchets

Une usine de chocolat, c’est une succession d’étapes sensibles : tempérage, moulage, enrobage, refroidissement, emballage. Chacune peut générer des rebuts, des reworks, des pertes de temps.

L’IA peut intervenir à trois niveaux :

  • Maintenance prĂ©dictive : dĂ©tecter, via les donnĂ©es capteurs, qu’une ligne de conditionnement va dĂ©river et provoquer des dĂ©fauts d’emballage avant la panne ;
  • ContrĂ´le qualitĂ© automatisĂ© : camĂ©ras + IA de vision pour repĂ©rer en temps rĂ©el les pralines mal formĂ©es, les bulles, les couleurs anormales, et ajuster les paramètres de production ;
  • Optimisation des paramètres de process : modèles qui apprennent, lot après lot, quelles tempĂ©ratures, vitesses, temps de refroidissement donnent le meilleur compromis qualitĂ© / consommation d’énergie / cadence.

Réduire les rebuts de seulement 1 à 2 % sur des volumes comme ceux de Leonidas représente des centaines de milliers d’euros. Pour un industriel sous pression sur ses bénéfices, c’est loin d’être anecdotique.


3. IA et retail chocolatier : mieux prévoir la demande, moins surproduire

Leonidas est présent dans 40 pays, avec 1 200 points de vente majoritairement franchisés. Le modèle est puissant, mais complexe à piloter : fêtes de fin d’année, Saint-Valentin, Fête des Mères, flux touristiques, saisons… Le risque de surstock ou de rupture est permanent.

3.1. Prévisions de vente fines par magasin et canal

Les réseaux de chocolatiers sont encore trop souvent pilotés avec :

  • des moyennes historiques brutes,
  • des budgets annuels figĂ©s,
  • quelques corrections « au feeling » en fonction de la mĂ©tĂ©o.

L’IA de prévision de la demande change totalement l’échelle :

  • prĂ©visions par point de vente (chaque boutique, chaque aĂ©roport),
  • intĂ©gration de la mĂ©tĂ©o, des jours fĂ©riĂ©s, des Ă©vĂ©nements locaux, du trafic touristique,
  • prise en compte du mix produit (gammes cadeaux, vrac, Ă©ditions limitĂ©es).

Résultat :

  • moins de produits invendus en fin de saison,
  • moins de ruptures sur les rĂ©fĂ©rences stars,
  • un pilotage plus fin des fabrications et des expĂ©ditions.

Pour un chocolatier premium, réduire de 15 à 20 % les invendus saisonniers grâce à de meilleures prévisions est parfaitement réaliste avec des modèles IA bien entraînés.

3.2. Travel retail : terrain de jeu idéal pour l’IA

Le travel retail (aéroports, gares internationales, ferries) est mentionné comme un moteur de croissance de Leonidas. C’est aussi un segment où :

  • les flux de passagers sont très volatils,
  • les profils clients Ă©voluent selon les destinations et les jours,
  • les contraintes logistiques sont fortes.

L’IA y a une valeur très concrète :

  • prĂ©dire les ventes par vol/destination,
  • adapter les assortiments par nationalitĂ© (goĂ»ts, niveaux de prix, formats cadeaux),
  • optimiser les stocks en zone sous douane ou duty paid.

Couplée à des données anonymisées de trafic aéroportuaire, l’IA peut par exemple recommander :

« Sur le terminal X, entre le 20/12 et le 05/01, prévoir +30 % de coffrets cadeaux 500 g sur les vols long-courriers vers l’Asie, et réduire de 10 % les références à faible rotation. »

Pour un réseau comme celui de Leonidas, aligner production, logistique et travel retail sur ces signaux permet de gagner du chiffre sans exploser les stocks.


4. De l’exemple Leonidas à une stratégie IA pour tout l’agroalimentaire

Ce que vit Leonidas aujourd’hui, toute l’industrie agroalimentaire belge et française y est confrontée :

  • matières premières instables (cacao, blĂ©, lait, sucre, huiles vĂ©gĂ©tales),
  • coĂ»ts de main-d’œuvre en hausse,
  • investissements industriels lourds (nouvelles usines, relocalisations),
  • pression des distributeurs et des consommateurs sur les prix.

L’IA n’est pas réservée aux géants mondiaux. Elle devient un levier pragmatique pour :

  • sĂ©curiser la marge,
  • rĂ©duire les gaspillages,
  • amĂ©liorer la traçabilitĂ© et la qualitĂ©,
  • piloter l’international plus finement.

4.1. Par oĂą commencer quand on est un industriel agroalimentaire ?

Sur les projets IA que j’ai vus fonctionner dans l’agro, trois principes reviennent :

  1. Partir d’un problème économique clair
    Pas d’IA parce que « tout le monde en parle ». Un problème chiffré : marge en baisse, taux de rebuts, prévisions de ventes erratiques, coûts matières.

  2. Travailler sur un périmètre restreint au début
    Une catégorie produit, une usine, un pays. L’objectif est de prouver la valeur en 3 à 6 mois, puis d’étendre.

  3. Faire collaborer métiers + data
    Les équipes production, qualité, achats, supply chain connaissent les irritants. Les data teams savent les modéliser. Quand les deux se parlent vraiment, les gains deviennent très concrets.

4.2. Quelques cas d’usage IA prioritaires pour le food

Pour rester dans la logique de cette série « Intelligence artificielle dans l’industrie agroalimentaire », voici des cas d’usage à fort ROI, totalement transposables à un acteur comme Leonidas :

  • PrĂ©vision des matières premières : cacao, lait, sucre, huiles ;
  • Planification de production intelligente : aligner les plans de fabrication sur la demande prĂ©dite par marchĂ© / canal ;
  • ContrĂ´le qualitĂ© visuel automatisĂ© : rĂ©duire les contrĂ´les manuels et les dĂ©fauts sortants ;
  • Optimisation des recettes : formulation IA pour jouer sur les coĂ»ts sans dĂ©grader le goĂ»t ;
  • PrĂ©visions de vente par point de vente : rĂ©seaux de boutiques, GMS, e-commerce, travel retail ;
  • Analyse de la satisfaction client (avis, rĂ©seaux sociaux) pour piloter innovations et arrĂŞts de gamme.

5. Pour les industriels du chocolat (et au-delĂ ) : et maintenant ?

L’année record de Leonidas montre qu’il est possible de croître même dans un contexte de matières premières explosives. La baisse de l’EBITDA rappelle cependant une vérité simple : sans transformation profonde des outils de pilotage industriel, la croissance seule ne suffira plus à protéger les marges.

Pour les acteurs du chocolat, de la confiserie, des produits de saison, l’IA appliquée à l’agroalimentaire devient un différenciateur stratégique :

  • ceux qui l’utilisent pour anticiper leurs coĂ»ts, ajuster leurs recettes, optimiser leur production et leurs stocks garderont de la flexibilitĂ© ;
  • ceux qui restent sur des modèles historiques subiront davantage chaque choc de marchĂ©.

La question n’est plus « faut-il faire de l’IA ? », mais plutôt :

« Quel problème économique prioritaire de mon usine ou de mon réseau retail mérite un projet IA dans les 6 prochains mois ? »

Si l’exemple Leonidas vous parle, c’est probablement que votre entreprise est à ce tournant. La prochaine étape consiste à choisir un premier cas d’usage ciblé, mesurable et connecté à vos enjeux de marge. C’est là que l’IA, loin du buzz, commence réellement à faire la différence.