L’exemple Warehub montre comment l’IA rend les entrepôts louables « à la demande ». Voici comment adapter ce modèle à l’immobilier logistique belge dès 2025.
La plupart des investisseurs logistiques en Belgique gèrent encore leurs entrepôts comme en 2005 : baux longs, très peu de données en temps réel, et une grande inertie dès qu’un client a un besoin différent. Pendant ce temps, des plateformes comme Warehub aux États‑Unis prouvent qu’on peut faire exactement l’inverse : des baux industriels flexibles, fractionnés, pilotés par la donnée et l’automatisation.
Ce décalage est une vraie opportunité pour le marché belge. Entre la pression de l’e‑commerce, la hausse des coûts de financement et les incertitudes géopolitiques, bloquer 15.000 m² sur neuf ans sans visibilité devient un pari risqué. La question n’est plus « est‑ce qu’on passera à plus de flexibilité ? », mais qui sera capable de l’orchestrer grâce à l’IA et à la PropTech.
Dans cet article, je pars de l’exemple de Warehub pour montrer ce que ces modèles changent déjà aux États‑Unis, et surtout comment l’IA peut être utilisée concrètement dans l’immobilier logistique belge pour attirer de nouveaux locataires, augmenter le taux d’occupation et sécuriser les revenus.
1. Ce que fait Warehub… et pourquoi ça nous concerne en Belgique
L’essentiel à retenir de Warehub, c’est simple : la plateforme transforme l’entrepôt en actif « à la demande », comme on réserve une nuit d’hôtel ou quelques semaines de bureaux.
Un cycle complet de location 100 % digital
Warehub numérise tout le cycle de location industriel :
- recherche d’espaces disponibles en temps réel ;
- sélection d’options (durée courte, surfaces fractionnées, prestations incluses) ;
- devis avec tarification dynamique ;
- contrats automatisés et signature en ligne ;
- assurance intégrée et gestion opérationnelle.
Résultat : plus de 1.300 baux de courte durée déjà conclus avec de grands acteurs du retail et de la logistique. Dans un marché américain estimé à 234 milliards de dollars, ce n’est pas anecdotique.
L’idée clé : transformer les m² vacants ou sous‑utilisés en recettes supplémentaires, sans passer par des négociations de plusieurs mois.
Pourquoi cet exemple est pertinent pour le marché belge
Bien sûr, l’environnement américain n’est pas celui de la Belgique. Mais les dynamiques sont comparables :
- montée en puissance de l’e‑commerce et du quick commerce ;
- pic saisonnier (Noël, soldes, Black Friday, ventes privées) qui nécessite des surfaces temporaires ;
- pression sur les coûts de construction et de financement ;
- attentes croissantes des locataires pour de la souplesse contractuelle.
Ce que montre Warehub, c’est que la technologie permet de :
- raccourcir le temps de décision côté locataire (de plusieurs mois à quelques jours) ;
- monétiser les surfaces vacantes même pour quelques semaines ;
- fiabiliser les revenus grâce à la donnée et à l’automatisation.
Tout ce qui précède est transposable, avec adaptation réglementaire, au marché belge (Belgique et Benelux) où la logistique urbaine et périurbaine est en pleine recomposition.
2. Comment l’IA rend les baux industriels vraiment flexibles
Sans IA, la flexibilité reste limitée : on multiplie les exceptions, les mails, les avenants, et au final personne n’y comprend plus rien. Avec l’IA, la flexibilité devient structurée, prévisible et rentable.
a) Tarification dynamique : ajuster les loyers comme une compagnie aérienne
Le principe est le même que pour un vol Bruxelles–Barcelone :
- forte demande + peu de disponibilité = prix plus élevés ;
- faible demande + forte vacance = prix plus bas, mais mieux que zéro.
Un moteur IA peut prendre en compte :
- l’historique de taux d’occupation du site ;
- la saisonnalité (pics e‑commerce, périodes creuses) ;
- le type de locataire (3PL, industriel, e‑commerçant) ;
- la durée souhaitée et la probabilité de renouvellement ;
- les prix observés sur des actifs comparables.
Concrètement, ça donne :
« Pour 4.000 m² sur trois mois à Nivelles entre 10/10 et 15/01, le loyer optimal est de X €/m²/mois, avec une probabilité de remplissage de 82 %. »
Cette approche permet :
- d’augmenter les revenus quand le marché est tendu ;
- d’accepter des baux plus courts sans sacrifier la rentabilité globale ;
- d’objectiver les décisions vis‑à‑vis des investisseurs.
b) Fractionnement intelligent de l’espace
L’autre apport majeur de l’IA est la capacité à reconfigurer virtuellement un entrepôt pour en proposer plusieurs combinaisons :
- 1 locataire pour 12.000 m² sur 5 ans ;
- 2 locataires sur 7.000 m² et 5.000 m² ;
- 1 locataire long terme sur 8.000 m² + 4.000 m² réservés à des baux courts saisonniers.
Un algorithme peut simuler des centaines de scénarios et recommander :
- la division physique la plus rentable (cloisons, accès, quais) ;
- la combinaison de baux longs et courts qui maximise le revenu net ;
- l’impact sur la circulation, la sécurité, la maintenance.
Pour un asset manager qui gère plusieurs parcs logistiques en Belgique, ce type d’outil devient un assistant de stratégie locative très concret.
c) Prévisions de demande : savoir à l’avance où l’espace sera demandé
Là où Warehub veut aller, c’est vers une couche d’infrastructure intelligente : utiliser la donnée pour prédire la demande. C’est exactement le terrain de jeu de l’IA.
Les modèles prédictifs peuvent anticiper :
- la montée de la demande de surfaces près de certains hubs (Liège, Anvers, Zeebruges) ;
- l’effet d’une nouvelle ligne logistique, d’un centre de tri ou d’une plateforme urbaine ;
- les besoins de stockage tampon liés aux disruptions (crise sanitaire, blocage d’axes, grèves).
Pour un propriétaire ou un développeur belge, ça impacte directement :
- le choix des localisations ;
- le phasage de la construction ;
- le dimensionnement des surfaces flexibles dans chaque projet.
3. Ce que les propriétaires et développeurs belges peuvent faire dès 2025
La bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de construire « le Warehub belge » pour bénéficier de cette logique. On peut avancer par étapes, avec un ROI mesurable.
Étape 1 – Rendre la donnée exploitable
Vous ne pouvez pas faire d’IA sérieuse sans données propres. Pour un portefeuille logistique, le minimum vital :
- historique des taux d’occupation par bâtiment et par cellule ;
- dates de signature, durées, loyers, indexations ;
- motifs de départ des locataires ;
- demandes reçues non converties (perdues, budgets, surfaces, durées) ;
- données opérationnelles : consommation énergétique, incidents, coûts de maintenance.
L’enjeu est de centraliser ces données dans un outil unique, structuré, qu’il s’agisse d’un data warehouse léger ou d’un module d’une solution de gestion immobilière.
Étape 2 – Automatiser le cœur du cycle de location
Avant même de déployer de l’IA avancée, l’automatisation simple change déjà la donne :
- configurateurs d’offres avec loyers, charges et services inclus ;
- génération automatique de projets de baux selon des gabarits validés ;
- signature électronique ;
- suivi des options et des dates clés dans un même outil.
Ce qu’on voit sur le terrain, c’est que réduire le temps de négociation de 30 à 50 % a un impact direct sur :
- le taux de vacance (on perd moins de deals) ;
- la satisfaction locataire (process clair, rapide, professionnel) ;
- la capacité de l’équipe à gérer plus d’actifs avec la même taille.
Étape 3 – Introduire la flexibilité contractuelle avec des règles claires
La flexibilité ne doit pas devenir un « bazar juridique ». L’astuce consiste à :
- définir 3 ou 4 packs de flexibilité standardisés (durée, options de sortie, extension, renouvellement) ;
- associer à chaque pack une prime de loyer ou un mécanisme de tarification dynamique ;
- laisser l’IA recommander le pack optimal selon le profil du locataire et le niveau de risque accepté.
Par exemple :
- Pack « Classique 3‑6‑9 » : conditions standards, loyer base ;
- Pack « Agilité » : durée plus courte, plafond de sorties anticipées, loyer +8 % ;
- Pack « Saison » : baux 3 à 9 mois, loyer variable selon la période, services logistiques intégrés.
Ce type de grille est compréhensible par les locataires et parfaitement exploitable par des modèles IA pour optimiser les revenus.
4. Impact concret pour les locataires logistiques belges
Du point de vue du locataire, ce genre de plateforme change la façon de gérer la logistique, surtout pour les acteurs e‑commerce, 3PL et industriels saisonniers.
Réagir aux pics de demande en quelques jours
Les 1.300 baux courts déjà conclus via Warehub montrent qu’il existe une vraie demande pour :
- quelques milliers de m² supplémentaires pendant les fêtes ;
- une cellule près d’un nouveau marché test ;
- un tampon de stockage lors d’un déménagement ou d’un retrofit d’usine.
Transposé à la Belgique, ça veut dire :
- offrir des surfaces temporaires près des grands axes (E40, E17, E411…) ;
- faciliter des tests de nouveaux schémas logistiques urbains (livraison plus verte, hubs de proximité) ;
- soutenir les industriels lors de pics de production ou de restructurations.
Accéder à des entrepôts « clé en main »
Un autre intérêt du modèle Warehub, c’est le côté prêt à l’emploi :
- assurance déjà intégrée ;
- services optionnels (manutention, sécurité, IT, racks) ;
- conformité réglementaire vérifiée.
Pour les PME belges qui n’ont ni direction immobilière, ni équipe juridique importante, c’est un levier puissant pour se concentrer sur leur activité plutôt que sur la gestion des murs.
5. Comment l’IA dans la PropTech peut devenir un vrai avantage compétitif en Belgique
La réalité, c’est que la plupart des propriétaires logistiques se battent aujourd’hui sur :
- quelques euros de loyer au m² ;
- la qualité du bâtiment (hauteur libre, quais, ESG, certification) ;
- les délais de livraison des nouveaux projets.
Ce qui va faire la différence sur 2025‑2030, ce sera la qualité de l’orchestration digitale : comment l’actif est géré, loué, ajusté en continu grâce à l’IA.
Trois avantages compétitifs que l’IA peut offrir
- Taux d’occupation plus élevé, grâce à une prédiction fine de la demande et une tarification dynamique ;
- Revenus plus stables, via une combinaison optimisée de baux longs et flexibles ;
- Expérience locataire supérieure, qui fidélise les grands comptes et attire les nouveaux entrants.
On ne parle pas d’un « gadget technologique », mais d’un nouveau modèle économique pour la logistique : l’entrepôt comme service, piloté par la donnée.
Où commencer si vous êtes acteur de l’immobilier logistique belge
En pratique, un plan raisonnable sur 12 à 24 mois pourrait ressembler à :
- Audit de vos données et de vos processus de location ;
- Mise en place d’outils de gestion centralisée (CRM locatif, data room, automatisation documentaire) ;
- Définition d’une offre de flexibilité standardisée ;
- Premier pilote d’IA sur :
- la prédiction de vacance sur un parc donné, ou
- un module de tarification intelligente sur certains lots ;
- Extension progressive à l’ensemble du portefeuille si les résultats sont confirmés.
Les plateformes comme Warehub envoient un message clair au marché : la flexibilité dans l’immobilier industriel n’est plus une option marketing, c’est un standard en train de s’installer. Pour la Belgique, c’est une excellente nouvelle pour ceux qui sauront combiner actifs bien situés et intelligence logicielle.
Les investisseurs qui intégreront tôt l’IA et la PropTech dans leur stratégie logistique auront plus de marges de manœuvre, plus de rentrée locative et des actifs mieux positionnés dans dix ans. La question, maintenant, c’est jusqu’où vous voulez aller dans cette direction… et à quel rythme.