Monaco, Genève, Strasbourg : 3 jumeaux numériques qui changent la ville

Intelligence Artificielle dans l'Industrie AgroalimentaireBy 3L3C

Monaco, Genève et Strasbourg montrent comment les jumeaux numériques urbains transforment la planification, la construction et la décarbonation des villes.

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Monaco, Genève, Strasbourg : 3 jumeaux numériques qui changent la ville

L’urbanisme français et européen bascule discrètement dans une nouvelle ère : celle des jumeaux numériques urbains utilisés au quotidien par les services techniques, les élus… et bientôt par les habitants. Monaco, Genève et Strasbourg font partie des pionniers. Leur retour d’expérience lors de BIM World | Jumeaux Numériques 2025 donne une bonne idée de ce qui attend le BTP français dans les prochaines années.

Voici le point commun entre ces trois territoires : ils ne parlent plus « outil 3D » ou « maquette BIM » comme un gadget, mais bien plateformes opérationnelles pour planifier, construire, exploiter et décarboner la ville.

Pour les acteurs du BTP, de l’ingénierie, de l’immobilier ou des collectivités, comprendre ce mouvement devient stratégique. Celui qui sait s’inscrire dans ces plateformes aura un coup d’avance sur les appels d’offres et les nouveaux usages de l’IA sur les chantiers.


Pourquoi les jumeaux numériques urbains s’imposent maintenant

Les jumeaux numériques urbains s’imposent parce qu’ils répondent à trois urgences très concrètes : maîtriser le foncier, réduire l’empreinte carbone et sécuriser les décisions de construction.

En 2025, la plupart des métropoles françaises affichent les mêmes contraintes :

  • objectifs ZAN (zéro artificialisation nette) de plus en plus stricts ;
  • pression sur les coûts et les délais de chantier ;
  • multiplication des données (BIM, SIG, capteurs IoT, données énergétiques) difficile à exploiter sans une vision unifiée ;
  • attentes citoyennes fortes sur la transparence des projets urbains.

Le jumeau numérique urbain devient alors la pièce centrale : une représentation numérique géospatiale du territoire, connectée à la donnée temps réel, sur laquelle on peut simuler et arbitrer avant d’engager des millions d’euros de travaux.

Un bon jumeau numérique ne remplace pas l’expertise métier ; il donne enfin aux décideurs et aux équipes de terrain la même image partagée de la ville.

Monaco, Genève et Strasbourg montrent trois trajectoires différentes, mais complémentaires, pour y arriver.


Monaco : un territoire contraint qui mise tout sur la donnée géographique

Sur 2,02 km², Monaco n’a pas le droit à l’erreur. Chaque mètre carré compte. C’est précisément dans ce type de territoire que le City Information Modeling (CIM) et le jumeau numérique donnent toute leur valeur.

Une base géographique comme « colonne vertébrale »

Sous la responsabilité du pôle d’informations géographiques du Gouvernement de Monaco, la Principauté a construit depuis des années un socle SIG très précis : cadastre, réseaux, bâtiments, relief, données maritimes, etc. Ce socle est devenu la colonne vertébrale de son jumeau numérique urbain.

Concrètement, cela permet :

  • d’assembler les maquettes BIM des grands projets (extension en mer, tours, équipements publics) avec le contexte urbain existant ;
  • de simuler les impacts de chaque nouvelle construction sur les vues, l’ensoleillement, le trafic ou le risque inondation ;
  • d’anticiper les conflits de réseaux dans un sous-sol déjà saturé.

Dans un contexte aussi dense, le BIM isolé sur un projet ne suffit plus. C’est l’intégration BIM–SIG–données d’exploitation qui fait la différence.

Ce que Monaco change pour les entreprises du BTP

Pour les entreprises qui travaillent en Principauté (ou qui veulent suivre ce modèle) cela implique :

  • de livrer des maquettes BIM géoréférencées, propres, structurées, interopérables ;
  • de prévoir dès la conception l’usage futur des données en exploitation (FM, maintenance, gestion énergétique) ;
  • de former les équipes chantier à consulter le jumeau numérique (tablettes, viewers web) plutôt qu’à travailler uniquement sur plans PDF.

En clair : si vos données ne « rentrent » pas dans le jumeau numérique de la collectivité, vous devenez rapidement moins attractif dans les appels d’offres.


Genève : un jumeau numérique au service de la décision publique

Genève s’est engagée depuis longtemps dans la modélisation 3D du territoire. Sous l’impulsion de la Direction de l’information du territoire, la ville et le canton ont fait du jumeau numérique un outil d’aide à la décision politique.

De la maquette 3D à la plateforme urbaine

Le jumeau numérique genevois ne se limite plus à un modèle 3D esthétique. Il devient une plateforme sur laquelle on peut poser des questions très concrètes :

  • Que se passe‑t‑il si on élargit cette voirie ou si on crée une piste cyclable ?
  • Quel impact aura tel projet immobilier sur les îlots de chaleur urbains ?
  • Où sont les meilleures zones pour densifier sans aggraver les nuisances ?

La ville combine :

  • données SIG de référence ;
  • modèles BIM des nouveaux projets ;
  • scénarios réglementaires et urbanistiques ;
  • jeux de données thématiques (mobilité, bruit, énergie, végétalisation, etc.).

Le tout présenté dans des interfaces accessibles aux urbanistes, mais aussi aux élus, et parfois au grand public.

Pourquoi ce modèle intéresse directement le BTP français

Ce qui se construit aujourd’hui à Genève préfigure ce qui se généralise en France avec les grandes métropoles : Lyon, Bordeaux, Nantes, Strasbourg, Paris…

Pour les entreprises du BTP et de l’ingénierie, cela signifie :

  1. Plus de simulation en amont. Les maîtres d’ouvrage exigeront des variantes testées dans le jumeau numérique avant validation du programme.
  2. Plus de transparence. Les projets devront être montrés en 3D au grand public ; les approximations visuelles auront de moins en moins leur place.
  3. Plus d’IA. Une fois la donnée structurée dans le jumeau numérique, l’IA peut proposer des optimisations : tracés d’infrastructures, phasage de chantier, réduction CO₂, etc.

Le message est clair : les dossiers reposant uniquement sur des plans 2D et quelques images de synthèse ne suffiront plus pour remporter les grands projets urbains.


Strasbourg : du jumeau numérique à la planification décarbonée

Strasbourg, ville et Eurométropole, met le jumeau numérique au service de la transition écologique et de la planification territoriale.

Un outil pour arbitrer entre densification, mobilité et climat

Sous la responsabilité de la Direction Urbanisme et territoires, Strasbourg utilise son jumeau numérique urbain pour :

  • visualiser les gisements fonciers disponibles en respectant le ZAN ;
  • simuler des scénarios de densification quartier par quartier ;
  • croiser ces scénarios avec les infrastructures existantes (tram, bus, pistes cyclables, réseaux) ;
  • évaluer les effets sur les îlots de chaleur, la pollution de l’air, les continuités écologiques.

L’intérêt est très concret : au lieu de débattre sur des cartes statiques, les élus disposent d’une vision 3D commune, argumentée par la donnée. Les arbitrages sur les projets de construction, de rénovation énergétique ou d’infrastructures deviennent plus robustes.

Opportunités pour les professionnels du bâtiment et des infrastructures

Pour les acteurs du BTP, ce type d’approche ouvre plusieurs opportunités :

  • Proposer des projets démonstrateurs : bâtiments bas carbone ou quartiers « test » intégrés dans le jumeau numérique de la métropole.
  • Valoriser les simulations énergétiques et environnementales : les résultats ne restent plus dans un rapport PDF, ils sont injectés dans le modèle urbain et visibles par tous les décideurs.
  • Articuler chantier et exploitation : dès la phase travaux, les données produites servent à la future gestion du patrimoine (consommations, confort, maintenance prédictive).

Strasbourg illustre bien le mouvement de fond : le jumeau numérique n’est pas réservé aux capitales ; il devient un outil de travail standard pour les métropoles engagées dans la décarbonation.


CLM, BIM, SIG, IA : comment tout s’imbrique dans les « chantiers intelligents »

La conférence BIM World parle de CLM (City Lifecycle Management). L’idée est simple : appliquer aux villes ce que le PLM a apporté à l’industrie, c’est‑à‑dire une gestion du cycle de vie complet des actifs urbains grâce à la donnée.

Du BIM projet au CLM territoire

Voici comment les couches s’articulent :

  1. BIM : maquette numérique du bâtiment ou de l’ouvrage, très détaillée, orientée conception et chantier.
  2. SIG : description géospatiale du territoire, référentiel de base pour tout ce qui touche au foncier, aux réseaux, aux mobilités.
  3. Jumeau numérique urbain : fusion BIM + SIG + données d’exploitation, dans une vue cohérente et souvent 3D.
  4. CLM : gouvernance globale des données sur l’ensemble du cycle de vie de la ville (planification, conception, construction, exploitation, déconstruction), avec des process, des rôles, des règles d’interopérabilité.

Dans ce modèle, les chantiers deviennent intelligents non pas parce qu’on y met un gadget connecté de plus, mais parce qu’ils sont branchés sur la plateforme urbaine de la collectivité.

Ce que les entreprises doivent mettre en place dès maintenant

Pour rester dans la course, un acteur du BTP français peut déjà travailler sur quatre axes très concrets :

  1. Standardiser ses données BIM

    • utiliser des gabarits cohérents ;
    • livrer systématiquement en IFC propre ;
    • renseigner la géolocalisation et les attributs utiles pour l’exploitation.
  2. Former les équipes aux SIG et au contexte territorial

    • comprendre la logique des référentiels de données des métropoles ;
    • savoir lire et exploiter une plateforme de jumeau numérique urbain ;
    • intégrer ces outils dès la réponse aux appels d’offres.
  3. Anticiper l’IA sur les chantiers

    • tester des cas d’usage simples : détection d’incohérences, optimisation de planning, contrôle qualité basé sur la maquette ;
    • utiliser l’IA pour générer des variantes de scénarios intégrées au jumeau numérique.
  4. Travailler la gouvernance de la donnée

    • définir qui est responsable de quoi (BIM manager, data manager, référent SIG) ;
    • contractualiser les livrables data comme de vrais livrables de projet ;
    • sécuriser les accès (cybersécurité, droits, confidentialité).

Le fil conducteur est clair : une donnée bien structurée, interopérable, alimente naturellement les jumeaux numériques urbains et favorise les chantiers intelligents.


Comment vous inspirer de Monaco, Genève et Strasbourg dès 2025

Monaco, Genève et Strasbourg montrent trois façons d’avancer, mais une même direction : mettre la donnée au cœur de la ville et faire du jumeau numérique un outil quotidien, pas un « démonstrateur 3D » isolé.

Pour un maître d’ouvrage, un bureau d’études ou une entreprise de construction, les premières étapes réalistes en 2025 peuvent être :

  • identifier les métropoles et territoires avec lesquels vous travaillez déjà qui ont un projet de jumeau numérique ;
  • adapter vos livrables BIM et vos process pour qu’ils soient compatibles avec leurs plateformes ;
  • lancer un projet pilote : un chantier où la coordination, le suivi et une partie des décisions se font directement depuis un jumeau numérique urbain ;
  • capitaliser ensuite : retours d’expérience, gains de temps, réduction des conflits, meilleure qualité de décision.

Ce mouvement ne va pas s’arrêter. Au contraire, avec la montée en puissance de l’IA dans le BTP français, la qualité des données urbaines et leur intégration dans des jumeaux numériques territoriaux vont devenir un critère décisif de compétitivité.

La question n’est plus de savoir si ces plateformes vont s’imposer, mais comment vous allez vous y brancher : comme un simple fournisseur parmi d’autres, ou comme un partenaire capable de proposer des chantiers vraiment intelligents, intégrés au cycle de vie complet de la ville.

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