Clauses de déchéance du terme : ce que change l’avis du 8/10/2025

Intelligence Artificielle dans l'Industrie Agroalimentaire••By 3L3C

La Cour de cassation clarifie les clauses de déchéance du terme en crédit à la consommation. Ce guide décrypte l’avis 2025 et les opportunités pour les cabinets.

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Les établissements de crédit qui distribuent du crédit à la consommation en 2025 sont assis sur une bombe juridique silencieuse : leurs clauses de déchéance du terme. Mal rédigées ou mal mises en œuvre, elles sautent en justice, avec à la clé perte du bénéfice de la clause, demandes reconventionnelles de consommateurs… et risques de contentieux de masse.

L’avis rendu par la Cour de cassation le 08/10/2025 sur les clauses de déchéance du terme en crédit à la consommation donne enfin un cap clair. La haute juridiction confirme que ces clauses peuvent viser d’autres motifs que le simple défaut de paiement… mais encadre très strictement ce qui est admissible, au regard du droit des clauses abusives.

Pour un cabinet d’avocats accompagnant des banques, des établissements de crédit ou des fintechs, cet avis est une opportunité :

  • d’auditer les modèles contractuels avant la vague de contrats post‑ordonnance du 03/09/2025,
  • de sĂ©curiser les process de mise en Ĺ“uvre,
  • et de se positionner sur un sujet oĂą l’expertise juridique + outils d’IA interne font vraiment la diffĂ©rence.

1. Ce que dit réellement la Cour de cassation sur la déchéance du terme

La réponse de la Cour tient en deux phrases clés :

  1. Les clauses de déchéance du terme fondées sur un autre motif que la défaillance de paiement ne sont pas illicites en soi.
  2. Elles peuvent en revanche être abusives si elles ne respectent pas les critères issus de l’article L.212‑1 du Code de la consommation et de la jurisprudence de la CJUE.

Autrement dit, le Code de la consommation ne limite pas expressément la déchéance du terme au seul non‑paiement des échéances (article L.312‑39), mais le contrôle de déséquilibre significatif reste omniprésent.

Les 4 critères issus de la CJUE (Banco Primus)

La Cour de cassation remet au centre la grille de lecture de la CJUE (affaire Banco Primus, 2017) pour apprécier le caractère abusif d’une clause de déchéance du terme :

  1. Caractère essentiel de l’obligation inexécutée dans le rapport contractuel.
  2. Gravité de l’inexécution au regard de la durée et du montant du prêt.
  3. Éventuelle dérogation au droit commun au détriment du consommateur.
  4. Existence de moyens efficaces permettant au consommateur de remédier aux effets de l’exigibilité immédiate.

L’avis du 08/10/2025 insiste particulièrement sur le premier critère :

Une clause de déchéance du terme fondée sur un autre motif que la défaillance de paiement est abusive si elle ne sanctionne pas l’inexécution d’une obligation essentielle du consommateur.

Mais s’arrêter là serait dangereux. Dans la pratique, un avocat qui conseille un prêteur doit raisonner sur les quatre critères, car une obligation peut être « essentielle »… et la clause rester abusive si la sanction est disproportionnée ou si la mise en œuvre est opaque.

2. Qu’est‑ce qu’une obligation « essentielle » dans un crédit à la consommation ?

Pour transformer l’avis de la Cour en clauses opérationnelles, il faut traduire la notion d’obligation essentielle dans la logique d’un contrat de crédit à la consommation.

Obligations clairement essentielles

Plusieurs obligations de l’emprunteur entrent sans difficulté dans cette catégorie :

  • Obligation de remboursement (Ă©vidente, mais dĂ©jĂ  prĂ©vue par la loi).
  • Obligation de dĂ©claration exacte et loyale de ses revenus, charges, situation professionnelle, dettes en cours.
  • Obligation d’affectation des fonds quand le contrat est expressĂ©ment conclu pour financer une opĂ©ration dĂ©terminĂ©e (crĂ©dit affectĂ©, certains crĂ©dits travaux « flĂ©chĂ©s »…).

La Cour de cassation cite deux types de clauses qu’elle juge compatibles avec le droit des clauses abusives, si elles sont correctement encadrées :

  1. Clause de déchéance du terme en cas de fausse déclaration sur des éléments déterminants de la décision de la banque.
  2. Clause de résiliation en cas de non‑affectation des fonds à l’opération prévue.

En pratique, cela recoupe exactement les préoccupations actuelles des prêteurs :

  • gestion du risque de surendettement,
  • lutte contre la fraude documentaire,
  • sĂ©curisation des financements de travaux ou de projets spĂ©cifiques.

Obligations non essentielles (ou trop éloignées du contrat)

À l’inverse, la Cour a déjà censuré comme abusives des clauses de déchéance du terme fondées sur :

  • la rupture du contrat de travail de l’emprunteur ;
  • le dĂ©faut de remboursement d’un autre prĂŞt conclu avec le mĂŞme prĂŞteur.

Ces événements sont extérieurs au contrat de crédit à la consommation concerné. Ils peuvent évidemment aggraver le risque, mais ils ne correspondent pas à l’inexécution par le consommateur d’une obligation née de ce contrat précis.

Pour un cabinet d’avocats, le message est limpide :

Toute clause de déchéance du terme qui vise des « événements de vie » génériques (chômage, divorce, maladie) ou des incidents de paiement sur d’autres comptes court un risque élevé d’être jugée abusive.

3. L’impact de l’ordonnance du 03/09/2025 : une fenêtre stratégique

L’ordonnance n°2025‑880 du 03/09/2025, applicable progressivement jusqu’au 20/11/2026, rapproche encore le régime du crédit à la consommation de celui du crédit immobilier. Elle modifie notamment l’article L.312‑16 sur l’évaluation de la solvabilité.

Ă€ compter du 20/11/2026 :

  • la solvabilitĂ© doit ĂŞtre Ă©valuĂ©e sur la base d’informations pertinentes et exactes fournies par l’emprunteur ;
  • le prĂŞteur ne peut pas rĂ©silier ou modifier le contrat au seul motif qu’il a mal Ă©valuĂ© la solvabilité…
  • sauf s’il est dĂ©montrĂ© que des informations pertinentes ont Ă©tĂ© dissimulĂ©es ou falsifiĂ©es par l’emprunteur.

Cela change la donne pour les clauses de déchéance du terme.

Comment exploiter ce nouveau cadre dans les contrats ?

Concrètement, une clause bien rédigée pourrait :

  • viser explicitement la dissimulation ou falsification d’informations pertinentes (et non un vague « dĂ©faut de dĂ©claration »),
  • rappeler que ces informations concernent les revenus, charges, dettes ou Ă©lĂ©ments financiers dĂ©terminants,
  • renvoyer, par une formule claire, Ă  l’article L.312‑16 nouveau.

Juridiquement, la clause ne ferait alors que décliner une faculté reconnue par la loi. Le risque de déséquilibre significatif est fortement réduit, surtout si la mise en œuvre est encadrée.

Pour un cabinet d’avocats, c’est typiquement le type de rédaction qui peut être industrialisée avec l’IA : modèles de clauses paramétrables par type de produit, liste d’éléments « pertinents » ajustée par segment de clientèle, etc.

4. Comment rédiger une clause de déchéance du terme solide en 2025‑2026 ?

Une clause de déchéance du terme « passe » aujourd’hui si elle coche trois cases :

  1. Sanctionne une obligation essentielle et clairement identifiée.
  2. Prévient les abus de mise en œuvre (pas de pouvoir discrétionnaire illimité du prêteur).
  3. Laisse au consommateur une vraie capacité de réaction et de contestation.

Bonnes pratiques de rédaction

Pour les contrats de crédit à la consommation, plusieurs réflexes rédactionnels sont devenus quasi indispensables :

  • Lister de façon limitative les cas de dĂ©chĂ©ance du terme (Ă©viter les formules du type « notamment » qui ouvrent la porte Ă  tout et n’importe quoi).
  • Qualifier chaque cas en lien avec l’obligation contractuelle : non‑paiement, fausse dĂ©claration sur solvabilitĂ©, non‑respect de l’affectation des fonds, etc.
  • Mentionner la gravitĂ© minimale de l’inexĂ©cution : nombre d’échĂ©ances impayĂ©es, importance de la fausse dĂ©claration, caractère intentionnel ou non.

Exemple de formulation plus robuste pour la fausse déclaration :

« Le prêteur pourra prononcer la déchéance du terme si l’emprunteur a sciemment dissimulé ou falsifié des informations déterminantes relatives à ses revenus, charges ou dettes, ayant directement conditionné l’octroi du crédit. »

On voit ici plusieurs points importants :

  • ciblage sur des informations « dĂ©terminantes » ;
  • exigence de caractère « sciemment » dissimulĂ© ou falsifiĂ© ;
  • lien causal avec l’octroi du crĂ©dit.

Conditions de mise en œuvre : le point faible le plus fréquent

Même une clause correcte peut être écartée si sa mise en œuvre est défaillante. La jurisprudence de 2024 sur la non‑affectation des fonds l’illustre parfaitement :

  • la clause elle‑mĂŞme n’était pas abusive,
  • mais la dĂ©chĂ©ance du terme a Ă©tĂ© jugĂ©e irrĂ©gulière faute pour le prĂŞteur d’avoir prĂ©cisĂ©ment visĂ© le motif de dĂ©chĂ©ance prĂ©vu au contrat.

Quelques garde‑fous concrets à intégrer dans les process internes :

  • Lettre de mise en demeure dĂ©taillĂ©e : elle doit rappeler la clause, le motif exact retenu, les faits reprochĂ©s et le dĂ©lai laissĂ© Ă  l’emprunteur pour s’expliquer ou rĂ©gulariser.
  • DĂ©lai raisonnable avant prononcĂ© dĂ©finitif de la dĂ©chĂ©ance, surtout en dehors du simple impayĂ©.
  • Mention expresse du droit de contestation judiciaire (information au consommateur sur ses recours).

C’est typiquement un terrain sur lequel un cabinet peut apporter une vraie valeur ajoutée :

  • revoir les modèles de courriers,
  • bâtir des check‑lists de conformitĂ©,
  • et surtout, concevoir des workflows automatisĂ©s avec IA qui vĂ©rifient la prĂ©sence des mentions obligatoires dans chaque notification.

5. Comment les cabinets d’avocats peuvent se démarquer avec l’IA

La réforme du crédit à la consommation, l’avis du 08/10/2025 et l’échéance du 20/11/2026 créent une fenêtre commerciale pour les cabinets qui accompagnent des acteurs bancaires ou fintech.

Trois offres concrètes à structurer dès maintenant

  1. Audit « clauses de déchéance du terme » du parc contractuel

    • Cartographie des modèles existants.
    • Identification des clauses Ă  risque (Ă©vĂ©nements extĂ©rieurs, formulations trop gĂ©nĂ©rales, absence de procĂ©dure de mise en demeure).
    • Recommandations de réécriture alignĂ©es sur l’avis du 08/10/2025 et l’ordonnance du 03/09/2025.
  2. Refonte industrielle des contrats avec IA juridique interne

    • GĂ©nĂ©ration de variantes de clauses par type de produit (crĂ©dit renouvelable, prĂŞt personnel, crĂ©dit travaux, etc.).
    • Uniformisation du vocabulaire autour des « obligations essentielles ».
    • VĂ©rification automatique de la cohĂ©rence entre les clauses de dĂ©chĂ©ance et les parties « information prĂ©contractuelle ».
  3. Sécurisation des procédures de mise en œuvre

    • Modèles de lettres de mise en demeure paramĂ©trables.
    • Scripts dĂ©cisionnels : quand prononcer la dĂ©chĂ©ance, quand privilĂ©gier la restructuration, quelles mentions insĂ©rer.
    • IntĂ©gration Ă©ventuelle dans les outils mĂ©tier du client via API.

Pourquoi ce sujet est idéal pour l’IA dans les cabinets français

Les clauses de déchéance du terme en crédit à la consommation cumulent tout ce qui se prête bien à l’IA :

  • un corpus juridique dense mais stable (Code de la consommation, CJUE, jurisprudence Cass. 1re civ.),
  • des modèles contractuels rĂ©pĂ©titifs,
  • un besoin de traçabilitĂ© et d’homogĂ©nĂ©itĂ© entre des milliers de contrats.

Un cabinet qui sait :

  • entraĂ®ner un modèle interne sur sa propre doctrine,
  • y injecter les textes rĂ©cents (ordonnance 03/09/2025, avis 08/10/2025),
  • et proposer au client une interface simple pour gĂ©nĂ©rer ou contrĂ´ler ses clauses,

part avec une longueur d’avance. C’est précisément sur ce type de sujet que « l’IA pour les cabinets d’avocats français » cesse d’être un slogan et devient un levier de business.

Conclusion : maintenant, il faut réécrire… intelligemment

L’avis du 08/10/2025 ne supprime pas les clauses de déchéance du terme en crédit à la consommation, il les repositionne :

  • elles sont admises au‑delĂ  du seul impayĂ©,
  • mais uniquement lorsqu’elles sanctionnent des obligations essentielles,
  • avec une gravitĂ© proportionnĂ©e et une procĂ©dure claire, contestable et prĂ©visible pour le consommateur.

Pour les établissements de crédit, la période 2025‑2026 est le moment idéal pour :

  • revoir leurs contrats Ă  la lumière de ce cadre,
  • harmoniser les pratiques de mise en Ĺ“uvre,
  • et s’appuyer sur des cabinets Ă©quipĂ©s d’outils d’IA juridique capables de traiter ces sujets Ă  grande Ă©chelle.

Si votre cabinet veut se positionner sur le crédit à la consommation, c’est maintenant qu’il faut bâtir vos modèles de clauses, vos guides internes et vos briques d’IA. Dans un an, ceux qui auront structuré cette offre auront un temps d’avance… et des clients déjà sécurisés.