L’IA devient une infrastructure clé de l’immobilier. Voici 5 leçons de CREtech New York 2025 et comment les appliquer concrètement au marché belge.
IA et immobilier commercial : ce que révèle CREtech New York 2025
En 2025, plus de 70 % des grands acteurs de l’immobilier commercial déclarent tester au moins un outil d’intelligence artificielle dans leurs opérations. La plupart improvisent encore. Quelques-uns, en revanche, commencent déjà à capter une vraie avance concurrentielle.
L’événement CREtech New York 2025 l’a montré très clairement : l’IA n’est plus un sujet théorique, c’est un nouvel outil de travail quotidien pour les foncières, promoteurs, asset managers et property managers. Même si la conférence se déroule aux États-Unis, les messages sont directement transposables au marché belge, en particulier pour la PropTech et les acteurs institutionnels à Bruxelles, Anvers, Liège, Gand ou Charleroi.
Voici ce qui ressort du jour 1 de CREtech, et surtout comment un professionnel de l’immobilier belge peut concrètement s’en servir pour 2026.
1. Un marché d’acquisitions : comment l’IA aide à acheter mieux
L’idée clé est simple : 2025 est davantage un marché d’acquisitions qu’un marché de développement. Les grands décideurs de CREtech décrivent un contexte où le capital est plus rare, les coûts de construction élevés et les taux encore sous pression. Résultat : on privilégie le rachat et la revalorisation d’actifs existants plutôt que les nouveaux projets.
Pour la Belgique, on retrouve la même logique :
- bureaux obsolètes à Bruxelles à convertir ou repositionner ;
- retail parks en périphérie à reconfigurer ;
- immeubles résidentiels existants à optimiser énergétiquement.
Comment l’IA peut booster une stratégie d’acquisitions
L’IA devient un filtre intelligent pour repérer les meilleurs deals avant les autres :
- Screening automatique du marché : un modèle IA analyse en continu les transactions publiques, les annonces, les données cadastrales et les données socio‑économiques par quartier.
- Scoring des actifs : chaque immeuble se voit attribuer un score de potentiel (vacance, loyers actuels vs loyers de marché, coûts de rénovation estimés, risques ESG, etc.).
- Scénarios de repositionnement : l’IA simule la transformation d’un bureau en résidentiel, l’ajout de services, la division d’un grand lot en plus petites surfaces, etc.
Un investisseur belge peut, par exemple, demander à un modèle IA :
« Donne‑moi la liste des immeubles de bureaux de plus de 2 000 m², construits avant 2000, dans un rayon de 800 m du futur tram, avec taux de vacance élevé et loyers en dessous de la médiane de la zone. Classe‑les par potentiel de repositionnement en résidentiel. »
Ce n’est pas de la science-fiction. Les briques technologiques existent déjà. Ceux qui les mettent ensemble en 2025–2026 achèteront mieux que les autres.
2. L’IA rend du temps aux professionnels : où commencer en pratique
La deuxième leçon forte de CREtech : le premier ROI de l’IA, c’est le temps gagné. Les intervenants citent déjà des usages concrets :
- sélection automatique de locataires potentiels à forte performance pour les centres commerciaux ;
- automatisation d’une partie de la recherche de marché et de l’analyse de deals ;
- préparation de notes d’investissement et de mémos.
Pour un acteur belge, l’objectif réaliste n’est pas de tout automatiser, mais de gratter 1 à 2 heures par jour sur les tâches répétitives.
3 cas d’usage immédiats pour les équipes belges
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Prospection locative assistée par IA
- Extraire les données de vos baux existants (loyers, durées, indexations, options) automatiquement via un modèle de reconnaissance de texte.
- Faire ressortir les profils de locataires les plus stables et rentables.
- Générer des listes de prospects “similaires” dans d’autres centres ou villes.
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Notes d’investissement
- Importer vos fichiers Excel, rapports techniques, rapports de due diligence.
- Demander un résumé structuré : points forts, risques, scénarios de cash-flow, questions à clarifier en comité d’investissement.
- Standardiser la présentation pour tous les deals.
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Support au property management
- Utiliser un assistant IA pour trier les tickets de maintenance, repérer les problèmes récurrents, suggérer des actions préventives.
- Générer des comptes rendus mensuels pour les propriétaires à partir des données brutes.
La bonne approche : commencer petit, sur un processus très concret, mesurer le temps gagné, puis étendre. Les acteurs qui attendent “la grande solution parfaite” resteront bloqués.
3. Flexibilité et contrôle humain : construire une IA qui ne vous piégera pas
Les intervenants de CREtech l’ont rappelé sans détour : l’IA actuelle est puissante, mais imparfaite. Elle hallucine parfois, se trompe sur des données, interprète mal un contexte juridique ou réglementaire.
Dans l’immobilier belge, où la réglementation urbanistique varie entre Régions, où la fiscalité est complexe et où la compliance ESG devient cruciale, se reposer à 100 % sur une IA serait tout simplement dangereux.
Principes pour une IA “sûre” dans l’immobilier
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Toujours garder un humain “dans la boucle”
- L’IA propose, l’humain dispose.
- Toute recommandation financière, juridique ou urbanistique doit être revue par un professionnel qualifié.
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Systèmes flexibles et évolutifs
- Éviter les solutions fermées qui enferment vos données.
- Favoriser des briques modulaires : un moteur d’IA pour les documents, un autre pour la data des bâtiments, un autre pour le marketing.
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Gouvernance des données
- Définir qui peut envoyer quel type de documents dans quels outils IA.
- Masquer les données sensibles (noms de personnes physiques, données RH, données confidentielles de transactions en cours).
- Tracer qui a utilisé l’outil, pour quoi, et avec quel résultat.
- Tests systématiques
- Avant de déployer un cas d’usage, le tester sur plusieurs dossiers belges réels (mais anonymisés) : baux commerciaux, permis d’urbanisme, règlements de copropriété, etc.
- Vérifier le taux d’erreur et documenter les limites.
La flexibilité n’est pas un luxe technique : c’est ce qui évite de se retrouver bloqué dans deux ans avec un outil IA obsolète et des données impossibles à migrer.
4. La donnée comme nouveau “terrain à bâtir” de l’immobilier belge
Un autre message très fort de CREtech : la donnée est désormais un outil de développement au même titre qu’un terrain ou un permis. Les acteurs présents évoquent l’usage de l’analytique avancée pour suivre l’occupation, les flux, les comportements des usagers, et piloter la conception et l’exploitation des immeubles.
En Belgique, cela colle parfaitement avec :
- la pression sur la performance énergétique (PEB, taxonomie européenne, CSRD) ;
- la montée des bureaux flexibles et hybrides ;
- la recherche de mixité fonctionnelle dans les quartiers (logement, bureaux, commerces, loisirs).
Trois niveaux de maturité data + IA
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Niveau 1 – Suivi basique
- Compteurs d’énergie, badges d’accès, caméras, systèmes de réservation.
- Objectif : consolider les données dans un tableau de bord lisible.
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Niveau 2 – Optimisation assistée par IA
- Modèles qui apprennent les habitudes d’occupation des espaces.
- Ajustement automatique des horaires de chauffage, éclairage, ventilation.
- Simulation d’optimisation d’occupation (desk sharing, flex office) pour réduire la surface nécessaire.
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Niveau 3 – Co‑conception et repositionnement
- Utiliser la data historique d’un portefeuille pour nourrir des modèles prédictifs : quels types de surfaces fonctionnent le mieux, où la vacance est la plus structurelle, quelles combinaisons de services augmentent la rétention.
- Décider de transformer un immeuble avant qu’il ne devienne un actif “stranded”.
Concrètement, un propriétaire de bureaux à Bruxelles peut utiliser l’IA pour montrer aux locataires que la réduction de surface couplée à une meilleure utilisation des espaces permet de diminuer le loyer global et l’empreinte carbone, tout en maintenant le confort des équipes. C’est un argument commercial puissant.
5. Le vrai ROI de l’IA en construction : moins de risques, plus de sérénité
Les experts construction présents à CREtech convergent sur un point : le gain majeur de l’IA n’est pas seulement le coût, c’est la réduction du risque. Moins de surprises, moins de dérives de planning et de budget, moins de litiges.
Pour les promoteurs et entreprises générales actives en Belgique, ça peut changer la vie sur les chantiers :
Où l’IA réduit concrètement les risques
- Planification de chantier : des algorithmes analysent des centaines de projets passés, détectent les tâches critiques et proposent un planning plus robuste.
- Détection d’anomalies sur plans et maquettes BIM : l’IA repère des incohérences dès la phase de conception (conflits techniques, accès PMR, risques de ponts thermiques, etc.).
- Suivi de chantier par image : photos, vidéos, drones ; les écarts par rapport au planning ou au BIM sont signalés automatiquement.
- Prévisions de dérive de budget : en combinant avancement, météo, disponibilité des matériaux, historique des fournisseurs.
La conséquence la plus intéressante, soulignée à CREtech : l’IA donne de la confiance aux équipes projet et aux investisseurs. Quand on voit en temps réel où se situent les risques, on prend des décisions plus vite, on corrige plus tôt. Ce n’est pas spectaculaire, mais sur un projet de 20 ou 50 millions, cela peut représenter plusieurs points de marge.
Pour un développeur belge, l’enjeu est clair : intégrer ces briques IA dans la chaîne BIM déjà en place, plutôt que de les considérer comme un gadget parallèle.
Comment un acteur belge peut passer à l’action en 2026
La plupart des leçons de CREtech New York 2025 convergent vers une même idée : l’IA devient une infrastructure de base de l’immobilier, au même titre qu’un ERP, un outil de gestion locative ou un logiciel BIM.
Pour ne pas rester à la traîne en Belgique, une feuille de route simple peut suffire :
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Choisir 2 à 3 cas d’usage pilotes
- Exemples : scoring d’opportunités d’acquisition, extraction automatique de données de baux, analyse des consommations énergétiques.
- Objectif : prouver le ROI sur 6 mois.
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Structurer la donnée
- Centraliser les baux, plans, rapports techniques et historiques de travaux.
- Nettoyer les fichiers Excel dispersés, harmoniser les formats et les identifiants d’actifs.
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Mettre en place un cadre de gouvernance
- Règles de confidentialité, validation humaine, audits réguliers des modèles IA.
- Formation minimale des équipes (asset, property, technique, juridique).
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S’appuyer sur l’écosystème PropTech belge
- Start‑ups spécialisées en traitement de baux, en analyse énergétique, en jumeaux numériques, etc.
- Partenariats pilotes plutôt que développement 100 % maison.
Ceux qui bougent maintenant, même avec des projets modestes, arriveront en 2027 avec des équipes formées, des données structurées et une vraie culture IA. Les autres continueront à faire des tableaux Excel dupliqués et des due diligences à rallonge.
L’IA ne remplacera pas l’expertise de terrain des professionnels belges de l’immobilier. Par contre, elle va créer un écart très net entre ceux qui s’en servent intelligemment… et ceux qui continuent à travailler comme en 2010.