Données propriétaires : l’arme secrète de l’immobilier tertiaire

Intelligence Artificielle dans l'Industrie AgroalimentaireBy 3L3C

Les leaders de l’immobilier tertiaire ne gagnent plus grâce aux seules localisations, mais grâce à l’IA appliquée à leurs données propriétaires. Voici comment faire en Belgique.

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Données propriétaires : l’arme secrète de l’immobilier tertiaire

La plupart des grands acteurs de l’immobilier professionnel ont accès aux mêmes données publiques, aux mêmes rapports de marché et, depuis deux ans, aux mêmes outils d’IA générative. Pourtant, en Belgique comme ailleurs, les performances divergent fortement. Certains foncières et développeurs augmentent leurs revenus par m², réduisent la vacance et sécurisent leurs refinancements, pendant que d’autres subissent le marché.

La différence ne vient plus seulement de la localisation ou du coût du capital, mais de la manière dont les équipes exploitent leurs propres données internes. L’IA n’est pas la baguette magique ; c’est le catalyseur d’un actif que beaucoup sous-estiment encore : les données propriétaires.

Voici ce que les leaders de la PropTech aux États‑Unis commencent à faire, et surtout comment un acteur de l’immobilier tertiaire en Belgique peut adapter ces pratiques dès maintenant.

1. Pourquoi les données propriétaires deviennent l’avantage compétitif clé

Le véritable avantage compétitif en immobilier tertiaire vient de la capacité à combiner IA et écosystème de données internes pour prendre de meilleures décisions plus vite que les concurrents.

Dans la plupart des marchés, tout le monde lit les mêmes études « Q4 Office Brussels » ou « Logistics Belgium 2025 ». Ces informations sont utiles, mais elles sont accessibles à tous. Elles ne créent aucun fossé durable entre vous et vos concurrents.

Ce qui change la donne :

  • l’historique détaillé de vos baux et négociations,
  • les flux de visiteurs dans vos centres commerciaux ou retail parks,
  • les tickets de maintenance techniques,
  • les échanges avec les locataires (emails, CRM, NPS),
  • les données financières fines (impayés, remises, indexations acceptées ou refusées),
  • les comportements de vos prospects (taux de réponse, délais de décision, visites).

Ces informations ne figurent dans aucun rapport public. Ce sont vos données propriétaires. Bien structurées et analysées avec l’IA, elles vous permettent par exemple :

  • d’anticiper quels locataires ont un risque de départ à 12 mois,
  • de fixer un loyer de renouvellement optimisé par actif et par profil,
  • d’identifier quels types de commerces manquent dans une zone donnée,
  • de prioriser vos travaux techniques en fonction de l’impact sur la satisfaction locataire.

La réalité ? La majorité des sociétés en Belgique disposent déjà de ces données… mais sous forme d’emails, de fichiers Excel éparpillés, de contrats PDF scannés et de notes papier. Sans stratégie, cet or reste dans le sol.

2. Ce que montre l’exemple CREtech : l’IA seule ne suffit pas

Les retours d’expérience partagés lors de CREtech New York 2025 illustrent bien la tendance : les outils d’IA généralistes sont utiles, mais la vraie valeur naît lorsqu’on les nourrit avec des données internes.

Des outils grand public pour aller plus vite

Le CEO de Tanger a raconté comment il s’est servi d’un outil comme ChatGPT pour identifier en quelques minutes 25 enseignes habituellement présentes dans leurs centres mais absentes dans un projet ciblé. Résultat : plusieurs semaines de prospection gagnées.

Transposé au marché belge, cela peut donner :

  • repérer rapidement quelles enseignes internationales manquent dans un retail park wallon,
  • générer une liste de prospects pour un parc logistique en Flandre orientale,
  • préparer un argumentaire marketing différencié par segment de locataire.

Ce type d’usage est déjà rentable. Mais ce n’est que la première marche.

L’étape suivante : l’IA branchée sur vos propres données

L’exemple d’Ares Management est encore plus parlant : une équipe de data scientists ajuste en continu les prix au niveau de chaque unité dans un portfolio de self‑storage de 65 000 locataires. Le modèle ne se contente pas de données publiques, il s’appuie sur des années de comportement réel des clients.

Pour un acteur belge, cela peut signifier :

  • ajuster automatiquement les loyers de parkings en fonction de l’occupation par heure,
  • proposer des remises ciblées pour remplir rapidement les petites surfaces de bureaux,
  • moduler les loyers courts termes (flex office, stockage) à partir des taux de remplissage réels.

Sans ces données propriétaires structurées, impossible d’atteindre ce niveau de précision. L’IA devient alors un gadget marketing plutôt qu’un levier business.

3. Comment transformer vos données internes en actif stratégique

Pour qu’un portefeuille immobilier puisse exploiter pleinement l’IA, il faut d’abord industrialiser la collecte et la qualité des données internes.

Étape 1 : Cartographier vos données existantes

La première question à se poser n’est pas « quel outil d’IA choisir ? » mais plutôt « quelles données avons‑nous, où sont‑elles, et dans quel état ? ».

Concrètement :

  1. Listez vos sources :
    • ERP, outil de gestion locative, logiciels comptables,
    • CRM commercial,
    • systèmes de contrôle d’accès, vidéosurveillance, capteurs IoT,
    • tickets helpdesk ou facility management,
    • dossiers partagés (Word, Excel, PDF, mails exportés).
  2. Classez par importance : quelles données ont un impact direct sur les revenus, la vacance, les coûts d’exploitation, le risque ?
  3. Évaluez la qualité : champs manquants, doublons, informations obsolètes.

Souvent, cette simple cartographie révèle des « goulots d’étranglement » évidents : double encodage des baux, absence d’identifiant unique par locataire, fragmentation par entité juridique.

Étape 2 : Unifier et nettoyer

L’étape suivante consiste à créer une vision unifiée par actif et par locataire. Ça peut paraître ambitieux, mais on peut progresser par paliers :

  • définir des identifiants uniques (locataire, actif, unité),
  • standardiser quelques champs clés (type d’actif, typologie locataire, secteur d’activité),
  • mettre en place une gouvernance simple : qui est responsable de quelle donnée, avec quels contrôles.

Même un « data warehouse » léger ou une base de données consolidée peut suffire au départ. L’objectif n’est pas la perfection technique, mais la fiabilité minimale qui permette d’entraîner des modèles d’IA utiles.

Étape 3 : Connecter l’IA à vos processus métier

Une fois ce socle posé, l’IA peut s’intégrer concrètement dans les métiers :

  • Leasing / commercialisation : scoring automatique des leads, priorisation des prospects, suggestions d’offres et de mix enseignes par actif.
  • Asset management : scénarios de renouvellement ou de relocation par locataire, arbitrages vente/conservation basés sur la performance passée et projetée.
  • Property management : détection précoce d’insatisfaction à partir des tickets, emails et retards de paiement.
  • Technique : maintenance prédictive sur les équipements critiques via les historiques de pannes et les données IoT.

L’important est d’éviter les « proof of concept » qui restent dans un coin. Chaque cas d’usage IA doit se brancher à un processus existant avec un propriétaire métier clair et un indicateur de performance (baisse de vacance, hausse de loyer, réduction des coûts techniques, etc.).

4. Culture, organisation : ce que les dirigeants doivent changer

Une stratégie de données propriétaires et d’IA ne réussit pas uniquement grâce à la technologie. Elle exige aussi une culture qui encourage l’expérimentation et accepte qu’on se trompe vite et à petite échelle.

Le CEO de Link Logistics résume bien l’enjeu : embaucher de bons profils et leur laisser la liberté d’essayer, dans un cadre clair. En Belgique, beaucoup d’équipes immobilières restent très « excel‑centrées », avec une faible tolérance pour l’erreur et une forte dépendance à l’intuition individuelle.

Pour passer à un modèle piloté par les données :

  • Sponsoriser au niveau COMEX : sans soutien explicite de la direction, aucun projet IA sérieux ne survit au premier budget.
  • Croiser les équipes : faire travailler asset managers, property managers, IT et finance sur les mêmes cas d’usage.
  • Mesurer, pas seulement discuter : chaque expérimentation doit avoir un avant/après chiffré.

Faut‑il vraiment une équipe de data scientists ?

Pas forcément. Pour beaucoup d’acteurs belges, un modèle hybride fonctionne mieux :

  • un référent data / IA interne (profil business avec appétence technique),
  • un ou deux profils BI/analytics,
  • des partenaires externes spécialisés PropTech pour les sujets plus pointus.

L’important, c’est de garder la propriété intellectuelle sur les modèles et les données. Externaliser ne veut pas dire perdre le contrôle.

5. Applications concrètes pour l’immobilier belge en 2026

Les opportunités ne sont pas théoriques. Dès 2025‑2026, un acteur belge peut déjà lancer des cas d’usage très concrets basés sur ses données propriétaires.

Exemple 1 : Optimisation des loyers de renouvellement

Objectif : augmenter le revenu locatif tout en limitant le churn.

Données à exploiter :

  • historique des loyers par actif et par locataire,
  • dates de renouvellement, durée des négociations,
  • taux d’occupation par actif,
  • profil de solvabilité du locataire,
  • concessions accordées par le passé.

Cas d’usage IA :

  • scoring de probabilité de départ à l’échéance du bail,
  • recommandation de fourchette de loyer par scénario (renouvellement ferme, prolongation courte, réaménagement de surface),
  • simulation d’impact sur le revenu global du portefeuille.

Exemple 2 : Réduction de la vacance dans les bureaux secondaires

Objectif : limiter la vacance structurelle dans les immeubles hors prime.

Données à exploiter :

  • historique des demandes entrantes,
  • motifs de refus (prix, localisation, configuration),
  • temps moyen de commercialisation,
  • caractéristiques des surfaces (m², étage, état, services),
  • retours des brokers et prospects.

Cas d’usage IA :

  • identification des configurations les plus recherchées par micro‑marché,
  • recommandations de travaux ciblés à plus forte probabilité de re‑location,
  • ajustement dynamique des loyers et incentives en fonction des signaux de demande.

Exemple 3 : Satisfaction locataire et risque d’impayés

Objectif : réduire les impayés et améliorer la rétention.

Données à exploiter :

  • historique de paiement,
  • tickets de maintenance et délais de résolution,
  • échanges service clients,
  • scoring interne ou externe de solvabilité.

Cas d’usage IA :

  • détection précoce des locataires à risque,
  • alertes pour intervention proactive (visite, plan de paiement, arbitrage sur travaux),
  • priorisation des actions de property management selon l’impact financier probable.

6. Par où commencer concrètement en 2025–2026 ?

La meilleure approche consiste à démarrer petit mais structuré, avec une logique PropTech orientée résultats, pas gadgets.

  1. Choisir un actif pilote (un centre commercial, un parc logistique, un portefeuille de bureaux) où vous avez déjà un minimum de données.
  2. Définir un objectif clair à 6–9 mois : exemple, +3 % de revenu locatif, –10 % de vacance, –15 % de tickets récurrents.
  3. Nettoyer les données clés liées à cet objectif et les rassembler dans un espace unique.
  4. Tester 1 à 2 cas d’usage IA maximum, directement branchés à des processus métier (renouvellement, commercialisation, maintenance).
  5. Mesurer les résultats, ajuster, puis étendre à d’autres actifs.

Ce rythme « tester, mesurer, étendre » est beaucoup plus efficace que de lancer un vaste programme théorique de transformation digitale sans livrables opérationnels.


L’IA dans l’immobilier tertiaire belge n’est plus un sujet de futur lointain. En 2026, la différence majeure entre les gagnants et les perdants viendra de la capacité à transformer des données dormantes en décisions rentables, jour après jour.

Les outils standard comme ChatGPT ou les plateformes PropTech sont accessibles à tous. La vraie question est : qu’allez‑vous en faire avec vos propres données ?

Si vos baux, vos flux de visiteurs, vos historiques de maintenance et vos échanges avec les locataires restent éclatés dans des silos, vous financerez malgré vous l’avantage concurrentiel de ceux qui auront investi dans leurs données propriétaires. Le moment est bien choisi pour structurer ce capital invisible et le mettre au service de vos actifs, de vos locataires et de vos investisseurs.

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